Dans l »univers lyrique, on appelle ainsi une voix de basse spécialisée dans les emplois comiques. Nous en avons récemment rencontré un beau spécimen lors d’un concert où, aux côtés de Lionel Muzin et d’Isabelle Philippe, il tenait le rôle de Vertigo dans Pepito, de Jacques Offenbach. Il s’agit de Rémi-Charles Caufman.
Nous avons déjà parlé de Pepito, mais nous ne résistons pas au plaisir d’en réécouter 2 airs à boire.
Bruit charmant Doux à mon oreille Pan, pan, pan ! Bruit charmant Du bouchon sautant ! Pan, pan, pan ! Gardien de la liqueur vermeille, Mon pouce aidant, Ouvre-lui vite la bouteille En t’échappant ! Lorsque du bouchon le fil se rompant, Le liège libre, enfin s’échappant S’élance dans l’air et va le frappant, Répétons en chœur son joyeux pan pan !
Bruit plus doux Du nectar qui coule !Gloux, gloux, gloux !… Bruit plus doux, Tu sais plaire à tous ! Gloux, gloux, gloux ! De la rouge et vineuse houle Refrain si doux, Tu rendrais l’oiseau qui roucoule De toi jaloux ! Lorsque du nectar les flots en courroux Jettent à l’oreille leur refrain si doux, Les bras enlacés, nous rapprochant tous, Répétons en chœur les joyeux gloux gloux !
Celui-là nous avait échappé. Trinquons ! moment agréable ! Buvons ! Quel vin délectable !
Rémi-Charles Caufman, né dans un environnement polyglotte et multi-instrumentiste, a déjà une belle carrière derrière lui. Voici quelques illustrations du talent de notre homme.
et d’abord dans la chanson à boire de Francis Poulenc (1922) que les lecteurs historiques du bon clos ont déjà rencontré.
Les rois d’Egypte et de Syrie, Voulaient qu’on embaumât leurs corps,Pour durer plus longtemps morts. Quelle folie!Buvons donc selon notre envie,Il faut boire et reboire encore. Buvons donc toute notre vie,Embaumons-nous avant la mort.Embaumons-nous; Que ce baume est doux.
Le voici aussi dans la jolie fille de Perth, de Georges Bizet (1867). (la partition est là) Quand la flamme de l’amour brûle l’âme nuit et jour, pour l’éteindre quelquefois sans me plaindre moi je bois je ris je chante, je ris je chante et je bois….
(Il y a un autre air à boire dans la jolie fille de Perth qu’on pourra écouter là)
Le voila encore dans les joyeuses commères de Windsor(Die lustigen Weiber von Windsor) d’Otto Nicolaï (1846) : Als Büblein klein an der Mutterbrust (la partoche est là) :Trinken ist keine Schand, Bacchus trank auch, Ja !
On terminera avec l’air de don Magnifico, dans la Cenerentola de Rossini (1817). Ce n’est pas exactement un air à boire, plutôt un air de griserie : Don Magnifico, père de Cendrillon, nommé « sommelier… surintendant des verres, aux pouvoirs illimités… président des vendanges, directeur des libations », pour avoir « goûté à trente barriques » et « bu comme quatre » veut faire afficher dans toute la ville : » l’ordre suivant : ne plus verser, pendant quinze ans, une seule goutte d’eau dans le vin… » pour conclure : « J’offre une prime de seize piastres à qui boira le plus de Malaga ».
Voici un mot que l’on ne rencontre pas souvent, mais qui veut bien dire ce qu’il veut dire : un verre de rouge plein à ras bord. On l’écrit aussi rouge bord.
Un laquais effronté m’apporte un rouge-bord D’un Auvernat (*) fameux qui, mêlé de Lignage[*], Se vendoit chez Crenet (**) pour vin de l’Ermitage[°°°], Et qui, rouge et vermeil, mais fade et doucereux.
(*) vins de l’Orléanais : le domaine des Bérioles revendique ce nom auvernat (on appelait ainsi le pinot noir en val de Loire) cf vignerons d’exception ; le lignage est un cépage oublié, car très sensible à l’oïdium et peu productif, que l’on replante en Val de Loire cf RVF (**) marchand de vin qui tenait le cabaret de la Pomme de Pin, dans l’île de la Cité. (***) celui-là on le connait !
et récidive un peu plus loin…
Cependant mon hâbleur, avec une voix haute, Porte à mes campagnards la santé de notre hôte. Qui tous deux pleins de joie, en jetant un grand cri, Avec un rouge-bord acceptent son défi.
C’est semble-t-il, la première attestation : avant 1665, pas de texte identifié.
(cf dictionnaire étymologique Larousse, les mots du vin et de l’ivresse de Martine Courtois, ou encore L’argot du bistrot, de GIRAUD Robert où la date indiquée est erronée)
Wikisource le rapporte dans une pièce de 1710, « l’heureux naufrage », de Nicolas Barbier :
« Tu sors du cabaret, où quelques rouges-bords T’ont sans doute inspiré ces furieux transports.«
On trouve aussi ce terme dans le chant d’union de la franc-maçonnerie, qui daterait de 1737.
Munis d’un rouge bord, que par trois fois un signal de nos verres Soit une preuve d’accord Nous buvons à nos Frères.
« J’examine, Cette mine Qu’enlumine Un rouge bord ; »
(On retrouvera le même air un peu plus loin)
La voici dans les Misérables (1862) :
« le vin de Suresnes* parodie le vin d’Albe, le rouge bord** de Desaugiers fait équilibre à la grande coupe de Balatron (***); le Père-Lachaise exhale sous les pluies nocturnes les mêmes lueurs que les Esquilies****, et la fosse du pauvre achetée pour cinq ans vaut la bière de louage***** de l’Esclave.«
* pour Horace, c’est le vin de Falerne **mentionné dans « Tous les Vaudevilles ou chacun chez soi », de Scribe, Delestre-Poirson et Désaugiers Air : Je pars. (Une nuit de la Garde Nationale.) mentionné plus haut D’abord, Devant un rouge bord J’ai laissé mons Sabord Et, ses Gardes-Marine ; ***VH fait référence à la savoureuse satire d’Horace : Description d’un repas ridicule **** cimetière des pauvres, à Rome ***** cercueil de location, voir l’Histoire des Coutumes Funéraires d’A.Carlier
Théophile Gautier aimait bien aussi ce mot, on le retrouve maintes fois dans le Capitaine Fracasse paru en 1863 :
» Le Baron, quoiqu’il fût déjà un peu gris, ne put s’empêcher de porter à la santé des princesses un rouge-bord qui l’acheva« .
« On décréta un rouge-bord en l’honneur du chansonnier, et quand les verres furent vidés, chacun fit rubis sur l’ongle pour montrer qu’il avait bu consciencieusement sa rasade. »
» Pour la première fois peut-être de sa vie, quoique le vin fût bon, Blazius laissa son verre demi-plein, oubliant de boire. Certes, il fallait qu’il fût bien navré dans l’âme, car il était de ces biberons qui souhaitaient d’être enterrés sous le baril, afin que la cannelle leur dégoutte dans la bouche, et il se fût relevé du cercueil pour crier « masse » à un rouge-bord. » (chapitre VI)
« »Dans un flacon de cristal moucheté de fleurettes d’or étincelait un vin couleur de rubis, auquel, dans un flacon pareil, faisait pendant un vin couleur de topaze. Il y avait deux couverts, et lorsque Sigognac entra, Zerbine faisait raison d’un rouge-bord au marquis de Bruyères, dont le regard flambait d’une double ivresse, car jamais la maligne soubrette n’avait été plus séduisante, et d’autre part le marquis professait cette doctrine que sans Cérès et sans Bacchus, Vénus se morfond. » (chapitre IX)
Capitaine Francasse de Théophie Gautier, édition de 1874 chez F. Polo – Illustrations Gustave Doré
Puis au chapitre XVI (avec prime une chanson bachique) :
À Bacchus, biberon insigne, Crions : « Masse ! » et chantons en chœur : Vive le pur sang de la vigne Qui sort des grappes qu’on trépigne ! Vive ce rubis en liqueur !
Nous autres prêtres de la treille, Du vin nous portons les couleurs. Notre fard est dans la bouteille Qui nous fait la trogne vermeille Et sur le nez nous met des fleurs. Honte à qui d’eau claire se mouille Au lieu de boire du vin frais. Devant les brocs qu’il s’agenouille ! Ou soit mué d’homme en grenouille Et barbotte dans les marais !
…« On décréta un rouge-bord en l’honneur du chansonnier, et quand les verres furent vidés, chacun fit rubis sur l’ongle pour montrer qu’il avait bu consciencieusement sa rasade. » (chapitre XVI)
(Au passage, on note « faire rubis sur l’ongle », cette expression qui date de la même époque et qui signifie vider son verre jusqu’à la dernière goutte, de sorte que celle-ci puisse tenir sur l’ongle sans s’écouler ; finir jusqu’à la dernière goutte ; aujourd’hui métaphore pour « payer jusqu’au dernier centime »)
Bodart est simplement magnifique quand on le voit le ventre à table, la serviette au menton et la fourchette au poing, la face épanouie. Quand il lève alors un rouge-bord à la hauteur de l’œil et de la lampe, il vous fait comprendre tout ce que le culte de la Table peut apporter de secrètes béatitudes et de matérielles consolations aux pèlerins de cettevallée de larmes.
Le graphique ci-dessous, obtenu avec l’outil Ngram Viewer de Google qui permet de traquer les occurrences des mots dans la langue écrite, montre l’inexorable déclin du mot depuis les années 1950. On ne remplit plus les verres à ras bord !
Il a obtenu à l’époque le Prix Georges Sadoul du Meilleur Premier film 1968, et le Prix FIPRESCI (prix de la critique internationale) au Festival de Cannes en 1968.
Certes ce film géorgien n’est pas russe, mais il procède de cette culture au temps de l’URSS, et avait, pour les organisateurs, toute sa place dans ce festival dédié par ailleurs à Alexeï Navalny.
Ce film raconte l’histoire de l’entrée en profession, dans une coopérative viticole, d’un jeune diplômé en oenologie.
Il nous plonge dans la Géorgie viticole des années 60, de la vendange à l’ancienne, de l’amour du vin et des chants, des modes de production « socialistes », du culte du dépassement du plan au risque de dégrader la qualité.
Il donne aussi une leçon de courage : c’est en s’opposant et en créant l’irréparable pour le bien commun (le jeune oenologue prend la responsabilité, malgré l’interdiction du directeur, de clarifier un vin imbuvable au risque de retarder la mise en bouteilles), que l’on gagne le respect !
Un film donc drôle, charmant, instructif, édifiant au bon sens du terme, que l’on peut trouver sur le site universcine.com
Ce film était précédé d’un court-métrage désopilant, le Ministères des Excuses de Russie (Mir мир / Guram Narmaniia / 2022).
Ca se passe en Géorgie, au temps de ‘l’URSS semble-t-il. . Un jeune homme est sommé de s’excuser, il a confondu khinkali et pelmeni !
En voici une scène d’agapes, sous un tableau de Pirosmani, après la réparation.
En 1845, bien avant la Traviata (créée en 1853) et son Brindisi fameux, Verdi avait composé une romance portant ce titre, sur un poème d’Andrea Maffei.
que nous avons vu récemment sublimer le rôle de Vertigo dans le Pépito d’Offenbach, qui nous en a informé.
Mescetemi il vino! Tu solo, o bicchiero, Fra gaudi terreni non sei menzognero, Tu, vita de’ sensi, letizia del cor. Amai; m’infiammaro due sguardi fatali; Credei l’amicizia fanciulla senz’ali, Follia de’ prim’anni, fantasma illusor.
Mescetemi il vino, letizia del cor.
L’amico, l’amante col tempo ne fugge, Ma tu non paventi chi tutto distrugge: L’età non t’offende, t’accresce virtù. Sfiorito l’aprile, cadute le rose, Tu sei che n’allegri le cure noiose: Sei tu che ne torni la gioia che fu.
Mescetemi il vino, letizia del cor.
Chi meglio risana del cor le ferite? Se te non ci desse la provvida vite, Sarebbe immortale l’umano dolor. Mescetemi il vino! Tu sol, o bicchiero, Fra gaudi terreni non sei menzognero, Tu, vita de’ sensi, letizia del cor.
(voir la traduction en français par Guy Lafaille en fin d’article)
Voici la version de Klara Takacs
Et voici une version masculine, avec le tenor Marco Baratta
Toast
Versez-moi du vin ! Toi seul, ô verre,
Parmi tous les plaisirs terrestres n'est pas un mensonge,
Toi, la vie des sens, la joie du cœur.
J'ai aimé ; deux regards fatals m'ont enflammé,
J'ai cru à l'amitié d'une jeune fille sans ailes,
Folie de jeunesse, fantasme illusoire.
Versez-moi du vin, la joie du cœur.
L'ami, l'amant fuira avec le temps,
Mais tu n'as pas peur ce qui détruit tout :
L'âge ne t'offense pas, il accroît ton courage.
Avril s'est fané, les roses sont tombées,
Tu es celui qui éclaire les soucis ennuyeux,
C'est toi qui ramènes la joie qui fut.
Versez-moi du vin, la joie du cœur.
Qui mieux que toi peut soigner le cœur de ses blessures ?
Si tu ne nous avais pas donné la vigne prévoyante,
La douleur humaine serait immortelle.
Versez-moi du vin ! Toi seul, ô verre,
Parmi tous les plaisirs terrestres n'est pas un mensonge,
Toi, la vie des sens, la joie du cœur.
Nous croisons régulièrement ces bons vivants, qui se retrouvent une fois par mois dès potron-minet pour partager un traditionnel mâchon lyonnais, avec force charcuterie et beaujolais, dans des bistrots parisiens.
A l’issue de ces ripailles, chaque établissement est noté par chaque participant : accueil, vin blanc, plat, vin rouge, fromage… Les meilleurs sont récompensés.
Ce mercredi 6 mars, 17h, c’était l’heure du verdict, rendu aux Noces de Jeannette, restaurant historique tenu par Patrick et Luc Fracheboud (multidiplômés !). Voici les lauréats :
Denis Musset – Le P’tit Musset, 132 rue Cardinet, 75017 Paris
Théophile Moles – Au Moulin à Vent, 46 rue des Fossés Saint-Bernard, 75005 Paris
Patrick François – La Part des anges, 10 rue Garreau, 75018 Paris
Paule et Robert Federici – Le Vieux Chalet, 14b rue Norvins, 75018 Paris
Romain Vidal – Le Sully, 6 boulevard Henri IV, 75004 Paris
Georges-Etienne Jojot – Le Louchébem, 31 rue Berger, 75001 Paris
Sébastien Mayol – Oh vin dieu !, 19 rue Treilhard, 75008 Paris
Arnaud Pauget, Félix Long et Waël El Houseini – L’indé, 125 rue de Charenton, 75012 Paris
Valérie et Pascal Carrié – Le Paris-Italie, 75013 Paris
Christine Piron et WilliamNiamiah – Le Bistrot Blériot, 75016
ThomasCanivet – Le Petit Baigneur, 10 rue de la Sablière, 75014 Paris
Elodie Charras et Loïc Ballet – L’Epicerie de Loïc B., 7 rue Sedaine, 75011 Paris
Laurent Nègre – La Grille Montorgueil, 75002 Paris
Beaucoup de travail donc en perspective pour les amateurs.
Il a bien fallu trinquer à la santé des lauréats. Mais les tenanciers savent recevoir, avec des Saint-Pourçain du domaine Grosbot-Barbara, comme ce vin d’alon 2022, assemblage de Chardonnay et Tressallier « parfait équilibre entre fraîcheur et rondeur » , accompagnés de charcutailles comme il se doit. Merci !
Plus d’un a été surpris par le Churelurez ! (nous avons déjà rencontré ce mot) du domaine Antocyâme, un vin naturel venu des Côteaux et Terrasses de Montauban, obtenu par macération carbonique de cépages variés, qui fait étonnament penser à un cidre ! Spécial!
En bonus, on apprit de la bouche d’Alain Fontaine, restaurateur, président de l’Association française des maîtres restaurateurs, qu’une cérémonie « Paris célèbre ses bistrots » allait se tenir dans quelques jours à l’ Hôtel de Ville de Paris. A bon entendeur !
Lever son verre, sa coupe pour festoyer, célébrer un événement, honorer un hôte, s’apprêter à combattre. Voilà une coutume ancienne, dont il est d’antiques témoignages, comme l’étendard d’Ur (27ème siècle avant notre ère).
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Ce petit coffre sumérien en bois ouvragé présente sur un côté une scène de banquet où les convives, assis sur des tabourets, un gobelet à la main, font face au souverain…
Trinquer, c’est autre chose.
On connait l’origine de cette coutume : ce serait par défiance, pour se garder d’un éventuel poison, que l’on trinquait coupe contre coupe, mêlant ainsi les breuvages.
Cette coutume est devenue avec le temps un symbole de confiance et d’amitié.
Le chansonnier Béranger ne disait-il pas :
L’amitié, qui trinque pour boire, Boit bien plus encore pour trinquer !
(lire aussi l’article « Santé ! Tchin tchin… » dans le Ganymède de décembre 2023 du Conseil des Echansons de France
Mais trinquer sans boire, est-ce possible ?
Cette petite video publiée sur FB en témoigne. Les mauvaises langues diront que c’est par manque de confiance. Que s’est-il passé depuis le sommet de 2019 ?
C’est le titre d’un petit ouvrage largement illustré qui entend présenter les 100 meilleurs bistrots à vin de Paris. Des lieux « qui abritent une personnalité derrière le comptoir, de la vie autour du zinc, du vrai vin dans le verre… et où l’addition ne vous laisse pas une gueule de bois« .
Il doit en falloir du temps pour faire ce choix parmi les milliers d’établissements existants ! Ils se sont mis à trois : Bruno Carlhian, journaliste ; Gabriel Omnès, photographe ; et le dessinateur Gab, mais ont bénéficié de l’ entourage complice des membres de l’Académie Rabelais.
En vedette, à visiter donc en priorité : le Bistrot des Halles (15 rue des Halles), le Mesturet (7 rue de Richelieu), la Grille Montorgueil (50 rue Montorgueil), le Bougainville (5 rue de la Banque), le Petit Vendôme (8 rue des Capucines), le Sully (6 bd Henri IV),le Monge (77 rue Monge), la Petite Périgourdine et son Annexe (39 et 22 rue des Ecoles), Oui Mon Général (14 rue du Gal Bertrand), le Griffonier (8 rue des Saussaies), Bistrot XVI (37 rue Copernic), le Vaudésir (41 rue Dareau), le Gallia (39 rue St-Ambroise), A l’ami Pierre (5 rue de la Main d’Or), le Verre à Vin (215 rue de Bercy), le Rouge aux lèvres (71 rue des grands champs), et à Montmartre la Mascotte, le Guersant et la mythique Bonne Franquette, dont Gérard Letailleur a conté l’histoire.
Bien sûr il y a aussi l’ incontournable Aux sportifs réunis (chez Walczak, 75 rue Brancion, pas exactement un bar à vins mais un lieu magique).
Au hasard des pages nous en retrouvons aussi quelques uns dessinés par Cendrine Bonami-Redler et décrits par Patrick Bard dans leur voyage sur les zincs (DANS SON JUS)
comme Le Rubis (Paris 1er), le Bougainville (P2), le Temps des Cerises (P4), le Verre à Pied (P5), le Bâton Rouge (P12), le Vaudésir (P14) et leBar Fleuri (P19).
Sont également cités une quinzaine d’établissements à Rungis, parmi lesquels l’Etoile, l’Aloyau, ou encore A la marée, connus par le guide des Bars et Restaus insolites de JonGlez.
Que voilà un beau parcours de santé qui nous attend!
Commençons l’année en musique. Voici un compositeur, prolifique malgré sa vie brève, qui nous a laissé, parmi des centaines de lieder, moultes airs à boire (trinklieder), mettant en musique des oeuvres d’auteurs variés.
C’est en quelque sorte un hymne à l’amitié et à la fraternité
Freunde, sammelt euch im Kreise, Freut euch nach der Väter Weise, Stimmt in lautem Jubel ein. Freundschaft reicht den Wonnebecher Zum Genuss dem frohen Zecher, Perlend blinkt der gold’ne Wein. Schliesst in dieser Feierstunde Hand in Hand zum trauten Bunde, Freunde, stimmet fröhlich ein, Lasst uns alle Brüder sein! Freunde, seht die Gläser blinken, Knaben mögen Wasser trinken, Männer trinken edlen Wein. Wie der gold’ne Saft der Reben Sei auch immer unser Leben, Stark und kräftig, mild und rein. Unsern Freundesbund zu ehren Lasset uns die Gläser leeren! Stark und kräftig, mild und rein Sei das Leben, sei der Wein!
Schlacht, du brichst an! Grüßt sie in freudigem Kreise, Laut nach germanischer Weise. Brüder heran! Noch perlt der Wein; Eh’ die Posaunen erdröhnen, Laßt uns das Leben versöhnen. Brüder schenkt ein! Gott Vater hört, Was an des Grabes Thoren Vaterlands Söhne geschworen. Brüder, ihr schwört! Vaterlands Hort, Woll’n wir’s aus glühenden Ketten Todt oder siegend erretten. Handschlag und Wort! Hört ihr sie nahn! Liebe und Freuden und Leiden, Tod! du kannst uns nicht scheiden! Brüder stoßt an! Schlacht ruft! hinaus! Horch, die Trompeten werben. Vorwärts auf Leben und Sterben! Brüder trinkt aus!
D356 (anonyme) En résumé : que le vin qui pétille est beau !
Stimme: Funkelnd im Becher So helle so hold, Blinket hochschäumend, Blinkt perlend das Gold Der süssen, der köstlichen Reben.
Es glänzet auch uns wohl So freundlich, so hold, Hell wie der Reben Erquickendes Gold Das wogende herrliche Leben.
Chor: Drum, freudiger Zecher, Erhebet die Becher, Es funkelt der Wein Wohl so [freundlich]1, so hold, Es funkelt das wogende Leben wie Gold! Trinket! Trinket!
C’est un lied un peu grave. Buvons, avant que la mort ou des malheurs ne nous arrivent.
Eine Stimme. Brüder! unser Erdenwallen Ist ein ew’ges Steigen, Fallen, Bald hinauf, und bald hinab; In dem drängenden Gewühle Gibt’s der Gruben gar zu viele, Und die letzte ist das Grab.
Chor. Darum, Brüder! schenket ein, Muss es schon gesunken sein, Sinken wir berauscht vom Wein.
Ihr, Freunde und du goldner Wein Versüßet mir das Leben, Ohn’ euch Beglücker wäre fein Ich stets in Angst und Beben. Chor. Ohne Freunde, ohne Wein Möcht ich nicht im Leben sein.
Wie Manchen seh ich nach dem Kuss Des spröden Liebchens streben; Doch folget nicht auch Überdruss Dem Wechselküssegeben? Chor. Ohne Freunde, ohne Wein Mag ich nicht bey Mädchen sein!
Wer Tausende in Kisten schließt, Nach mehreren noch trachtet, Der Freunde Not und sich vergisst, Sei reich, von mir verachtet! Chor. Ohne Freunde, ohne Wein Mag ein andrer reicher sein!
Ohn’ allen Freund, was ist der Held? Was sind des Reichs Magnaten? Was wär’ ein Herr der ganzen Welt? Sind alle schlecht beraten! Chor. Ohne Freunde, ohne Wein Möcht ich selbst kein Kaiser sein!
Und soll es in der Zukunft Port Der Freuden höchste geben: So winke mir schon an der Pfort Ein Freund und Saft der Reben! Chor. Sonst will ohne Freund und Wein Ich selbst nicht im Himmel sein.
Trinklied D267 (Anonyme, 1815)
Que chacun soit gai et sans souci !
Auf! Jeder sei nun froh und sorgenfrei! Ist noch Jemand, der mit Gram Schwer im Herzen zu uns kam: Auf! auf! er sei nun froh und sorgenfrei!
Chanson du 14ème (? ou plutôt 16ème selon le catalogue Deutsch) siècle :La nonne, le prêtre, les serviteurs, l’abbé, le prieur, les travailleurs, pour le roi et pour le pape… tout le monde boit du vin sans eau et sans rien laisser !
Edit Nonna, edit Clerus, Ad edendum nemo serus, Bibit ille, bibit illa, Bibit servus cum ancilla.
Bibit Abbas cum Priore, Bibit coquus cum factore, Et pro Rege et pro Papa, Bibunt vinum sine aqua.
Et pro Papa et pro Rege Bibunt omnes sine lege, Bibunt primum et secundo Donec nihil sit in fundo!
C’est une ode au printemps, au mois de Mai, au vin et à l’amour…. Couronnez les tonneaux, et servez moi du vin !
Bekränzet die Tonnen Und zapfet mir Wein; Der Mai ist begonnen, Wir müssen uns freun! Die Winde verstummen, Sie atmen noch kaum; Die Bienlein umsummen Den blühenden Baum.
Die Nachtigall flötet Im grünen Gebüsch; Das Abendlicht rötet Uns Gläser und Tisch. Bekränzet die Tonnen, Und zapfet mir Wein; Der Mai ist begonnen, Wir müssen uns freun!
Zum Mahle, zum Mahle, Die Flaschen herbei! Zween volle Pokale Gebühren dem Mai! Er träuft auf die Blüten Sein Rot und sein Weiß; Die Vögelein brüten Im Schatten des Mais.
Er schenket dem Haine Verliebten Gesang, Und Gläsern beim Weine Melodischen Klang; Giebt Mädchen und Knaben Ein Minnegefühl Und herrliche Gaben Zum Kuss und zum Spiel.
Ihr Jüngling’, ihr Schönen, Gebt Dank ihm und Preis! Lasst Gläser ertönen Zur Ehre des Mais! Es grüne die Laube, Die Küsse verschließt! Es wachse die Traube, Der Nektar entfließt!
Es blühe der Rasen, Wo Liebende gehn, Wo Tanten und Basen Die Küsse nicht sehn! Ihr lachenden Lüfte, Bleibt heiter und hell! Ihr Blüten voll Düfte, Verweht nicht so schnell!
‘Come, thou monarch of the vine, Plumpy Bacchus, with pink eyne! In thy fats our cares be drown’d, With thy grapes our hairs be crown’d: Cup us, till the world go round, Cup us, till the world go round!’
mais Schubert compose pour le texte en allemand
Bachus, feister Fürst des Weins, Komm mit Augen hellen Scheins, Unsre Sorg ersäuf dein Fass, Und dein Laub uns krönen lass, Füll uns, bis die Welt sich dreht, Füll uns, bis die Welt sich dreht.
C’est au Palais Longchamp, château construit en pierre de Calissane et inauguré en 1869 pour accueillir les eaux de la Durance conduites par le canal de Marseille, qu’est logé depuis lors ce joli musée créé sous le Consulat.
Il abrite bien des trésors, comme cette vue du Cours (aujourd’hui Belsunce) , du peintre Michel Serre, après la grande peste de 1720 qui emporta la moitié de la population.
Mais ne nous dispersons pas. On peut aussi y voir cette statue de Lesbie, une coupe à la main, et de son moineau, de François Truphème (1820-1888).
Lesbie, « muse aux moeurs très volages » aimée du poète Catulle, vivait au 1er siècle avant notre ère à Rome. Elle tient ici une coupe à la main, et tient sur l’épaule un passereau qui ne l’a quittait pas, mais…
Pleurez, Grâces ; pleurez, Amours ; pleurez, vous tous, hommes aimables ! il n’est plus, le passereau de mon amie, le passereau, délices de ma Lesbie ! ce passereau qu’elle aimait plus que ses yeux ! Il était si caressant ! il connaissait sa maîtresse, comme une jeune fille connaît sa mère : aussi jamais il ne s’éloignait d’elle ; mais, voltigeant sans cesse autour de Lesbie, il semblait l’appeler sans cesse par son gazouillement. Et maintenant il erre sur ces ténébreux rivages que l’on passe, dit-on, sans retour.
Un peu plus loin, Bacchus se repose, une grappe à la main (oeuvre de Gilles Garcin (1647-1702))
Sur la grève , des pêcheurs pique-niquent
et l’un boit à la régalade (oeuvre d’Alphonse Moutte 1840-1913).
Terminons avec. ce festin nocturne (détail), d’Adolphe Monticelli (1824-1886), qui inspira Van Gogh.
Elle n’a duré que 8 ans, mais annonce les temps nouveaux.
EN 1715, à la mort de Louis XIV, son arrière-petit -fils Louis XV n’a que 5 ans, et c’est le neveu Philippe d’Orléans qui assure l’interim jusqu’aux 13 ans du roi (sa majorité).
Après le très chrétien Roi Soleil, c’est un libre penseur, un libertin, un artiste (peintre et musicien) qui quitte Versailles pour Paris et prend les commandes de la France.
C’est cette courte histoire que nous fait revivre le musée Carnavalet avec l’exposition « la Régence à Paris ».
Voici le temps desfêtes, bacchanales et débauches, illustré par Bernard Picart.
Suivons Bacchus avalons sa liqueur Ah ! qu’elle a de douceur
Initié à la peinture par Charles Coypel, le Régent dessine les cartons de tapisseries illustrant les amours de Daphnis et Chloé. Voici celle intitulée les Vendanges.
Ces deux détails sont extraits de « Daphnis et Chloé : les Noces ». (à gauche, le banquet de noces, à droite la reconnaissance de Chloé)
Nous retrouvons Alexis Grimou, une vieille connaissance, avec ce « marquis d’Artaguiette en buveur« , qui date de 1720.
Ces deux épicuriens sont attribués à Jacques Autreau, un auteur de théâtre fameux à l’époque.
François Boucher, né en 1703, était tout jeune lorsqu’il a fait cette gravure d’après Watteau d’un « jeune homme portant un plateau et d’un valet tirant des bouteilles d’une corbeille » (1730).
Des bouteilles du sacre peut-être ?
Bouteille portant le sceau du sacre de Louis XV, 1722
(Il serait intéressant de savoir où cette bouteille a été fabriquée, la première verrerie royale « à la façon d’Angleterre » ayant été fondée en 1723 à Bordeaux par l’anglo-irlandais Pierre Mitchell )
Louis XV fut consacré à Reims le 25 octobre 2022, à l’âge de 12 ans.
« Le vin servi ce jour-là est du vin de Champagne, effervescent (pétillant), ou tranquille (sans bulles). Le champagne est le vin préféré de la cour et particulièrement du Régent, comme l’écrit sa mère, la Princesse Palatine : Quand mon fils boit un peu trop, il ne fait pas usage de fortes liqueurs, mais de vin de Champagne.«
Ici finit l’histoire de la régence, et Philippe , nommé »principal ministre », décédera un an plus tard.
Post Scriptum : la bouteille présentée ci-dessus serait l’unique rescapée des 6000 bouteilles bues à l’occasion du sacre. Vendue avec d’autres vieux flacons par une collectionneuse américaine en 2020,elle a été acquise par la famille Tartiner qui en a fait don au Palais de Tau, l’ancienne résidence épicopale à Reims.( Voir l’article de francetvinfo)