wine gala

Pour sa 4ème édition, « the wine gala » de l’ Agence Rougeauxlèvres était placée sous le signe du disco et de sa fièvre. Plus de 724 personnes étaient conviées au Carré Montparnasse, pour découvrir ou retrouver une cinquantaine de domaine parmi lesquels, période oblige de nombreux champenois.

la dynamique Margot Ducancel et ses invités

Ce wine gala était sous le signe de la Disco Fever

et l’on n’a pas été peu surpris par une chorégraphie inattendue.

Champagne Gosset, cher à notre coeur, a eu bien sûr notre visite, mais nous y avons aussi retrouvé avec plaisir la fruitière vinicole d’Arbois, et rencontré plusieurs bourguignons qui n’étaient pas venus les mains vides ! les Vignerons des Terres Secrètes, une des rares coopératives de Bourgogne ; Nuiton-beaunoy, la maison Albert Bichot qui nous à donné une occasion de goûter au mythique Clos de Mouches…

Une découverte : les vins Intra (un Châteauneuf du Pape blanc) et Extra (Côtes du Rhône blanc), vins issus du « Vinarium®, une technique d’élevage révolutionnaire pensée et créée par Xavier Vignon », dans  » un contenant unique de 7 000 litres [ …] qui combine bois et inox pour créer des conditions d’élevage parfaites : 100% d’humidité et aucune trace d’oxygène..« 

On s’est particulièrement régalé avec un Châteauneuf du Pape rouge, le Clos du Calvaire, « vin d’une grande souplesse, aux arômes de fruits rouges et de pétales de rose. On retrouve un palais ample aux notes fraiches de garrigue sur des tanins fins et persistants. Cette cuvée brille par sa finesse de fruit et son harmonie en bouche ». Que dire de plus ?

Virée belge

C’est par les Ardennes que nous commencerons cette petite virée ; le hasard des itinéraires nous fait passer par Treignes, un village qui compte 4 musées pour 650 habitants… Sur la place de Treignes, village jumelé à Quincié en Beaujolais, une curieuse sculpture y évoque Toine, obèse ardennais… un héros local imaginé par Arthur Masson.

(Œuvres de l’artiste belge Claude Rahir, les trois statues de bronze évoquent les héros principaux de la Toinade : Toine Culot, Hilde son épouse, et le cousin T. Déome.)

C’est un bon début : avec nos amis belges, l’humour et le bonne humeur ne sont jamais loin.

Descendant la Meuse, la route nous mène à Dinant, où l’on fait des couques, biscuits très durs faits de farine et de miel, que l’on décline sous toutes les formes comme ici cette belle grappe.

Un peu plus loin Namur, capitale régionale, est une jolie ville accueillante où le dessinateur, caricaturiste, peintre, illustrateur, graveur Félicien Rops (1833-1898), l’enfant du pays, jouit d’un musée qui lui est consacré. Il y avait de quoi faire pour les lecteurs du Bon Clos.

le gandin ivre, gravure d’Albert Bertrand d’après un dessin de Rops
Bouge à matelots, pastel pierre noire et sanguine 1875
La chanson de Chérubin (in cent légers croquis, dessin sur papier, vers 1880)
Le 4ème verre de cognac (gravure, 1880)

Le regard de cette buveuse d’absinthe est saisissant

Que sert à boire cette cantinière du pilotage ?

La Cantinière du pilotage, 1876,
huile sur toile, 32 x 21 cm.

Voici aussi une illustration de illustration de la légende d’Ulenspiegel de Ch. de Coster

Bon buveur vidant les pots rien qu’en les regardant

En 1853, âgé donc de 20 ans, Rops collabora, sous le nom de Duverger, au journal estudiantin « Le Crocodile ».

On peut y lire en premiere page la marche crocodilienne signée (attribuée à ?) Victor Hugo, dont on retiendra le motto

« Mon verre est tout rempli de liqueur parfumée,
Et ma pipe vomit des torrents de fumée »

et ce couplet :
Quand dix mille buveurs viennent au son du cor,
Il leur répond ; il boit, et son souffle farouche
Aspire à plein gosier les verres qu’il embouche.
On roule sous la table ; lui seul sent son essor
Qui croît. Pour rafraîchir sa figure écarlate,
Il pousse Chlodomir qui se lasse, et le flatte
Pour qu’il lui serve à boire encor !

Si ce n’est pas du Hugo, ça lui ressemble !

Avec le peintre surréaliste Paul Delvaux, passionné par les trains et les nus, exposé à Liège à la Boverie, on a été moins chanceux. Voici son banquet des philosophes, décor pour la maison du président de la Sabena  Gilbert Périer.

On se rattrapera au Musée des Beaux-Arts d’Anvers, où l’on tombera sur Silène endormi (vu il y a un bail), sculpture de François Duquesnoy (voir cette note sur quelques oeuvres inédites d’icelui).

Le sommeil de Silene de François Duquesnoy

On va croiser les 4 saisons (l’automne) d’Abel Grimmer (1607) : taille, vendange, foulage et transport des fûts.

et puis aussi ce joueur de cartes

joueurs de cartes (détail) de Theodor Rombouts (1597-1637) 

La mort est féroce et rapide, de Joos Craesbeeck (1649), présente ce rare squelette bachique

Curieuse, cette inscription en bas à droite du tableau

Remercions Daniel Cunin, écrivain et traducteur littéraire néerlandophone que les lecteurs du Bon Clos ont déjà rencontré, qui nous a fait parvenir cette traduction littérale :
La mort est cruelle et rapide
Gardez-vous des péchés, ainsi vous agissez bien.
Ne calomniez personne de sorte que Dieu ne vous rende pas la pareille.
Et ne prenez à personne ce qui lui appartient afin de garder ce qui est à vous.

Cette « Vénus frigida« , que vient réchauffer Bacchus, semble bien transie

Venus frigida, Rubens (1614)

On retrouve Bacchus convive au mariage de Thétis et Pelée, de Frans Floris (1550)

Voici une »scène de bordel » vue par Joachim Beuckelaer (1563)

Joachim Beuckelaer, scène de bordel (1563), détail

et, dans le même genre, une scène de taverne qui aurait pu porter le même titre, de Jan van Amstel (1200-1550 ca.)

où l’on ne fait pas qu’y boire

Plus proche de nous, nous voici au bar de la vieille auberge, la maison des pilotes (De Braekeleer, 1877)

Et l’on termine cette visite du Musée des Beaux-Arts d’Anvers, comme on l’avait commencé, avec le sommeil d’un buveur à l’auberge rouge (1894) de Charles Mertens.

Ne quittons pas le Musée, sans un regard sur la vinothèque qui peut contenir près d’un millier de bouteilles.

Ces porte-bouteilles pourraient servir

Et combien de chopes dans cette taverne de Bruxelles ?

le Mainz

Trinquons y avec le Chat de Geluck, un familier du Bon Clos

Concluons cette tournée en allant humer l’air marin d’Ostende. Son Mu.Zee présente un aperçu des arts visuels belges de 1860 à nos jours.

Alice Frey (1895-1981) a peint ce Bal du Rat Mort en 1964.

(Le bal du rat mort, du nom d’un ancien cabaret de Pigalle, est un bal masqué et costumé organisé annuellement à des fins philanthropiques à Ostende depuis 1898.)

Annonce du premier Bal du Rat mort (1898)

Allez, un dernier verre (en bas à droite) avec Paul Joostens (1889-1960) et son caleidoscope (1935), une vision breughelienne moderne…

Fête des vins à Bandol

A Bandol, 2024, c’est l’année du renouveau !

Après 6 longues années d’absence, la fête des vins revient sur le port de Bandol, sous une autre forme. Exit la dégustation des vins primeurs, ce sont les vins prêts à consommer, sortis des fûts et foudres où les rouges ont passé les 18 mois obligatoires dans l’appellation, mais aussi les blancs et les rosés, qui sont proposés aux amateurs, accueillis sur les stands de 42 domaines, parmi lesquels La Chrétienne et Bunan, à l’origine de cette initiative.

L’ambiance était festive, avec une animation musicale,

une démonstration de tonnellerie,

et un parcours olfactif où chacun pouvait s’ingénier à identifier les arômes présents dans les flacons.

Un stand spécial présentait des vins d’Arménie, la Ville ayant reçu

« une délégation arménienne emmenée par le Maire d’Aréni, M. Husik Sahakyan, accompagné de vignerons locaux d’Aréni et d’étudiants en œnologie, dans le cadre du pacte d’amitié scellé depuis 2017 entre les deux villes, qui a pour but de promouvoir une coopération viticole et culturelle. »

Mais le clou de la fête se trouvait dans une tente où, guidé par une accorte sommelière et moyennant quelques sous de plus, on pouvait déguster des vieux millésimes tout à sa guise, se délecter des rouges dans leur plénitude, et constater qu’à Bandol les rosés peuvent être des vins de garde.

Merci aux vignerons, aux organisateurs et aux édiles pour cette belle fête !

La fille du régiment

On joue ces jours-ci à l’Opéra Bastille cet opéra de Donizetti créé en 1840, qui mérite bien sa célébrité, par sa musique, ses morceaux de bravoure lyrique, son patriotisme post-napoléonien.
C’est une histoire d’amour qui finit bien, au scénario complètement improbable mais bon.

Gaetano Donizetti, par Rillosi

L’armée napoléonienne est en campagne au Tyrol, (devenu brièvement bavarois en 1805), et la « fille du régiment » (Marie) enfant recueillie au berceau, est amoureuse d’un garçon du pays (Tonio) qui lui aurait sauvé la vie. Elle la lui sauve à son tour en en témoignant, et il rejoint le régiment… événement qu’il faut fêter un verre à la main bien sûr !

On a trouvé quelques interprétations de cette scène, comme cette version récente avec Marie – Kelly Curtin et Tonio – David Walton

SULPICE
Allons, allons… pour fêter le sauveur
De notre enfant, de notre fille !…
Buvons, trinquons, à son libérateur !
Un tour de rhum : c’est fête de famille.
A Marie, pendant que les soldats s’apprêtent à boire.
Ensemble
SULPICE
Pauvre enfant, quelle ivresse
S’empare de son cœur !
Cette folle tendresse
Doit faire son malheur !
TONIO et MARIE
Quel instant plein d’ivresse !
Ah ! je sens à mon cœur,
Que sa seule tendresse
Peut faire mon bonheur !
SULPICE
à Tonio
Allons ! trinquons à la Bavière,
Qui va devenir ton pays !
TONIO
avec force
Jamais ! jamais !… plutôt briser mon verre !…
CHŒUR
Que dit-il ?…
TONIO
Que dit-il ?… A la France ! à mes nouveaux amis !
CHŒUR
A la France, à la France !… à tes nouveaux amis !

Le livret complet est là

Allez, voici une autre version, plus ancienne (1986, avec June Anderson & Alfredo Kraus)

On ne s’en lasse pas, voici une autre version jouée à la Scala en 1996, avec PAUL OSTIN KELLY (Tonio ) et MARIELLA DEVIA. (Marie)

Chanter me fait bons vins…

Chanter me fait bons vins ety resjoïr… Voici une chansons bien ancienne, qui illustre une histoire étonnante contée par David B. et dessinée par Eric Lambé dans leur BD Antipodes.

C’est une sorte de conte philosophique qui raconte l’incroyable destinée d’un colon français au 16ème siècle, sauvé de la dévoration par ses chants qui émerveillent ses ravisseurs Tupinambas, une peuplade brésilienne en butte aux envahisseurs venus d’Europe : chants religieux, chants de guerre, d’amour et cet air bachique qui remonte au 13ème siècle.

Il y avait là de quoi éveiller notre curiosité. Ce chant est cité dans Chansons satiriques et bachiques du 13ème siècle, éditées par Jeanroy et Långfors en 1921

En voici les paroles

L’air du refrain serait celui-ci, d’après le site refrain.ac.uk

Cette chanson est aussi rapportée comme une chanson « du Nord de la France ou du midi de la Belgique » dans « Trouvères, jongleurs et ménestrels » d’Arthur Finaux (1803) (page XXVIII).

L’occasion faisant le larron, on y trouve trois autres chansons bachiques dans le recueil : Or Hi Parra, Seignors or entendez a nus, et Bon vin lon doit li tirer .

L’auteur d’Or Hi Parra, ode à la cervoise, s’est manifestement amusé à parodier un air religieux. Bevez bel et bevez bien !

Screenshot
Screenshot

On peut l’écouter par The Tavern

La chanson suivante, Seignors or entendez a nus, n’est pas à proprement parler une chanson bachique, c’est un chant de Noël, mais son final est intéressant :

Seignors, jo vus di par Noël
E par li sires de cest hostel,
Car bevez ben ;
E jo primes* (en premier) beverai le men,
E pois après chescon le soen
Par mon conseli ;
Si jo vus dis trestoz : Wesseyl,* (Wes Heil, « portez vous bien »)
Dehaiz* (malheur à celui) eit qui ne dira Drincheyl* (« Drinc Heil » Buvez et profitez bien).

Les annotations sont reprises de l’article de Frédéric Effe sur moyenagepassion.com

Cette chanson décrit comment porter un toast en langue germanique. Le porteur du toast dit » « Wes Heil » et boit le premier, et tous répondent « Drinch Heil » et boivent ensuite. On constate que Heil, qui signifie « salut » en allemand, a, comme en français, pour sens primitif : « santé« .

Venons en à la quatrième chanson du recueil : Bon vin lon doit li tirer, connue aussi par l’ incipit du 2ème couplet « quant ie le boi » et le refrain Cis chant veult boire

De celui-là nous avons déjà parlé, il apparait dans le roman de Fauvel, il en existe plusieurs enregistrements à réécouter avec plaisir.

On en trouvera une traduction et une analyse dans l‘article « chansons à boire et à manger » d’Anne Ibos-Augé paru dans Le ventre et l’oreille, « revue culturelle d’expressions musicales et culinaires ».

Ergo bibamus !

Ergo bibamus ! Alors buvons !

On trouve cette injonction ancienne dans les Carmina potoria, chansons à boire du manuscrit trouvé en 1803 dans l’abbaye de Benediktbeuern, en Bavière, connu sous le nom (rendu fameux par Carl Orff) de Carmina Burana (nous en connaissons notamment le Bacche bene venies, au répertoire du Souffle de Bacchus).

Ergo bibamus, ne sitiamus, vas repleamus!
Quisque suorum posteriorum sive priorum
Sit sine cura morte futura re()peritura
Ergo bibamus!

(Alors buvons, ne nous assoiffons pas, remplissons le vase ; que chacun n’ ait cure de sa mort future…)

Ergo bibamus – extrait du manuscrit

(On peut trouver ici le texte complet, plus facile à lire que le manuscrit)

Le groupe de rock néo-médiéval allemand Corvus Corax (le Grand Corbeau) l’a mis en musique. (Ci-dessous à Munich en 2009)

L’expression ergo bibamus a aussi inspiré Goethe. En 1810 il composa ce poème, qui sera mis en musique en 1813 par Max Eberwein le bien nommé, pour le choeur d’hommes de Carl  Friedrich Zelter :

Hier sind wir versammelt zu löblichen Tun,
Drum Brüderchen, ergo bibamus!
Die Gläser, sie klingen, Gespräche, sie ruhn;
Beherziget: ergo bibamus!
Das heißt noch ein altes, ein tüchtiges Wort
Und passet zum ersten und passet sofort
Und schallet ein Echo, vom festlichen Ort,
|: Ein herrliches: ergo bibamus! 😐

2. Ich hatte mein freundliches Liebchen gesehn,
Da dach ich mir: Ergo bibamus!
Und nahte mich traulich, da ließ sie mich stehn,
Ich half mir und dachte: Bibamus!
Und wenn sie versöhnet euch herzet und küßt,
Und wenn ihr das Herzen und Küßen vermißt,
So bleibet nur, bis ihr was besseres wißt,
|: Beim tröstlichen Ergo bibamus! 😐

3. Mich ruft mein Geschick von den Freunden hinweg;
Ihr Redlichen, ergo bibamus!
Ich scheide von hinnen mit leichtem Gepäck,
Drum doppeltes: ergo bibamus!
Und was auch der Filz vom Leibe sich schmorgt,
So bleibt für den Heitern doch immer gesorgt,
Weil immer dem Frohen der Fröhliche borgt:
|: Drum, Brüderchen: ergo bibamus! 😐

4. Was sollen wir sagen zum heutigen Tag?
Ich dächte nur: ergo bibamus!
Er ist nun einmal von besonderem Schlag,
Drum immer aufs neue: bibamus!
Er führet die Freunde durchs offene Tor,
Es glänzen die Wolken, es teilt sich der Flor,
Da leuchtet ein Bildchen, ein göttliches vor,
|: Wir klingen und singen: bibamus!

« Ici nous sommes assemblés pour une action louable, chers frères : Ergo bibamus ! Les verres tintent, les causeries cessent : avec courage, ergo bibamus ! … » (d’après l’essai sur Goethe d’Edouard Rod 2014)

dessin et partition sur le site mythostheatre.org

Herr Goethe, bibamus ! Voici une interprétation, avec la traduction en anglais, par le groupe Duivelspack.

En voici une autre version, beaucoup plus tonique et enlevée, dûe au compositeur allemand Peter Schindler, extrait de sa cantate Sonne, Mond und Sterne, par le Coro Piccolo Karlsruhe et l’Ensemble Camerata 2000.

On y aura remarqué, entre deux strophes, l’ insertion d’un extrait d’un autre poème de Goethe : Trunken müssen wir alle sein! (nous devons tous être ivres). Ceci mérite quelques éclaircissements.

Le grand poète allemand découvrit à un âge avancé l’éminent poète persan Hafez, qui vivait au 14ème siècle et dérogeait volontiers à la prohibition du vin, les lecteurs du bon clos le savent bien.

L’ensemble de l’oeuvre de Hafez constitue le Divan. Inspiré par sa poésie et sa philosophie, Goethe écrivit son « West-östlicher Divan », recueil de poèmes en 12 livres. Le 9ème est Saki namehDas Schenkenbuch (Le Livre de l’échanson). Plusieurs de ces poésies ont été mises en musique. Trunken müssen wir alle sein! en est une :

Trunken muessen wir alle sein!
Jugend ist Trunkenheit ohne Wein;
Trinkt sich das Alter wieder zu Jugend,
So ist es wundervolle Tugend.
Fuer Sorgen sorgt das liebe Leben
Und Sorgenbrecher sind die Reben.
Da wird nicht mehr nachgefragt,
Wein ist ernstlich untersagt.
Soll denn doch getrunken sein,
Trinke nur vom besten Wein!
Doppelt waerst du ein Ketzer
In Verdammnis um den Kraetzer.

( Ivres, il faut que nous le soyons tous : la jeunesse est une ivresse sans vin ; si le vieillard redevient jeune en buvant, c’est une merveilleuse vertu ; la pauvre vie se tourmente à donner des soucis, et, les soucis, le pampre les chasse.
On ne s’inquiète plus de cela ! Le vin est sérieusement défendu. S’il faut donc que tu boives, ne bois que du meilleur : tu serais un double hérétique, de te damner pour la piquette.)

Ce poème a été mis en musique par Hugo Wolf (1860-1903) à Vienne en 1890

La partition est

Au tout début du livre de l’Echanson, on trouve

sitz ich allein
Wo kann ich besser sein?
Meinen Wein
Trink ich allein;
Und niemand setzt mir Schranken;
Ich hab so meine eignen Gedanken.

(Quand je suis seul à table, où puis-je être mieux ? Je bois mon vin tout seul ; nul ne m’impose de gêne ; je suis à mes pensées) (les traductions du Divan sont de Jean-Jacques Porchat )

le poème a été mis en musique par Robert Schumann.

Un peu plus loin,

Solang man nüchtern ist

[Solang]1 man nüchtern ist, 
Gefällt das Schlechte;
Wie man getrunken hat, 
Weiß man das Rechte;
Nur ist das Übermaß 
Auch gleich zuhanden:
Hafis, o lehre mich, 
Wie du’s verstanden!
Denn meine Meinung ist 
Nicht übertrieben:
Wenn man nicht trinken kann, 
Soll man nicht lieben;
Doch sollt ihr Trinker euch
Nicht besser dünken:
Wenn man nicht lieben kann, 
Soll man nicht trinken.

(Aussi longtemps qu’on est à jeun, on se plaît au mal ; dès qu’on a bu, l’on connaît le bien, seulement l’excès arrive aussi bien vite ; Hafiz, apprends-moi de grâce comment tu l’entendais. Car mon avis n’est pas exagéré : si l’on ne peut boire, on ne doit pas aimer ; mais, vous, buveurs, il ne faut pas vous croire en meilleure position : si l’on ne peut aimer, on ne doit pas boire.)

Ce poème a été mis en musique par Hugo Wolf (ici la partition)

et aussi par Mendelssohn, c’est bien plus « tonique « , non ?

Il reste à se défendre contre les critiques

Sie haben wegen der Trunkenheit
Vielfältig uns verklagt
Und haben von unsrer Trunkenheit
Lange nicht genug gesagt.
Gewöhnlich der Betrunkenheit
Erliegt man, bis es tagt;
Doch hat mich meine Betrunkenheit
In der Nacht umhergejagt.
Es ist die Liebestrunkenheit,
Die mich erbärmlich plagt,
Von Tag zu Nacht, von Nacht zu Tag
In meinem Herzen zagt,
Dem Herzen, das in Trunkenheit
Der Lieder schwillt und ragt,
Daß keine nüchterne Trunkenheit,
Sich gleich zu heben wagt.
Daß keine nüchterne Trunkenheit
Ob’s nachtet oder tagt,
Die göttlichste Betrunkenheit,
Die mich entzückt und plagt.

(Ils nous ont fait mille reproches au sujet de l’ivresse, et n’en ont jamais assez dit sur notre ivresse. Pour l’ordinaire, on est enseveli dans l’ivresse jusqu’au matin, mais, cette nuit, mon ivresse m’a fait courir de tous côtés : c’est l’ivresse de l’amour qui cruellement me tourmente, et, du jour à la nuit, de la nuit au jour, tremble dans mon cœur, dans mon cœur, qui se dilate et s’élève par l’ivresse des chansons, si bien que nulle froide ivresse n’ose rivaliser avec elle. Ivresse de l’amour, des chants et du vin, qu’il fasse jour ou nuit, ivresse divine, qui me charme et me tourmente !)

partition de Wolf

(ce poème aurait aussi été mis en musique aussi par Otto Klemperer)

De ce qui précède, on pourra retenir ces deux maximes :
« Si l’on ne peut aimer, on ne doit pas boire »,
et
« Le vin est sérieusement défendu. S’il faut donc que tu boives, ne bois que du meilleur : tu serais un double hérétique, de te damner pour la piquette. »

Ergo bibamus !

Les cènes du pitre

De son vrai nom Stéphane Thierry, l’artiste pitre poursuit sa carrière mouvementée. Nous verrons ici que le thème de la cène continue à le hanter.

l’artiste pitre croisé en septembre dernier à Expo4art
(halle des blancs manteaux)

Nous connaissions une Cène selon Saint-Marque, présentée au Salon d’automne des Champs Elysées en 2013.

et le vin d’ici vaut mieux que l’eau de là, où l’on voit verres de vin et bouteilles d’eau coexister pacifiquement.

En 2022 il a présenté une nouvelle version de la Cène selon saint-Marque dans sa série  « Dommage aux maitres »

Le diable (les marques ! st-moret, st-yorre, st-michel, st-estèphe etc.) est dans les détails

Et voici maintenant les Noces de Cana

Le site pari-bistro.com compte parmi ses admirateurs. Voici ce qu’il en dit :

« L’Artiste Pître poursuit son œuvre sur le thème hagiographique. Après sa « Cène selon St Marque« , clin d’œil un chouïa ironique sur ces saints devenus des marques agroalimentaires. Voici donc ses Noces de Cana (bis) inversées où le vin d’une quinzaine de belles cuvées aux noms inspirés par le ciel – « château Saint-Ange » de St Emilion, « la Croix » de Saint Estèphe- est transformé maladroitement en eau comme une œuvre rêvée par le lobby anti-alcool. De quoi pousser Bacchus à souhaiter voir à nouveau les chrétiens jetés dans la fosse aux lions ! »

Salut Stéphane ! A la prochaine (cène) !

surréalisme

« Plus personne n’ignore qu’il n’y a pas de peinture surréaliste », écrivit en 1925 Pierre Naville, alors codirecteur de la revue La Révolution surréaliste. Le lendemain il en était exclu par André Breton. Ah mais !

On pourra s’en faire une idée en visitant l’exposition « Surréalisme » au Centre Pompidou (jusqu’au 13 janvier 2025).
De Magritte nous connaissons les bouteilles vues à Bruxelles. Qu’allions nous découvrir ? On se contentera de ce verre à pied.


Max Ernst est un des plus prolifiques. Il a réalisé un nombre impressionnant de collages à partir d’illustrations d’époque, comme ce « wagon engourdi« , où le temps semble s’être arrêté, qui nous rappelle le temps béni des wagons-restaurants

et cette immaculée conception manquée ou trône un improbable balthazar

Cette bagarre à coup de bouteilles nous rappelle qu’une bouteille peut être une arme ; et que fait la police ?

Ce cadavre exquis est une oeuvre collective d’ ‘André Breton, Marcel Duhamel, Max Morise et Yves Tanguy (collage sur papier, 1928)

Voici enfin l’été de la Saint-Michel, une peinture de Pierre Roy, « ( le plus grand méconnu du surréalisme « d’après Aragon), qui prend plaisir au jeu du trompe l’oeil et l’esprit.

Extrait de l’analyse de la conservatrice Angela Lampe : « elle fonctionne sur le choc poétique provoqué par le rapprochement incongru d’objets quotidiens, dont le rapport d’échelle est souvent inversé. La rencontre, dans l’embrasure d’un faux cadre de bois et devant un grand paysage de plaine, d’un verre de vin monumental et d’un château miniature est l’un de ses motifs de prédilection« 

Le chateau serait celui de Villebon en Eure-et-Loire, selon André Deyrieux (voir son article : Le vin, passager clandestin du surréalisme (2/2))

Rendons justice à ce peintre, voici quelques images trouvées ça et là sur le Net.

Ces bouteilles coiffées de bonnets bretons semblent en conciliabule

(c) DACS/ADAGP; Supplied by The Public Catalogue Foundation
Autoportrait de Pierre Roy (1880-1950)

Touche à tout, Pierre Roy a collecté des comptines d’enfants qu’il a illustrées. L’ouvrage « cent comptines » a été édité en 1926. En voici une qui nous plait bien : mesdames, versez-nous du vin, tout plein ! (Ca se chante sur l’air d‘au clair de la lune)

Voici notre homme un verre à la main (Merci au Surrealist Digest pour cette photo), bienvenue au Bon Clos, Pierre Roy !

soreli blanc

Une fois n’est pas coutume, donnons un coup de chapeau à cette bouteille que l’ami Georges Kopcsan a fait déguster à une assemblée d’amateurs, la plénière de Cocorico (comité de coordination des confréries d’Ile de France).

Pour GK, le nez est « typiquement rhodanien avec des notes expressives de pêches blanches et d fleurs blanches… », l’attaque en bouche est équilibrée et gourmande mettant en avant les fruits blancs au sirop, comme la pêche et la poire », la finale est sapide et ronde !
Le cépage Soreli blanc est un hybride, résistant au gel et au mildiou, réalisé il y a une vingtaine d’année en Italie, par croisement de friulano (dit aussi sauvignonasse) et de Kosma 20-3 (un hybride dû au hongrois Pál Kozma).

« élégant, fruité et très aromatique, digne d’intérêt, il peut quelquefois manquer d’acidité, avec une douceur l’emportant sur la saveur et offrant généralement un degré de persistance assez long. Arômes de fruits mûrs, fruits tropicaux (ananas, fruits de la passion, mangue, …), … . » pour les cepages.free.fr

« Bonne accumulation des sucres, notes de fruits exotiques,agrumes, notes florales », pour l’observatoire des cépages résistants

Chacun jugera. Cette bouteille est proposée pour un prix modique par les Etablissements Nicolas dans sa gammes des petites récoltes : 3,5 € actuellement ! Qui dit mieux ?

quelques anniversaires

Mille ans, qui dit mieux ? Sûrement pas la Confrérie du Brie de Melun, qui fêtait ce 5 octobre ses 30 ans. Ni le Conseil des Echansons de France, qui fêtait ses 70 ans le 12 du même mois. Ni même le Moulin Rouge ses 135 ans…

Mille ans, c’est l’âge attesté de Villiers/Marne, si l’on se réfère à « la transcription au 14° siècle
d’un acte de 1024 enregistré dans le cartulaire de l’abbaye de Saint Maur » (in Villiers/Marne, son devenir, publié par la Société Historique de V/M et de la Brie Française).

Pour ce jubilé, la municipalité, accompagnée par la Confrérie des 3 Grappes, avait vu grand : organiser le 28 septembre un banquet de 1000 convives pour célébrer ces 1000 ans. Avec, pour mettre toutes les chances de son côté, un prix d’appel de… 20 euro.

le maire, Jacques Alain Bénesti

In fine ce ne furent que 400 à 500 personnes qui ont répondu à l’appel, un record tout de même pour ce genre de festivités.

Les confréries étaient venues en masse de Noisy le Grand, voisine d’outre-Marne, Yerres, Clamart, sans oublier l’autre Villiers (/Morin), Sully/Loire etc. On y a retrouvé avec plaisir le Grand Chambellan Marc, et Nadine, souvent rencontrés dans ces fêtes.

Au cours du repas, on put déguster le vin local, un chardonnay 2022 qui portait fièrement la devise de la Confrérie : le vin d’ici vaut mieux que l’eau de là.

On assista aux intronisations,

et l’on chanta les grappilleurs, hymne de la Confrérie des 3 Grappes, sur l’air des Chevaliers de la Table Ronde.

Et puis on se laissa emporter au pays des souvenirs par Quai des brunes et son florilège de chansons françaises des années 1920 à 1960 ..

C’est une autre ambiance qui régnait au Bar à Bulles, à Montmartre, où l’on fêtait quelques jours plus tard les 135 ans du Moulin Rouge !

A l’étage du Bar à bulles

Entre deux coupes de champagne, on pouvait y feuilleter le numéro 16 de Montmartre en revue, et prendre connaissance d’ « Il était une fois le Moulin Rouge », l’article de Gérard Letailleur qui raconte l’histoire incroyable du Moulin Rouge,

Screenshot

ou encore de l’interview du propriétaire des lieux Jean-Victor Clérico, tout en prêtant l’oreille, entre deux roulements de tambour des Poulbots, au discours du Président de la République de Montmartre, Alain Coquard.

Gérard Letailleur de profil au 1er plan, et Alain Coquard en tenue montmartroise

Toute autre était la manifestation proposée à Melun la semaine suivante, à l’occasion de la fête du Brie. La confrérie du Brie de Melun fêtait ses 35 ans.

Etait bien sûr présents les représentants de la Dive Bouteille de Gaillac,

les deux confréries s’étant « mariées » en 1995, car, comme l’indiquait alors Monique Josse :

« Bien affiné, le Brie de Melun atteint la plénitude de sa puissance et de sa personnalité. Il fallait trouver un vin pour l’épouser. Après une dégustation « à l’aveugle » de plusieurs appellations, le Gaillac fut élu pour son caractère, sa structure, un boisé léger et surtout ses tanins qui conviennent tellement bien au salé du Brie de Melun. »

Brie de Melun et Dive bouteille de Gaillac, deux conjoints clairement genrés

On y retrouva les Echansons Claude et Monique Josse, véritable incarnation de ce mariage, respectivement en habit de la Dive Bouteille de Gaillac (terroir de leur domaine du château Labastidié) et en celui de la Confrérie du Brie de Melun (ville où ils ont longtemps fait prospérer les caves de la Côte d’Or).

La cave qu’ils tenaient encore rue Paul Doumer il y a vingt ans porte toujours leur nom !

De nombreuses confréries avaient fait le déplacement

On défila dans les rues et le marché en fanfare avec Mammouth, la fanfare des bois,

(à voir en musique !)

On assista ensuite à la remise des prix du Concours des Brie de Melun.

3 jurys s’y étaient attelés, le Pro, celui de l’UTEC (école de la CCI77), et celui du Grand Public, qui devaient départager les cinq candidats. Les jugements ont été concordants. Trois concurrents ont reçu un accessit. Le 1er prix est allé à la société fromagère de Meaux !

Nous conclurons cette litanie d’anniversaires par celui des Echansons, confrérie fondée en 1954 pour défendre les vins français. L’actuel Grand chancelier Claude JOSSE en prit la présidence en 1984.

Après une messe célébrée en l’église Ste-Odile par l’archevêque de Paris Laurent Ulbrich, et accompagné par le Souffle de Bacchus, les participants se rassemblèrent dans la crypte.

Claude JOSSE y rappela les grandes lignes de l’histoire de la Confrérie : l’acquisition  en 1984 des caveaux des moines Minimes, rue des Eaux à Passy, désormais caveau des Echansons, siège de la confrérie et abritant le Musée du Vin ; la constitution de la collection de ce musée sous l’égide du conservateur Jean-Jacques Hervy ; l’acquisition en 1990 du Château Labastidié et de ses 51 hectares de vignes dans le vignoble gaillacois. Il conclut son allocution par ces mots :

« L’eau sépare les hommes, mais le vin les rassemble.« 

On procéda ensuite à une vingtaine d’intronisations dont celle de Jean-Marc Jost, vigneron alsacien, dont les vins allaient irriguer la journée.

Chaque intronisé souscrit à l’injonction : « humez, dégustez, buvez« 

Et puis l’on passa aux choses sérieuses avec un déjeuner typiquement alsacien (Ste-Odile oblige):

Merci aux scouts et guides-ainées du groupe RP Doncoeur pour le service à table.

L’ami Jacky était au son, il nous interpréta sa création « c’est dans la vigne que je suis né »,

tandis que les échansons fraichement intronisés s’entraînaient au sabrage du crémant rosé.

Bon anniversaire, amis Echansons !