L’AG de COCORICO

C’est au bord de la Seine, à la Guinguette Auvergnate, à quelques pas de la station RER Villeneuve-gare de triage, que la  Coordination des Confréries d’Ile de France avait convoqué ses adhérents, ce samedi 9 février, pour son Assemblée Générale annuelle.

la guinguette vue depuis la Seine

Jean-Pierre Vic, membre emblématique de la Bourrée Montagnarde, y fait vivre l’esprit des guinguettes où l’on allait guincher au bon vieux temps,

l’ancêtre de la guinguette auvergnate, en 1910

avec ses bals auvergnats, mais aussi ses soirées folk et country, voire rock !

Ce n’était pas l’objet, car on était là pour approuver rapports moral et financier, partager les expériences et les ressentis.

Les bouches s’ouvrirent. On ne sera pas surpris d’apprendre qu’il y a des progrès à faire, tant au niveau de l’horizontalité que de la verticalité ; c’est du moins la volonté affichée par le nouveau Président (et ex Secrétaire) Michel Devot, Ruben Martinovsky optant pour le fauteuil convoité de Président d’Honneur.On parla vendanges bien sûr, qui ont partout donné des motifs de satisfaction compte tenu du temps exceptionnel l’été dernier. Puis on eut le plaisir d’accueillir le coteau des Jouannes, une association qui gère une vigne plantée en baco et qui a établi ses chais dans une gare désaffectée, représentée par 3 de ses membres. Et de reporter la décision pour deux autres candidats, certainement honorables, mais qui ne s’étaient pas déplacés.

On était là aussi pour goûter les produits du terroir, comme le vin du pressoir auversois récompensé par des médailles d’or à Bagneux,et cette mondeuse blanche, cépage savoyard rare dégotté par l’ami Georges Kopcsan de Saint-Maur.(Mais malheureusement pas celui de Rosny-ss-Bois, dont pourtant 3000 bouteilles ont été produites cette année !)

C’est enfin autour d’un roboratif pot-au-feu arrosé au saint-poursain que la cinquantaine de convives s’attabla dans une ambiance festive et chantante.

L’Ile de France à l’honneur au Chapitre de la Saint Vincent des Echansons

Pour leur 65ème anniversaire, les Echansons avaient mis les Provinces de France à l’honneur, et d’abord l’Ile de France dont on oublie trop la contribution aux produits du terroir.
C’est ce qu’a rappelé l’ami Jean-Michel Besancenot, de l’Académie de l’agriculture, chevalier de la Confrérie du Brie de Melun :

par sa production de céréales, l’Ile de France est la première région boulangère de France ; il en est de même pour la production de cresson ; sont réputés aussi la poule de Houdan (la plus proche de nous avec ses cinq doigts, on ne peut en dire autant des ovins « Ile de France » , race sélectionnée au 19ème siècle par croisement de mérinos de Rambouillet et de béliers anglais,  à la conformation parallèlèpipédique, l’encolure courte, la face blanche dépourvue de laine, le nez dépigmenté, le toupet blanc sur le front, les oreilles portées horizontales à semi dressées, la toison fermée -mèches carrées d’égale longueur)les champignons et le jambon de Paris, et bien sûr les AOP Brie de Melun et de Meaux, sans oublier le Brillat-Savarin (IGP) dont la zone de production va de la Seine et Marne à la Saône et Loire.Ci-dessus l’assortiment d’entrées issues de ce terroir que les convives ont pu déguster. Les plats suivants honorèrent aussi la Normandie et ses coquilles saint-jacques, servies avec un Suresnes 2017 « les terrasses de Guillaume », un chardonnay bluffantet l’Alsace et son coq au riesling.
Les fromages furent servis avec un magnifique Givry 1er cru 2016 clos charlé du domaine MoutonMerci à l’équipe du caveau des échansons (musée du vin) qui nous servit cette fine cuisineet bien sûr à la grande Pipetière Monique pour ses choix avisés.
Merci également au Souffle de Bacchus, préalable obligé aux agapes
qui outre ses chants bachiques et de terroir offrit un hommage au maestro Jacques Offenbach dont on célèbre cette année le bicentenaire.A table avec les choristes, on reconnaitra ci-dessus à droite le pianiste René Andreoni et la chef de choeur Marie Françoise Bourdot (ci-dessous gratifiée d’un magnum du château Labastidié par le Grand-Maître Claude)Un Chapitre est un Chapitre, il y eut donc des intronisations de nouveaux Echansons, comme notre ami Jacques de la Confrérie Saint-Vincent d’Issy les Moulineaux, et des promotions comme celle de ce fier Grand Officier ci-dessous, accordées par le grand Maître dans sa grande pitié.

Qu’ils et elles le méritent !

un p’tit coup de rouge

Voici une vieille chanson (1948, de Jacques Dalès et Paul Lemel) que nous fait connaître l’amie Mireille. Son interprète le plus fameux ? Andrex, nom de scène d’André Jaubert, plus connu d’ailleurs comme acteur (des années 30 aux années 80 il joua dans des dizaines de films).C’est l’histoire d’un facteur qui ne refuse pas …un p’tit coup de rouge !

C’était un facteur de campagne
Qui plein d’ardeur dans la montagne
S’en allait distribuer l’courrier
Quand on voulait le remercier
Il demandait :

Donnez moi donc un p’tit coup d’rouge
C’est bon c’est doux et ça gliss’ bien dans le gosier
Donnez moi donc un p’tit coup d’rouge
Et il continuait sa tournée
Il avait chaud, il était rouge
Tous les fermiers lui demandaient : Quoiqu’ vous prendrez ?
Donnez moi donc un p’tit coup d’rouge
Et le facteur dev’nait timbré !

(paroles trouvées sur le site chansonsàboire  à visiter sans modération !)

La chanson fut aussi chantée par Pierre Provence, dont on se souvient des six roses

(les copains m’appellent six roses..)

En voici une autre, qui nous concerne aussi au Bon Clos :  Prêt’moi ton tonneau (paroles de Mick Micheyl musique d’Yvon Alain)

S’il m’avait dit gentiment  S’il m’avait dit poliment »Fernand, prête-moi ton tonneau »Je ne me serais pas fait prier Puisque dans ma cave j’en ai J’allais lui en faire cadeau J’en ai bien plus qu’il n’en faut….
Mais il ne m’a pas dit ça C’est la manière qu’il n’a pas Et ça… ça ne se pardonne pas. Il est entré dans la maison Sans se servir du paillasson Il a bousculé mon cabot Puis s’est emparé d’un tonneau Il en a sifflé le bon vin Que je couvais pour l’an prochain….

les noces de Cana

Transformer l’eau en vin, peut-on rêver plus beau miracle ! C’est ce que fit dit-on Jésus, son premier « signe » alors que « son heure » n’était même pas encore arrivée. Et en très bon vin encore, si l’on en croit l’unique narrateur Jean l’évangéliste, car les gens de la noce se seraient étonnés que l’on servît le meilleur vin à la fin plutôt qu’au début du repas comme on fait généralement.

enluminure extraite des grandes heures de Jean de Berry (1409)

Visualisons un peu la scène. « Ils n’ont pas de vin »(*), observe la mère de Jésus.
« Femme, que me veux tu ? Mon heure n’est pas encore venue« , réplique-t-Il.
Elle n’en a cure, comme presciente qu’Il ne peut laisser la noce dans l’embarras.
« Faites tout ce qu’il vous dira« , dit-elle à ceux qui servaient.
En effet, Il obtempère : « remplissez d’eau les jarres« , (il y en avait six) et « maintenant puisez, et portez-en au maître du repas« .
Et celui-ci goûta l’eau changée en vin….

(*)(comme dit le poète, être assoiffé d’eau c’est triste, mais faut bien dire que l’être de vin c’est encore vingt fois pire !)

Se non e vero, e bene trovato ! Une telle action d’éclat ne pouvait qu’inspirer artistes et mystiques. Aussi les représentations en sont-elles nombreuses. La plus fameuse en est bien sûr celle de Veronese (1563), qui pavoise au Louvre depuis le traité de Campo Formio.De cette grande composition, ce sont les détails qui sont intéressants. Plus de 130 personnages ! Au petit jeu de les identifier, nombreux croient reconnaitre les peintres fameux (Véronèse à la viole, Titien…) parmi les musiciens au premier plan, ou encore le sulfureux l’Arétin, auteur des sonnets luxurieux, parlant vin avec le même Véronèse debout de profil sur la droite. Va savoir !

Voici des représentations plus anciennes.

Extrait du plafond de l’église saint martin de Zillis (grisons, suisse) 12ème siècleCette peinture murale retrouvée en l’église Sainte Sophie de Trabzon (Trébizonde) doit dater du 13ème siècleVoici la version  du florentin Giotto, en 1306, à la chapelle des Scrovegni à PadoueDe Duccio di Buoninsegna, éminent peintre siennois, ce cadre en bois fait partie d’un grand retable conservé à Sienne, la Maesta (1308)Voici maintenant le brugeois Gérard David (vers 1460)

Ce petit tableau proviendrait de l’atelier de l’anversois Martin de Cleve (16ème siècle)Cette version de Maarten de Vos (un autre anversois) serait à la cathédrale d’Anvers (1597)Avec le bolognais Giuseppe Maria Crespi (vers 1686) les coupes sont vides et la tension est insoutenable. Mais que fait Jésus ?Bien plus tardives,  voici les versions des peintres Julius Schnorr von Carelsfeld (allemand, 1820)et Carl Bloch (danois, 1870) Concluons avec cette oeuvre résolument moderne de Philippe LasselinEt que ceux qui  n’en ont pas vu assez se le disent. Il y a en a toute une flopée sur Pinterest!

2019 : Les voeux du Bon Clos

Cette année, c’est avec le déjeuner d’huîtres, une belle toile de Jean-François de Troy (1734) que l’on peut voir au château de Chantilly que le Bon Clos adresse ses bons voeux.

L’oeuvre fourmille de détails comme la glacière où les flacons attendent leur heure, le jaillissement du bouchon, la mise en verres et la dégustation…Elle trônait dans les appartements de Versailles sous Louis XV qui en était le commanditaire, aux côtés d’une autre toile, le déjeuner de chasse, de Nicolas Lancret, qui mérite bien qu’on s’y arrête aussi.

Ce début d’année est l’occasion de revisiter les découvertes de l’année passée, et de comprendre ce que voulait dire Beethoveen en déclarant « Moi je suis Bacchus, qui pressure pour les hommes le nectar délicieux »

De connaitre les préceptes de bonne santé et le bon usage du vin du médiéval Tacuinum Sanitatis,

D’observer les grands de ce monde verre en main dans des situations parfois étonnantes

De revivre l’épique chapitre de la Confrérie du Clos de Clamart et son interminable suspense

De faire un tour à la Cité du Vin de Bordeaux où étaient célébrés le vin et la musique au printemps dernier

De redécouvrir quelques vieilles chansons oubliées comme ce Bonum Vinum  chanté par Vialla en 1874, et d’entonner les airs à boire de Geneviève de Brabant, la Nonne Sanglante, la Dame de Pique ou encore les Huguenots.

D’honorer la mémoire du grand Charles Aznavour avec ses chansons oubliées que sont J’ai bu et Je bois… sans oublier son premier verre de champagne !

De s’interroger sur les raisons des différences olfacto-gustatives, et de naviguer dans la complexe et parfois absurde juridiction alimentaire en revivant les conférences du Symposium des Vins d’Ile de France (octobre à Bagneux)

Et bien sûr de prendre de bonnes résolutions pour l’année à venir. Bonne Année à tous !

Georges Focus

Curieux personnage que ce Georges Focus , peintre, dessinateur, membre de l’Académie Royale de Peinture et de Sculpture, sous Louis XIV, à qui les Beaux Arts de Paris consacrent une exposition actuellement. Il  finit, aliéné, aux Petites Maisons, où il eut une importante production mettant en scène ses délires et souvenirs.

Oubliée, son oeuvre n’a été redécouverte que très récemment. Voici quelques dessins devant intéresser les lecteurs du bon clos.

(Les textes les accompagnant, un peu abscons,sont évocateurs de l’état psychique de leur auteur.)

Les vendangesFocus adolescent, perché sur des échasses, n’évitera pas la chute après avoir trop bu…

Le raisin fouléDans cette scène de foulage, on voit le jeune Focus s’abreuvant au chalumeau du vin d’un tonneau

Lorsque l’on a trop mis le pied dans la vigne du seigneur, il en vient le sommeil assez souvent avec le mal de coeur…

Le pressoirdommage qu’il en manque une partie, où Focus  se serait figuré fouetté, pour s’être exhibé devant des dames après avoir trop bu…La demande à boireFocus nimbé va chercher une bouteille dans un coffre. Omniprésent sur ces dessins, le dieu Fleuve s’abreuve.

Voici la transcription du texte, difficilement lisible

J’ai soif… Apportez-moi du vin, ou du vinaigre avec du fiel. Apportez du préperé (?) ou bien de l’hypocras…

Le festinFocus, nimbé, porte une coupe à ses lèvres pendant un festin

Ces centaures aux longues oreilles s’enivrent en se disputant.

 

Des huîtres au menu…

On mange des huîtres depuis l’Antiquité, les accompagnait-on alors de vin blanc comme on l’aime à le faire de nos jours ? Elles sont en tout cas aujourd’hui un incontournable de nos agapes de fin d’année.

Rendons grâce à la journaliste Ophélie Neiman (alias miss Glouglou)  qui a publié récemment dans le Monde le tableau de Jean-François de Troy « le déjeuner d’huîtres » qui date de 1734-5.Le tableau fourmille de détails savoureux, comme le bouchon qui saute de la bouteille (c’est bien du Champagne !), la glacière où les flacons sont stockés,

les buveurs remplissant les verres, mirant la robe du vin, etc.

Cet article de blog en dira plus.

Le sujet a inspiré d’autres peintres, comme Gonzales Coques (1614-1684, anversois)

Jean Raoux (1677-1734, de Montpellier)

Gabriel Metsu (1629-1667 néerlandais)

ou encore Richard Brakenburgh (1650-1702 néerlandais)

Autour de Meknès

Nous n’avions guère trouvé de quoi nous mettre sous la langue à Marrakech, aurions nous plus de chance dans le Nord du Maroc ?

L’Histoire y a vu la vigne et l’amour du vin prospérer, comme en témoignent ces mosaïques de l’antique cité romaine de Volubilis, à quelques lieues de Meknès.

Bacchus découvrant Ariane endormie


Dionysos et les 4 Saisons

Quant au présent, on ne se fait guère d’illusion dans un pays qui bannit vin et alcool, aussi a-t-on le droit d’être surpris en découvrant ce vénérable cep dont le tour doit bien faire un mètre dans un fondouk de Meknès.


A Moulay-Idriss, cité sainte, on sera aussi surpris de découvrir cette treille

qui donne du raisin !

Des vignobles, il y en a tout de même, mais ils se font très discrets cachés derrière des haies.

Celui-ci pratique l’arrosagele vignoble CASTEL, sur la route de Fes

Quant aux vins, outre les classiques Boulaouane et Guerrouane que l’on trouve chez nos bons couscous, on en trouve de plaisants comme ce Médaillon rouge


(du pur cabernet, le 2012 serait  un des cent meilleurs vins du monde d’après Wine Enthusiast), bu dans une bonne table de Rabat (Le Petit Beur pour ne pas le nommer).

Au Martin Pêcheur

C’est dans cette guinguette de Champigny/Marne que la confrérie du petit Vin Blanc de Nogent tenait son chapitre ce dimanche 25 septembre.

Pas de salle adéquate à Nogent en effet ! Et la guinguette du Martin Pêcheur vaut bien le déplacement. Posée sur une île minuscule, elle n’existe que depuis … 1993 et a repris une tradition séculaire.Une douzaine de confréries avaient le déplacement, d’Ile de France pour la plupart (on retrouvait les habituels amis vignerons de Combs la Ville, Sucy en Brie, Yerres, Bagneux, Sannois, Noisy le Grand,  Villiers/Marne, Rosny sous Bois, et des coteaux briards) ainsi que la Confrérie de la Poule et du Pâté de Houdan et celle bourguignonne de Tannay.

C’est bien sûr aux accents du Petit Vin Blanc de Nogent, joué à l’accordéon par l’ami Christophe Devarenne,

que le chapitre commença sous la houlette du Grand-Maître Philippe Jouvin.
Avec une douzaine d’autres heureux élus,notre ami Jean Burnichon fut intronisé,rejoignant ainsi maints « gentilhommes » et « gentes dames ».Ensuite, comme de bien entendu, on déjeuna (fort bien) et l’on guincha, avec Christophe, Antonio et les autres..

Jean et Vicky sous l’oeil du regretté Jo Privat

Mirabilis

C’est l’exposition proposée au Palais des Papes d’Avignon pour mettre en valeur des oeuvres des différents musées de la ville.

Nous y avons découvert  » l’Automne, le Retour des Vendanges dans une ferme fortifiée »une grande toile verticale d’Hubert Robert, dont voici quelques détails :

scène généralela charrettevendangeuse

le tonnelierle pressoir   On a pu voir aussi quelques Bacchus en pied. Celui-ci en terre vernissée est debout sur un tonneau. Il date du 18ème mais fait étonnamment moderne. Ces deux-la sont en bronze. Bacchus enfant est du début 16ème,

le nain Morgante en Bacchus de Jean de Bologne, du 17ème.(Le nain Morgante était un favori de Cosme 1er de Médicis)

La scène qui suit illustre un chevalet de peintre et porte comme légende « de wijn ist een spotter« . On reconnait en néerlandais une citation des Proverbes 20.1 : le vin est insolent, l’alcool tapageur ; n’est pas sage celui qui s’en grise(d’après le comparateur biblique)Elle évoque  un tableau célèbre de Jan Steen, portant ce titre Finissons avec ce bas-relief vu au musée Calvet,  destiné à rendre accessible aux non-voyants ce « sur le zinc » de Vlaminck. Etonnant, non ?