Moins connues que les caves du Chemin des Vignes à Issy-les-Moulineaux, les Crayères des Montquartiers se situent un peu plus loin sous le même coteau.Depuis Clamart, une sente y descend.
Elles valent le déplacement, surtout lorsqu’une dégustation y est organisée comme c’était le cas ce dernier week-end. En avant pour une petite visite…
Ces Crayères ont été creusées il y a deux cents ans pour extraire la craie, on y cultiva ensuite des champignons de Paris, elle hébergea enfin la plus grande brasserie de la région parisienne, nous dit-on.
Remercions les viticulteurs des Lutinières de Montlouis qui nous avaient invité à cette rencontre entre amis vignerons. Nous les connaissons pour les avoir rencontré dans d’autres caves à Cinq Mars la Pile, au salon Vins et Délices, réunion annuelle que l’ensemble vocal Alingavia de Langeais anime avec bonheur.
Nous découvrîmes aussi quelques beaux crus comme ce domaine de Calavon (côteaux d’Aix) « tradition » 2009 (carignan/grenache), au nez de café, délicieux, les Arbois de Martin Faudot, et l’excellent Chinon « cuvée Fleurs de la famille Rouet à Cravant les côteaux.
C’est le thème de l’exposition que l’on peut découvrir jusqu’au 11 novembre 2012 à la tour Jean Sans Peur, bâtiment ancien sis rue Etienne Marcel près des Halles.
Le site en lui-même mérite le déplacement : la tour est l’unique vestige de l’ancien hôtel de Bourgogne, qui à la fin du 13e siècle était adossé à l’enceinte Philippe Auguste ; Jean Sans Peur la fit construire vers 1410 pour se protéger de ses ennemis (ce qui ne l’empêchera pas d’être assassiné en1419) ; ses latrines, modernes pour l’époque (chauffées et reliées à une fosse) passent pour les plus anciennes de Paris ; un remarquable escalier à vis permet d’accéder à ses six étages.
Voici une photographie de la tour prise à l’époque du percement de la rue Etienne Marcel en 1877 par Charles Marville (Bibliothèque Historique de la Ville de Paris)
L’exposition est intéressante sur le plan linguistique (voir ci-dessous un florilège d’expressions anciennes), iconographique (même si on aurait aimé découvrir des documents originaux), et bien sûr historique. Un petit livret disponible sur place rassemble ces informations.
C’est l’occasion de découvrir Ibn Butlan, médecin irakien du 11eme siècle, et son ouvrage « préservation de la santé » ; Pietro de Crescenzi, agronome italien du 13eme siècle ; valère maxime, romain du 1er siècle… ; Watriquet de Couving et son « dit des trois dames de Paris » (vers 1320)…
« taille tôt taille tard, mais taille en mars »
« qui bine vine », « en lieu bas sème le froment, en lieu haut plante ton sarment », « vigne double si elle est close » (à l’abri des prédateurs)…
Pietro de Crescenzi, livre des prouffitz champestres et ruraulx, 15e siècle
« quand octobre prend sa fin dans la cave est le vin »
vigne sous pergola, ibn butlan
« en vaisseau mal lavé ne peut-on vin garder », « un vaisseau vide sonne plus haut que le plein », « bon vin s’aigrit en chaud cellier »…
(ibn butlan, tacuinum sanitatis, vers 1395)
« l’eau fait pleurer, le raisin chanter »
bonnes et mauvaises manières de boire, valère maxime vers 1475
« parler de vin, parler divin »
dégustation du vin nouveau, ibn butlan
« à la trogne connait-on l’ivrogne », « à bon ivrogne, bonne panse »…
Dame Tifaigne la coifière (modiste)
Qui dist : je sai vin de rivière
Si bon qu’ainz tiex ne fu plantez (qu’on n’en planta jamais un tel);
Qui en boit, c’est droite santez,
Car c’est uns vins clers fremians (frémissant),
Fors, fins, frès, sus langue frians (vif, pétillant),
Douz et plaisanz à l’avaler.
A celui nous couvient aler,
Autre vin goust ne nous ara. »
(voile texte intégral ici et le commentaire de maisons-champagne là)
Ainsi « de bon terroir bon vin », « à bon vin ne faut d’enseigne », on peut le boire « à pot ou à table » (debout, dans la rue ou dans la taverne, assis), et être « plus ivre qu’une soupe… » (pain trempé de vin)
Pour conclure, nous informons les lecteurs du bon clos qu’une série de conférences accompagne cette exposition :
le vin de messe (16 mai), le vin à la cour de Bourgogne (30 mai), viticulture et vinification au moyen-âge (13 juin), les vins « français » et les vignobles de la région parisienne au moyen-âge (26 septembre, symbolique médiévale du vin (3 octobre). Réservation au 01 40 26 20 28.
Les prévoyants qui auront réservé leurs places assez tôt pourront assister au concert-dégustation (chansons à boire du Moyen-Age au 18eme siècle et vins d’appellations médiévales) le 24 octobre avec l’ensemble vocal Montorgueil.
Le musée Carnavalet présente une passionnante collection d’enseignes anciennes, que l’on peut voir par exemple en se rendant à l’exposition Le peuple de Paris au XIXe siècle. Des guinguettes aux barricades (jusqu’au 26 février).
Voici un florilège pour les amis du bon clos. Ce sont bien sûr, pour la plupart, des enseignes de marchands de vins…
Voici un document historique, déniché par Madame Gisèle Jullemier, Présidente de l’Association des Amis de Clamart. Le Bon Clos ne pouvait pas ne pas le porter à la connaissance de ses lecteurs.
Il n’existe plus, ce fameux cabaret qui a connu la célébrité près de la barrière Croulebarbe, au bord de la Bièvre, et que fréquentaient Lamartine, Chateaubriand, Hugo, Béranger (Pierre-Jean de) dans les années 1820….
Voici bien des années que la morale, ou du moins son enseignement, a déserté les salles de classe. Nostalgie ? Voila que l’on réédite les livres dont nos maîtres s’inspiraient pour leurs leçons.
On connait les combats du bon clos contre l’alcoolisme, voici donc quelques extraits de cet ouvrage.
Nous n’ignorons pas au bon clos le raffinement des civilisations antiques, notamment en matière de bien vivre et … de bien boire. Qu’on se souvienne des expositions de la reine margot (le nectar des dieux, le jubilé) ou des vins d’Egypte, ou encore de Chio…
L’exposition Pompéi, un art de vivre , qui se tient au Musée Maillol à Paris 7eme devait apporter quelque pièce au dossier. A près une chasse aux images compliquée par la présence de cerbères soupçonneux, l’heure est venu d’en présenter le tableau aux lecteurs du bon clos.
Et en effet Bacchus Dionysos est partout. Le vin n’était-il pas boisson d’immortalité ?
Il nous accueille bien vite, assis sur son trône avec tous ses attributs : la panthère, les cymbales, le thyrse (long bâton, piqué d’une pomme de pin), le canthare en or (vase à boire).
Dionysos trônant (viendrait de la" maison du navire")
Un peu plus loin, voici une grande fresque représentant Dionysos découvrant Ariane endormie, qui se trouvait dans la « maison du Cithariste »
fresque : la rencontre de Bacchus et d'Ariane
Voici ce qu’en disent Jean Charbonneaux et alias dans Grèce Hellénistique, Gallimard 1970 (trouvé là)
Ariane est couchée sur les genoux de Hypnos, le génie ailé. Éros la dévoile au regard de Dionysos, couronné de myrte, qui tient le thyrse. Au second plan, Pan, admiratif lui aussi, une ménade, un joueur de flûte, un satyre qui aide Silène à grimper la montagne avec sa canne ; un autre dieu Pan regarde au sommet du rocher un dernier personnage (Pan, lui aussi). « C’est le ciel, mais un ciel chargé de nuages, qui règne au-dessus des rochers de l’île de Naxos. La découverte par Dionysos d’Ariane endormie est présentée avec une singulière poésie : le mouvement arrêté de Dionysos, qu’enveloppe le vent, la grâce du corps nu d’Ariane forment un premier plan qui laisse par derrière s’agiter la troupe insoucieuse des compagnons de Dionysos ; seul le vieux Pan a déjà conscience de la découverte d’Ariane et son geste souligne celui du jeune dieu. Le mouvement d’un satyre, qui se retourne pour appeler son compagnon, resté en arrière-plan, au sommet des rochers, accentue la profondeur d’un espace que la brume du matin rend presque fantomatique. Cette pâleur de l’aube ne marque les corps que d’ombres légères, mais les couleurs tendres, les ors, les verts, les bruns rouges, présentent une variété de tons infinis sous l’effet de la lumière : ici les ombres ne sont plus que des nuances de couleur et la lumière elle-même ne semble que le reflet de ces nuances. » Jean Charbonneaux – Roland Martin – François Villard, Grèce hellénistique, Gallimard, 1970, p. 148.
Le voici aussi porté par son père nourricier, Silène
Bacchus dans les bras de Silène (table en marbre)
Une statue de Bacchus posant le pied sur une panthère
Cet éphèbe a été paré d’une vigne (maison de Fabius Rufus)
Celui-là d’un appendice naturel
Il y a aussi ces médaillons présentant des divinités Cette applique ornait un lit de banquet (triclinum)
Florilège de vases et gobelets
rhyton en argile noisette
En sortant, les soiffards peuvent se rafraîchir le gosier chez CDiscount ( autodégustation non stop)
et glisser un oeil chez Kin Liou au 81 rue du bac (Objets uniques objets anciens objets de charme)
pour dénicher ce superbe vendangeur noir en bronze (le tonneau est en bois) qui daterait du 19ème siècle (dites un prix pour voir)
Souvenons-nous : il y a deux cents ans, l’irruption prolongée (de mars 1811 à août 1812) d’une comète dans le ciel où elle s’étendait sur 25° suscita l’émotion des populations. Bien qu’il n’y fut pour rien, elle est connue sous le nom de »comète de Napoleon ».
Le vin produit cette année-là, était d’une telle qualité et quantité qu’il resta dans l’Histoire comme le « vin de la Comète ». Il est vrai que l’été et l’automne avaient été anormalement chauds. C’est ainsi qu’un dégustateur en septembre 1986 d’un Yquem 1811parled’un vin dépassant tous les superlatifs et ne pouvant être approché et comparé que par le renommé millésime 1847.
Les russes sont conquis et la Veuve Clicquot emporte durablement la mise avec son millésime 1811.
La littérature suivit. Elle apparait dans Guerre et Paix : « rayonnait une pure lumière, dont la brillante chevelure, entourée d’astres scintillants, se déployait majestueusement »
Eugène Onéguine « se jette dans un traîneau, et le cri de gare ! gare ! retentit. Son collet de poil de castor s’argente d’une fine poussière glacée. Il arrive chez Talon, sûr que Kavérine l’y attend. Il entre, et le bouchon saute au plafond ; le vin de la comète jaillit. »
On doit le poème qui suit à Edouard Bricon (trouvé sur gallica)
Et en 1883, c’est Aristide Bruant qui y va de sa chansonnette (in « chansons et monologues d’aristide bruant », trouvé sur gallica)
Vieille fascination, comme l’atteste cette broderie de la tapisserie de Bayeux qui rappelle le passage de la comète de Halley en 1066. Une comète qui revient tous les soixante-seize ans, quand celle dont nous parlons ici ne revient que tous les trois mille ans.
Déjà en Chine, il y a quelques 2400 ans, cette table sur soie recensait les comètes...
C’est ainsi que les chinois trinquent, littéralement cela veut dire cul sec.
Car même si la Chine est d’abord le pays du thé, on y boit des boissons alcoolisées depuis l’âge de bronze au moins, si l’on en croit Hugh Johnson et son histoire mondiale du vin.
Voici quelques bouteilles et gourdes de bronze ou de céramique vues au musée Cernuschi à Paris.
début de l'époque des Printemps et des Automnes (vers -700)bouteille Hu, vers -500bouteille Fang Hou en terre cuite, époque des Han de l'Ouest (vers -100)
Ici un miroir aux motifs grappiformes.
miroir d'argent (8eme siècle)
En fait la vigne n’aurait été introduite en Chine qu’au deuxième siècle avant J.C. par le général Chang Chien, au retour d’une expédition en Bactriane -actuel Ouzbekistan- (des découvertes récentes attestent cependant la présence de vitis vinifera dès le 3eme siècle avant J.C. dans le Xinjiang).
Bonsai vu à la Cité Interdite
grappe en jade
Cet objet qui date de la dynastie Song (vers l’an 1000) servait à réchauffer le « vin » dont on ne sait trop s’il était issu du riz, du raisin ou d’autres fruits…
que l’on buvait dans des gobelets de ce style
Mais dès le 13eme siècle Marco Polo écrivait : « dans la province de Chang-Hai poussent de nombreuses vignes excellentes, qui donnent beaucoup de vin.. » (Hugh Johnson, op.cité).
Plus près de nous, les européens émigrés au début du vingtième siècle dans le Nord de la Chine y ont apporté leurs représentations et leurs us ; voici quelques fers forgés vus à Dalian et Harbin.
grille à Dalian
auvent à Harbin (début 20eme)
seau à champagne exposé à l'hôtel Moderne de Harbinvasque
Harbin beerbarriques de rueporte bouteilles "champenois"
Mais l’usage du vin se répand et la production locale se développe. Voici quelques bouteilles vues ou dégustées.
vins produits à Tienjin avec le concours initial de Rémy Martin
Les grands producteurs sont Changyu, Dynasty, Great Wall et Dragon Seal (en savoir plus ici).
Quant à la qualité de ces vins, on peut lire sur peopledailycom.cn : Selon le célèbre dégustateur de vin britannique, Jonathan : « Changyu Cabernet a un goût de plume fort et particulier, qui fascine les gens.»
On sait que les vins étrangers et notamment français bénéficient d’un immense prestige, et les amateurs chinois font grimper les prix des fleurons de notre viticulture. Il faudra du temps, mais le marché chinois l’attend, comme nous l’a assuré Lambert, jeune manager du Bordeaux Café, récemment ouvert à Dalian.
Nous lui souhaitons le succès. Vive le Bordeaux Café de Dalian, qu’il vive longtemps, très longtemps !