Heureux qui comme Senard

… lit dans le texte Horace !

Le 29 juin dernier, nous assistions à la remise du prix Rabelais de l’Académie du même nom à Charles Senard, un éminent latiniste, pour son livre Carpe Diem.

C’est un livre à lire, plein d’enseignements et de poésies. L’amateur de vin ne doit pas filer tel l’éclair au chapitre 9 (le vin du souvenir), mais au contraire cueillir chaque page… Et l’on verra que le vin est au centre de la philosophie sous-jacente, celle d’Epicure.

Carpe Diem : cueille le jour, profite de chaque instant, car le temps fuit…  » Sois sage, filtre (apprête) tes vins « 

Cette injonction figure dans une Ode d’Horace et s’adresse à Leuconoé, une femme invitée à se libérer pour se concentrer sur le jour présent. Le contexte de cette ode est celui du banquet et du plaisir du vin, nous dit Senard.

Horace, grand poète romain, ami de Mécène, contemporain d’Auguste, n’eut de cesse de propager l’enseignement d’Epicure, philosophe grec de 3 siècles son aîné, dont l’Ecole, le Jardin, fit florès pendant 6 siècles.

A la question : comment mener une vie heureuse ? L’épicurisme répond par une certaine ascèse qui n’empêche pas l’épanouissement de la sensualité et préserve la capacité à jouir de l’existence et de ses plaisirs. Car « Le plaisir est le principe et la fin de toute vie bienheureuse ».

Mais les désirs illimités sont source de frustration ; tout plaisir n’est donc pas à rechercher, il faut les trier : les naturels et nécessaires, les naturels non nécessaires, les ni naturels ni nécessaires.

Il faut donc, par un raisonnement sobre, anticiper les effets de l’accomplissement du désir, bénéfiques ou maléfiques.

Sont nécessaires au bonheur : l’amitié et la philosophie

« la voix de la chair » contre la faim, la soif, le froid, est nécessaire à la bonne santé du corps, voire à la vie. Le vrai plaisir est déjà dans cette sortie de la douleur, le reste n’est qu’une question de variation.
La pratique de la sobriété permet de mieux aborder les difficultés qui peuvent survenir.
L’enrichissement, la gloire et sa rançon, la soif du pouvoir, sont des désirs non nécessaires.
Le désir sexuel est naturel, mais non nécessaire (cela reste très débattu) ; et que dire de l’amour-passion et de ses dégâts…

Au delà des plaisirs immédiats, nécessaires à la vie, l’amitié est donc le principal plaisir, avec sa pratique de la conversation amicale, orale ou écrite ; le voyage entre amis, le symposion (banquet) enfin, où l’on boit ensemble, dehors ou dans un jardin. Elle se manifeste par exemple en faisant boire à un ami un vin de son année de naissance ou d’un moment important de son existence…

« saisissons, mes amis, l’occasion que nous offre cette journée… Toi, apporte nous des vins pressés sous le consulat de mon cher Torquatus (année de naissance du poète) » (Horace)

ou encore, accueillant son ami et bienfaiteur Mécène,

Tu boiras un vin de Sabine bon marché dans de modestes coupes, vin que j’ai moi-même enfermé dans une amphore légère, quand au théâtre tu reçus des applaudissements, cher chevalier Mécène..

Mieux vaut boire un vin bon marché avec un ami cher, qu’un très bon vin avec des convives indifférents, conclut Senard.

Aussi, le vin est-il présent dans les célébrations. Ainsi, après la victoire d’Auguste à la bataille d’Actium :

« Nunc est bibendum… Maintenant  buvons. Auparavant il était sacrilège de tirer le Césure (fameux vin de Campanie) du cellier des aïeux…« 

15 siècles plus tard, Lorenzo Valla fait dire à un épicurien dans « Sur le plaisir » :

« O vin, père de la joie, maître des plaisirs, compagnon des heures heureuses, consolateur dans l’adversité ! Tu présides toujours les banquets, toi le guide et le chef des noces ; toi arbitre de la paix, de la concorde et de l’amitié, père du sommeil le plus doux, restaurateur de la force dans les corps éreintés, le cultivateur comme le dit Virgile, le libérateur de l’inquiétude et du souci. Faibles, tu nous rends forts ; timides, audacieux ; silencieux, éloquents.

Mais la modération est de mise (« Tout est affaire de mesure ».)

« ce ne sont point les banquets et les parties de plaisir qui se suivent les unes après les autres, ni les jouissances amoureuses…,ni tous ces plats qui garnissent une table somptueuse, qui produisent la vie heureuse » (lettre d’Epicure à Ménécée).

Quant à la peine, c’est la force du souvenir qui permet de revivre les bons moments, de supporter la peine.

Quant à la mort, un faux problème ; plus de sensation, donc plus de souffrance. Avant de mourir Epicure « serait entré dans une baignoire d’airain remplie d’eau chaude et aurait demandé du vin pur » (Diogene Laërce).

Cet enseignement ne pouvait que déplaire aux religions de l’au-delà. Il fut décrié, caricaturé, et il fallut attendre la Renaissance pour que les humanistes (Valla, Pontano, Erasme, Montaigne…) redécouvrent l’épicurisme et ses thuriféraires.

Quelle meilleure mise en oeuvre de cet enseignement que la remise du prix Rabelais aux Noces de Jeannette ce jeudi 29 juin : amis s’entretenant de toute part, vins frais, gouleyants de nos amis vignerons du Beaujolais, plateaux de charcuterie et de fromages exquis…

Merci à tous ceux qui ont oeuvré pour ce bel événement !

Si tu vas A…vignon

Une fois de plus la cité papale aux cent (?) monuments religieux accueille pendant un mois les saltimbanques de tout poil, comédiens, standupeurs, musiciens, chanteurs, illusionnistes, danseurs, circassiens… : près de 1500 spectacles pour 1200 troupes.

Une fois de plus les reporters du Bon Clos sont allés y faire un tour, histoire de voir si les fleurs de vigne poussent encore en cette saison.

On ainsi vu deux baladins raconter en 65 minutes  » l’histoire du vin, sans gueule de bois », en éclusant force verres d’un liquide rouge dont ils n’ont pas révélé la composition. Sans doute pas que du vin, mais si, quand même, un peu. C’est dense, quoique parcellaire, on ne dit pas tout en si peu de temps, et plutôt amusant!

C’est le Nectar des Dieux, au théâtre des Brunes, que l’on peut voir jusqu’au 29 juillet.

On a aussi pu entendre fredonner « buvons, chers amis buvons, le temps qui fuit nous y convie » , les connaisseurs auront reconnu l’air à boire du Bourgeois Gentilhomme, dans « le Voyage de Molière », plaisante aventure onirico-temporelle qui nous fait croiser Jean-Baptiste à l’heure de composer le Dépit Amoureux. Du théâtre comme on l’aime ! (au Chien qui fume jusqu’au 29 juillet)

Apérotomanie, voila un titre accrocheur !

Ce spectacle venu de Brest ne ment pas : c’est vraiment un apéritif qui nous est proposé dans la cour du musée d’Angladon, avec deux vins naturels servis par Mme A et Mme Vé (des p’tits Gaillac), entre deux déclamations de tirades plus ou moins érotiques d’auteurs (l’apéro possède un potentiel érotique, nous dit-on), et des préparations culinaires préparées par ces dames.

voir le teaser là.

Nin, Reyes, Laclos…Baudrillard, Quignard… Tiens, voila Dubillard, et son apéritif.

On en aura une version plus complète au théâtre des Corps Saints où l’on joue les nouveaux Dialogues.

Cet apéritif est une pépite, on en trouve des interprétations en ligne, la plus courte en petit format, mais si bien jouée

une autre un peu plus longue (« la prochaine fois je prendrai un vermouth »)

Au théâtre des Béliers, avec « c’est un métier d’homme », production oulipienne, on assiste à des exercices de style où deux protagonistes viennent tour à tour décrire leur métier en respectant les mêmes contraintes. Le buveur a retenu toute notre attention :

« Mon métier consiste à descendre du haut de la bouteille jusqu’en bas. Et la descendre le plus vite possible. C’est un métier d’homme. D’abord parce que quand la bouteille est pleine, l’homme a envie de la descendre, ensuite parce que quand il y a plusieurs hommes autour de la même bouteille, ils veulent tous la descendre plus vite les uns que les autres.
Un métier humain.
Je suis buveur. »
(Ian Monk)

Voir la video où les deux acteurs expliquent leur démarche (voir un extrait du buveur à 3mn10s).

Terminons en mentionnant un lieu magique où il convient de se rendre dès l’ouverture à 19h : le bar à vins des Côtes du Rhône dans la cour de la maison des vins d’Avignon.

Un prix d’entrée modique donne droit à un verre et permet de déguster en musique les produits des vignerons présents, qui changent chaque jour.

Nous avons ainsi découvert l’appellation Gadagne, un Côtes du Rhône villages devenu Côtes du Rhône villages Gadagne en 2012.

Pour en savoir plus sur les vins de Gadagne.

Merci aux musiciens et aux producteurs des domaines des Gariguettes, Bois de Saint-Jean, Clos de Saumanes et Demazet.

Au clos des côteaux saint-georges

Un nouveau clos est né à Villeneuve Saint-Georges, et avec lui une confrérie bachique : la confrérie des coteaux de Saint-Georges. Son grand-maître est l’ami Jean-Pierre Vic, le tenancier de la Guinguette Auvergnate, accordéoniste Président d’honneur de la Bourrée Montagnard

Ce samedi 3 juin, des confréries étaient venues de toute l’Ile de France, accueillis par l’harmonie de Limeil-Brévannes, pour découvrir ce clos

et assister aux plantations et à l’inauguration du lieu

Il faut dire que la vigne à Villeneuve Saint-Georges, c’est une longue histoire, ainsi que l’explique Michel Miersman, dont on connait les travaux historiques sur le vin en Ile de France :

Villeneuve-Saint-Georges occupait une bonne place dans la production de vin.
En bord de Seine avec des coteaux, à 91 m d’altitude, plein sud, les vignes y ont trouvé une place idéale.
L’abbaye de Saint-Germain-des-Prés qui a reçu Villeneuve en donation en 558 par Childebert 1er, en seigneurie religieuse avec les « vignes », va y développer la production du vin.
Les surfaces plantées en vigne à Villeneuve ont atteint 120 ha en 813, selon le polyptyque de l’abbé Irminon de l’abbaye de Saint Germain-des-Prés, 91 ha vers l’an 1200, ils étaient encore de 30 ha en 1788.
A la veille de la Révolution, les vignerons propriétaires de vignes étaient au nombre de 125, représentant 28 grandes familles.

Il fallait fêter ça en musique, ce fut fait avec le Hot Swing Orchestra de Michel Cabu

qui ont « mis le feu » au gymnase ! Merci à eux…

Et bravo aux lauréats du Concours des vins D’Ile de France organisé par Cocorico qui ont été annoncé ce soir-là !

Voir tous les résultats en ligne

Au musée de la grande-guerre, à MEAUX

Ouvert le 11 novembre 2011 sur le territoire de la Première bataille de la Marne à Meaux, ce musée est le plus grand musée d’Europe consacré à la Première Guerre mondiale.

Le visiter, c’est goûter la chance inouïe de vivre dans un pays en paix. C’est appréhender les souffrances des générations suppliciées. C’est aussi fraterniser en pensée avec les soldats installés pendant des mois voire des années dans les tranchées, et partager leurs joies et leurs peines en les voyant s’activer entre deux combats.

Nous nous sommes comme d’habitude concentrés sur tout ce qui pouvait avoir un rapport avec le vin, et plus généralement l’alcool, sujet que nous avions déjà abordé il y a quelques années (voir  » le vin des poilus« )
Les mots pinard et gnôle sont sortis de l’incognito pendant cette guerre :

Le terme pinard existait, dit-on, en Bourgogne dès la fin 16ème siècle pour désigner le vin ; d’autres citent les déclarations du professeur Pinard, gynécologue célèbre à l’époque, qui, député, aurait fait voter un texte pour la fourniture quotidienne d’un quart de vin rouge aux soldats du front. Mais il ne sera député qu’en 1919. Toujours est-il que le mot devint populaire :

Le pinard c’est de la vinasse
Ça réchauff’ là oùsque ça passe
Vas-y, Bidasse, remplis mon quart
Viv’ le pinard, viv’ le pinard!
 
 (Louis Bousquet & Georges Picquet, Vive le Pinard, 1916)

Quant à la gnôle, il s’agirait d’un mot franco-provençal.

L’alcool, décrié avant-guerre,

était devenu le compagnon incontournable des poilus, comme en témoigne cette couverture du journal Le Front, exclusivement illustré par les poilus de l’avant;

Si dans le camp retranché de Paris la vente d ‘alcool aux militaires est proscrite,

A l’arrière on se mobilise pour les soldats du front

en claironnant des slogans d’un autre temps.

Au front, on s’arrange avec les moyens du bord

Cette ingénieux alambic de poche est fait avec une boite de conserve et une lampe à alcool !

Topettes et chopes font partie de l’équipement du soldat de part et d’autre de la ligne de front.

In the glad revels, in the happy fêtes,
When cheeks are flushed, and glasses gilt and pearled
With the sweet wine of France that concentrates
The sunshine and the beauty of the world,

Drink sometimes, you whose footsteps yet may tread
The undisturbed, delightful paths of Earth,
To those whose blood, in pious duty shed,
Hallows the soil where that same wine had birth.

Dans les joyeux banquets, dans les heureuses fêtes, Quand les joues sont empourprées et que les verres sont pleins
Des perles dorées du doux vin de France, où se concentrent
Les rayons du soleil et la beauté du monde,

Buvez quelquefois, vous dont les pas pourront encore fouler
Les sentiers tranquilles et délicieux de la terre,
A ceux dont le sang, versé par un pieux devoir,
Sanctifie le sol où ce même vin est né.

Retrouvez sur le bon clos l’entiereté de ce poème d’Alan Seeger, cet américain qui n’avait « pas pris les armes par haine des Allemands ou de l’Allemagne, mais par amour pour la France ». 

Vinho Verde et Douro

Nous poursuivons la relation de notre visite au Portugal, où nous sommes venus pour participer au Congrès de la Fédération Internationale des Confréries Bachiques au cours duquel nous avons découvert ces deux régions du Nord du Portugal. L’une produit le vin du même nom, l’autre le célèbre Porto.

Le Vinho Verde, Le vin vert, ce n’est donc pas qu’un vin, c’est aussi une région située au Nord-ouest du Portugal, où le vent du Nord souffle et rafraichit océan et région côtière. La terre ne manque pas d’eau, le pays est bien vert.  La vigne est cultivée en hauteur, et les raisins, exposés à l’humidité et aux maladies,  sont généralement vendangés avant d’arriver à maturité. Le vint « vert «  est donc peu alcoolisé, sec et gagne à être bu frais. Historiquement majoritairement rouge, c’est le blanc qui prédomine dorénavant. Une multiplicité de  cépages (45…) induisent certainement une multiplicité de vins. Nous en retenons un : Casa da Senra,  de cépage loureiro. 

C’est à Viana do Castelo que la  Confraria do Vinho Verde a célébré son 54ème chapitre ; une trentaine de congressistes ont été intronisés.

On reconnaitra un costume et une tête bien connus des amis du Clos !

Les danses folkloriques ne nous ont pas surpris, de semblables ont bien souvent accompagné nos chapitres clamartois.

La Confrérie du Vinho Verde a un hymne, l’âme du vinho verde ! (Artur Coimbra, João Martins). Le voici, chanté par Cristina Lima

Desde a raiz da memória 
Nas terras férteis do Minho
Colhe-se na tradição
O mais saboroso vinho!
Nas festas e romarias
Por esse país profundo 
Brinda-se à alegria
Com o melhor néctar do mun- do!

REFRÃO
Pelo nosso vinho verde 
Que aquece o dia a dia 
Pelos confrades, enfim 
Viva a nossa Confraria!

No mais fresco vinho verde 
Constrói a alma o seu hino 
Entre a serra e o mar
É que se bebe o destino! 
Numa mesa portuguesa
Sobre a toalha de linho
Há sempre um naco de pão 
E um bom copo de vinho!

REFRÃO

Nas lides dos nossos campos 
Quando é p’ra descansar 
Põe-se a merenda ao dispor 
E um tinto a acompanhar!
Não há vinho como o nosso 
Regado a esforço e suor
O sangue de todo um povo 
Num copo de puro amor!

Il faut signaler ici que la version portugaise du fameux Vino Griego a été adaptée, et a pour titre ici « Verde Vinho » !
L’exil des portugais vaut bien celui des grecs ! Elle est chantée par Paulo Alexandre.

Vamos brindar com vinho verde
Que é do meu Portugal
E o vinho verde me fará recordar
A aldeia branca que deixei atrás do mar.
Allons trinquer au vinho verde
Qui est de mon Portugal
Et le vinho verde me rappellera
Mon village blanc au-delà de la mer.
Vamos brindar com verde vinho
P’ra que possa cantar, canções do Minho
Que me fazem sonhar,
Com o momento de voltar ao lar.
Allons trinquer au vinho verde
Qu’on puisse chanter, les chansons du Minho
Qui font me font rêver,
Au moment de retourner à la maison

___________

Au delà des serras do Marão et de Montemuro, la région du Douro jouit d’un climat méditerranéen beaucoup plus clément. Le paysage de collines en terrasses est superbe, et a été classé par L’Unesco.

La Quinta da Pacheca, dont le nom rend hommage à la première propriétaire identifiée (1738) du domaine,  Da. Mariana Pacheco Pereira, produit des vins Douro DOC et Porto. Ce fut le lieu d’une belle dégustation.

Le vin de Porto rouge est fortifié après quelques jours de macération par ajout d’eau de vie de vin à 77°, stoppant ainsi la fermentation, puis passe quelques années en fût ou en foudre. Le tawny est le produit phare, mais le porto blanc, plus sec, s’avère agréable à l’apéritif. 

 Sa production est sans commune mesure avec celle du Madère. On en saura plus sur le Porto en lisant la synthèse de wikipedia.

Cette curieuse structure prolonge la vie d’un chêne multi-séculaire. Son nom : Nectar da Pacheca, son auteur : Oscar Rodrigues (2014).

Voici une autre oeuvre vue sur place.

Le retour en bateau vers Porto donne l’occasion d’admirer les incroyables paysages du Douro et de franchir la plus haute écluse d’Europe (36m). 

Le chapitre de la confrérie du vin de Porto était parfaitement rythmée. Toutes les confréries présentes ont été intronisées.

Et du porto 10 anos Tawny fut servi au diner de gala dans l’historique maison de la Douane.

Ne quittons pas le Portugal sans écouter les commandements du vin !

La bacchante de jean-louis

Personnage atypique de la scène française, Jean-Louis Murat vient de tirer sa révérence. Il avait composé une musique originale et interprété une chanson de Pierre-Jean de Béranger, ‘la bacchante », oeuvre poétique d’une grande puissance érotique, qui chante l’union de l’amour et du vin, sortie en 2005 (album MOCKBA). Elle lui ouvre les portes de la galerie du Bon Clos.

Entre ici, Jean-Louis Murat , et rejoins Pierre-jean de Béranger !

Cher amant, je cède à tes désirs 
De champagne enivre Julie 
Inventons, s’il se peut, des plaisirs; 
Des amours épuisons la folie 
Verse-moi ce joyeux poison 
Mais surtout bois à ta maîtresse; 
Je rougirais de mon ivresse 
Si tu conservais ta raison
 

Vois déjà briller dans mes regards 
Tout le feu dont mon sang bouillonne 
Sur ton lit, de mes cheveux épars 
Fleur à fleur vois tomber ma couronne 
Le cristal vient de se briser: 
Dieu! baise ma gorge brûlante 
Et taris l’écume enivrante 
Dont tu te plais à t’arroser 

Verse encore! mais pourquoi ces atours 
Entre tes baisers et mes charmes? 
Romps ces noeuds, oui, romps-les pour toujours: 
Ma pudeur ne connait plus d’alarmes 
Presse en tes bras mes charmes nus 
Ah! je sens redoubler mon être! 
A l’ardeur, qu’en moi tu fais naître 
Ton ardeur ne suffira plus 

Dans mes bras tombe enfin à ton tour: 
Mais hélas! tes baisers languissent 
Ne bois plus, et garde à mon amour 
Ce nectar où tes feux s’amortissent 
De mes désirs mal apaisés 
Ingrat, si tu pouvais te plaindre
J’aurais du moins pour les éteindre 
Le vin où je les ai puisés 

A Porto et Gaia

Sait-on que ces deux villes qui se font face de part et d’autre du Douro ont donné leur nom au Portugal ? Nous y avons passé quelques jours à l’occasion du 52ème Congrès de la Fédération Internationale des Confréries Bachiques, événement qui a lieu tous les 2-3 ans et qui était oreganisé cette année par les confréries portugaises.

On pourra en savoir plus sur ce Congrès sur le site de la dite FICB.

Commençons par Porto, ville bâtie sur des collines au bord du Douro.

Le Palacio da Bolsa, célèbre pour son salon arabe, contient quelques peintures de grande taille de Jose Maria Veloso Salgado représentant transport maritime

ou encore les vendanges

Une autre scène de vendanges, toute en azulejos, peut être vue à la gare San Bento

où nous avons aussi croisé ces soldats au repos et ce camion de livraison de Trovador Rosé (un vin du nord du Portugal). C’était une autre époque (la scène doit dater de la révolution des oeillets, en 1974)

La maison du collectionneur Fernando de Castro est maintenant un musée,( incroyable capharnaüm de mobilier et décorations d’église),

où l’on trouve aussi quelque pièces intéressantes de notre point de vue, comme ce petit chariot transportant un tonneau

et ces céramiques de buveurs

et plus rare, ce couple en grande conversation.

Voici aussi un dessin d’humour représentant un Dr Artaete attablé

6 ponts permettent de rallier Villa nova de Gaia depuis Porto. C’est là que sont les maisons de vin de Porto, à pied d’oeuvre pour expédier les barriques.

Une bouteille perchée l’annonce fièrement au visiteur franchissant le pont Luis.

Chez Ramos Pinto, on peut apprécier ces affiches publicitaires qui datent du début du 20ème siècle et dont nous avons identifié quelques auteurs comme Leopoldo Metlicovitz ou René Vincent

Les passants sont invités à prendre place !

Mais c’est au WoW que nous avons fait les plus belles découvertes. Ce complexe comporte boutiques, restaurants et musées. L’un d’eux abrite la collection d’Adrian Bridge ; ce musée archéologique présente près de deux mille pièces de vaisselle antiques ou plus récentes, de différentes cultures : 9000 ans de libations !

Nous sommes accueillis par cette vendangeuse

et cette table de dégustation d’un domaine bordelais apparemment disparu…

C’est en Chine, à Jiahu que serait attestée la plus ancienne trace de vin, il y a 9000 ans, soit 1000 ans avant les traces trouvées en Géorgie à Gadachrili Gora et Shulaveris. Mais les récipients présentés ne remontent pas aussi loin !

Cette figurine en terre cuite portant deux coupes provient de la vallée de l’Indus (vers – 2500-2000)

Cette coupe en argent finement ouvragée aux frises de vigne a été trouvée à Marlik dans l’ancienne Perse (vers -1400-1000)

Cette phiale en or provient de Phénicie (vers -700-500)

Cet archetype de vase grec représente Herakles et Dionyisos kantharos en main, en joyeuse compagnie…

Nous voici à Rome, avec cette statuette en bronze, ce calice aux 3 rangs d’écailles de pin, et une terre cuite romaine représentant Bacchus thyrse et coupe en main

Plus proche de nous, mais plus loin géographiquement, ce calice inca

Ce keru en cuivre de la même origine était clairement destiné aux libations comme on peut le voir en observant le détail

Bien plus proches de nous, ces verres servaient pour des jeux de boisson (il fallait boire d’un seul coup d’un trait à l’autre)

Ce grand verre de l’époque des mousquetaires (?) est joliment décoré

Rien n’arrête l’imagination, avec ce gobelet à deux coupes représentant une jeune mariée, qui permettait à un couple de boire de concert.

Ce gobelet a usage militaire (20ème siècle) est pratique car, téléscopique, il tient dans un petit étui.

Ces personnages en céramique émaillée nous rappellent ceux vus au musée Fernando de Castro

Admirons aussi cette carafe finement ouvragée

et cette chope en marbre qui ne l’est pas moins

La visite se conclut avec cette vitrine de verres radioactifs qui brillent d’une lumière fluorescente verte quand ils sont placés sous une lumière ultraviolette

En ce qui concerne le Portugal, on a eu des informations intéressantes lors de la conférence donnée par le Professeur J.A. Gonçalves Guimarães sur le thème « Vin et culture au Portugal » dans le cadre du congrès de la FICB, où plusieurs pièces intéressantes, témoignant de l’antiquité de la culture de la vigne, ont été présentées.

Voici un sarcophage romain avec des scènes de vigne, du 3ème siècle, trouvé à Castanheira do Ribateijo (au musée national d’archéologie de Lisbonne)

Cet élément de colonne wisigoth date du 5-6ème siècle (Vale de Aguieiro)

cette pierre du 8ème (Lisbonne)

et ce linteau du 11 ème (Castelo de Soure, près de Coimbra)

Scène de vendange, Oeuvre du Moine Egas (1189), au monastère de Lorvão, à Coimbra

Taille de la vigne, livre d’heures du roi D.Manuel, par Antonio de Holanda (1517-1538)

Cette sculpture dorée est au monastère San Bento da Victoria à Porto (17ème siècle)

les saints patrons de la vigne et du vin au Portugal sont Saint Vincent de Saragosse, St Martin de Tours, et St Gonçalo d’Amarante (12ème siècle, qui aurait fait jaillir du vin d’un rocher en le frappant d’un bâton pour nourrir des ouvriers ; son nom est aussi associé à des patisseries érotiques et des rites de fertilité)

Voici enfin des vues du port de Porto au 19ème siècle et au 20ème.

La conférence s’est terminée sur ce « toast aux jeunes mariés »(Saúde aos Noivos) du peintre portugais Carlos Reis. Saúde !( et merci au conférencier !)

On connait aussi de Carlos Reis Plus de vin (connu aussi comme the empty flagon, 1932)

Tout cela donne soif, c’est l’heure des dégustation des vins du Portugal, mais aussi des vins venus du monde entier. Tchin !

Et on peut continuer dans les rues de Gaia.

Just Rosé, le retour

3 ans qu’on l’attendait, le voilà revenu : Just Rosé, qui met la cité de Sanary en fête, et permet aux milliers de festivaliers de déguster les crus, exclusivement rosés, de 72 domaines, la plupart Varois, comme le château Saint Martin, cru classé en 1955,

ou encore les Annibals, où le confrère Henri de Wulf ne chômait pas,

Il faut quand même saluer la présence de 4 Champenois, un Bourguignon, un Corse, un Tarnais et un Meusien, le Cellier de Révigny, qui fait un vin de fraise délicieux et avait déjà tout vendu lors de notre passage, et de quelques autres des départements limitrophes !

Le vin était bien frais, certains diront trop frais, grâce au service innovant ICE CAR,

Le rosé donc, IGP, Côtes de Provence, Bandol… coulait à flot, dans la bonne humeur.

Cette « peinture sur soi » méritait le coup d’oeil !

Et le tuk-tuk de Matthieu assurait le retour au bercail.

Merci Sanary !

Le chant des Pochards

Pochard, cet adjectif et aussi substantif est apparu semble-t-il au début du 19ème siècle. Dérivant de poche, il renvoie à sac, sac à vin, et signifie donc ivrogne, poivrot…

Nous connaissons le thermomètre du pochard, qui permet de mesurer le degré d’ébriété;

les Pochards, une toile d’Ensor (1883),

et aussi la chanson j’suis pocharde d’Yvette Guilbert (1927).

Mais pas le chant des pochards, une chanson écrite par Marcel Pagnol et publiée dans la revue Massilia en 1911, à l’âge de 16 ans !

Le maestro J.C.Keck l’a déniché on ne sait comment. La voici.

Gloire à nous, buveurs insatiables !

On aimerait bien la chanter cette chanson, mais quel en est l’air ?

Ils font du vin en ville…

Ce dernier week-end quelques vignerons de « chais urbains » s’étaient retrouvés au Hoba, un lieu de vie dédié à la « cuisine durable et joyeuse », « niché au cœur du Parc Martin Luther King, dans l’écoquartier de Clichy-Batignolles, Paris 17e », pour débattre est faire déguster leur production.

L’affiche était prometteuse :

C’est Alvina Ledru-Johansson, du magazine « des bonnes femmes et de la bonne bouffe » Culs-de-poule, à l’origine de cette initiative, qui animait la table ronde. Y participaient Géraldine Dubois et Florent Sabourin.

Géraldine Dubois à installé La Têtue, un chai en pleine zone urbaine lyonnaise, et y vinifie ses raisins d’un domaine des coteaux du Lyonnais, situé à une vingtaine de kilomètres. L’idée est d’être au plus près des consommateurs, de privilégier les circuits courts, en recyclant les bouteilles voire en vendant le vin en vrac. Et bien sûr de faire des vins nature, sans levures exogènes, avec un sulfitage réduit à l’essentiel à la mise en bouteille.

Florent Sabourin, avec son compère Marc Event, fait de même à Montreuil, avec des raisins bio qu’ils vont chercher un peu partout. Leur marque Michtovino renvoie à l’argot local, Michto, d’origine romani, qui veut dire agréable, cool. Nous avons particulièrement apprécié leur claret.

(En apprendre plus sur Francebleu.fr et sur radiovino)

Les deux reconnaissent que leur modèle économique est loin d’être profitable, en raison des coûts et des contraintes urbaines. La comparaison avec les brasseurs, qui peuvent multiplier les cuvaisons, ne tient pas. Des cinq producteurs présents, le seul à s’en sortir pour l’instant est adossé à un bar où il peut écouler sa production. Dira-t-on qu’ils font ça pour la gloire ?

Lors de la dégustation nous avons aussi pu rencontrer le cadet des Ferchaud, Benjamin, qui produit avec son frère aîné ses vins sur l’île de Nantes, et les fait boire au Bras de Fer, un espace attenant à la cave de partage musical et oenologique. Les raisins vinifiés proviennent de la région ou de l’Anjou voisin.

A Courbevoie en banlieue parisienne, c’est un fils et un père (Antoine Et Fady Sfeir) qui proposent le Pif à Papa. En attendant d’avoir leurs propres vignes en Ile de France, ils vinifient des raisins de Loire et proposent une douzaine de cuvées originales, dont les noms (fiston, mamie, etc.) rappellent le jeu des 7 familles.

Nous avons été séduits par la cuvée Mamie, assemblage élevé sous voile de grolleau gris et d’un gamay vinifié en macération carbonique, aux arômes de noisette grillée étonnants.

Last but not least, c’est au D.O.C.K de Reims que nous donnons la palme, pour son Dock power, un délectable assemblage de muscat et de viognier, et son Dock en stock, un rouge complexe, puissant et épicé. Merci et bon courage à Laure et Fabrice Renaud !

Etonnant, non ?