La Régence

Elle n’a duré que 8 ans, mais annonce les temps nouveaux.

EN 1715, à la mort de Louis XIV, son arrière-petit -fils Louis XV n’a que 5 ans, et c’est le neveu Philippe d’Orléans qui assure l’interim jusqu’aux 13 ans du roi (sa majorité).

Après le très chrétien Roi Soleil, c’est un libre penseur, un libertin, un artiste (peintre et musicien) qui quitte Versailles pour Paris et prend les commandes de la France.

C’est cette courte histoire que nous fait revivre le musée Carnavalet avec l’exposition « la Régence à Paris ».

Voici le temps des fêtes, bacchanales et débauches, illustré par Bernard Picart.

Suivons Bacchus avalons sa liqueur Ah ! qu’elle a de douceur

Il s’en passait de belles au château de La Muette !

Initié à la peinture par Charles Coypel, le Régent dessine les cartons de tapisseries illustrant les amours de Daphnis et Chloé. Voici celle intitulée les Vendanges.

Ces deux détails sont extraits de « Daphnis et Chloé : les Noces ». (à gauche, le banquet de noces, à droite la reconnaissance de Chloé)

Nous retrouvons Alexis Grimou, une vieille connaissance, avec ce « marquis d’Artaguiette en buveur« , qui date de 1720.

Ces deux épicuriens sont attribués à Jacques Autreau, un auteur de théâtre fameux à l’époque.

On connait ses buveurs de vin et son verre en lévitation.

François Boucher, né en 1703, était tout jeune lorsqu’il a fait cette gravure d’après Watteau d’un « jeune homme portant un plateau et d’un valet tirant des bouteilles d’une corbeille » (1730).

Des bouteilles du sacre peut-être ?

Bouteille portant le sceau du sacre de Louis XV, 1722

(Il serait intéressant de savoir où cette bouteille a été fabriquée, la première verrerie royale « à la façon d’Angleterre » ayant été fondée en 1723 à Bordeaux par l’anglo-irlandais Pierre Mitchell )

Louis XV fut consacré à Reims le 25 octobre 2022, à l’âge de 12 ans.

« Le vin servi ce jour-là est du vin de Champagne, effervescent (pétillant), ou tranquille (sans bulles).
Le champagne est le vin préféré de la cour et particulièrement du Régent, comme l’écrit sa mère, la Princesse Palatine : Quand mon fils boit un peu trop, il ne fait pas usage de fortes liqueurs, mais de vin de Champagne.
« 

Ici finit l’histoire de la régence, et Philippe , nommé  »principal ministre », décédera un an plus tard.

Post Scriptum : la bouteille présentée ci-dessus serait l’unique rescapée des 6000 bouteilles bues à l’occasion du sacre. Vendue avec d’autres vieux flacons par une collectionneuse américaine en 2020,elle a été acquise par la famille Tartiner qui en a fait don au Palais de Tau, l’ancienne résidence épicopale à Reims.( Voir l’article de francetvinfo)

Pepito

Cette pièce de Jacques Offenbach, créée en 1853, est, dit-on, « le prototype de toutes ces œuvres brèves, monologues musicaux, saynètes à  deux ou trois personnages, qui permirent à  Offenbach d’alimenter le théâtre des Bouffes-Parisiens « . Nous apprenons qu’elle se donnera en version concert à l’Odéon de Marseille début janvier, sous la baguette de J.C.Keck.

Si nous en parlons, c’est qu’elle recèle un air à boire bien sûr, un de plus dans la production du Maître. L’histoire, trop banale pour être contée, se déroule au pays basque. De retour au village, Miguel, ami d’enfance de Manuelita, en tombe amoureux. Mais il a un rival (Vertigo) et l’aimée est déjà fiancée (à Pepito)…

Nous en avons trouvé une version franco-allemande, il est vrai que » Das Mädchen von Elizondo » a connu le succès outre Rhin ; heureusement les airs chantés sont en français. L’air commence à 27 m 43s

MIGUEL.
Bruit charmant
Doux à mon oreille.
VERTIGO, MANUELITA.
Pan, pan, pan !
MIGUEL.
Bruit charmant
Du bouchon sautant !
VERTIGO, MANUELITA.
Pan, pan, pan !
MIGUEL.
Gardien de la liqueur vermeille,
Mon pouce aidant,
Ouvre-lui vite la bouteille
En t’échappant !
Lorsque du bouchon le fil se rompant
Le liège libre, enfin s’échappant
S’élance dans l’air et va le frappant,
Répétons en chœur son joyeux pan pan !

MANUELITA.
Bruit plus doux
Du nectar qui coule !
MIGUEL, VERTIGO.
Gloux, gloux, gloux !…
MANUELITA.
Bruit plus doux,
Tu sais plaire à tous ! 
MIGUEL, VERTIGO.
Gloux, gloux, gloux !
MANUELITA.
De la rouge et vineuse houle
Refrain si doux,
Tu rendrais l’oiseau qui roucoule
De toi jaloux !
Lorsque du nectar les flots en courroux
Jettent à l’oreille leur refrain si doux,
Les bras enlacés, nous rapprochant tous,
Répétons en chœur les joyeux gloux gloux !

Au même Odéon de Marseille on a pu voir et écouter en décembre la Permission de Dix heures,  un opéra comique en un acte, composé en 1867. Là, pas d’air à boire, mais une scène de griserie croquignolesque ( le soldat Larose Pompon et le sergent alsacien Lantenrnick sont amoureux)….

Ci-dessous un extrait d’une production du Festival Offenbach d’Etretat 2018 (à 7m 20s)

Le bon fruit de la vigne…

donne de la force aux amants !

C’est ce que prêche Bacchus, tentant de consoler un amoureux malheureux, après avoir reconnu qu’il ne guérissait pas les blessures d’amour.

Nous sommes dans l’Orfeo d’Antonio Sartorio, un compositeur vénitien (1630-80), joué récemment à l’Athénée sous la direction du chef Jarousski. C’est une oeuvre brillante, aux nombreux personnages, comportant plus de 50 airs, et qui annonce l’opera seria.

Le propre frère d’Orphée, Aristeo, amoureux sans succès d’Euridyce, songe au suicide quand Bacchus, suivi de satyres et de bacchantes, vient s’interposer :

Se d’amore le ferite
Risanar Bacco non sà
Il buon frutto de la vite
Agl’ amanti forze dà.
Sù bevete
Sù godete
Che bevendo
Che godendo
Mi direte chi vai più
O lo strale di Cupido
O di Bacco la virtù.

Il est de nombreuses oeuvres s’inspirant du mythe d’Orphée, celle-ci est à la fois drôle, avec des personnages truculents comme Erinda, Achille et Hercule, et tragique. Les personnages sont en proie aux supplices d’un amour jamais partagé, et quand il l’est, torturé par la jalousie.
Elle connut un franc succès au 17ème siècle, avant de tomber dans l’oubli. Son message ? Défions nous de Cupidon et de ses flèches, préférons la vertu de Bacchus !

On trouve en ligne cette version jouée par le COLLEGIUM MUSICUM RIGA, en 2021

Malheureusement, la scène avec Bacchus (à 1h37m) est tronquée… On se reportera au livret

ou à la partition pour plus d’information.

Erst trinken wir noch eins

« Buvons encore un coup, d’abord« .

Voici une chanson que l’on pouvait entendre en Allemagne dans les années 30. On la doit à Willy Rosen, un pianiste fantaisiste prolifique (il composa plus de 600 chansons) qui se produisait dans les cabarets de Berlin.

Elle-ci nous parle d’un père de famille (les enfants, soyez sympa !) qui n’a pas de quoi payer le loyer (mais le proprio peut attendre…), Garçon ! une bière ! et à la pause, une saucisse, et on a soif à nouveau…

Kinder, kommt, und seid jemütlich. Jetzt ist es jrade so nett
Kinder, kommt, und seid doch friedlich.

Zanken könnt ihr euch im Bett!
Ick hab noch das Jeld für die Miete bei mir, der Hauswirt kann warten. Herr Ober, ein Bier!
Erst trinken wir noch eins, erst trinken wir noch eins und dann jehn wir noch nich nach Hause
Erst trinken wir noch eins, erst trinken wir noch eins und dann machen wir eine Pause
Und in der Pause, da essen wir ‘ne Wurscht, denn nach so ‘ner Wurscht kriegt man immer
Wieder Durscht, hmm!
Dann trinken wir noch eins, dann trinken wir noch eins, und dann jehn wir noch nich nach
Hause
Bier her, Bier her, oder ick fall um!
Kinder, ach, wie schön wars früher, da hat man doch noch jelebt
Heut kommt der Jerichtsvollzieher der blaue Vöjelchen klebt
Doch schleppt er auch weg unser Prachtgrammophon – das Lied, worauf’s ankommt, das
Kenn’n wir ja schon:
Erst trinken wir noch eins …
Trink’ma noch’n Tröppchen, trink’ma noch’n Tröppchen aus det kleene Henkeltöppchen
Trink’ma noch’n Tröppchen, trink’ma noch’n Tröppchen aus det kleene Henkeltöppchen
Prost Rest! Prost Rest! Prost Rest!

La chansons a été popularisée par les Comedian Harmonists, un groupe vocal qui connut un succès international à l’époque.

Les chansons de Willy Rosen sont pleines d’humour, on peut en écouter une quarantaine sur Youtube. Certaines sont attendrissantes comme ce  »Venezuela » (« Venezuela Tango! Der Text ist von Schwenn, Schäffers und mir. Der Musik, ist also von mir » April 1932) où tout le monde est heureux… (texte et beaucoup d’information dans les commentaires).

Mais c’était le bon temps, le bon temps c’est fini…

Willy Rosen, réfugié en Hollande, fut rattrapé par la solution finale et mourut à Auschwitz en septembre 1944. On pourra lire son histoire sur le site https://textundmusikvonmir.co.uk.

portes ouvertes à Bandol

Portes ouvertes dans une quinzaine de domaines ce week-end, une occasion de goûter les vins de l’année… et les autres.

Il y avait du monde chez Ray-Jane, un domaine que nous connaissons bien,

et qui a le privilège d’abriter un musée qui regorge de trésors bachiques : tonnelets sculptés, chefs d’œuvres de compagnons, gourdes à vin,

anciens outils..

collectionnés avec amour par Raymond Constant,

et mis en valeur par son fils Alain

A noter cette note édifiante de l’Empereur, qui, à peine remis de la bataille de Wagram, trouve le temps de gérer le personnel resté en métropole.

On a pu déguster outre les vins nouveaux de l’année, et des vins des années précédentes.. Nous avons flashé sur le Bandol rouge 2018, une explosion d’arômes de fruits rouges, un délice. Tout cela en musique,

et agrémenté de sympathiques provisions de bouche. Merci !

On ne pouvait en rester là, c’est chez Guilhem Tournier (hier domaine Roche Redonne) que nous avons clos notre tour. On ne peut le rater quand on circule sur l’autoroute.

A noter Ruby, (assemblage Syrah, Carignan, Mourvedre) : un vin naturel, inhabituel, et bien plaisant.

Son ar chistr : la chanson du cidre

Voici une petite chanson bretonne sympathique dont les succès a dépassé les espérances de ses auteurs, les frères Jean-Bernard et Jean-Marie Prima, deux jeunes de Guiscriff, en Cornouaille, qui l’ont composée un soir de battage en 1929.

Que dit-elle ? Bois donc du cidre, Laou, car le cidre est bon !

Elle est entrainante, c’est une chanson (Kan) où chaque phrase du kaner est repris par un diskaner .
En voici la teneur :

Ev chistr ‘ta Laou, rak chistr zo mat, loñla 
Ev chistr ‘ta Laou, rak chistr zo mat 
Ev chistr ‘ta Laou, rak chistr zo mat 
Ur blank, ur blank ar chopinad loñla 
Ur blank, ur blank ar chopinad

Ar chistr zo graet ‘vit bout evet, loñla
Hag ar merc’hed ‘vit bout karet

Karomp pep hini e hini, loñla
‘Vo kuit da zen kaout jalousi

N’oan ket c’hoazh tri miz eureujet, loñla
‘Ben ‘vezen bemdez chikanet

Taolioù botoù, fasadigoù, loñla
Ha toull an nor ‘wechadigoù

Met n’eo ket se ‘ra poan-spered din, loñla
Ar pezh ‘oa bet lavaret din

Lâret ‘oa din ‘oan butuner, loñla
Ha lonker sistr ha merc’hetaer

Ev chistr ‘ta Laou, rak chistr zo mat, loñla
Ur blank, ur blank ar chopinad

Bois donc du cidre, Laou, car le cidre est bon lonla
Bois donc du cidre, Laou, car le cidre est bon
Bois donc du cidre, Laou, car le cidre est bon
Un sou, un sou la chopine lonla
Un sou, un sou la chopine

Le cidre est fait pour être bu
Et les filles pour être aimées

Aimons chacun notre chacune
Et il n’y aura plus de jalousie

Je n’étais pas marié depuis trois mois
Que je me faisais chicaner chaque jour

Des coups de pieds, des gifles
Et flanqué à la porte quelquefois

Mais ce n’est pas ce qui me chagrine le plus
C’est ce qu’on disait de moi

On disait de moi que j’étais fumeur
Buveur de cidre et coureur de jupons

Bois donc du cidre, Laou, car le cidre est bon
Un sou, un sou la chopine

Alan Stivell l’a fait connaitre en 1970,

elle fut reprise par d’innombrables groupes,

franchissant les frontières, devenant Zeben Dag Lang (7 jours durant) en 1976 avec le groupe Bots aux Pays-Bas, (Was wollen wir trinken, sieben Tage Lang , en Allemagne)

Wat zullen we drinken /Zeven dagen lang/Wat zullen we drinken, wat een dorst
On ne parle plus de cidre, mais qu’allons nous boire pour étancher la soif ?
Ja drinken we samen, niet alleen (nous boirons tous ensemble, pas tous seuls)
Dan zullen we werken/Zeven dagen lang (et puis nous travaillerons, 7 jours durant)…

La chanson a parcouru l’Europe jusqu’à Saint-Petersbourg avec Отава Ё, ou l’Ukraine avec FRAM

Terminons avec cette captation d’un concert de Gwennyn ,Tri Yann, Gilles Servat, à Quimper, diffusée en 2017 sur France 2.

Ha dañsit bremañ!

La vigne, de sa domestication à son amélioration génétique

C’est à une conférence sur la vigne, de sa domestication à son amélioration génétique, que nous étions conviés par la Cité du Vin et ses « vendanges du savoir », le mardi 14 novembre dernier.

L’intervenant, Didier Merdinoglu, est chercheur à l’INRA de Colmar. Voici un résumé de son intervention qui nous a particulièrement intéressé.

Origine et évolution de la vigne

La vigne (vitacea), dont l’historicité remonte à plus de 60 millions d’années (pépins de la fin du crétacé retrouvés en Inde) , comporte 17 genres (vitis, cissus, parthenocissus…) et plus de mille espèces (V.silvestris, V.amurensis, V.berlandieri, V.rotundofolia…) dont une soixantaine du genre vitis où l’on distingue les sous-genres muscadinia et euvitis  différant par leur nombre de chromosomes.

Au sein de euvitis, la « vraie » vigne, les espèces sont regroupées selon l’origine géographique européenne (vinifera, qui peut-être sauvage (sylvestris) ou cultivée (vinifera)), américaine, asiatique…

La vigne a été domestiquée par les premiers agriculteurs du néolithique, il y a près de 10 000 ans. Ils en tireront rapidement du vin (la lignée humaine, ainsi que certains primates, a acquis il y a 10 millions d’années la capacité à digérer l’alcool, avec l’activité des gènes de l’alcool deshydrogénase).

La vigne cultivée se distingue par son hermaphrodisme, la taille des grains et des grappes, son goût plus sucré, ses arômes… Depuis le Caucase, elle s’est diffusée le long du pourtour méditerranéen, du Danube, et aussi vers l’Asie, avec des évolutions locales, sans doute par croisements, notamment en Italie et en Espagne.

Peut-être 6000 cépages portant 12 à 15000 noms  peuvent être aujourd’hui observés, fruits de l’évolution des cépages anciens, et d’une hybridation non intentionnelle. 

Car ce n’est qu’au 19ème siècle que l’on commence à bien comprendre la sexualité des plantes, et que l’on peut parler d’hybridation intentionnelle, et ce n’est qu’au 20ème siècle, avec la découverte par Mendel des lois de l’hérédité, que l’on a les outils pour orienter les opérations.

On classe  les cépages par rapport à leur période d’apparition : les « primitifs » (antiquité), les « anciens » (du moyen-âge), les « modernes » (17-19ème siècle) et les contemporains. Avec les connaissances actuelles sur l’ADN, on peut reconstituer les arbres généalogiques.
On a pu ainsi montrer que le cabernet sauvignon est issu du cabernet franc et du sauvignon blanc, et que le merlot l’est du cabernet franc et du magdeleine des Charentes.

De même tout un ensemble de cépages apparus en Bourgogne comme le chardonnay, le gamay, le melon, l’aligoté… descendent du pinot et du gouais.

On découvre aussi le rôle du traminer (gewurz traminer en Alsace, savagnin blanc, à une variation près dans le Jura) qui est certainement un cépage « primitif », parent du pinot et du sauvignon blanc qui sont sans doute des cépages « anciens ».

Ce travail sur les cépages actuels est complété par des analyses de pépins archéologiques, qui ont permis de confirmer par exemple l’antiquité du savagnin blanc.

Un travail considérable réalisé récemment par une équipe chinoise et internationale sur plus de 3000 accessions (cépages cultivés et vitis sylvestris sauvages) a eu pour résultat de modifier notre vision de l’origine de la vigne. Les variétés de raisin de table du Proche Orient  (et non du Caucase) seraient à l’origine, après croisement avec des variétés locales, des variétés cultivées  et vinifiées dans la plupart des pays aujourd’hui.

Accéder à l’article « Dual domestications and origin of traits in grapevine evolution »

La crise phylloxérique

A partir du milieu du 19ème siècle, 3 fléaux, venus des Etats-Unis, s’abattent sur le vignoble européen : mildiou, phylloxéra, oïdium.

Les parades trouvées sont chimiques : soufre pour l’oïdium, sels de cuivre pour le mildiou, et génétiques : porte-greffes pour le phylloxera sur des pieds américains.

Une autre voie était la recherche d’hybrides résistants.

A partir des ressources génétiques (toutes les espèces du genre vitis, interfertiles avec la vigne cultivée), opérer des croisements (par exemple en éliminant la partie mâle et en pollenisant à partir un autre espèce), sélectionner les pépins produits, et recommencer plusieurs fois de suite jusqu’à obtenir le résultat désiré.

Les grands noms des hybrideurs français sont Georges Couderc, Albert Seibel, Steve-Villard, Vidal…

Plus faciles à cultiver, leurs produits on connu leur apogée au milieu du 20ème siècle, jusqu’à occuper le tiers du vignoble français, avant d’être dénoncés voire interdits pour mauvaise qualité ou risque sanitaire. La recherche en sera découragée en France, mais se poursuivra ailleurs comme en Allemagne où un cépage comme le Souvignier Gris, résistant à l’oïdium, fut mis au point en 1983.

On sait aujourd’hui qu’il existe des espèces particulièrement résistantes aux maladies. Tout l’enjeu est d’insérer les gènes correspondants dans la vigne cultivée, sans dégrader leurs qualités organoleptiques, par un processus d’introgression. C’est l’objectif du programme ResDur de l’INRAE.

Compte tenu du nombre de croisements nécessaires, de façon à ne sélectionner que les caractères souhaités, un des problèmes est la durée du processus, car un pépin n’est fertile qu’au bout de 3 ans en milieu naturel. Un mode de conduite a été élaboré permettant de réduire ce délai à moins d’un an. 

On s’intéresse aux marqueurs moléculaires de la résistance qui peuvent être identifiés dès le début de la croissance, aux premières feuilles, et se concentrer sur les plants intéressants, qui sont alors implantés en vignoble, où une sélection intermédiaire, au bout de quelques années sera opérée. Les meilleurs candidats font l’objet d’une sélection finale, en vignoble, en partenariat avec l’Institut Français du Vin.
Tout le processus prend au final une  bonne quinzaine d’année.
Les variétés Floreal, Voltis (blancs), Vidoc, Artaban (rouge) ont été finalisées en 2018.

Une deuxième série est apparue en 2021 : Coliris, Lilaro, Sirano, Opalor, Silanor

Ces hybrides ont une généalogie complexe, incluant des parents américains et asiatiques.

On constate une division par 10 des fongicides utilisés pour ces variétés résistantes.
Devant ce succès, la plupart des interprofessions ont lancé leurs propres programmes de sélection, avec en vue la recherche de la typicité régionale.
Sont également disponibles les variétés développées dans les pays voisins (Allemagne, Suisse, Italie).

L’avenir
Avec le changement climatique, en 40 ans la date des vendanges s’est avancée de presqu’un mois en Alsace. La hausse des températures risque de modifier les qualités du raisin récolté (plus de sucre, moins d’acidité), et donc aussi celles du vin.
Mais les cépages ne sont pas tout : outre la recherche de variétés végétales résistantes aux nouvelles maladies et adaptées au changement climatique, la viticulture doit aussi se pencher sur les méthodes de lutte contre les maladies (biocontrôle…), modes de culture…

Voir cette conférence sur le site de la Cité du Vin.

Pasteur et le vin

C’est à une conférence sur les travaux de Louis Pasteur que nous étions conviés, ce jeudi 23 novembre, par la Coordination COCORICO des Confréries d’Ile de France.

Alain Marchal entouré des organisateurs M.Devot et M.Mella

Alain Marchal, président d’honneur de la Société des Amis de Louis Pasteur, docteur en pharmacie et ex-chef de service au laboratoire de biologie du CHG Louis-Pasteur de Dole, a captivé l’auditoire en décrivant le parcours du grand homme, né à Dole en 1822, élevé à Arbois, intéressé très jeune par le dessin (il a laissé de nombreux portraits), reçu à l’Ecole Normale Supérieure où il étudie la Physique et la Chimie, puis Professeur en faculté des sciences à Strasbourg et à Lille.

Albert EDELFELT (1854-1905): Louis Pasteur (1822-1895), chimiste et biologiste – détail – 1885 – huile sur toile – DO1986-16 – Photo Credit: Musée d’Orsay Paris / Aurimages

C’est là que ce spécialiste de la cristallographie, qui aime aller sur le terrain, rencontre un distillateur de jus de betterave, père d’un des élèves, qui lui fait part de ses problèmes de production.
Au microscope, Pasteur découvre les bacilles lactiques en forme de bâtonnets, responsables d’une fermentation lactique.  Son mémoire sur la fermentation lactique sera l’acte de naissance de la microbiologie.

Il s’intéresse dès lors à la fermentation alcoolique, butyrique, acétique, et découvre les «animalcules infusoires» vivant sans oxygène libre déterminant les fermentations. C’est une révolution qui remet en cause la croyance en une génération spontanée, qui verra s’opposer s’opposer avec acharnement deux camps, tant il est vrai que « le plus grand dérèglement de l’esprit, c’est de croire les choses parce qu’on veut qu’elles soient, et non parce qu’on a vu qu’elles sont en effet » (Bossuet).

Poursuivant ses recherches, encouragé par le couple impérial, Pasteur s’intéresse aux maladies du vin et dépose un brevet sur la pasteurisation en 1865. Il prouve que le mycoderme acétique est responsable de la transformation du vin en vinaigre (et non les copeaux de bois comme le soutenait l’allemand Von Liebig). Il étudie aussi l’effet de l’air sur le vieillissement et met en évidence l’existence de levures dans l’air.

De Pasteur nous reste cette formule « le vin est la plus saine et la plus hygiénique des boissons ».

Enoncée dans le contexte de l’époque (eau non potable, alcools forts…), elle a été instrumentalisée abusivement par les propagandistes du vin. Ce débat n’est pas clos, mais il est clair que le grand homme n’en préconisait pas un usage immodéré !

Alain Marchal devant la statue de Pasteur à Dole

Merci Alain Marchal pour cette passionnante conférence,

et cette bouteille issue du clos des Rosières à Arbois, la « vigne de Pasteur ».

La Esmeralda

Voici, sur un livret de Victor Hugo, un opéra de Louise Bertin, compositrice assez oubliée mais qui mérite qu’on s’y intéresse.

Il date de 1836 et est inspiré de Notre-Dame de Paris.

Il contient au 3ème acte une scène de taverne avec un air à boire assez remarquable : « Sois propice et salutaire… »

Sois propice et salutaire,
Notre­Dame de Saint­Lô,
au soudard qui sur la terre
n’a de haine que pour l’eau!

Donne au brave,
en tous lieux,
bonne cave
et beaux yeux !
L’heureux drille !
Fais qu’il pille
jeune fille
et vin vieux !

Qu’une belle
au cœur froid
soit rebelle,
~ On en voit,
~ il plaisante
la méchante,
puis il chante,
puis il boit !

Le jour passe;
ivre ou non,
il embrasse
sa Toinon,
et, farouche,
il se couche
sur la bouche
d’un canon.

Et son âme,
qui souvent
d’une femme
va rêvant,
est contente
quand la tente
palpitante
tremble au vent.

On peut écouter cet air dans cette version enregistrée à Montpellier en 2008.

Résumons l’histoire : Esmeralda est tombée amoureuse du fougueux capitaine Phoebus mais va être victime d’une machination ourdie par le prêtre Frollo, amoureux éconduit, fou de désir.

On peut en voir en ce moment aux Bouffes du Nord une adaptation avec une distribution assez réduite, mais de grande qualité. Nous y retrouvons notre chouchou Christophe Crapez, dans le rôle de Quasimodo. Il faut y aller vite, c’est jusqu’au 3 décembre seulement.

Expos parisiennes etc.

Pas grand chose à se mettre sous la dent, mais quand même quelques rencontres intéressantes cet automne.
Commençons par Art Shopping, salon rituel où l’on vient du bout du monde pour exposer et peut-être vendre.

Nous y avons croisé l’uruguayenne Francesca Dito, peintre et sommelière, dont l’art est intimement lié à la vigne et au vin. Sa famille, d’origine italienne, cultive la vigne et produit du vin dans la région de Canelones. Un assemblage de cépages originaires d’Italie, d’Espagne et de France (parmi lesquels le Tannat, aujourd’hui cépage emblématique de l’Uruguay) porte son nom…

visite des vignobles et des régions viticoles I et II (recorriendo regiones de viñas y de vino)

Pour les amateurs, voici d’autres oeuvres intéressantes exposées récemment en Uruguay.

Nous y avons aussi vu cette toile colorée et exubérante de la Norvégienne Anne Margrethe (Bjerkebro).

On ne peut pas rester indifférent devant cette oeuvre emblématique qui exprime la joie de vivre.
Voici Anne Margrethe (on pourra voir d’autres oeuvres sur FB)

+ (ajout tardif) : et puis voici quelques oeuvres d’Irit Rotrubin, photographe israélienne rencontrée au même Carrousel, qui en pince pour les lunettes mais s’intéresse aussi aux vignes et aux coupes !

Au Musée d’Art Moderne, ce sont ces « bouteilles dans l’atelier de Nicolas de Staël » qui ont attiré notre attention

Au Musée d’Orsay, cette vigne d’Auvers/Oise est un des 74 tableaux peints par Vincent Van Gogh du 20 mai au 27 juillet 1890, jour où il se suicide en pleins champs.

A deux pas, Louis Janmot, peintre qu’on pourrait qualifier de moraliste, représente en 1861 l’Orgie (Fusain et rehauts de gouache blanche sur papier) qu’il décrie dans son » Poème de l’âme« .

Joséphine Bindé, dans Beaux Arts Magazine, résume bien l’ambivalence de son art :
« D’un côté, ses scènes pastorales, ses envolées d’anges et ses allégories, certes gracieuses, suintent la morale religieuse et le conservatisme. De l’autre, certains de ses tableaux, hantés par l’incertitude, la mort et le vice, affichent des compositions d’une modernité ahurissante qui annoncent les grands surréalistes du XXe siècle. Tel est le fascinant paradoxe de l’exposition que consacre le musée d’Orsay au méconnu et surprenant Louis Janmot ! »

Voici pour terminer quelques vues prise à l‘hôtel Lutetia fraîchement rénové (2014-2018).

Cette fresque agreste d’Adrien Karbowsky, située au bar Joséphine (Baker) a nécessité plus 17 000 heures de travail à l’atelier de Ricou pour la dégager des couches de peinture sous lesquelles elle était ensevelie.

Voici quelques détails

Et l’on termine avec cette statue de Bacchus vue au parc de Saint-Cloud.