Ergo bibamus !

Ergo bibamus ! Alors buvons !

On trouve cette injonction ancienne dans les Carmina potoria, chansons à boire du manuscrit trouvé en 1803 dans l’abbaye de Benediktbeuern, en Bavière, connu sous le nom (rendu fameux par Carl Orff) de Carmina Burana (nous en connaissons notamment le Bacche bene venies, au répertoire du Souffle de Bacchus).

Ergo bibamus, ne sitiamus, vas repleamus!
Quisque suorum posteriorum sive priorum
Sit sine cura morte futura re()peritura
Ergo bibamus!

(Alors buvons, ne nous assoiffons pas, remplissons le vase ; que chacun n’ ait cure de sa mort future…)

Ergo bibamus – extrait du manuscrit

(On peut trouver ici le texte complet, plus facile à lire que le manuscrit)

Le groupe de rock néo-médiéval allemand Corvus Corax (le Grand Corbeau) l’a mis en musique. (Ci-dessous à Munich en 2009)

L’expression ergo bibamus a aussi inspiré Goethe. En 1810 il composa ce poème, qui sera mis en musique en 1813 par Max Eberwein le bien nommé, pour le choeur d’hommes de Carl  Friedrich Zelter :

Hier sind wir versammelt zu löblichen Tun,
Drum Brüderchen, ergo bibamus!
Die Gläser, sie klingen, Gespräche, sie ruhn;
Beherziget: ergo bibamus!
Das heißt noch ein altes, ein tüchtiges Wort
Und passet zum ersten und passet sofort
Und schallet ein Echo, vom festlichen Ort,
|: Ein herrliches: ergo bibamus! 😐

2. Ich hatte mein freundliches Liebchen gesehn,
Da dach ich mir: Ergo bibamus!
Und nahte mich traulich, da ließ sie mich stehn,
Ich half mir und dachte: Bibamus!
Und wenn sie versöhnet euch herzet und küßt,
Und wenn ihr das Herzen und Küßen vermißt,
So bleibet nur, bis ihr was besseres wißt,
|: Beim tröstlichen Ergo bibamus! 😐

3. Mich ruft mein Geschick von den Freunden hinweg;
Ihr Redlichen, ergo bibamus!
Ich scheide von hinnen mit leichtem Gepäck,
Drum doppeltes: ergo bibamus!
Und was auch der Filz vom Leibe sich schmorgt,
So bleibt für den Heitern doch immer gesorgt,
Weil immer dem Frohen der Fröhliche borgt:
|: Drum, Brüderchen: ergo bibamus! 😐

4. Was sollen wir sagen zum heutigen Tag?
Ich dächte nur: ergo bibamus!
Er ist nun einmal von besonderem Schlag,
Drum immer aufs neue: bibamus!
Er führet die Freunde durchs offene Tor,
Es glänzen die Wolken, es teilt sich der Flor,
Da leuchtet ein Bildchen, ein göttliches vor,
|: Wir klingen und singen: bibamus!

« Ici nous sommes assemblés pour une action louable, chers frères : Ergo bibamus ! Les verres tintent, les causeries cessent : avec courage, ergo bibamus ! … » (d’après l’essai sur Goethe d’Edouard Rod 2014)

dessin et partition sur le site mythostheatre.org

Herr Goethe, bibamus ! Voici une interprétation, avec la traduction en anglais, par le groupe Duivelspack.

En voici une autre version, beaucoup plus tonique et enlevée, dûe au compositeur allemand Peter Schindler, extrait de sa cantate Sonne, Mond und Sterne, par le Coro Piccolo Karlsruhe et l’Ensemble Camerata 2000.

On y aura remarqué, entre deux strophes, l’ insertion d’un extrait d’un autre poème de Goethe : Trunken müssen wir alle sein! (nous devons tous être ivres). Ceci mérite quelques éclaircissements.

Le grand poète allemand découvrit à un âge avancé l’éminent poète persan Hafez, qui vivait au 14ème siècle et dérogeait volontiers à la prohibition du vin, les lecteurs du bon clos le savent bien.

L’ensemble de l’oeuvre de Hafez constitue le Divan. Inspiré par sa poésie et sa philosophie, Goethe écrivit son « West-östlicher Divan », recueil de poèmes en 12 livres. Le 9ème est Saki namehDas Schenkenbuch (Le Livre de l’échanson). Plusieurs de ces poésies ont été mises en musique. Trunken müssen wir alle sein! en est une :

Trunken muessen wir alle sein!
Jugend ist Trunkenheit ohne Wein;
Trinkt sich das Alter wieder zu Jugend,
So ist es wundervolle Tugend.
Fuer Sorgen sorgt das liebe Leben
Und Sorgenbrecher sind die Reben.
Da wird nicht mehr nachgefragt,
Wein ist ernstlich untersagt.
Soll denn doch getrunken sein,
Trinke nur vom besten Wein!
Doppelt waerst du ein Ketzer
In Verdammnis um den Kraetzer.

( Ivres, il faut que nous le soyons tous : la jeunesse est une ivresse sans vin ; si le vieillard redevient jeune en buvant, c’est une merveilleuse vertu ; la pauvre vie se tourmente à donner des soucis, et, les soucis, le pampre les chasse.
On ne s’inquiète plus de cela ! Le vin est sérieusement défendu. S’il faut donc que tu boives, ne bois que du meilleur : tu serais un double hérétique, de te damner pour la piquette.)

Ce poème a été mis en musique par Hugo Wolf (1860-1903) à Vienne en 1890

La partition est

Au tout début du livre de l’Echanson, on trouve

sitz ich allein
Wo kann ich besser sein?
Meinen Wein
Trink ich allein;
Und niemand setzt mir Schranken;
Ich hab so meine eignen Gedanken.

(Quand je suis seul à table, où puis-je être mieux ? Je bois mon vin tout seul ; nul ne m’impose de gêne ; je suis à mes pensées) (les traductions du Divan sont de Jean-Jacques Porchat )

le poème a été mis en musique par Robert Schumann.

Un peu plus loin,

Solang man nüchtern ist

[Solang]1 man nüchtern ist, 
Gefällt das Schlechte;
Wie man getrunken hat, 
Weiß man das Rechte;
Nur ist das Übermaß 
Auch gleich zuhanden:
Hafis, o lehre mich, 
Wie du’s verstanden!
Denn meine Meinung ist 
Nicht übertrieben:
Wenn man nicht trinken kann, 
Soll man nicht lieben;
Doch sollt ihr Trinker euch
Nicht besser dünken:
Wenn man nicht lieben kann, 
Soll man nicht trinken.

(Aussi longtemps qu’on est à jeun, on se plaît au mal ; dès qu’on a bu, l’on connaît le bien, seulement l’excès arrive aussi bien vite ; Hafiz, apprends-moi de grâce comment tu l’entendais. Car mon avis n’est pas exagéré : si l’on ne peut boire, on ne doit pas aimer ; mais, vous, buveurs, il ne faut pas vous croire en meilleure position : si l’on ne peut aimer, on ne doit pas boire.)

Ce poème a été mis en musique par Hugo Wolf (ici la partition)

et aussi par Mendelssohn, c’est bien plus « tonique « , non ?

Il reste à se défendre contre les critiques

Sie haben wegen der Trunkenheit
Vielfältig uns verklagt
Und haben von unsrer Trunkenheit
Lange nicht genug gesagt.
Gewöhnlich der Betrunkenheit
Erliegt man, bis es tagt;
Doch hat mich meine Betrunkenheit
In der Nacht umhergejagt.
Es ist die Liebestrunkenheit,
Die mich erbärmlich plagt,
Von Tag zu Nacht, von Nacht zu Tag
In meinem Herzen zagt,
Dem Herzen, das in Trunkenheit
Der Lieder schwillt und ragt,
Daß keine nüchterne Trunkenheit,
Sich gleich zu heben wagt.
Daß keine nüchterne Trunkenheit
Ob’s nachtet oder tagt,
Die göttlichste Betrunkenheit,
Die mich entzückt und plagt.

(Ils nous ont fait mille reproches au sujet de l’ivresse, et n’en ont jamais assez dit sur notre ivresse. Pour l’ordinaire, on est enseveli dans l’ivresse jusqu’au matin, mais, cette nuit, mon ivresse m’a fait courir de tous côtés : c’est l’ivresse de l’amour qui cruellement me tourmente, et, du jour à la nuit, de la nuit au jour, tremble dans mon cœur, dans mon cœur, qui se dilate et s’élève par l’ivresse des chansons, si bien que nulle froide ivresse n’ose rivaliser avec elle. Ivresse de l’amour, des chants et du vin, qu’il fasse jour ou nuit, ivresse divine, qui me charme et me tourmente !)

partition de Wolf

(ce poème aurait aussi été mis en musique aussi par Otto Klemperer)

De ce qui précède, on pourra retenir ces deux maximes :
« Si l’on ne peut aimer, on ne doit pas boire »,
et
« Le vin est sérieusement défendu. S’il faut donc que tu boives, ne bois que du meilleur : tu serais un double hérétique, de te damner pour la piquette. »

Ergo bibamus !

Les cènes du pitre

De son vrai nom Stéphane Thierry, l’artiste pitre poursuit sa carrière mouvementée. Nous verrons ici que le thème de la cène continue à le hanter.

l’artiste pitre croisé en septembre dernier à Expo4art
(halle des blancs manteaux)

Nous connaissions une Cène selon Saint-Marque, présentée au Salon d’automne des Champs Elysées en 2013.

et le vin d’ici vaut mieux que l’eau de là, où l’on voit verres de vin et bouteilles d’eau coexister pacifiquement.

En 2022 il a présenté une nouvelle version de la Cène selon saint-Marque dans sa série  « Dommage aux maitres »

Le diable (les marques ! st-moret, st-yorre, st-michel, st-estèphe etc.) est dans les détails

Et voici maintenant les Noces de Cana

Le site pari-bistro.com compte parmi ses admirateurs. Voici ce qu’il en dit :

« L’Artiste Pître poursuit son œuvre sur le thème hagiographique. Après sa « Cène selon St Marque« , clin d’œil un chouïa ironique sur ces saints devenus des marques agroalimentaires. Voici donc ses Noces de Cana (bis) inversées où le vin d’une quinzaine de belles cuvées aux noms inspirés par le ciel – « château Saint-Ange » de St Emilion, « la Croix » de Saint Estèphe- est transformé maladroitement en eau comme une œuvre rêvée par le lobby anti-alcool. De quoi pousser Bacchus à souhaiter voir à nouveau les chrétiens jetés dans la fosse aux lions ! »

Salut Stéphane ! A la prochaine (cène) !

surréalisme

« Plus personne n’ignore qu’il n’y a pas de peinture surréaliste », écrivit en 1925 Pierre Naville, alors codirecteur de la revue La Révolution surréaliste. Le lendemain il en était exclu par André Breton. Ah mais !

On pourra s’en faire une idée en visitant l’exposition « Surréalisme » au Centre Pompidou (jusqu’au 13 janvier 2025).
De Magritte nous connaissons les bouteilles vues à Bruxelles. Qu’allions nous découvrir ? On se contentera de ce verre à pied.


Max Ernst est un des plus prolifiques. Il a réalisé un nombre impressionnant de collages à partir d’illustrations d’époque, comme ce « wagon engourdi« , où le temps semble s’être arrêté, qui nous rappelle le temps béni des wagons-restaurants

et cette immaculée conception manquée ou trône un improbable balthazar

Cette bagarre à coup de bouteilles nous rappelle qu’une bouteille peut être une arme ; et que fait la police ?

Ce cadavre exquis est une oeuvre collective d’ ‘André Breton, Marcel Duhamel, Max Morise et Yves Tanguy (collage sur papier, 1928)

Voici enfin l’été de la Saint-Michel, une peinture de Pierre Roy, « ( le plus grand méconnu du surréalisme « d’après Aragon), qui prend plaisir au jeu du trompe l’oeil et l’esprit.

Extrait de l’analyse de la conservatrice Angela Lampe : « elle fonctionne sur le choc poétique provoqué par le rapprochement incongru d’objets quotidiens, dont le rapport d’échelle est souvent inversé. La rencontre, dans l’embrasure d’un faux cadre de bois et devant un grand paysage de plaine, d’un verre de vin monumental et d’un château miniature est l’un de ses motifs de prédilection« 

Le chateau serait celui de Villebon en Eure-et-Loire, selon André Deyrieux (voir son article : Le vin, passager clandestin du surréalisme (2/2))

Rendons justice à ce peintre, voici quelques images trouvées ça et là sur le Net.

Ces bouteilles coiffées de bonnets bretons semblent en conciliabule

(c) DACS/ADAGP; Supplied by The Public Catalogue Foundation
Autoportrait de Pierre Roy (1880-1950)

Touche à tout, Pierre Roy a collecté des comptines d’enfants qu’il a illustrées. L’ouvrage « cent comptines » a été édité en 1926. En voici une qui nous plait bien : mesdames, versez-nous du vin, tout plein ! (Ca se chante sur l’air d‘au clair de la lune)

Voici notre homme un verre à la main (Merci au Surrealist Digest pour cette photo), bienvenue au Bon Clos, Pierre Roy !

soreli blanc

Une fois n’est pas coutume, donnons un coup de chapeau à cette bouteille que l’ami Georges Kopcsan a fait déguster à une assemblée d’amateurs, la plénière de Cocorico (comité de coordination des confréries d’Ile de France).

Pour GK, le nez est « typiquement rhodanien avec des notes expressives de pêches blanches et d fleurs blanches… », l’attaque en bouche est équilibrée et gourmande mettant en avant les fruits blancs au sirop, comme la pêche et la poire », la finale est sapide et ronde !
Le cépage Soreli blanc est un hybride, résistant au gel et au mildiou, réalisé il y a une vingtaine d’année en Italie, par croisement de friulano (dit aussi sauvignonasse) et de Kosma 20-3 (un hybride dû au hongrois Pál Kozma).

« élégant, fruité et très aromatique, digne d’intérêt, il peut quelquefois manquer d’acidité, avec une douceur l’emportant sur la saveur et offrant généralement un degré de persistance assez long. Arômes de fruits mûrs, fruits tropicaux (ananas, fruits de la passion, mangue, …), … . » pour les cepages.free.fr

« Bonne accumulation des sucres, notes de fruits exotiques,agrumes, notes florales », pour l’observatoire des cépages résistants

Chacun jugera. Cette bouteille est proposée pour un prix modique par les Etablissements Nicolas dans sa gammes des petites récoltes : 3,5 € actuellement ! Qui dit mieux ?

quelques anniversaires

Mille ans, qui dit mieux ? Sûrement pas la Confrérie du Brie de Melun, qui fêtait ce 5 octobre ses 30 ans. Ni le Conseil des Echansons de France, qui fêtait ses 70 ans le 12 du même mois. Ni même le Moulin Rouge ses 135 ans…

Mille ans, c’est l’âge attesté de Villiers/Marne, si l’on se réfère à « la transcription au 14° siècle
d’un acte de 1024 enregistré dans le cartulaire de l’abbaye de Saint Maur » (in Villiers/Marne, son devenir, publié par la Société Historique de V/M et de la Brie Française).

Pour ce jubilé, la municipalité, accompagnée par la Confrérie des 3 Grappes, avait vu grand : organiser le 28 septembre un banquet de 1000 convives pour célébrer ces 1000 ans. Avec, pour mettre toutes les chances de son côté, un prix d’appel de… 20 euro.

le maire, Jacques Alain Bénesti

In fine ce ne furent que 400 à 500 personnes qui ont répondu à l’appel, un record tout de même pour ce genre de festivités.

Les confréries étaient venues en masse de Noisy le Grand, voisine d’outre-Marne, Yerres, Clamart, sans oublier l’autre Villiers (/Morin), Sully/Loire etc. On y a retrouvé avec plaisir le Grand Chambellan Marc, et Nadine, souvent rencontrés dans ces fêtes.

Au cours du repas, on put déguster le vin local, un chardonnay 2022 qui portait fièrement la devise de la Confrérie : le vin d’ici vaut mieux que l’eau de là.

On assista aux intronisations,

et l’on chanta les grappilleurs, hymne de la Confrérie des 3 Grappes, sur l’air des Chevaliers de la Table Ronde.

Et puis on se laissa emporter au pays des souvenirs par Quai des brunes et son florilège de chansons françaises des années 1920 à 1960 ..

C’est une autre ambiance qui régnait au Bar à Bulles, à Montmartre, où l’on fêtait quelques jours plus tard les 135 ans du Moulin Rouge !

A l’étage du Bar à bulles

Entre deux coupes de champagne, on pouvait y feuilleter le numéro 16 de Montmartre en revue, et prendre connaissance d’ « Il était une fois le Moulin Rouge », l’article de Gérard Letailleur qui raconte l’histoire incroyable du Moulin Rouge,

Screenshot

ou encore de l’interview du propriétaire des lieux Jean-Victor Clérico, tout en prêtant l’oreille, entre deux roulements de tambour des Poulbots, au discours du Président de la République de Montmartre, Alain Coquard.

Gérard Letailleur de profil au 1er plan, et Alain Coquard en tenue montmartroise

Toute autre était la manifestation proposée à Melun la semaine suivante, à l’occasion de la fête du Brie. La confrérie du Brie de Melun fêtait ses 35 ans.

Etait bien sûr présents les représentants de la Dive Bouteille de Gaillac,

les deux confréries s’étant « mariées » en 1995, car, comme l’indiquait alors Monique Josse :

« Bien affiné, le Brie de Melun atteint la plénitude de sa puissance et de sa personnalité. Il fallait trouver un vin pour l’épouser. Après une dégustation « à l’aveugle » de plusieurs appellations, le Gaillac fut élu pour son caractère, sa structure, un boisé léger et surtout ses tanins qui conviennent tellement bien au salé du Brie de Melun. »

Brie de Melun et Dive bouteille de Gaillac, deux conjoints clairement genrés

On y retrouva les Echansons Claude et Monique Josse, véritable incarnation de ce mariage, respectivement en habit de la Dive Bouteille de Gaillac (terroir de leur domaine du château Labastidié) et en celui de la Confrérie du Brie de Melun (ville où ils ont longtemps fait prospérer les caves de la Côte d’Or).

La cave qu’ils tenaient encore rue Paul Doumer il y a vingt ans porte toujours leur nom !

De nombreuses confréries avaient fait le déplacement

On défila dans les rues et le marché en fanfare avec Mammouth, la fanfare des bois,

(à voir en musique !)

On assista ensuite à la remise des prix du Concours des Brie de Melun.

3 jurys s’y étaient attelés, le Pro, celui de l’UTEC (école de la CCI77), et celui du Grand Public, qui devaient départager les cinq candidats. Les jugements ont été concordants. Trois concurrents ont reçu un accessit. Le 1er prix est allé à la société fromagère de Meaux !

Nous conclurons cette litanie d’anniversaires par celui des Echansons, confrérie fondée en 1954 pour défendre les vins français. L’actuel Grand chancelier Claude JOSSE en prit la présidence en 1984.

Après une messe célébrée en l’église Ste-Odile par l’archevêque de Paris Laurent Ulbrich, et accompagné par le Souffle de Bacchus, les participants se rassemblèrent dans la crypte.

Claude JOSSE y rappela les grandes lignes de l’histoire de la Confrérie : l’acquisition  en 1984 des caveaux des moines Minimes, rue des Eaux à Passy, désormais caveau des Echansons, siège de la confrérie et abritant le Musée du Vin ; la constitution de la collection de ce musée sous l’égide du conservateur Jean-Jacques Hervy ; l’acquisition en 1990 du Château Labastidié et de ses 51 hectares de vignes dans le vignoble gaillacois. Il conclut son allocution par ces mots :

« L’eau sépare les hommes, mais le vin les rassemble.« 

On procéda ensuite à une vingtaine d’intronisations dont celle de Jean-Marc Jost, vigneron alsacien, dont les vins allaient irriguer la journée.

Chaque intronisé souscrit à l’injonction : « humez, dégustez, buvez« 

Et puis l’on passa aux choses sérieuses avec un déjeuner typiquement alsacien (Ste-Odile oblige):

Merci aux scouts et guides-ainées du groupe RP Doncoeur pour le service à table.

L’ami Jacky était au son, il nous interpréta sa création « c’est dans la vigne que je suis né »,

tandis que les échansons fraichement intronisés s’entraînaient au sabrage du crémant rosé.

Bon anniversaire, amis Echansons !

Les canons de Caldara

Antonio Caldara (1670-1736) est un musicien et compositeur vénitien considéré au 18ème siècle comme le plus grand compositeur italien.

En plus de dizaines d’opéras, oratorios, messes, symphonies, cantates… il composa quelques canons dont le plus connu est sans doute Che gusto, un air à boire s’il en fut !

C’est du vénitien d’époque :

Quel plaisir incomparable, compagnons, que de manger et boire bien vite, quand il fait chaud.
Mangeons, buvons, et puis nous danserons heureux avec nos femmes !

En voici une interprétation par le choeur virtuel des conservatoires de Montreuil et Romainville

et une autre par le Coro del Upter Canto e Discanto

Un autre canons bachique, Beveria, vante le Tokai.

Screenshot

Je boirais bien du Tokai, si tu m’en donnes un peu.
Même à moi, qui ne suis pas un coq (?).
Donnez m’en, donnez m’en… rien qu’un verre.

(Il en existe une adaptation en français : je boirai bien un doigt de ce bon vin d’Arbois…)

Voici une interprétation par le « Coro Modelli Unici « , avec en bonus Viva la bottiglia de Salieri)

Et voici l’interprétation d’un trio japonais

Un troisième canon, Il Dio d’amore, se cache dans le même recueil

Le Dieu de l’amour toujours blesse le coeur
Mais une bonne liqueur atténue la douleur
Buvons donc, buvons sans peur
Soyons joyeux, buvons à toute heure !

Hélas, pas d’enregistrement en ligne.
Pour revenir à Viva la botiglia de Salieri, pas besoin de traduction, son sens se comprend aisément !

Viva, viva la bottiglia, viva, viva l’alegria.
Non più bella compagnia nel gran mondo non si dà.
La bottiglia, l’alegria, non più bella compagnia nel gran mondo non si dá.
Viva! Viva! No, no, no, no nel gran mondo non si dà. 

Nous aimons bien cette version en costumes

Et ici la partition !

Rouge, blanc, quinquina…

Saint-Raphaël !

Nous avons récemment visité à Thuir les caves de Byrrh, mais ce n’est qu’un des apéritifs au quinquina qui connurent au siècle dernier leur temps de gloire, et que d’aucuns boivent encore. Il y avait aussi Saint-Raphaël, Dubonnet (du beau, du bon, du bonnet), et bien d’autres.

L’écorce de quinquina, aux vertus fébrifuges, avait été rapportée d’Equateur par des jésuites. Louis XIV notamment en fit usage, pour combattre des fièvres.

Des potions au quinquina furent concoctées. C’est dans cet esprit qu’en 1846, André Dubonnet a élaboré un vin de quinquina destiné à protéger de la malaria les soldats en Afrique du Nord. On raconte que son épouse le servit comme apéritif à ses amis.

En 1866, ce sont les frères Violet qui créent le Byrrh. Les années 70 voient naître le Lillet, dans le Bordelais, et le Mattei Cap Corse, dans l’ile de Beauté.

Le succès est tel, alors que les méfaits de l’absinthe, (sans parler de ceux du vin Mariani à la cocaïne : les deux qui finiront par être interdits) commencent à être connus,

qu’une multitude de marques apparaissent.

En 1884, l’industriel lyonnais Pierre-Marie Juppet met au point son vin de quinquina, commercialisé en 1890 sous le nom de Saint-Raphaël.

Tous ces industriels avaient compris, comme Byrrh, l’importance de la pub.

A Dubonnet, nous donnons la palme pour son affiche sur la répression de l’ivresse publique.

Mais nous retenons l’originalité de Saint-Raphaël qui lança en 1897 un grand concours de poèmes. On peut en trouver les lauréats dans le numéro du Pêle-Mêle du 21 novembre 1897. Notre préférence va au 5ème prix, attribué à à M.Pfeiffer qui a reçu pour prix un « joli baromètre monté en bois sculpté« 

Malheureux, ô combien, est le mortel qui n’a
Goûté, Saint-Raphaël, ton fameux quinquina

Notons aussi le 7ème prix de M.Lusignan de Chambéry, pour ce quatrain au sens obscur à prime abord pour le lecteur d’aujourd’hui, qui lui a valu une caissette de 6 bouteilles.

Par son mérite et par sa chance
Au loto de la concurrence
Le Saint Raphaël Quinquina
Quine a !

(on appelait quine au 19ème siècle la série de 5 chiffres sortis ensemble à la loterie)

On pourra voir sur le site de christian legac une belle collection d’affiches et d’objets publicitaires pour les Saint Raphaël Quinquina (rouge, blanc).

On en trouvera bien d’autres sur le site des bibliothèques spécialisées de la Ville de Paris.

En voici une sélection, manifestant un souci pédagogique,

le succès international…

Avec du citron (et de l’eau de Selz ?), pourquoi pas ?

Quel temps fait-il ?

La police n’est pas en reste !

Avec le temps, le style évolue…

A Dalida, à Marina, qui résisterait ?

La pub, c’est aussi en musique. Voici Jacques Hélian et son orchestre !

Mais c »est le Dubonnet que Fernandel vantait en 1955.

Et attention aux contrefaçons !

Attention aussi aux excès, comme en témoigne Max Linder, la modération reste de mise !

Le buveur de Syros

Les Cyclades, ce chapelet d’îles en mer Egée, ont connu il y a 5000 ans une civilisation qui nous a laissé d’étonnantes sculptures dont Picasso dira : « plus fort que Brancusi. On n’a jamais rien fait d’aussi dépouillé » (rapporté par A.Malraux, la Tête d’obsidienne, 1974).

On en trouvera des descriptions ici et . Au Bon Clos, nous retenons ce buveur en marbre, dont l’ancienneté remonte à la période -2800-2200

Cet échanson ‘CUP-BEARER’, (comme indiqué par le musée) ne mesure guère que 15 cm de haut et date du début de l’âge de bronze (Cycladique ancien II, c. 2800/2300 av. J-C). Il se trouve au Musée de l’art cycladique, à Athènes.

Nous y voyons une très ancienne scène de portage de toast, plutôt qu’un petit vieux prenant son infusion au coin du feu. On peut la rapprocher de celle représentée sur l’étendard d’Ur, de la même époque.

Quel contraste néanmoins avec la porteuse de toast de Jean-Antoine-Marie Idrac, que l’on peut voir à l’Hôtel de Ville de Paris ou au Petit Palais!

Santé à l’ami Jean Dessirier, qui nous a fait approcher l’art très antique des Cyclades.

Dans le Roussillon

Roussillon, Catalogne Nord, Pyrénées Orientales ? Quelle différence ? ce sont les 438 km2 du Fenouillèdes… pays de tradition occitane. Le reste des P-O est catalan.

C’est un pays de vignobles (25000 ha) qui cultive la tradition des vins doux naturels, obtenus par mutation du moût par de l’alcool neutre en cours de fermentation.

Dans un premier temps, c’est un chapitre de la Commende Majeure du Roussillon qui nous y attira. On pourra en lire le compte-rendu sur le site de la FICB.

De quoi tomber amoureux de ces beau pays, de ses vins et de ses gens. Il fallait donc y retourner. 

C’est à Arnaud de Villeneuve (1240-1311), médecin, chirurgien et savant qui maitrisa la distillation alcoolique que l’ on attribue l’invention du vin doux naturel.

On peut retenir de lui l’enseignement suivant :

« Le vin conforte l’esprit. Il lui permet d’aborder la subtilité et de faire face à la difficulté. Il prodigue à l’âme audace, sollicitude, libéralité. Le vin crée la parfaite harmonie des parties. Corps, esprit et âme coopèrent. »

Mais dès l’époque romaine la viticulture prospérait dans la région dite Narbonnaise, conquise au 2ème siècle avant notre ère.

Une trace remarquable de ces temps révolus est cette inscription latine trouvée sur un vase : « bois esclave, je ne suis pas vide pour toi », que nous a fait connaitre l’historien Bernard Rieu lors d’une conférence sur l’histoire de la vigne en Roussillon.

Screenshot

Longtemps la viticulture en Roussillon a été synonyme de vin doux naturels, produits à Banyuls, Rivesaltes, Maury.

enseigne vue à Villeneuve de Conflent

(Il y eut plus tard le Byrrh, apéritif au quinquina qui eut son heure de gloire et dont nous avons visité le fameux site de production, à voir en fin d’article).
 Mais les temps changent, et l’on produit aujourd’hui quasiment autant de vins non mutés.

Pour mieux connaitre ce vignoble et ses vins, on pourra visiter ce site, et celui-ci.

A Perpignan, on se doit de visiter le musée Hyacinthe Rigaud, peintre du roi Soleil, enfant du pays. On y trouve ce grand tableau de Jacob de Backer (16 siècle) représentant Vénus, Bacchus et Cérès

Et cette Cargolade (un plat emblématique catalan) de Louis Delfau (1871-1937)

où l’on peut voir, posé sur la table, le fameux « porro », carafon pour boire à la régalade

et ce marbre sculpté.

A l’hôtel Pams, les superbes grandes fresques ignorent hélas vigne et vin, cette publicité pour Byrrh est juste une consolation et un avant-goût (voir plus bas)

On se consolera en se restaurant au Jean,

excellente adresse à la décoration aérienne

située dans une ancienne tonnellerie près du Centre du Monde (la gare de Perpignan), et dont le patron Jean-Claude,

pâtissier de formation, sait se montrer très hospitalier. Il nous présente cette étonnante bouteille d’un avenir passé :

une cuvée très spéciale !

A Céret, l’église Saint-Pierre présente ce « breuvage du salut » de William Fenech, un peintre local, surprenant calvaire dressé au milieu des vignes.

Au Musée d’Art Moderne, rien à signaler ici, si ce n’est ce Picasso à table

Un peu plus haut, à Arles /Tech, on danse la sardane au son de la cobla en ce jour de « festa major »

L’arrivée à Thuir, patrie du Byrrh, annonce la couleur avec cette rangée de ceps qui borde la route :

Les caves Byrrh, un élixir (« vin tonique et hygiénique au quinquina ») inventé par les frères Simon et Pallade Violet en 1866, y sont installées depuis plus de 100 ans. Exportée sur tous les continents, elle devint aussi la première marque d’apéritif en France dans les années 1930.

Vu sur une porte du fort Queyras

On entre dans la fabrique comme dans une cathédrale

 Le clou de la visite est un foudre de plus d’1 million de litres, où l’on faisait vieillir l’élixir afin que toutes les bouteilles aient le même goût !

Voici le tableau de commande de ce gigantesque site de production

Et voici des vues d’époque du hall de gare Eiffel et du quai de chargement

Coup de génie publicitaire, un concours d’affiches lancé en 1903 a inspiré plus d’une centaine d’artistes. En voici quelques unes

On trouvera les 112 primées sur le site du cartoclub aveyronnais, comme celle-ci qui reçut un 2ème prix

Concours d’Affiches BIRRH

et celle-ci, attendrissante, un 5ème prix

autres temps autres moeurs

Les enfants sont les bienvenus chez Byrrh d’ailleurs !

la publicité, le nerf de la guerre. Ces affiches sont de Georges Leonnec.

En voici quelques autres du même.

A la sortie, c’est l’embarras du choix

Nous terminons ce bref parcours à Maury, à la cave des vignerons, où l’on peut déguster la production du cru :

des vins doux naturels, reconnaissables à la bouteille trapue créée dans les années 80,

« Ces vins dits TUILÉS parce qu’ils proviennent de raisins noirs ou AMBRÉS parce qu’ils proviennent de raisins blancs sont des vins aromatiquement complexes servis en début ou en fin de repas », avec « des arômes de fruits confits, d’orange et de miel … pour les AMBRÉS », et aussi « des notes de cacao, de torréfaction, de pruneau … pour les TUILÉS ».

Mais il y a aussi depuis quelques années des vins rouges secs, où domine « LE CEPAGE de prédilection, lequel peut être vinifié soit en vins doux soit en vins tranquilles : le grenache noir. » 

Voulez-vous déguster ? nous a-t-on demandé gentiment. Vin(gt) dieu(x) ! on est là pour ça !

Et merci encore !

Entre Gaillac et Rabastens…

s’étend le vignoble de Gaillac, et bien au-delà.

Ce petit vignoble de près de 7000 hectares s’étend sur une région de plus de 1000 km2, jusqu’à Albi et au-delà à l’Est, Cordes/Ciel au Nord, Rabastensà l’Ouest, et s’étend encore plus au Sud sur la rive gauche du Tarn.

En ce début août, on pouvait y être facilement, « entre Gaillac et Rabastens » (expression qui signifie être pompette), tant sont bons les vins du cru que l’on pouvait déguster à loisir lors de la fête des vins qui se tenait, comme chaque année, le premier week-end d’août, au parc de Foucaud.

Une cinquantaine de domaines y faisait gouter leurs vins. Des vins jeunes pour la plupart, à l’exception du château Labastidié qui proposait ses vieux millésimes.

Nous avons particulièrement apprécié le mauzac blanc du domaine de Carcenac, ainsi que les vins Vigné-Lourac (les perles blanc, Assemblage de Mauzac, de Loin de l’Œil et de Sauvignon , de la cave Gayrel, un vin simple et savoureux servis au Buffet VIP offert par les vignerons Gaillacois) ; signalons aussi de la même maison le rond et gourmand  Le Rubis rouge, Assemblage de Braucol, de Duras, de Syrah et de Merlot.

On pourra lire là un article sur le chapitre de l’Ordre de la Dive Bouteille de Gaillac qui se tenait concomitamment. Notre ami Pierre, grand Amphitryon du Conseil des Echansons de France, y fut intronisé, entouré d’une délégation de celui-ci, ainsi que 3 autres personnalités régionales.

A Cordes/Ciel, sublime village perché à l’histoire imposante, le vin de Gaillac nous était conté : l’ancienneté de son histoire,

la diversité de ses vins,

les caractéristiques des cépages locaux

Recvenons sur l’expression « Estre entre Gaillac et Rabastens ». Guillaume Gratiolet de France Bleue Occitanie nous assure ici qu’il s’agit d’une expression occitane très ancienne, à rapprocher d’autres comme « aver un pe dins las vinhas » ou « , prener la cigala « .

« La légende raconte que cette maxime trés ancienne vient [] de Lisle-sur-Tarn on y disait que les gens ivres n’avaient pas su choisir entre les vins de Gaillac et Rabastens et avaient donc dû les déguster à plusieurs reprises. »

Il rapporte aussi :
« A Graulhet per d’aiga avèm pas set ! : (À Graulhet, pour de l’eau, nous n’avons pas soif ! )
De pan e de vin, lo rei pòt venir (Pain et vin, le roi peut venir).
Cada jorn, un còp de vin, estalvia cinc sòus del medecin, (tous les jours, un verre de vin, épargne les cinq sous du médecin.) »

et conclut :
« Nous faisons bien la différence avec Estre Sadol coma un pòrc o bandat coma una ascla être ivre mort si vous préférez et estre entre Gaillac et Rabastens, qui reste synonyme d’une légère consommation d’alcool« .
Ouf !

jardinière à Cordes sur Ciel