Madame Favart

Oya Kephale, cette joyeuse troupe lyrique amateur qui nous ravit régulièrement avec des opérettes, opéras-bouffes et comiques (barbebleue en 2022, les brigands l’an dernier), revient au théâtre Armande Béjart d’Asnières avec une oeuvre tardive (1878) d’Offenbach, Madame Favart. Une pépite à ne pas négliger ! C’est jusqu’au 25 mai !

Basée sur l’histoire vraie de Justine, célèbre artiste des années 1750,

épouse de celui qui a donné son nom à la salle de l’opéra-Comique de Paris, Charles Simon Favart,

c’est une histoire rocambolesque où l’on trouve des puissants libidineux (le maréchal de Saxe et le gouverneur d’Artois)  qui seront ici mis en échec par cette fine mouche.

On trouvera le livret ici

Une scène enlevée nous la montre, dans une auberge, charmant les gardes lancés à sa recherche avec des airs populaires (Fanchon, ma mère aux vignes m’envoyit). 

MADAME FAVART, CHŒUR DES SOLDATS.

A l’auberge de Biscotin
On boit, dit-on, d’excellent vin !
Nous sommes rompus et pour cause,
Il faut ici qu’on se repose,
Reposons-nous, le verre en main,
A l’auberge de Biscotin !

Le vin coule à flot et les gardes seront bientôt gris…

MADAME FAVART, gaîment.

Tendez vos verres… il faut boire !

Elle verse à boire.

TOUS.
Buvons, buvons à pleins verres,
Aimable et jeune beauté,
En braves, galants militaires
Nous allons boire à ta santé !

MADAME FAVART, versant.

Buvez, buvez, buvez encore !
Buvez, buvez, buvez toujours !

LE SERGENT, se levant en chancelant.

Ah ! palsanguienne ! je t’adore !
Verse, déesse des amours !

Il tend son verre.

MADAME FAVART, versant.
Buvez encore ! Buvez toujours !

LES SOLDATS, buvant et chancelant
Buvons encore !Buvons toujours !

MADAME FAVART, bas à Biscotin.
Ils sont tous gris !

Au 2ème acte, une autre scène montre les marmitons porteurs de bons mets, appelés par le mari Favart qui n’en peut mais, envahir la scène pour circonvenir un gouverneur bien entreprenant.

LES MARMITONS, entrant et entourant Pontsablé.

Pour que Bacchus le tienne en joie,
Nous apportons à monseigneur
D’excellents gâteaux de Savoie,
Vins exquis et fine liqueur !

version de 2019 à l’opéra Comique

(Spoiler : Le gouverneur n’arrivera pas à ses fins, il sera même démis par le roi)

Quant au maréchal de Saxe, si on ne le voit pas sur scène, il ne lâchera pas l’affaire dans la vraie vie. Mais c’est une autre histoire.

Paganini

On donnait le week-end dernier à l’Odeon de Marseille l’opérette de Franz Lehar qui porte ce nom, créée en 1925 à Vienne.
Dans sa  version française d’André Rivoire, Dieu merci, l’original dû à Paul Knebel et Bela Jenbach étant en allemand.

L’oeuvre rend hommage au violoniste virtuose et compositeur Niccolo Paganini, qui vécut à l’époque napoléonienne. 

Niccolò Paganini par Ingres en 1819

L’action se situe à Lucques où la princesse Elisa (soeur de Napoléon, incarnée par la soprano Perrine Madoeuf) s’éprend de lui. 

la princesse Elisa par Marie-Guilhelmine Benoist en 1805

Après maintes péripéties et autres bouffonneries (avec notamment l’impayable Fabrice Todaro en Pimpinelli) il la laissera finalement pour se consacrer à son destin d’artiste.

On n’a pas été étonné de retrouver dans la distribution l’ami Dominique Desmons, un habitué de Bruniquel, et de le voir animer, au 3ème acte, avec l’excellent Philippe Boulanger, une belle scène de taverne au cabaret du fer à cheval rouillé, où des contrebandiers voient arriver Paganini en fuite et entonnent « Quand on n’a plus un sou vaillant« .

En voici une petite video pirate, plus facile à suivre avec les paroles.

Sitôt qu’on a quelque chagrin
Il est un remède souverain

Répondez tous, tous à la fois
Bois bois bois
Un petit verre bien rempli
D’un vieil alcool un peu pâli
Et tout de suite c’est l’oubli!

Quand on n’a plus un sou vaillant
Que le prêteur est défaillant
Te voilà bien 
Seul comme un chien

Ou ta maîtresse aveuglément
A-t-elle pris un autre amant
Vas tu rester
A regretter ?

Répondez tous, tous à la fois …

Quand ici bas tout meurt en nous
Puisque nos rêves les plus doux
Sont trop souvent 
Fumée au vent

Puisque notre coeur vagabond
Toujours demande : A quoi bon ?
Comment guérir 
De tant souffrir ?

Répondez tous, tous à la fois …

Il n’est pas facile de trouver un enregistrement de la version française ; en voici un,  filmé au théâtre municipal de Tourcoing le samedi 9 janvier 1988.

Et voici la partoche de « Quand on n’a plus un sou vaillant » !

La version originale en allemand est plus facile à trouver. C’est le Schnapslied: « Wenn man das letzte Geld verlumpt ». En voici un enregistrement avec Rudolf Schock & Karl Ernst Mercker

La Esmeralda

Voici, sur un livret de Victor Hugo, un opéra de Louise Bertin, compositrice assez oubliée mais qui mérite qu’on s’y intéresse.

Il date de 1836 et est inspiré de Notre-Dame de Paris.

Il contient au 3ème acte une scène de taverne avec un air à boire assez remarquable : « Sois propice et salutaire… »

Sois propice et salutaire,
Notre­Dame de Saint­Lô,
au soudard qui sur la terre
n’a de haine que pour l’eau!

Donne au brave,
en tous lieux,
bonne cave
et beaux yeux !
L’heureux drille !
Fais qu’il pille
jeune fille
et vin vieux !

Qu’une belle
au cœur froid
soit rebelle,
~ On en voit,
~ il plaisante
la méchante,
puis il chante,
puis il boit !

Le jour passe;
ivre ou non,
il embrasse
sa Toinon,
et, farouche,
il se couche
sur la bouche
d’un canon.

Et son âme,
qui souvent
d’une femme
va rêvant,
est contente
quand la tente
palpitante
tremble au vent.

On peut écouter cet air dans cette version enregistrée à Montpellier en 2008.

Résumons l’histoire : Esmeralda est tombée amoureuse du fougueux capitaine Phoebus mais va être victime d’une machination ourdie par le prêtre Frollo, amoureux éconduit, fou de désir.

On peut en voir en ce moment aux Bouffes du Nord une adaptation avec une distribution assez réduite, mais de grande qualité. Nous y retrouvons notre chouchou Christophe Crapez, dans le rôle de Quasimodo. Il faut y aller vite, c’est jusqu’au 3 décembre seulement.

4 Filles qui aiment le vin (le Pikette Quartet)

Elles sont quatre, Sandrine, Sophie, Patricia, Bérangère, elles jouent de l’accordéon, de la clarinette, du trombone, du saxo, elles chantent des chansons de poètes originaux, elles ont la langue du Sud pyrénéen, et nous proposent un « voyage musical vinicole…poétique et festif ».

Voici un teaser en guise de premier contact.

Après quelques interrogations (apparemment des textes de Guillaume Pignet et Wilfrid Lemaire), on a pu identifier Beu, des Fabulous Troubadors

Bois bois bois du bon vin sans trop t’en faire ami
Bois bois bois rouge ou rosé vert ou blanc
Bois bois bois je connais des centenaires qui en ont bu pendant cent ans

et aussi Vino triste (le vin triste, de Jean Richepin), poème paru dans le recueil « la chanson des gueux » en 1881

https://www.facebook.com/watch/?v=357786964867077

J’ai du sable à l’amygdale.
Ohé ! ho ! buvons un coup.
Un, deux, trois, longtemps, beaucoup !
Il faut s’arroser la dalle
        Du cou.

J’ai le cœur en marmelade,
Les membres froids, l’esprit lourd.
Hé ! ho ! crions comme un sourd
Pour étourdir ce malade
        D’amour.

J’ai le nez blanc, l’œil qui rentre,
Le teint couleur de citron,
Le corps sec comme un mitron.
Je veux trogne rouge, et ventre
        Tout rond.


J’ai, pour guérir ma folie,
Pris un remède, dix, vingt ;
Et puisque tout fut en vain,
Je veux être une outre emplie
        De vin.

Que les verres soient mes armes.
Moi je serai leur fourreau.
Nous tuerons l’amour bourreau
Qui met dans mon vin mes larmes
        Pour eau.

Je ne bois pas, je me panse.
Au bruit du glouglou moqueur
Je fais taire ma rancœur.
Et j’enterre dans ma panse
        Mon cœur.

(Pour les habitués du Bon Clos, la chanson des gueux recèle quelques autres pépites comme du cidre il faut, vendanges, un coup d’bleu, poivrot, ivres-morts, fleurs de boisson, pâle et blonde (la bière bien sûr), mon verre est vidé, sonnet ivre…)

et enfin la java sans modération, de Gilbert Delfaille, un beau texte

Moi j’aime pas les vins chers Ceux qui se vendent aux enchères Et partent en Amérique
Ceux qui font les manières Entre la sole meunière Et les fruits exotiques 

Moi j’aime les vins canailles Ceux qu’ont jamais de médaille Au concours agricole
Qui sont nés sur la paille Qu’ont les cheveux en bataille Ceux qu’ont pas fait l’école

Celui qu’on boit comme ça Sans faire de tralala Çui qu’a pas d’étiquette
Qui s’prend pas au sérieux Qu’en met pas plein les yeux Qu’est tout nu sans liquette

Moi j’aime çui qu’est bien rond Qui joue pas les barons Qui donne son soleil
Pas les grands millésimes Les vieux crus rarissimes Qui vous chauffe les oreilles

Ah qui sont pas vulgaires Mais qu’ont passé la guerre A l’abri dans les caves
Ceux qu’on peut pas toucher Qui doivent rester couchés Qui nous prennent pour des caves

Moi c’est le rouge pas farouche Qui roule bien dans la bouche Ni trop mou ni trop vert
Çui des bois et charbons Qu’a pas le nez bourbon Mais fait chanter les verres

Bien sûr y’a des limites La bibine interdite Où pas tremper ses lèvres
Faut pas pousser le bouchon Avec ces rince-cochons A faire danser les chèvres

Les picrates, les piquettes Qui vous flanquent la casquette Comme un compteur à gaz
Les vicieux qui se maquillent Ceux qui sentent la vanille Et la crème de framboise

Moi c’est pas le jus de semelle C’est jamais l’antigel Ni le méchant qui assomme
Moi c’est le coup d’arrosoir A la tombée du soir Qui fait de mal à personne

Çui qui rend pas mauvais Qu’est pas du sang de navet Ni du gros qui arrache
Çui qui passe sans embrouille Pas le bleu des arsouilles Ni le jaja qui fâche

Çui qui raconte quequ’chose A mon éléphant rose Quand il a l’âme en peine
Qui sait trouver les mots Qui plaisent aux vieux chameaux Passée la cinquantaine

Çui qui vous met le plumet Le copain de Jean Carmet Le petit Château-la-soif
Çui qu’est simple et honnête Qu’est pas sur Internet Mais connaît l’orthographe

La la la la la la…
Çui qu’est simple et honnête Qu’est pas sur Internet Mais connaît l’orthographe

on pourra aussi apprécier la version de l’auteur

Pour les fans, on termine avec un extrait d’un apéro-concert en juillet 2020 au château de Terride en Gaillacois…

https://www.facebook.com/watch/live/?ref=watch_permalink&v=888385661668757

On y retrouve « le temps de finir la bouteille » d’ Alain Leprest, Ecoutons-le aussi…

Cabaret viticole

Belle découverte que celle de ce quatuor venu d’Alsace (Sébastien Dubourg au piano, Nathalie Cawdrey à la flûte, Cécile Bienz à la clarinette, et Marine Nuss au saxo), tout à la fois chanteurs, instrumentistes, acteurs, qui a monté ce spectacle autour de l’amour et du vin.

On pouvait le voir vendredi soir au Château Bonisson, dans les coteaux d’Aix-en-Provence, et encore ce dimanche soir au domaine de la Citadelle, à Ménerbes dans le Luberon.

On. a ainsi pu écouter voir une vingtaine de chansons, des traditionnelles aux voix et arrangements travaillés (Il est des nôtres, le tourdion, qui veut chasser une migraine, de vigne en terre…), des modernes ( (le vin de l’assassin,j’ai bu, je suis soûl/s, ami remplis mon verre, quand j’suis paf…) de nos grands auteurs (La Fontaine, Baudelaire, Ferré, Aznavour, Brel, Nougaro, Mick Micheyl…), et d’autres qu’on n’a pas pu identifier, peut-être des originales de Sébastien Dubourg ? de la metteur en scène Marcela BERNARDO ?

Un spectacle d’un très bon niveau donc, dont on espère qu’il tournera !

les suivre :https://www.facebook.com/cabaretviticole/

Un avant-goût ?

Vous en redemandez ?

https://www.facebook.com/watch/?v=122285546313324

Et merci de sortir de l’oubli Marc Antoine Girard de Saint Amand et sa Débauche…

Nous perdons le temps à rimer,
Amis, il ne faut plus chommer ;
Voicy Bacchus qui nous convie
A mener bien une autre vie ;
Laissons là ce fat d’Apollon,
Chions dedans son violon ;
Nargue du Parnasse et des Muses,
Elles sont vieilles et camuses ;
Nargue de leur sacré ruisseau,
De leur archet, de leur pinceau,
Et de leur verve poetique,
Qui n’est qu’une ardeur frenetique ;
Pegase enfin n’est qu’un cheval,
Et pour moy je croy, cher Laval[2],

Que qui le suit et luy fait feste
Ne suit et n’est rien qu’une beste.
Morbieu ! comme il pleut là dehors !
Faisons pleuvoir dans nostre corps
Du vin, tu l’entens sans le dire,
Et c’est là le vray mot pour rire ;
Chantons, rions, menons du bruit,
Beuvons icy toute la nuit,
Tant que demain la belle Aurore
Nous trouve tous à table encore.
Loing de nous sommeil et repos ;
Boissat[3], lors que nos pauvres os
Seront enfermez dans la tombe
Par la mort, sous qui tout succombe,
Et qui nous poursuit au galop,
Las ! nous ne dormirons que trop.
Prenons de ce doux jus de vigne ;
Je voy Faret qui se rend digne
De porter ce dieu dans son sein,
Et j’approuve fort son dessein.
Bacchus ! qui vois nostre desbauche,

Par ton sainct portrait que j’esbauche
En m’enluminant le museau
De ce trait que je boy sans eau ;
Par ta couronne de lierre,
Par la splendeur de ce grand verre,
Par ton thirse tant redouté,
Par ton eternelle santé,
Par l’honneur de tes belles festes,
Par tes innombrables conquestes,
Par les coups non donnez, mais bus,
Par tes glorieux attribus,
Par les hurlemens des Menades,
Par le haut goust des carbonnades,
Par tes couleurs blanc et clairet,
Par le plus fameux cabaret,
Par le doux chant de tes orgyes,
Par l’esclat des trognes rougies,
Par table ouverte à tout venant,
Par le bon caresme prenant,
Par les fins mots de ta cabale,
Par le tambour et la cymbale,
Par tes cloches qui sont des pots,
Par tes soupirs qui sont des rots
Par tes hauts et sacrés mysteres,
Par tes furieuses pantheres,
Par ce lieu si frais et si doux.
Par ton boucq paillard comme nous
Par ta grosse garce Ariane,
Par le vieillard monté sur l’asne,
Par les Satyres tes cousins,
Par la fleur des plus beaux raisins,
Par ces bisques si renommées,
Par ces langues de bœuf fumées,
Par ce tabac, ton seul encens,
Par tous les plaisirs innocens,

Par ce jambon couvert d’espice,
Par ce long pendant de saucisse,
Par la majesté de ce broc,
Par masse, toppe, cric et croc,
Par cette olive que je mange,
Par ce gay passeport d’orange,
Par ce vieux fromage pourry,
Bref, par Gillot, ton favory,
Reçoy-nous dans l’heureuse trouppe,
Des francs chevaliers de la couppe,
Et, pour te montrer tout divin,
Ne la laisse jamais sans vin.

Si tu vas A…vignon

Une fois de plus la cité papale aux cent (?) monuments religieux accueille pendant un mois les saltimbanques de tout poil, comédiens, standupeurs, musiciens, chanteurs, illusionnistes, danseurs, circassiens… : près de 1500 spectacles pour 1200 troupes.

Une fois de plus les reporters du Bon Clos sont allés y faire un tour, histoire de voir si les fleurs de vigne poussent encore en cette saison.

On ainsi vu deux baladins raconter en 65 minutes  » l’histoire du vin, sans gueule de bois », en éclusant force verres d’un liquide rouge dont ils n’ont pas révélé la composition. Sans doute pas que du vin, mais si, quand même, un peu. C’est dense, quoique parcellaire, on ne dit pas tout en si peu de temps, et plutôt amusant!

C’est le Nectar des Dieux, au théâtre des Brunes, que l’on peut voir jusqu’au 29 juillet.

On a aussi pu entendre fredonner « buvons, chers amis buvons, le temps qui fuit nous y convie » , les connaisseurs auront reconnu l’air à boire du Bourgeois Gentilhomme, dans « le Voyage de Molière », plaisante aventure onirico-temporelle qui nous fait croiser Jean-Baptiste à l’heure de composer le Dépit Amoureux. Du théâtre comme on l’aime ! (au Chien qui fume jusqu’au 29 juillet)

Apérotomanie, voila un titre accrocheur !

Ce spectacle venu de Brest ne ment pas : c’est vraiment un apéritif qui nous est proposé dans la cour du musée d’Angladon, avec deux vins naturels servis par Mme A et Mme Vé (des p’tits Gaillac), entre deux déclamations de tirades plus ou moins érotiques d’auteurs (l’apéro possède un potentiel érotique, nous dit-on), et des préparations culinaires préparées par ces dames.

voir le teaser là.

Nin, Reyes, Laclos…Baudrillard, Quignard… Tiens, voila Dubillard, et son apéritif.

On en aura une version plus complète au théâtre des Corps Saints où l’on joue les nouveaux Dialogues.

Cet apéritif est une pépite, on en trouve des interprétations en ligne, la plus courte en petit format, mais si bien jouée

une autre un peu plus longue (« la prochaine fois je prendrai un vermouth »)

Au théâtre des Béliers, avec « c’est un métier d’homme », production oulipienne, on assiste à des exercices de style où deux protagonistes viennent tour à tour décrire leur métier en respectant les mêmes contraintes. Le buveur a retenu toute notre attention :

« Mon métier consiste à descendre du haut de la bouteille jusqu’en bas. Et la descendre le plus vite possible. C’est un métier d’homme. D’abord parce que quand la bouteille est pleine, l’homme a envie de la descendre, ensuite parce que quand il y a plusieurs hommes autour de la même bouteille, ils veulent tous la descendre plus vite les uns que les autres.
Un métier humain.
Je suis buveur. »
(Ian Monk)

Voir la video où les deux acteurs expliquent leur démarche (voir un extrait du buveur à 3mn10s).

Terminons en mentionnant un lieu magique où il convient de se rendre dès l’ouverture à 19h : le bar à vins des Côtes du Rhône dans la cour de la maison des vins d’Avignon.

Un prix d’entrée modique donne droit à un verre et permet de déguster en musique les produits des vignerons présents, qui changent chaque jour.

Nous avons ainsi découvert l’appellation Gadagne, un Côtes du Rhône villages devenu Côtes du Rhône villages Gadagne en 2012.

Pour en savoir plus sur les vins de Gadagne.

Merci aux musiciens et aux producteurs des domaines des Gariguettes, Bois de Saint-Jean, Clos de Saumanes et Demazet.

Boire, ou ne pas boire… avec Boris Grebenchtchikov

Curieuse figure que celle de Boris Borissovitch Grebenchtchikov, « БГ », un des fondateurs dans les années 70 de la scène rock russe avec son groupe Akvarium, considéré aujourd’hui comme le grand-père du rock russe. Emule des Beatles et de Bob Dylan, compositeur prolifique,  « le plus grand poète-chanteur en langue russe vivant »  s’est intéressé aux philosophies orientales, et vit actuellement entre Paris et Londres quand il n’est pas sur la route avec son « never ending tour » à la mode dylanienne.

Ces jours-ci il chante à Marseille au théâtre Toursky (le 4),

et les 12 et 13 décembre il sera au Studio de l’Ermitage à Paris.

Avec la fougue de la jeunesse il a chanté la bière bien fraiche (Холодное пиво) : Album Арокс и Штёр  1982-86 )

Quelques années plus tard, il chante encore cette chanson, avec moins de fougue peut-être.

Les années passent, voici Gertrude (Album : Кострома Mon Amour, 1994).

Un cheval à tête de femme parcourt la ville, quelqu’un lui dit : « Ne buvez pas de vin Gertrude, boire n’embellit pas les femmes. A te saouler tu ne feras que dégoûter tes compagnons et amis. Accroche toi à l’ancre, elle ne te lâchera pas. Et si tu comprends que le Samsara est le Nirvana, alors toute tristesse passera. »

On pourrait croire la chanson inspirée par Hamlet (Gertrude, mère d’Hamlet, boit le vin destiné à empoisonner son fils). Cette splendide animation fait plutôt référence au Pays des Merveilles de Lewis Carroll

Не пей вина, Гертруда, Пьянство не красит дам. Напьешься в хлам – и станет противно Соратникам и друзьям.

Dans cette chanson, il est déconseillé aux femmes de boire. Quant aux hommes….

Dans les années 2000, le ton change, avec l’album Беспечный русский бродяга (le Vagabond russe insouciant ) paru en 2006, avec trois chansons mettant en scène le buveur insouciant, l’alcoolique obstiné (стаканы : les verres) et l’adulte résolu à s’en sortir (Мама, я не могу больше пить : Maman, je ne peux plus boire).

Мама, я не могу больше пить : Maman, je ne peux plus boire

Maman, je ne peux plus boire, Les patriotes diront que je suis faible, que je trahis ma patrie…
Mais je ne veux plus vivre dans le mensonge..
Le démon Alcool est à chaque porte

 Беспечный русский бродяга : le vagabond russe insouciant

Je suis un vagabond russe insouciant.
Depuis les rives de la Volga
J’ai mangé ce qu’on m’a donné et bu ce que Dieu m’a donné.
Aux chants du rossignol et du loriot.

J’ai bu à Saint-Pétersbourg et j’ai bu à Moscou.
J’ai bu à Kostroma et à Ryazan.
J’ai bu du Lagavulin et j’ai bu du Lafroig.
J’ai pris de l’herbe et des champignons…

Je me souviens que j’ai été tenté par un démon.
J’ai été tenté, bien sûr, mais je n’ai pas cédé.
…
Où que j’aille, il y a l’Eden tout autour.
Car je suis un vagabond russe insouciant.

Cтаканы : les verres

Ну-ка мечи стаканы на стол…
Все говорят, что пить нельзя,
А я говорю, что буду.

Jetez les verres sur la table. ..
Ils disent tous qu’ils ne faut pas boire,
mais moi je dis que je boirai.

Tôt le matin, quand il fait encore nuit
Et que tout le monde est encore au lit,
Pour savoir où aller,
Et comprendre pourquoi,
Descends tes cent grammes de vodka 
Et tu atteindras tes objectifs.

« БГ » a écrit des centaines de chansons, on trouvera leurs textes, avec des traductions en anglais, français, etc. sur le site lyricstranslate.com

Le calendrier des concerts est sur bg-aquarium.com/en/concerts

Pour aller plus loin : voir ici un article sur le rock en Russie

Gillette de Narbonne

C’est une opérette composée par Edmond Audran sur un livret d’Alfred Duru et Henri Chivot, que l’on peut voir ces jours-ci à l’Auguste Théâtre, montée par la Compagnie Fortunio.

Représentée pour la première fois le 11 novembre 1882 au Théâtre des Bouffes à Paris, son livret est inspiré d’une nouvelle du Décaméron de Jean Boccace : La femme vaillante, qui raconte la revanche d’une épouse sur son mari volage et inconséquent.

Si nous en parlons, c’est qu’il s’y trouve un bref air à boire qui a sa place ici.

En joyeux et bons militaires, buvons, chantons, festoyons mes amis !
Ici gaiement vidons nos verres, en attendant les ennemis !

En voici un enregistrement par la classe de chant du conservatoire de sarreguemines en 2017

Il faut aller voir ça ! Digué lé que vengué mon bon !

Pour les amateurs, la partition complète est sur Gallica

Un été lyrique

Bonnes pioches cet été pour les amateurs d’airs bachiques lyriques, avec La belle Hélène d’Offenbach montée à Bruniquel, et la Dame Blanche de Boieldieu à Saint-Céré. Et bien sûr Pomme d’api au festival d’ Avignon, dont nous avons déjà parlé…

Frank T’Hézan et sa bande réunie chaque année à Bruniquel ne risquaient pas grand chose à monter cette Belle Hélène, joyau de la couronne des oeuvres du Maître, loufoquerie d’une grande finesse toujours actuelle, dans le cadre splendide du château et avec le concours de la population locale.

Emmanuelle Zoldan dans le rôle d’Hélène, ça tombait sous le sens, Dominique Desmons en Ménélas, ça promettait, mais Christophe Crapez en Achille, Jeanne-Marie Lévy en Ajax 2, Aude Fabre en Oreste, voila qui était inattendu… et réussi !

On ne peut pas hélas citer tous les participants de la troupe, qui eurent l’occasion comme d’habitude de prolonger le spectacle, au cours des fameuses tables d’hôte, de leurs facéties et morceaux de bravoure jusqu’à potron-minet.

Mais venons en au fait. La fatalité poursuit la belle Hélène de Sparte qui résiste tant bien que mal aux assauts du berger Paris, fils du roi Priam de Troie. Vénus furieuse de voir ses plans contrariés , met au coeur des femmes de Grèce un immense besoin de plaisir et d’amour… Les maris quittent leurs femmes, les femmes quittent leur s maris, c’est une débâcle générale.

(pour plus de détail voir le livret)

Nous sommes au début du 3ème acte, à Nauplie, au bord de la mer. Le choeur mené par Oreste chante

Dansons ! aimons ! 
Buvons ! chantons ! 
Et trémoussons-nous avec verve !… 
Gloire à Vénus ! 
Gloire à Bacchus ! 
Et foin de la chaste Minerve !..

En attendant le DVD, voici de quoi se faire une idée de cet air avec le choeur des musiciens du Louvre..

(A propos de DVD celui de la Vie Parisienne jouée l’an dernier (et qu’on a pu (re)voir au cinéma de Caussade) est sorti. On peut le commander là. On y retrouvera le baron, joué par Frank T’Hézan, dans la fameuse scène de la griserie.

le baron qui n’est pas encore tout à fait gris

Et comparer avec la version de 2013. (on pourra relire l’article publié à l’époque)

Montauban n’est qu’à quelques lieues de Bruniquel, et son musée Ingres Bourdelle mérite une visite. On peut y voir cette « enfance de Bacchus« , de Raymond Balze (1840)

et ce « Silène et les quatre saisons » de l’atelier de Jordaens (après 1640)

On peut admirer aussi ces « plaques Campana », céramiques antiques d’Italie centrale, du nom de leur collectionneur : des satyres vendangeurs et fouleurs. Un air de déjà-vu ?

Cette Bacchante au raisin d’Emile-antoine Bourdelle (1907)

Et ce « Nymphe et Faune » de Pierre-Paul-Léon Glaize (1861)

Filons maintenant vers le nord, pour retrouver le château de Castelnau-Bretenoux où se jouait la Dame Blanche de François Adrien Boieldieu, sur un livret de Scribe, d’après Walter Scott, créé en 1825 et qui connut un immense succès.

Nous ne détaillerons pas l’argument (le retour d’un héritier légitime aux yeux des paysans au moment de la mise aux enchères du château familial hanté par une mystérieuse Dame Blanche) et filerons à la grande scène de l’hospitalité qui voit le héros adoubé comme parrain d’un nouveau-né.

II faut rire, il faut boire à l’hospitalité. 
A l’amour, à la gloire,
Ainsi qu’à la beauté!

Une fois n’est pas coutume, le spectacle joué pendant la pandémie à Rennes a été mis en ligne, pour notre grand plaisir.

Merci !

Vert Vert

C’est un conte drolatique, Vert Vert ou les voyages du perroquet de la visitation de Nevers, poème héroïque publié en 1734 par Jean-Baptiste Gresset, dont le héros est un perroquet. Il fit grand bruit à l’époque, et eut une nombreuse descendance au théâtre, à l’opéra-comique mais aussi en peinture, et jusque dans des performances et expositions d’art contemporain (on parlera en fin d’article d’ Oral Texte)..

C’est l’opéra-comique d’Offenbach monté en 1869 qui nous intéresse ici, car il recèle un sympathique air à boire…

Mais racontons d’abord l’histoire : Vert Vert, perroquet ramené d’Amérique, est la mascotte d’un couvent de Visitandines à Nevers, tant il est prolixe en prières et paroles d’Evangile. Il parle latin!

n-
Le Perroquet Vert-Vert au couvent des Visitandines de Nantes, par Jean-Claude Rumeau

Mais, requis par un autre couvent, à Nantes, il est embarqué sur un bateau qui descend la Loire. Durant le long voyage, aux côtés de « deux nymphes, trois dragons, une nourrice, un moine, deux gascons », c’est à un tout autre langage qu’il est confronté :

car, les dragons, race assez peu dévote,
ne parloient là que langue de gargotte ;
charmant au mieux les ennuis du chemin,
ils ne fêtoient que le patron du vin ;
puis les gascons et les trois peronelles
y concertoient sur des tons de ruelles :
de leur côté, les bateliers juroient,
rimoient en Dieu, blasphémoient et sacroient.

On imagine la suite : Vert perd son latin et ne fait que jurer, grand scandale au couvent ; on le renvoie à Nevers, où on l’attend pour le juger. Le voilà encagé, privé de tout. Le châtiment fait son effet :

Couvert de honte, instruit par l’infortune…
…l’oiseau contrit se reconnut enfin :
il oublia les dragons et le moine ;
et pleinement remis à l’unisson
avec nos sœurs, pour l’air et pour le ton,
il redevint plus dévot qu’un chanoine.

Las. Le retour à la vie de plaisirs va lui être fatale :

Du sein des maux d’une longue diette,
passant trop-tôt dans des flots de douceurs,
bourré de sucre, et brûlé de liqueurs,
Ver-Vert, tombant sur un tas de dragées,
en noirs cyprès vit ses roses changées.

Vert Vert meurt, et c’est là qu’Offenbach a choisi de faire commencer son histoire.

Son Vert Vert est un jeune homme, neveu de la directrice du couvent où vient de mourir le perroquet. Peut-être sa réincarnation ? On ne racontera pas l’argument en détail, il suffit de savoir qu’il y a des amoureux, des couples qui veulent se retrouver, et comme dit la RTBF, « on y retrouve des personnages truculents et des quiproquos dans une ambiance très vaudevillesque. »

On se retrouve ainsi à la fin du 2ème acte (scène 14) dans une auberge où l’on va découvrir les talents vocaux de Vert Vert, requis par Corilla la chanteuse de remplacer au pied levé un chanteur défaillant.

Allons ! du vin partout et des chansons légères !
Et ceux qui le voudront pourront casser leurs verres !
Au diable les belles manières, Avec nous, Avec eux, jamais de façons !

Amusons-nous, gais compagnons,
A la dragonne, entre dragons !
Buvons ! chantons !

Et pif ! et paf ! et versez donc, Madame l’hôtelière !
Vos deux mains sont-elles de plomb ? Vous ne les levez guère.
Si la bouteille que voilà ! Est trop lourde, ma chère,
Donnez ! chacun se chargera De la rendre légère !

vient la Chanson

VERT-VERT.

Quand du flacon en flots d’or il s’échappe
Comme un reflet du chaud soleil,
Dont les rayons ont fait mûrir la grappe,
Que j’aime à voir ce vin vermeil.
Je bois à vous, ma belle dame !

LA CORILLA.
Beau cavalier ! je bois à vous.

VERT-VERT.
Le présent enivre mon âme !

LA CORILLA.
Et l’avenir sera plus doux !…

ENSEMBLE.
Versez ! amis ! versez ! toujours !
Ce vin béni par les amours !…

LA CORILLA.
Tout en chantant l’amour et la jeunesse
Buvons ce vin qui vient de loin.
Et de chasser l’importune tristesse,
Gaîment remettons-lui le soin !

VERT-VERT.
Je bois à vous, ma belle dame !

LA CORILLA.
Beau cavalier ! je bois à vous !

VERT-VERT.
Le présent enivre mon âme,

LA CORILLA.
Et l’avenir sera plus doux !

ENSEMBLE.
Versez ! amis ! Versez, toujours.
Ce vin béni par les amours.

Etc.

Signalons le CD d’ Opera Rara selon l’édition de J.C.Keck

Concluons en signalant que les amateurs d’art contemporain ont jusqu’au 23 juillet 2022 pour visiter l’exposition Oral Texte à la Fondation Pernod Ricard , qui propose de revenir sur les origines du langage articulé avec les propositions d’une douzaine d’artistes comme Angélique Buisson qui s’est inspirée du conte de Vert Vert.

Voici des extraits de l’opéra Vert Vert, par Perez et Angélique Buisson

Un disque vinyl et des fichiers audio haute définition sont disponibles sur le site de Duuu éditions

-> et le 6 juillet, performance de Perez  sur une proposition de Angélique Buisson + lancement du vinyle Vert Vert édité par *Duuu