C’est la façon moldave de soutenir le peuple japonais après la tragédie de Fukushima.
28000 bouteilles de vin rouge ont été envoyées par la guilde des producteurs de vin moldave, apprend-on sur timpul.md.
En effet, le resveratrol contenu dans le vin rouge, et dont les propriétés antioxydantes sont bien connues des lecteurs du bon clos , a également un effet contre les radiations. C’est le professeur Joel Greenberger de l’Ecole de Medecine de l’Université de Pittsburg qui le dit !
Etrange et Insolite nous apprend ainsi que les sous-mariniers russes en consommaient régulièrement dans ce but.
Les Français ne sont pas en reste : des viticuteurs bourguignons offrent aussi des bouteilles de grands crus qui seront vendues aux enchères à Paris en mai au profit de la croix rouge japonaise (voir là ). Plus d’infos auprès de l’Association Mosaïque Bourgogne International, 23-25 RD 974, Premeaux-Prissey.
c’est la canette, c’est la canette, pourrait-on chanter sur un air connu .
Ne voit-on pas en effet du vin rouge en canette sur le site marchand Tesco ?
Un scandale, s’indignera-t-on !
Et ça vient de partout, du Nouveau Monde
« Avec plus de 60 millions de canettes vendues dans le monde, Barokes – vin premium australien – est le leader mondial du vin de qualité conditionné en canettes, grâce à un procédé innovant – Vinsafe® – qui permet au vin de conserver toute sa fraîcheur et tout son arôme »
comme de Bordeaux où une petite entreprise, pinkgrap, s’est lancée sur ce créneau depuis 2004.
Francesca da Rimini sert à son époux Gianciotto Malatesta, qui lui ordonne d’en boire, puis d’en faire boire aussi dans la même coupe à son frère le beau Paolo Malatesta ?
FRANCESCA
Ecco, bevete, È vino di Scio.
GIANCIOTTO
Prima bevete, in grazia, un sorso.
[ Francesca accosta le labbra alla coppa. ]
È dolce cosa
Rivedere la vostra faccia, dopo
La battaglia, e da voi avere offerta
Una coppa di vin possente, e beverla
D’un fiato!
[ Egli vuota la coppa. ]
Cosi, tutto si rallegra
Il cuore. E Paolo?
Paolo, vieni. Non hai tu sete? Lascia
Il fuoco greco per il vino greco.
Donna, versategli una piena coppa
E bevetene un sorso anco, per fargli
Onore; e salutatelo, il perfetto
Saettatore.
Produit dans l’île de Chios (patrie putative d’Homère) dans la mer Egée, il était apprécié des Romains.
Pour les habitants de l’île, c’était le fils de Dionysos qui leur aurait appris à faire ce vin rouge foncé. « Le meilleur des vins grecs selon plus d’un auteur », rapporte Alexis Lichine dans son Encyclopédie des vins et alcools, « irréprochable et qui ne donne jamais mal à la tête », « évidemment un breuvage doux et plutôt épais ».
Théopompedit que les habitants de Chio ont les premiers planté et cultivé la vigne, et fait du vin noir : selon lui, ils l’apprirent d’un fils de Bacchus, nommé Enopion, qui peupla cette île. Il ajoute que ce furent ces insulaires qui en communiquèrent la culture aux autres hommes.
Hermippus fait ainsi parler Bacchus :
« Le vin de Mende fait pisser les dieux même sur leurs tapis mollets. J’aime la douce saveur du vin de Magnésie : quant à celui de Thase, il répand une légère odeur de pomme ; mais je le regarde comme le meilleur de tous les vins, après le vin parfait et innocent de Chio.
Et Eubule :
« Après avoir pris du Thase, ou du Chio, ou du Lesbos, dont les gouttes sont autant de gouttes de nectar. »
En général, le vin de Chio est digestif, nourrissant ; il fait un bon sang, engraisse, et est des plus favorables à la santé, vu les excellents principes dont il est formé.
Quinze siècles plus tard, en 1700, lors d’un grand Voyage au Levant entrepris sur ordre du Roy, le botaniste Joseph Pitton de Tournefort visitera Chio. Voici ce qu’il dit de ses vignes et de son vin :
Et ce qu’en dit l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert, assez fidèlement…
Et voici l’emblème de l’île, frappé d’un sphinx, d’une amphore et d’une grappe de raisin,
cette pièce daterait de 431BC
amphores pleines d’un vin de Chio devenu comme un baume par le long travail des ans (Chateaubriand)
de cette ville orgueilleuse qui connut un destin cruel.
Au cours des siècles maintes fois assiégée, ravagée, pillée, elle passa sous domination ottomane au 16eme siècle. En 1822, au cours de la guerre d’indépendance grecque, sa population qui comptait alors plus de 100 000 habitants, fut massacrée ou réduite en esclavage par les Turcs.
Les Turcs ont passé là : tout est ruine et deuil,
Chio, l’île des vins n’est plus qu’un sombre écueil
écrivit Victor Hugo ( l’enfant dans les orientales, 1828).
Rattachée à la Grèce en 1912, Chios compte aujourd’hui 50 000 habitants et ses vignes ne couvrent plus qu’une centaine de « stremmas » (une dizaine d’hectares). Que n’a-t-on, comme le demandait lord Byron, laissé couler le vin de Chios !
Le vin d’Arbois, on le sait, plus on en boit, plus on va droit !
C’est sans doute ce qu’avaient en tête les près de 60 000 amateurs venus participer à cette 15eme percée, en goûtant les crus de pas moins de 84 domaines.
Disons deux mots de ce vin issu du cépage savagnin, qui demande un peu plus de 6 ans de maturation en foudres pour voir se développer un voile de levures produisant une molécule, le sotolon, à l’origine de son goût étonnant de noisette et de curry qui ne plait pas à tout le monde mais dont les amateurs ne peuvent plus se passer.
Toute la ville avait fait assaut de coqueterie pour la circonstance.
Voici ce que l’on pouvait découvrir en venant de Poligny, passage obligé pour monter dans les navettes et rejoindre Arbois.
Une installation de brûles-sarments annonçant cette sculpture monumentale.
Un peuple débonnaire éclusait des godets dans la bonne humeur.
trois jeunesses qui « récupèrent » sous un porche
L’école maternelle était de la partie.
avez-vous vu ?
Le clou de la fête fut sans doute cette bouteille datant de 1774 vendue aux enchères pour 57 000 euro !
L’église Saint-Just n’était pas en reste avec une exposition baptisée « vin de l’ivresse, vin de la sagesse »…
En tout bien tout honneur car nous dit-on « l’ivresse mystique est sobre… l’alcool […] n’est qu’une contrefaçon de la seule véritable ivresse à laquelle Dieu invite toute l’humanité«
on y pouvait découvrir les méfaits de l’ivresse avec Jacobus de Voragine (chroniqueur du 13eme siècle)
vs. le Pont des Anges attribué à un comte de Poupet par Luc Boilley (sic)
le festin d’Assuerus, sous la treille comme il se doit ( Jacopo del Sellaio, 15eme siècle)
et un bel exemple de prosélytisme oecuménique, cette évocation de Ibn Al Fâridh, poète mystique arabe du 12eme siècle qui écrivit l’éloge du vin !
Au hasard des rues on pouvait découvrir cette treille « de Lignan plantée en 1854 par Zenon Morin et entretenue par le domaine Jacques Tissot ».
Il ne fallait pas manquer bien sûr la visite du musée de vigne et du vin, installé dans le chateau Pecauld.
Ce vitrail de l’église saint-just représente les porteurs du « biou », cette grappe géante faite d’une multitude de grappes confectionnée chaque année en l’honneur de saint-just début septembre.
bouteille historique de 1774, tiens.
Plus originaux cette Vierge au raisin, pierre polychrome du 15eme siècle provenant de l’ancien hopital d’Arbois
et ce garde-vignes, mais on s’étonne de ne pas voir de grappes à garder !
Mais réservons notre Palme pour l’exposition d’art contemporain où nous avons déniché quelques belles choses.
Figure imposée aux artistes : utiliser comme support les filtres utilisés pour filtrer le vin avant la mise en bouteille, sortes de carrés de papier cartonné de 50 cm sur 50 environ.
Voici quelques oeuvres qui ne dépareront pas dans la galerie du bon clos.
deux brûle-sarments, de Chantal Rident
Jadis… le foulage, d’Arlette Badoz
nouvelle histoire du vin jaune, par Luce Clavel Davignon (acrylique, encre de chine, collage)
Le bon Pasteur en est tombé du paquetage, dirait-on
Pasteur hip’ sation, de Michel Veysset (respectueuse impertinence)
Ce sculpteur affectionne aussi photo et video. Voici une série sur l’art et la manière de boire…
??
enfin cette grappe extraordinaire, d’Yves Gravel
Une belle fête donc, que l’on quitte en psalmodiant : l’an prochain à Ruffey sur Seille ?
Certes ce n’était pas encore « le » champagne, mais on cultivait déjà la vigne dans la région de Troyes au onzième siècle. Le nom d’un de ces vignerons est parvenu jusqu’à nous : Raschi, contraction de RAbbi CHlomo ben Itzchaki (fils de).
Et oui à cette époque les Juifs cultivaient la terre,mais c’est par l’étude que Raschi parvint à la notoriété, une notoriété qui a traversé les siècles et les frontières. C’est en effet en quelque sorte le père de l’éxégèse biblique et talmudique, un traducteur exigeant des textes anciens dont les commentaires font toujours autorité.
On connait l’importance de la vigne et du vin dans les textes sacrés : on peut s’en rendre compte par soi-même sur le site sefarim.fr qui dispose d’un moteur de recherche par mot-clé ; on trouve ainsi dans l’Ancien Testament 158 occurences de « vin » (et 69 de « vigne »), juste derrière le pain (189) et l’huile (188) ; le miel (56) et le lait (46) sont loin derrière.
Qu’en penser ? au bon clos on ne prétend pas rajouter des gloses après tous ces patriarches ; on rappellera simplement la légende hébraïque qui rapporte qu’un ange arrosa de sang d’agneau, de lion et de porc le cep que Noé planta sitôt débarqué de son Arche, signifiant ainsi qu’un verre de vin rend doux comme un agneau, deux fort comme un lion, mais au-delà, bonjour les dégâts (traduction libre en français de la fin du 20eme siècle)…
Raschi écrivait en caractères hébraïques, mais utilisait largement la langue vernaculaire, c’est-à-dire le français du onzième siècle.
C’est ainsi que bien des mots de la viticulture nous sont parvenus. En voici quelques uns, rapportés par le linguiste Raphaël Lévy dans un article daté de 1956 : l’aspect linguistique de la littérature judéo-française
Pour les générations nées pendant ou après la guerre, l’idée que l’on peut se faire de cette époque repose sur les souvenirs de cours d’histoire, les livres et productions audiovisuelles, les récits des parents. Mais la gravité de la situation fait qu’on a du mal à imaginer la vie de tous les jours…
Une exposition (maintenant terminée) est venue nous remémorer cette sombre période. Nous y avons découvert quelques aspects peu connus.
Voici une photo prise en octobre 1941 à Montmartre.
Et oui, c’est la fête des vendanges.
Et voici une affiche humoristique datée.
C’est que l’alcool était rationné (les fans de « la traversée de Paris » le savent bien),
pour des raisons hygiénistes et non économiques nous dit-on dans un article sur wikipedia (« l’amiral Darlan avait institué un jour sans alcool, le mercredi, d’où l’expression « jour sans »).(pm le curieux blog de jacques blanchard qui archive jour après jour les nouvelles du jour indique « jour sans alcool » à la date du 26 janvier 1918)
Pour rester dans l’humour, retrouvons en 39-40 les petites annonces de l’Os à Moelle et Pierre Dac qui n’avait pas encore rejoint Londres.
Et pour en savoir plus, voici un film visible sur dailymotion. Instructif…
On ne va pas laisser l’exposition Monet, qui bat des records de popularité au Grand Palais, se terminer sans mentionner deux tableaux qui ne peuvent laisser indifférents les amis du clos.
Il y a bien sûr ce « chemin dans les vignes à Argenteuil », qui date de 1873. Plus chemin que vignes, dira-t-on. Epilogue de l’histoire glorieuse des vignes d’Argenteuil, en déclin à l’époque, peut-être.
Et il y a ce monumental « déjeuner sur l’herbe » (1865), très (bien) habillé
et appétissant !
Passionné par la Cathédrale de Rouen, le Parlement de Londres, la gare Saint Lazare, les meules de foin et les nymphéas, Claude Monet n’en aimait pas moins le vin. Voici retrouvées pour les lecteurs du bon clos les commandes qu’il adressait depuis Giverny à un horticulteur de Neauphle-le-chateau, M. Gravereau.
Novembre 1898, Monet commande « quatre feuillettes de votre vin rouge et une feuillette vin blanc. » Novembre 1899, il réserve 5 feuillettes de vin rouge et 2 de blanc. Le même jour il rectifia dans une autre lettre sa commande :«Je me suis mal exprimé dans ma lettre de ce matin. Je voulais vous dire que si votre vin est d’aussi bonne qualité que celui de l’an passé, j’en prendrai volontiers 9 feuillettes et 2 de blancs. » Janvier 1901, il demande si le vin blanc est assez clair pour en recevoir. Septembre 1901, il passe la commande pour 5 fûts de vin blancs et 3 de rouge. 1903 : il commande 7 feuillettes de vin rouge et 8 de blanc. Mai 1904 il le remercie pour son envoi d’asperges : « elles ont été les bienvenues et les avons trouvées aussi bonne que belles.» Septembre 1904, il renouvelle une commande de « 7 feuillettes vin rouge et 7 de blanc, ou même 8 de chaque.» Novembre 1905, il accuse réception de 10 fûts de vin rouge et renvoie 11 fûts vides. La correspondance ce termine par une lettre de janvier 1908 dans laquelle il réserves « 7 fûts de votre vin rouge, s’il est bien de la même qualité que celui de votre dernier envoi. Pour le vin blanc comme je n’ai pas été content du dernier, je vous en demande plus attendus qu’il n’est plus du tout bon comme autre fois.
précision pour la bonne compréhension : une feuillette est un tonneau de grande dimension, un fût de 225 litres pour le dictionnaire de l’académie, de 135 litres pour le Littré.
Ce terme n’est plus guère usité, mais il le fut, car comme a dit le poète
« Bons vivans que met en goguette Le vin d’une vieille feuillette »
Quand même, commander dix fûts par an… Cà peut paraitre beaucoup mais faisons le compte : une dizaine de fûts, cela fait dans les 2000 litres par an, soit 6 litres par jour, pas tant que ça finalement pour une maisonnée où la domesticité était sans doute nombreuse entre chauffeur, cuisinière, femmes de chambre, jardiniers… et où les invités devaient se presser. Ce qui est plus étonnant c’est l’absence de toute mention de provenance pour ces vins blancs et rouges…
En 1922 nait sous le pinceau de Dransy (Jules Isnard, né en suisse en 1883) le personnage de Nectar, livreur émérite.
Mais venons-en au fait. En 1927 parait Monseigneur le vin, série de 5 opuscules dont le 5eme est l’Art de boire (de Louis Forest, illustré par Charles Martin). Tout un programme pour le « buveur civilisé » ! Et mieux qu’on long discours.
« Avec ce dernier volume, nous avons quitte la coteau ou le raisin murit, le cellier ou a gronde la vendage. Le vin, qui s’est enrichi a la cave en force et en beaute, affronte, espere et attendu, le jugement de la table. La science de le servir, l’art de le presenter ne sont point choses negligeables et frivoles. Le reveil de la gastronomie, auquel nous assistons de toutes parts, a restaure le culte de notre beau vin du France. En sorte que, apres avoir dit les soins qu’il faut pour le produire, il nous reste a dire ceux dont il convient de l’entourer pour le boire. «