De ces Huguenots de Meyerbeer, nous connaissions l’appel : « A table ! » entonné par les crève-la-faim mis en scène par Henry Murger dans ses scènes de la vie de Bohême. L’opéra de Paris nous donne actuellement l’occasion d’entendre la suite :
Bonheur de la table, bonheur véritable, plaisir seul durable, qui ne trompe pas ! Buveur intrépide, que Bacchus me guide, que lui seul préside à ce gai repas ! De la Touraine versez les vins: le vin amène joyeux refrains; et dans l’ivresse noyons soudain et la sagesse et le chagrin !
chantée par des jeunes nobles assemblés dans un château de Touraine.
Voici la version jouée à l’Opéra de Sydney (à 7mn45s) dans les années 90
Qu’allaient donc faire, ce samedi 13 octobre au marché gourmand organisé par la municipalité et la Confrérie Saveur et Terroirs, parmi les viticulteurs patentés, producteurs de navettes, de miel, de fouaces, de fromages, foie-gras et autres produits du terroir, les vignerons de l’association des amis du Clos de Clamart ? Présenter ses crus, le gris clos de clamart et le blanc clos franquet, les faire déguster, certes. Mais encore, puisqu’on ne peut bien sûr les vendre ?
Le Président Marcel avait trouvé la parade : on allait faire une loterie. Ainsi les clamartois, pour une somme modique, pourraient acquérir, la chance aidant, une de ces bouteilles emblématiques de notre commune.
Le succès dépassa toutes les espérances. Par dizaines les clamartois, rameutés par le micro de l’animateur que des coups de corne de brume avertissaient à chaque gagnant, se présentèrent au stand, certains heureux gagnants revenant même plus tard avec parents ou amis.
Cela ne les empêcha pas, bien au contraire, d’acquérir auprès des viticulteurs présents, comme le chinonnais Berton (dont on a bien apprécié les cuvées nadine et constance),
des crus de nos beaux terroirs. Ils l’ont bien compris, ceux qui nous ont généreusement abreuvé et que nous remercions (ainsi que Guy Guénerin pour les photos).
Avec un été qui s’éternise, c’est une récolte exceptionnelle qui était attendue par la petite équipe de vignerons amateurs réunis autour du Président et Grand-Maître Marcel au pressoir municipal rue Pierre Franquet. Ce fut le cas.
Dès le matin du 7 septembre les amis Jean et Sabine faisaient des allers-retours pour apporter près de 150 kilos d’un raisin bien mûr et sain, promettant jusqu’à 14 degré d’alcool. On n’en revenait pas. Quatorze producteurs se manifestèrent, les derniers apportant un quintal et demi à la dernière minute ! On n’allait pas refuser ! Quatre braves tirèrent la langue mais se remirent à la tâche sans discuter.
Au total on décompta quelques 500 kilos de raisin, et 300 litres d’un moût titrant 10,5 ° au mustimètre furent mis en cuve.
Quelques litres furent réservés pour une cuvée spéciale « naturelle » en bonbonne, quelques autres après cuisson furent consommés en jus de raisin au succès inattendu.
Le pressoir n’allait pas rester vide longtemps. La semaine suivante près de 150 visiteurs ont profité des journées du Patrimoine pour visiter vigne et chais.
Menés par la comédienne Nathalie Loizeau, deux groupes en quête de petits pois se sont présentés, et ont été reçu par le Grand-Maître et par le chevalier Franquet (notre cher Paul Quéré) qui leur conta quelques légendes rurbaines (celles du Chevalier Pierre Franquet, de René d’Egale vin et du fantôme de la Tour).
Mais ce n’est qu’après avoir écouté les standards du Clos de Clamart, et la valse ancienne « le petit vin de Clamart » que l’on s’est risqué à chanter accompagné à l’accordéon par l’ami Bernard toujours présent,
qu’ils purent déguster nos crus et notre jus.
Cette chanson qui date de la fin du 19ème siècle est connue des lecteurs du bon clos. Elle avait été interprétée il y a une vingtaine d’années lors d’un spectacle de la confrérie du Clos de Clamart. Il n’en existe pas d’enregistrement public à notre connaissance, aussi propose-t-on d’écouter « les petits pois » par Dranem, une autre spécialité clamartoise…
Quelques jours plus tard, les vendredi et samedi 21 et 22 septembre, la grange retrouva sa fonction de chais, et 600 kilos de raisin y rentrèrent pour être aussitôt transformés en moût, un beau moût sucré qui fit la joie des jeunes et moins jeunes visiteurs.
(On en avait fait cuire quelques litres afin d’éviter une fermentation indésirée et pour pallier à tout problème sanitaire). Un moût record, promettant près de 12 degré d’alcool.
Quelques litres de chasselas et de sémillon furent également mis de côté pour expérimenter la production de vins naturels, vinifiés sans aucun adjuvant.
Et le dimanche décrété « fête des vendanges« , ce fut le tour du Clos Franquet.
La pluie n’eut pas le temps de gâter le beau raisin qu’un été chaud et sec avait préservé des maladies de la vigne. Avec le concours des clamartois venus en famille malgré la pluie , on en récolta plus de 300 kilos donnant un jus sucré promettant lui aussi près de 12 degrés d’alcool. On n’eut donc pas besoin d’y ajouter grand sucre.
Saluons aussi la présence de notre ami Denis des Vignerons Franciliens Réunis, dont l’aide et la compagnie nous furent un précieux renfort (ci-dessus au nettoyage après la bataille).
Lire ses impressions dans l’Echo des Caves, le bulletin de son « Cercle des Amateurs de Vin«
Ainsi le grand Charles a fini par prendre le large. A force de demander qu’on l’emmène au bout de la terre, ça devait arriver ! Hier encore, il paradait sur les scènes du monde entier. Et pourtant, il n’est plus là. Pour beaucoup, c’est le compagnon de toute une vie qui s’en va. Adieu Charles, mon camarade.
Pour les lecteurs du bon clos, il faut savoir qu’il écrivit et chanta deux chansons, intitulées l’une j’ai bu (paroles d’Aznavour et musique de Pierre Roche, interprétée par Georges Ulmer dans les années 40, mais aussi par Charles soi-même)
)
l’autre je bois (1987, paroles de Charles Aznavour, musique de Georges Garvarentz).La chronologie aurait voulu que l’on inverse les titres, et pourtant.. ce n’est parce qu’on a bu qu’on ne boit plus ! Ce sont toutes les deux des histoires d’un homme malheureux en amour.
Pour être complet, il faut citer aussi son « premier verre de champagne » (1948, paroles Aznavour musique Pierre Roche)
où il fait parler une jeune fille de son premier verre de champagne:
Ça me picote dans le nez Une douce ambiance me gagne Et j’en suis tout émoustillée …
Mais écoutons J’ai bu
J’ai bu J’ai joué et j’ai tout mis sur le tapis A la roulette de la vie T’as tout gagné moi j’ai perdu Alors j’ai bu J’ai bu J’ai dit les mots qui passaient en mon âme Mais toi dans ta p’tit’ têt’ de femme T’as pas compris qu’j’étais perdu Alors j’ai bu Et fou J’ai compris malgré tes caresses Dans la douceur de mon ivresse Que tu mentais J’ai bu Pourtant je t’aimais d’un amour sincère Mais un jour malgré mes prières
Tu m’as quitté n’en parlons plus
Alors j’ai bu
Fine, whisky, gin Tous les alcools me sont permis Ce qui m’chagrin’ Si des barmen je suis l’ami Des réverbèr’s je suis l’enn’mi Sur le pallier Le trou d’serrur’ joue à cache-cache Avec ma clef Ma maison a un’ drôl’ de mine Tous les objets font philippine J’ai bu J’ai joué et j’ai tout mis sur le tapis A la roulette de la vie T’as tout gagné moi j’ai perdu Alors j’ai bu
et Je bois.
Voici la version de Charles en 1987 au Palais des Congrès
et celle des Croquants
Je bois pour oublier mes années d’infortune Et cette vie commune Avec toi mais si seul Je bois pour me donner l’illusion que j’existe Puisque trop égoïste Pour me péter la gueule
Et je lève mon verre à nos cœurs en faillite Nos illusions détruites A ma fuite en avant Et je trinque à l’enfer qui dans mon foie s’impose En bouquet de cirrhose Que j’arrose en buvant
Je bois jour après jour à tes fautes, à mes fautes Au temps que côte à côte Il nous faut vivre encore Je bois à nos amours ambiguës, diaboliques Souvent tragi-comiques Nos silences de mort
A notre union ratée, mesquine et pitoyable A ton corps insatiable Roulant de lit en lit A ce serment, preté la main sur l’Evangile A ton ventre stérile Qui n’eut jamais de fruit
Je bois pour échapper à ma vie insipide Je bois jusqu’au suicide Le dégoût , la torpeur Je bois pour m’enivrer et vomir mes principes Libérant de mes tripes Ce que j’ai sur le cœur
Au bonheur avorté, à moi et mes complexes
A toi, tout feu, tout sexe
A tes nombreux amantsA ma peau boursouflée, striée de couperose
Et à la ménopause
Qui te guette au tournantJe bois aux lois bénies de la vie conjugale Qui de peur du scandale Poussent à faire semblant Je bois jusqu’à la lie aux étreintes sommaires Aux putes exemplaires Aux froids accouplements
Au meilleur de la vie qui par lambeaux nous quitte A cette cellulite Dont ton corps se rempare Au devoir accompli comme deux automates Aux ennuis de prostate Que j’aurai tôt ou tard
Je bois à en crever et peu à peu j’en crève Comme ont crevé mes reves Quand l’amour m’a trahi Je bois à m’en damner le foie comme une éponge Car le mal qui me ronge Est le mal de l’oubli
Je m’enivre surtout pour mieux noyer ma peine Et conjurer la haine Dont nous sommes la proie Et je bois comme un trou qu’est en tout point semblable A celui que le diable Te fait creuser pour moi
Je bois mon Dieu, je bois Un peu par habitude Beaucoup de solitude Et pour t’oublier toi Et pour t’emmerder toi Je bois, je bois
…laetificat cor hominum, on croit connaitre la chanson (voir ici, et là, ou encore là). Pas celle-ci du moins, trouvée sur Gallica.
Elle est d’Emile André et fut chantée par Vialla, vers 1874. Prenons ses accents nationalistes (Fi de la pomme normande ! Fi de la bière allemande !) au second degré !
Le bon vin est l’ami de l’homme, certes. Mais qu’est ce que ce « rogomme » que l’on voudrait abattre ? D’étymologie inconnue, c’est de l’eau de vie, de celle qui casse la voix (on dit voix de rogomme). Le terme est attesté dans Zola, Balzac ou encore Céline.
(On ne sait pas grand chose d’Emile André, qui fut aussi bien compositeur que parolier dans les années 1870-1910. Il collabora notamment avec Robert Planquette ; il a laissé quelques partitions accessibles sur gallica : des chansons légères, d’autres patriotiques ou sentimentales.)
Le vignoble donné… C’est le titre d’un chant patriotique gallois que les festivaliers de Lorient ont pu entendre cet été. Il trouve son origine dans des écrits du leader nationaliste Saunders Lewis. C’est un standard des choeurs d’hommes gallois. Le voici chanté par Dafydd Iwan
Ce vignoble qui nous est confié, qui nous est donné, dont nous nous occuperons… est très hypothétique, et pour tout dire, métaphorique.
Il semble n’avoir guère sa place au pays de Galles, au climat frais et humide. Mais tout change ! Il y a actuellement une vingtaine de vignobles au pays de Galles...
C’est l’opéra-bouffon que la joyeuse équipe de musiciens et de chanteurs qui se réunit chaque année à Bruniquel autour de Frank T’hézan et de Jean-Christophe Keck avait choisi de monter cette année. Ce n’est pas la plus connue d’Offenbach, mais elle valait quand même le déplacement !
En 3 actes et sept tableaux, on peut suivre l’histoire moyenâgeuse de Geneviève, chassée par son mari le duc de Curaçao Sifroy (Christophe Crapez, très en forme) qui la croit infidèle. Il y a un félon, Golo, et Charles Martel (excellent Michel Vaissière) est de la partie. L’histoire, rocambolesque, se termine bien…
Il y a quelques désopilants morceaux de bravoure comme cette « poule sur un mur » (qui picotait du pain dur…) ou le « rondeau du pâté » (qui renferme du veau mêlé de jambon..) , mais il faut attendre le 7ème tableau pour découvrir la Farandole…
Voici pour vous mettre en goût, Vous monter la tête ; L’ivresse doit avant tout Être de la fête… … Buvez de ce punch brûlant Après le champagne ; Le punch vous fait plus gaîment Battre la campagne. …Qu’on remplisse mon verre Des vins les plus exquis ! Moi, je veux faire Raison à mes amis ! Du bon jus de la vigne, Point ne crains les effets, Je ne m’indigne Que contre le mauvais ! Boire et rire, C’est tout dire ! Voilà, oui-dà, Ce qui me va ! Je bois le premier verre, A mon pays, toujours ! Je prends le second verre, Pour boire à mes amours ! Boire et faire Bonne chère, Voilà, oui-dà, Qui me va. Je vide un autre verre, Pour les amis présents. Je bois encore un verre. Le dernier, aux absents !
En attendant le CD que l’on pourra gagner lors du tirage au sort quotidien lors d’un prochain festival ou à défaut acheter sur le site du festival, on peut visionner en ligne la version de la Classe de Chant du Conservatoire de Sarreguemines jouée en 2016. La Farandole commence à 2:11:19
Pas grand chose à Avignon cette année sur le thème du vin ( ou alors ça nous a échappé), si ce n’est In vino delyr, le joli spectacle des Allumés : Sylvie Marin (que nous avions vue il y a quelques années dans les fantaisies oenolyriques)
et Bruno Duchâteau qui joue de l’accordéon… et de la guitare.
Ils interprètent des chansons connues mais toujours bonnes à se remémorer de Juliette (petite messe solennelle), Gaston Couté (sur le pressoir (paroles et musique) ou encore Gérard Morel (cantique en toque).Outre des chansons de sa composition, Bruno Duchâteau s’est aussi amusé à habiller de paroles bachiques des grands airs lyriques (libiamo, l’amour est un oiseau… fidèle, je veux vivre,- juliette dans le roméo de gounod, etc.) où tout l’art de la soprano Sylvie Marin se révèle, mais aussi des tubes internationaux (manha de carnaval, bacchianas brasileiras… etc.On n’oubliera pas sa version d’Alexandrie Alexandra (le vin d’ici), du tango corse (le rosé corse) Voir ici un résumé video du spectacle
C’est à l’Atypik Théâtre jusqu’au 29 juillet. Courez-y ! Et pas d’inquiétude : tous les spectateurs pourront gouter le château-neuf du pape offert pendant le spectacle !