Ce mercredi 3 octobre à la Tour Jean Sans Peur, c’était le tour de l’historien médiéviste Michel Pastureau d’éclairer un fidèle public sur la symbolique du vin au Moyen-Age.
Ne disposant que d’une heure, il a choisi de consacrer son exposé au tonneau, et d’aborder aussi la figure de l’ivrogne.
Ce récipient, fut semble-t-il inventé par les celtes (les rhètes peut-être). On le rencontrait déjà en Etrurie et jusqu’en Scandinavie plusieurs siècles avant notre ère. Plus solide, plus maniable, il a fini par supplanter l’amphore traditionnelle à la fin de l’Empire Romain.
Servant à conserver le sel, les grains, les aliments aussi bien que le vin et autres liquides, ou encore des objets de valeur (livres, vaisselle, fourrures, monnaie…), il s’est rendu indispensable au Moyen-Age et faisait vivre toute une population de tonneliers attelés à sa fabrication et à son entretien.
Côté symbolique, il partage avec les autres récipients les notions de protection, d’abri (voir le tonneau de Diogène), de cachette (ainsi saint Cénéri en Italie), mais ausi de miracle (morts retrouvant la vie dans la légende des 3 enfants de saint Nicolas, tonneaux remplis par miracle) et de métamorphose.
Il est aussi assimilé à une barque : c’est un vaisseau (vessel, etymologiquement lié à vase). Des histoires de navigation miraculeuse abondent, comme celle de Saint Antonin, navigant décapité dans un tonneau sur l’Ariège, de saint Brieuc, retournant de Bretagne au pays de Galles sur un tonneau…
Fait de bois, matériau vivant, le tonneau symbolise aussi richesse et abondance, voir l’avarice (cf la cathédrale de Magdeburg ou un tonneau symbolise ce péché capital sur un ouvrage).
Quant à l’ivrognerie, elle ne semble guère fustigée en ces temps, car peu de documents y réfèrent. D’ailleurs, pour St Thomas d’Acquin, très indulgent envers la gloutonnerie (lui-même très corpulent, » sans doute le plus gros de son siècle », à l’instar de Platon et de Bouddha !), « celui qui s’enivre est excusé du péché s’il ignore l’effet du vin », et « un homicide est plus grave s’il est perpétré par quelqu’un de sobre ».
Le latin de l’époque distingue l' »ebrietas (légère ivresse) de la crapuila (ivrognerie, puis débauche, crapulerie). L’ivrogne, c’est le « crapulosus ».
Guillaume le Roux, fils de Guillaume le Conquérant, buvait, dit un chroniqueur, tant le soir qu’il ne pouvait conduire la chasse le lendemain. Le clergé ne faisait pas de cadeau à cet anticlérical qui fut traité de rubicundous, crispus, rufus, crassus (=obèse) et crapulosus.
L’empereur Venceslas, ditr l’Ivrogne, né en 1361, était faible, indolent, paresseux, débauché. Il abuse du vin. Il sera déposé par la Diète impériale en 1400.
Robert de Masmines, chevalier flamand, un des premiers membres de l’ordre de la Toison d’Or, se serait vu reprendre son collier pour ivrognerie. Le voici peint par Robert Campin.
Et voici une curieuse représentation de ce chevalier un poisson sur la tête

Dans le cycle de la Table Ronde, Yvain l’Avoutre (le bâtard) demi-frère d’Yvain, fils d’Urien, voit son surnom se transformer en ivrogne.
(On ne peut s’empêcher de penser à d’autres « ivrognes » connus des lecteurs du bon clos, comme ce juge anglais mobilisé dans la bataille des vins, qui finit ivre mort (« Puis geta la chandeille a terre, Et puis si ala sommeillier .iij. nuis, .iij. jors sanz esveillier. », ou ces trois dames de Paris (dit des, de Watriquet de Couvin)
Un spécialiste des couleurs, ne pouvait pas ne pas aborder in fine ce thème. On observa que la couleur réelle du vin n’est pas la couleur nommée (blanc, rouge). En vieux français on disait d’ailleurs vermeil. Au Moyen-Age, blanc et rouge sont opposés, plutôt que blanc et noir. Et l’eau n’était pas blanche, mais verte…