Voila ce que pouvaient voir promeneurs et badauds venus musarder sur les Champs Elysées ce dimanche 23 mai 2010.
Ail, ananas, avoine, bambou, banane, chou… et bien sûr vigne étaient représentés.
L’agriculture, c’est capital ! était le slogan de cette manifestation, mise en scène par Gad Weil (créateur d’art de rue qui n’en est pas à son premier essai: rappelons nous, il y a un 20 ans il produisait « moisson sur les champs » sur les mêmes Champs Elysées) avec les Jeunes Agriculteurs .
Voila 400 ans ce 14 mai 2010 qu’un fanatique religieux ôta la vie au roi de France et de Navarre qui avait réussi à faire taire les armes après d’interminables guerres de religion.
Il avait la réputation d’un homme à femmes et d’un buveur, qu’en est-il vraiment ?
Comme disait l’historien René Gandilhon dont l’étude Henri IV et le vin fait autorité, « son nom est associé à une familiarité précoce et durable avec le vin. »
Selon la tradition, son grand-père Henri d’Albret lui fit boire du vin de Jurançon, ou plutôt, si l’on en croit André Favyn (1560-1620) dans son Histoire de Navarre, il lui présenta une coupe contenant du vin « à l’odeur duquel ce petit prince ayant levé la teste, il luy en mit une goutte dans la bouche qu’il avalla fort bien« .
A la cour d’Henri IV, trois sortes de vins étaient consommés, le vin de bouche (pour la bouche du roi, le meilleur), le vin de table (de bonne qualité) et le vin commun (destiné aux domestiques), sans parler du vin de suite « méchant vin que l’on donne aux valets » (Furetière).
Nicolas Abraham de la Framboisière, professeur de médecine à Reims, avait classé les vins : vin blanc qui se digère facilement et n’apporte « aucun détriment ny a la teste ni au foye », le préféré des grands de ce monde ; vin couvert « qui est rouge, vermeil ou noir, proffitable à ceux qui mènent une vie laborieuse » ; enfin vin claret ou rouge qui tient le milieu entre les deux.
Pour le service du roi, » les bouteilles, jamais placées sur la table, étaient disposées sur des dessertes, un gentilhomme servant, debout derrière le roi, quand il demandait son vin, lui présentait une coupe dorée ou un verre à pied en cristal, plein de vin, mais qu’il avait auparavant fait « taster à son premier médecin pour voir s’il seroit de son goût » étant précisé que celui-ci « ne devait pas s’ingérer dans autre chose que pour le vin ».
Quant aux quantités, voila ce qu’on peut lire dans l’étude de René Gandilhon.
Pour finir en chansons, voici vive Henri IV
On en trouvera une présentation complète sur un site de chansons maçonniques, là , où nous avons trouvé cette partition
Au diable guerres,
Rancunes et partis,
Au diable guerres,
Rancunes et partis,
Comme nos pères,
Chantons en vrais amis
Au choc des verres,
Les roses et les lys!
Qu’à Reims on danse,
Disant comme à Paris
Vive la France,
Vive le roi Henri !
Voici une version révolutionnaire de cette chanson (qui sera plus tard l’hymne de la Restauration).
Et voici une curieuse scène du film Guerre et Paix, où l’on voit soldats napoléoniens en déroute et soldats russes fraterniser et chanter ensemble une version qui réjouira les amis du bon clos
J’aimons les filles,
Et j’aimons le bon vin
J’aimons les filles,
Et j’aimons le bon vin
De nos bons drilles
Voilà tout le refrain
J’aimons les filles
Et j’aimons le bon vin !
Moins de soudrilles
Eussent troublé le sein
Moins de soudrilles
Eussent troublé le sein
De nos familles
Si l’ligueux plus humain
Eût ainsi aimé les filles
Eût aimé le bon vin !
Au 103 de l’avenue des Champs Elysées se dresse un bâtiment construit en 1898 par l’architecte Georges Chedanne , jadis grand hôtel Elysée Palace, aujourd’hui siège d’une banque, convoité dit-on par un émir ….
Derrière ce pléonasme (en chinois 道, tao , prononcé aujourd’hui dào signifie « voie, chemin ») se cache le titre d’une exposition qu’on peut voir ces temps-ci au Grand Palais, sur l’une des trois grandes religions de la Chine.
On ne se hasardera pas ici à en dire long sur le sujet, car comme dit Tchwang-Tseu (Tchouang-tseu ou Zhuangzi), penseur chinois du IVe siècle av. J.-C:
« Sur la Voie [Dào], il n’y a aucune question à poser, aucune réponse à donner. celui qui pose malgré cela des questions, pose des questions spécieuses, et celui qui répond quand même se place hors d’elle. Celui qui se place en dehors pour répondre à des questions spécieuses, celui-là ne verra pas l’univers qui est autour de lui, il ne connaîtra pas la grande Source qui est au dedans.«
On se bornera à appréhender la mythologie qui s’est développée autour de cette pensée, qui foisonne de personnages hauts en couleur, comme ce Zhongkui, pourfendeur de démons, qui ne dédaigne pas parfois de boire un coup
l’ivresse ne connait pas de frontière
dynastie Qing, période Kangxi (1662-1722)
porcelaine à émail or sur fond rouge corail, Paris,
musée des Arts asiatiques Guimet
ou cette Xiwangmu , 西王母, reine-mère de l’occident, qui détient le secret de l’immortalité dans ses vergers de pêchers qui fleurissent tous les trois mille ans
pour qui la déesse Magu confectionnait un délicieux vin aux vertus de jouvence avec des champignons d’immortalité, les lingzhi
à boire dans cette coupe de jade vert ?
voici quelques lingzhi en porcelaine
Vases en forme de troncs d’arbres abritant des champignons d’immortalité, lingzhi
porcelaines monochromes, Paris, musée des Arts asiatiques Guimet
– dynastie Qing, période Qianlong (1736-1796)
C’était le thème de la conférence proposée par madame Elizabeth Liber, jeudi 6 mai à l’Institut Pasteur.
La vigne est connue depuis au moins 8 000 ans au Proche-Orient, où elle était cultivée sous forme de buisson ou de treille. Elle a marqué la civilisation judéo-chrétienne.
Au Moyen-Age, on compte quatre types de vignobles : le vignoble urbain, cultivé en ville, pour l’évêché ; le vignoble d’abbaye, comme celui de saint-Emilion ; le vignoble aristocratique, propriété du seigneur ; et peu à peu, le vignoble « bourgeois », à usage personnel ou commercial.Il y avait déjà 4000 tavernes à Paris au 15eme siècle, où l’on buvait sans doute le vin issu du gouais , cépage de bas étage.
Dans le passé, l’ajout de sucres, de résine ou d’aromates pour conserver et agrémenter le vin était couramment pratiqué. Le peuple buvait la « piquette » (faite de coupage à l’eau des résidus de la presse). Le meilleur vin était celui de mère-goutte, fait du jus s’écoulant sans pressurage.
Au-delà de l’histoire de la vigne et du vin, superbement documentée, on put aussi apprendre comment l’éminent chimiste consacra trois années de sa vie, dans les années 1860, à l’étude de la vinification, à la compréhension des mécanismes de la fermentation, à l’identification des germes responsables des maladies du vin (acescence , amertume , tourne , graisse ), à leur traitement par la « pasteurisation » (chauffage de courte durée) et l’hygiène.
Pasteur, au musée du vin à Paris
Il fallait en effet à cette époque où la consommation de vin se développait fortement trouver un remède au problème du vin qui « tourne » . Et c’est à la demande de l’Empereur Napoléon III, soucieux du commerce des vins français, que Pasteur se lança dans cette recherche. Voici sa lettre de réponse :
Las ! la pasteurisation s’opposait à la bonification du vin et dut être abandonnée.
On apprit aussi que l’Institut Pasteur produit un vin au chateau des Ravatys , dans le Beaujolais, au pied de la colline de Brouilly, legs inaliénable de Mathilde Courbe en 1937.
Voici quelques images glanées entre Loire et Cher.
Région sablonneuse, giboyeuse, poissonneuse, caverneuse… mais aussi viticole, vinicole, vineuse !
A Bourré , un restaurant les 2 caves (une bonne adresse), s’est niché dans un ancien chai troglodytique dit-on .
le mobilier est de circonstance
et l’on cultive la mémoire des temps anciens
au fond d’une des salles, cette vue rêvée de Montrichard (on prononce le t) tout proche est l’oeuvre récente d’artistes tourangeaux
A quelques kilomètres de là Pontlevoy s’enorgueillit jusque dans la rue de son enfant Ferdinand Desnos (peintre naïf 1901-1958) (oeuvres à voir aussi au « Petit Palais » à Genève)
le voici en visite à Paul Léautaud en 1954
observant Le poète Paul Fort à la Closerie des Lilas 1954 (on lit pourtant la bonbonnière?)
Plus au sud, au château de Valençay, on pouvait voir des oeuvres d’une artiste solognote de Selles Saint-Denis, Françoise Soulat dite « Mina »
transparences
raisins
Nous sommes allés voir de plus près le produit des vignes de Cheverny, chez Chesneau et fils , à Sambin.
Ici on ne garde pas son drapeau dans poche. Il est vrai que le vin est léger…
On n’est pas obligé de partager ce point de vue ! Qu’en pensele saint patron ?
Pour voir ce beau miroir il faut visiter le château de Cheverny (le Moulinsart des tintinophiles)
mais pour s’asseoir sur ces chaises il suffit de dîner au château de Chémery à la table d’hôtes de madame Fontaine (excellente maison).
A l’heure où la confrérie du Clos de Clamart vient de mettre sa production 2009 en bouteilles, il est temps de se remémorer cette belle musique de Joseph Haydn, que l’on pourrait traduire par : Hourrah ! le vin est là !
C’est en 1801 qu’Haydn, âgé de près de 70 ans, composa les Saisons (Die Jahreszeiten), d’après un poème de l’écossais James Thomson .
C’est à la fin de l’Automne que l’on trouve ce choeur des vendanges allegro molto, puis allegro assai, en ut majeur, sorte d’hymne à la joie et au vin.
Ecoutons le avec ravissement sur ce site vietnamien Juhe ! Der wein ist da
et chantons !
(présentation des Saisons et traduction disponible sur le blog de Catherine , voir le n°28)