Quoi de plus plaisant, poétique, désaltérant qu’un domaine viticole pour un concert d’été ? L’an dernier nous découvrions le festival Jazz en vignes du domaine de l’Olivette.
Cette année, c’est le domaine de Souviou (un peu plus au nord, près du Beausset), que nous visitions ce 23 juillet. A l’affiche, Marie Stone, déjà entendue sur le port de Sanary. Ré-écouter Citronelle, il ne fallait pas rater ça.
La voici, au clavier et à la guitare.
Rien de bachique dans son répertoire, mais un coup de foudre quand même !
De Souviou on a pu goûté blanc, rosé et rouge (ah ! ce rouge 2007, une vraie drogue) à profusion.
Et admiré quelques oeuvres exposées comme ce vendangeur en bronze
Il nous a quitté le 21 mai dernier, Ricet Barrier, de son vrai prénom Maurice-Pierre.
Avec son copain Bernard Lelou il a composé un répertoire plutôt drolatique.
Ne le laissons pas partir comme ça, écoutons le dans la Bacchus Bourrée (1978) !
Bacchus, Dieu du vin et de l'inspiration
De la vigueur féconde et de la procréation
Né du Feu, élevé par la pluie
C'est le Dieu des plaisirs de la vie
Il vide les tonneaux et remplit les vessies
Fait rire les chameaux et pleurer le Messie
Quand on fait la fête, qu'on est un peu bourré
Qu'on trouve la vie belle et les filles à croquer
Pour peu qu'un guitareux se mette à la gratter
Ça y est c'est parti, Bacchus est arrivé ...
La bourrée, la bourrée qui balance,
La bourrée des bourrés, c'est Bacchus qui la danse
Et tout en louvoyant de barrique en jupon
Il goutte le bon vin et les jolis tétons
La bourrée fait sauter les fillettes
Bacchus, l'oeil allumé, leur verse une piquette
Et dans la vigne au vin, dans le creux d'un sillon
L'entonnoir à la main, il trousse leur cotillon
Bacchus aime tout excepté ...
Le thé
Il boit toujours en société
Santé !
Débondez les tonneaux, percez les barillets
Allez, tous au goulot et videz les pichets
Quand on voit la vie
Couleur de paradis
On est bon pour danser
La bourrée des bourrés
La bourrée, la bourrée qui balance
La bourrée des bourrés, c'est Bacchus qui la danse
Et tout en louvoyant de barrique en jupon
Il goûte le bon vin et les jolis tétons
La bourrée chasse tous les soucis
La bourrée des bourrés vous fait voir du pays
Dans les fumées du vin
Le pauvre a des écus
Les moines sont coquins
Et contents les cocus !
Bacchus ne connaît qu'un fléau
C'est l'eau !
Un seul pays a sa confiance
La France !
Bacchus est malicieux
En vidant les tonneaux
Il pousse les amoureux à remplir les berceaux
Mariage ou enterrement
Ça finit en buvant
Les jambes en compote
Mais l'printemps dans la culotte !
Gaston Couté en a écrit bien d’autres qui auraient leur place dans le cabinet de lecture du bon clos : le champ d’naviots, après vendanges, feu de vigne, hymne au vin nouveau, les vignes sont gelées, ma vigne pousse, sapré vin nouvieau…
Les gas ! apportez la darniér’ bouteille Qui nous rest’ du vin que j’faisions dans l’temps, Varsez à grands flots la liqueur varmeille Pour fêter ensembl’ mes quat’er vingts ans… Du vin coumm’ c’ti-là, on n’en voit pus guère, Les vign’s d’aujord’hui dounn’nt que du varjus, Approchez, les gas, remplissez mon verre, J’ai coumm’ dans l’idé’ que j’en r’boirai pus !
Ah ! j’en r’boirai pus ! c’est ben triste à dire Pour un vieux pésan qu’a tant vu coumm’ moué Le vin des vendang’s, en un clair sourire Pisser du perssoué coumme l’ieau du touet ; On aura bieau dire, on aura bieau faire, Faura pus d’un jour pour rempli’ nos fûts De ce sang des vign’s qui’rougit mon verre. J’ai coumm’ dans l’idé’ que j’en r’boirai pus !
A pesant, cheu nous, tout l’mond’ gueul’ misère, On va-t-à la ville où l’on crév’ la faim, On vend poure ren le bien d’son grand-père Et l’on brûl’ ses vign’s qui n’amén’nt pus d’vin ; A l’av’nir le vin, le vrai jus d’la treille Ça s’ra pour c’ti-là qu’aura des écus, Moué que j’viens d’vider nout’ dargnier’ bouteille J’ai coumm’ dans l’idé’ que j’en r’boirai pus.
Olivier Basselin , foulon de draps, vivait à Vire au 15eme siècle. On lui doit les premiers poèmes bachiques et chansons de table à une époque qui ne connaissait que les fabliaux, qui prêchaient l’amour et la dévotion.
Il les appelait les vaux-de-vire, et l’usage en fera bien plus tard des vaudevilles. Ce sont des chansons naïves, sans prétention, transmises de bouche à oreille, qu’un compatriote normand (Jean Lehoux) réussit à faire imprimer un siècle après sa mort.
Voici quelques échantillons sélectionnés par le bon clos.
Cette chanson qui fait toujours un tabac dans les noces et banquets date de 1948 et est l’oeuvre de Maurice Vandair , Leo Lelièvre fils et René Pesenti*.
On trouvera paroles et musique là
C’est la bouteille, c’est la bouteille Qui c’est qui fait glou glou ? C’est la bouteille de chez nous Et quand on boit un coup De ce divin jus de la treille Cul sec ou bien cul doux On est beaucoup mieux d’un seul coup Qui c’est qui fait glou glou ? C’est la bouteille, c’est la bouteille Qui c’est qui fait glou glou ? C’est la bouteille, de chez nous
* René Pesenti était un accordéonniste, qui a composé, entre autres, la môme caoutchouc, le chat qui miaule (chanté par Fréhel), la cascadeuse, la margoton du bataillon, musette folie…
On ne va pas laisser l’exposition Monet, qui bat des records de popularité au Grand Palais, se terminer sans mentionner deux tableaux qui ne peuvent laisser indifférents les amis du clos.
Il y a bien sûr ce « chemin dans les vignes à Argenteuil », qui date de 1873. Plus chemin que vignes, dira-t-on. Epilogue de l’histoire glorieuse des vignes d’Argenteuil, en déclin à l’époque, peut-être.
Et il y a ce monumental « déjeuner sur l’herbe » (1865), très (bien) habillé
et appétissant !
Passionné par la Cathédrale de Rouen, le Parlement de Londres, la gare Saint Lazare, les meules de foin et les nymphéas, Claude Monet n’en aimait pas moins le vin. Voici retrouvées pour les lecteurs du bon clos les commandes qu’il adressait depuis Giverny à un horticulteur de Neauphle-le-chateau, M. Gravereau.
Novembre 1898, Monet commande « quatre feuillettes de votre vin rouge et une feuillette vin blanc. » Novembre 1899, il réserve 5 feuillettes de vin rouge et 2 de blanc. Le même jour il rectifia dans une autre lettre sa commande :«Je me suis mal exprimé dans ma lettre de ce matin. Je voulais vous dire que si votre vin est d’aussi bonne qualité que celui de l’an passé, j’en prendrai volontiers 9 feuillettes et 2 de blancs. » Janvier 1901, il demande si le vin blanc est assez clair pour en recevoir. Septembre 1901, il passe la commande pour 5 fûts de vin blancs et 3 de rouge. 1903 : il commande 7 feuillettes de vin rouge et 8 de blanc. Mai 1904 il le remercie pour son envoi d’asperges : « elles ont été les bienvenues et les avons trouvées aussi bonne que belles.» Septembre 1904, il renouvelle une commande de « 7 feuillettes vin rouge et 7 de blanc, ou même 8 de chaque.» Novembre 1905, il accuse réception de 10 fûts de vin rouge et renvoie 11 fûts vides. La correspondance ce termine par une lettre de janvier 1908 dans laquelle il réserves « 7 fûts de votre vin rouge, s’il est bien de la même qualité que celui de votre dernier envoi. Pour le vin blanc comme je n’ai pas été content du dernier, je vous en demande plus attendus qu’il n’est plus du tout bon comme autre fois.
précision pour la bonne compréhension : une feuillette est un tonneau de grande dimension, un fût de 225 litres pour le dictionnaire de l’académie, de 135 litres pour le Littré.
Ce terme n’est plus guère usité, mais il le fut, car comme a dit le poète
« Bons vivans que met en goguette Le vin d’une vieille feuillette »
Quand même, commander dix fûts par an… Cà peut paraitre beaucoup mais faisons le compte : une dizaine de fûts, cela fait dans les 2000 litres par an, soit 6 litres par jour, pas tant que ça finalement pour une maisonnée où la domesticité était sans doute nombreuse entre chauffeur, cuisinière, femmes de chambre, jardiniers… et où les invités devaient se presser. Ce qui est plus étonnant c’est l’absence de toute mention de provenance pour ces vins blancs et rouges…
Voici un site passionnant consacré à la poésie, et aux chansons. Florilege est son nom.
Et voici quelques pépites qu’il recèle,
comme cette chanson de Paul Scarron (1610-1660), dont malheureusement nous ignorons l’air
Que de biens sur la table Où nous allons manger !
Ô le vin délectable Dont on nous va gorger ! Sobres, loin d’ici ! loin d’ici, buveurs d’eau bouillie ! Si vous y venez, vous nous ferez faire folie. Que je sois fourbu, châtré, tondu, bègue-cornu, Que je sois perclus, alors que je ne boirai plus. Montrons notre courage : Buvons jusques au cou. Que de nous le plus sage Se montre le plus fou. Vous, qui les oisons imitez en votre breuvage, Puissiez-vous aussi leur ressembler par le visage. Que je sois fourbu, châtré, tondu, bègue-cornu, Que je sois perclus, alors que je ne boirai plus. Et d’estoc et de taille Parlons comme des fous ; Qu’un chacun crie et braille : Hurlons comme des loups. Jetons nos chapeaux, et nous coiffons de nos serviettes, Et tambourinons de nos couteaux sur nos assiettes. Que je sois fourbu, châtré, tondu, bègue-cornu, Que je sois perclus, alors que je ne boirai plus. Que le vin nous envoie D’agréables fureurs ! C’est dans lui que l’on noie Les plus grandes douleurs. Ô Dieu ! qu’il est bon ! prenons-en par-dessus la tête ; Aussi bien, chez nous, vomir est chose fort honnête. Que je sois fourbu, châtré, tondu, bègue-cornu, Que je sois perclus, alors que je ne boirai plus. Hâtons-nous de bien boire Devant qu’il soit trop tard, Et chantons à la gloire Du Seigneur de Cinq-Mars : Il est beau, vaillant, courtois, prend plaisir à dépendre ; Tel fut autrefois défunt Monseigneur Alexandre. Que je sois fourbu, châtré, tondu, bègue-cornu, Que je sois perclus, alors que je ne boirai plus.
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Aimez, buvez, le reste est plein de choses vaines ; Le vin, ce sang nouveau, sur la lèvre versé, Rajeunit l’autre sang qui vieillit dans vos veines Et donne l’oubli du passé.
J’ai, quelque jour, dans l’Océan, (Mais je ne sais plus sous quels cieux), Jeté, comme offrande au néant, Tout un peu de vin précieux… Qui voulut ta perte, ô liqueur ? J’obéis peut-être au devin ? Peut-être au souci de mon cœur, Songeant au sang, versant le vin ?
Sa transparence accoutumée Après une rose fumée Reprit aussi pure la mer…
Perdu ce vin, ivres les ondes !… J’ai vu bondir dans l’air amer Les figures les plus profondes…;
Fais rafraîchir mon vin de sorte Qu’il passe en froideur un glaçon : Fais venir Jeanne, qu’elle apporte Son luth pour dire une chanson : Nous ballerons tous trois au son : Et dis à Barbe qu’elle vienne, Les cheveux tors à la façon D’une folâtre Italienne. Ne vois-tu que le jour passe ? Je ne vis point au lendemain : Page, reverse dans ma tasse, Que ce grand verre soit tout plein. Maudit soit qui languit en vain : Ces vieux Médecins je n’appreuve : Mon cerveau n’est jamais bien sain, Si beaucoup de vin ne l’abreuve.
&
Versons ces roses près ce vin, Près de ce vin versons ces roses, Et boivons l’un à l’autre, afin Qu’au cœur nos tristesses encloses Prennent en boivant quelque fin.
Quand vous serez bien vieux, avec encor des dents Plein la bouche, et déjà dorloté par l’Histoire, Direz, si ces vers-ci meublent votre mémoire, Un tel me célébrait lorsque j’avais cent ans. Lors, vous n’aurez aucun de vos petits-enfants Qui n’ait soif à ce nom et ne demande à boire, Répétant à l’envi votre immortelle gloire Et le nombre fameux de vos jours triomphants.
Pour moi, je serai mort depuis belle lurette Mais je refleurirai dans quelque pâquerette Vous, vous aurez toujours la même horreur du vin.
Ah ! si vous m’en croyez, ô vieillard sobre et digne, Ainsi que tout le monde éteignez-vous demain Mais cueillez aujourd’hui les roses de la Vigne.
C’est un bistrot « beaujolais » qui se trouve rue Lalande à Paris 14eme ; il est tenu par l’ex-équipe du vin des rues (Stéphane Allain et Laurent Cazaux).
On y sent comme un parfum de nostalgie…
Dans les assiettes, notre patrimoine culinaire (Ah cette cassolette de tripes qui nous est passée sous le nez ; et ce Confrelins de Chorey-les Beaune des frères Arnoux… Surtout ne pas rater le savarin au rhum) et sur les murs notre patrimoine « spirituel » si l’on peut dire : répliques cultes de la traversée de Paris et d’Audiard…
Il y a aussi ces curiosités
un alambic de poche
une affiche qui réconcilie oeno et haltéro-philie
(oeuvre de Michel Tolmer, qui expose jusqu’au 19 décembre au Paul Bert dans le 11eme, on y court !)
Un lundi sur deux on peut y écouter « Patrick et Gigi » revisiter le patrimoine musette. Quelle ambiance !
Voici une chanson de Léo Ferré qui date de 1955 (in les années Odeon vol.2).
On peut l’écouter là sur deezer.com
A coups d’ roulis
A coups d’ rouquin
Il n’est pas dit
Qu’ ça fass’ très bien
Moi j’ m’enlumin’ le genre humain
Du tiers du quart
Tout m’est égal
Mais quand l’ cafard
Déball’ ses mall’s
Moi j’ me débin’ jamais trop tard
L’âme du rouquin
C’est comm’ Chopin
Ça gueule un peu
Dégueule en deux
Ça va ça vient
Ça fait coup double
Et l’on s’ dédouble
En deux copains
Ça fait qu’on n’est jamais tout seul
Quand on s’ technicolor’ la gueul’
L’âme du rouquin
C’est comm’ Chopin
Suffit d’en jouer
Pour s’y bercer
Qu’ j’y voye tout blanc
Ou bien rosé
Ça m’fait bon vent
Et bon gosier
Mais quand j’ vois roug’ ça fait jaser
Y’a du canon
Dans la contrée
Ah ! nom de nom !
Quel bien ça fait
Mais quand ça boug’ y’a plus d’ question
L’âme du rouquin
C’est comm’ le pain
Ça fait pousser
Les p’tits français
Ça va ça vient
Ça fait coup double
Et l’on s’ dédouble
En moins de rien
Paraît d’ailleurs qu’on s’rait les seuls
A s’technicolorer la gueul’
Nous on s’en fout
Buvons un coup
Que chante enfin
L’âme du rouquin
Salut ironique à Baudelaire qui écrivit l’âme du vin ? demande J.Layani sur son site Leo Ferré Etudes et Propos.
Voici ce poème
Un soir, l’âme du vin chantait dans les bouteilles :
» Homme, vers toi je pousse, ô cher déshérité,
Sous ma prison de verre et mes cires vermeilles,
Un chant plein de lumière et de fraternité !
Je sais combien il faut, sur la colline en flamme,
De peine, de sueur et de soleil cuisant
Pour engendrer ma vie et pour me donner l’âme ;
Mais je ne serai point ingrat ni malfaisant,
Car j’éprouve une joie immense quand je tombe
Dans le gosier d’un homme usé par ses travaux,
Et sa chaude poitrine est une douce tombe
Où je me plais bien mieux que dans mes froids caveaux.
Entends-tu retentir les refrains des dimanches
Et l’espoir qui gazouille en mon sein palpitant ?
Les coudes sur la table et retroussant tes manches,
Tu me glorifieras et tu seras content ;
J’allumerai les yeux de ta femme ravie ;
A ton fils je rendrai sa force et ses couleurs
Et serai pour ce frêle athlète de la vie
L’huile qui raffermit les muscles des lutteurs.
En toi je tomberai, végétale ambroisie,
Grain précieux jeté par l’éternel Semeur,
Pour que de notre amour naisse la poésie
Qui jaillira vers Dieu comme une rare fleur ! «
Voir aussi l’ intéressant commentaire sur le vin chez Baudelaire, par un professeur de lettres, Michel Balmont.
C’est le titre d’une chanson de MM. E. Boissart (paroles) et Ed. Deransart (musique), découverte il y a quelques années par notre amie Simone Vidal, de la confrérie du clos de Clamart s’il vous plait.
De quand date-t-elle ? on ne sait pas.
En 2000 elle fut mise en scène et chantée par des clamartois, dont le regretté Freddy Moro, et le bientôt centenaire Gaston ; et bien d’autres qu’on nous pardonnera de ne pas citer.