Résumons l’histoire : Esmeralda est tombée amoureuse du fougueux capitaine Phoebus mais va être victime d’une machination ourdie par le prêtre Frollo, amoureux éconduit, fou de désir.
On peut en voir en ce moment aux Bouffes du Nord une adaptation avec une distribution assez réduite, mais de grande qualité. Nous y retrouvons notre chouchou Christophe Crapez, dans le rôle de Quasimodo. Il faut y aller vite, c’est jusqu’au 3 décembre seulement.
Elles sont quatre, Sandrine, Sophie, Patricia, Bérangère, elles jouent de l’accordéon, de la clarinette, du trombone, du saxo, elles chantent des chansons de poètes originaux, elles ont la langue du Sud pyrénéen, et nous proposent un « voyage musical vinicole…poétique et festif ».
Voici un teaser en guise de premier contact.
Après quelques interrogations (apparemment des textes de Guillaume Pignet et Wilfrid Lemaire), on a pu identifier Beu, des Fabulous Troubadors
Bois bois bois du bon vin sans trop t’en faire ami Bois bois bois rouge ou rosé vert ou blanc Bois bois bois je connais des centenaires qui en ont bu pendant cent ans
et aussi Vino triste (le vin triste, de Jean Richepin), poème paru dans le recueil « la chanson des gueux » en 1881
et enfin la java sans modération, de Gilbert Delfaille, un beau texte
Moi j’aime pas les vins chers Ceux qui se vendent aux enchères Et partent en Amérique Ceux qui font les manières Entre la sole meunière Et les fruits exotiques
Moi j’aime les vins canailles Ceux qu’ont jamais de médaille Au concours agricole Qui sont nés sur la paille Qu’ont les cheveux en bataille Ceux qu’ont pas fait l’école
Celui qu’on boit comme ça Sans faire de tralala Çui qu’a pas d’étiquette Qui s’prend pas au sérieux Qu’en met pas plein les yeux Qu’est tout nu sans liquette
Moi j’aime çui qu’est bien rond Qui joue pas les barons Qui donne son soleil Pas les grands millésimes Les vieux crus rarissimes Qui vous chauffe les oreilles
Ah qui sont pas vulgaires Mais qu’ont passé la guerre A l’abri dans les caves Ceux qu’on peut pas toucher Qui doivent rester couchés Qui nous prennent pour des caves
Moi c’est le rouge pas farouche Qui roule bien dans la bouche Ni trop mou ni trop vert Çui des bois et charbons Qu’a pas le nez bourbon Mais fait chanter les verres
Bien sûr y’a des limites La bibine interdite Où pas tremper ses lèvres Faut pas pousser le bouchon Avec ces rince-cochons A faire danser les chèvres
Les picrates, les piquettes Qui vous flanquent la casquette Comme un compteur à gaz Les vicieux qui se maquillent Ceux qui sentent la vanille Et la crème de framboise
Moi c’est pas le jus de semelle C’est jamais l’antigel Ni le méchant qui assomme Moi c’est le coup d’arrosoir A la tombée du soir Qui fait de mal à personne
Çui qui rend pas mauvais Qu’est pas du sang de navet Ni du gros qui arrache Çui qui passe sans embrouille Pas le bleu des arsouilles Ni le jaja qui fâche
Çui qui raconte quequ’chose A mon éléphant rose Quand il a l’âme en peine Qui sait trouver les mots Qui plaisent aux vieux chameaux Passée la cinquantaine
Çui qui vous met le plumet Le copain de Jean Carmet Le petit Château-la-soif Çui qu’est simple et honnête Qu’est pas sur Internet Mais connaît l’orthographe
La la la la la la… Çui qu’est simple et honnête Qu’est pas sur Internet Mais connaît l’orthographe
on pourra aussi apprécier la version de l’auteur
Pour les fans, on termine avec un extrait d’un apéro-concert en juillet 2020 au château de Terride en Gaillacois…
Belle découverte que celle de ce quatuor venu d’Alsace (Sébastien Dubourg au piano, Nathalie Cawdrey à la flûte, Cécile Bienz à la clarinette, et Marine Nuss au saxo), tout à la fois chanteurs, instrumentistes, acteurs, qui a monté ce spectacle autour de l’amour et du vin.
On pouvait le voir vendredi soir au Château Bonisson, dans les coteaux d’Aix-en-Provence, et encore ce dimanche soir au domaine de la Citadelle, à Ménerbes dans le Luberon.
On. a ainsi pu écouter voir une vingtaine de chansons, des traditionnelles aux voix et arrangements travaillés (Il est des nôtres, le tourdion, qui veut chasser une migraine, de vigne en terre…), des modernes ( (le vin de l’assassin,j’ai bu, je suis soûl/s, ami remplis mon verre, quand j’suis paf…) de nos grands auteurs (La Fontaine, Baudelaire, Ferré, Aznavour, Brel, Nougaro, Mick Micheyl…), et d’autres qu’on n’a pas pu identifier, peut-être des originales de Sébastien Dubourg ? de la metteur en scène Marcela BERNARDO ?
Un spectacle d’un très bon niveau donc, dont on espère qu’il tournera !
Nous perdons le temps à rimer, Amis, il ne faut plus chommer ; Voicy Bacchus qui nous convie A mener bien une autre vie ; Laissons là ce fat d’Apollon, Chions dedans son violon ; Nargue du Parnasse et des Muses, Elles sont vieilles et camuses ; Nargue de leur sacré ruisseau, De leur archet, de leur pinceau, Et de leur verve poetique, Qui n’est qu’une ardeur frenetique ; Pegase enfin n’est qu’un cheval, Et pour moy je croy, cher Laval[2],
Que qui le suit et luy fait feste Ne suit et n’est rien qu’une beste. Morbieu ! comme il pleut là dehors ! Faisons pleuvoir dans nostre corps Du vin, tu l’entens sans le dire, Et c’est là le vray mot pour rire ; Chantons, rions, menons du bruit, Beuvons icy toute la nuit, Tant que demain la belle Aurore Nous trouve tous à table encore. Loing de nous sommeil et repos ; Boissat[3], lors que nos pauvres os Seront enfermez dans la tombe Par la mort, sous qui tout succombe, Et qui nous poursuit au galop, Las ! nous ne dormirons que trop. Prenons de ce doux jus de vigne ; Je voy Faret qui se rend digne De porter ce dieu dans son sein, Et j’approuve fort son dessein. Bacchus ! qui vois nostre desbauche,
Par ton sainct portrait que j’esbauche En m’enluminant le museau De ce trait que je boy sans eau ; Par ta couronne de lierre, Par la splendeur de ce grand verre, Par ton thirse tant redouté, Par ton eternelle santé, Par l’honneur de tes belles festes, Par tes innombrables conquestes, Par les coups non donnez, mais bus, Par tes glorieux attribus, Par les hurlemens des Menades, Par le haut goust des carbonnades, Par tes couleurs blanc et clairet, Par le plus fameux cabaret, Par le doux chant de tes orgyes, Par l’esclat des trognes rougies, Par table ouverte à tout venant, Par le bon caresme prenant, Par les fins mots de ta cabale, Par le tambour et la cymbale, Par tes cloches qui sont des pots, Par tes soupirs qui sont des rots Par tes hauts et sacrés mysteres, Par tes furieuses pantheres, Par ce lieu si frais et si doux. Par ton boucq paillard comme nous Par ta grosse garce Ariane, Par le vieillard monté sur l’asne, Par les Satyres tes cousins, Par la fleur des plus beaux raisins, Par ces bisques si renommées, Par ces langues de bœuf fumées, Par ce tabac, ton seul encens, Par tous les plaisirs innocens,
Par ce jambon couvert d’espice, Par ce long pendant de saucisse, Par la majesté de ce broc, Par masse, toppe, cric et croc, Par cette olive que je mange, Par ce gay passeport d’orange, Par ce vieux fromage pourry, Bref, par Gillot, ton favory, Reçoy-nous dans l’heureuse trouppe, Des francs chevaliers de la couppe, Et, pour te montrer tout divin, Ne la laisse jamais sans vin.
Une fois de plus la cité papale aux cent (?) monuments religieux accueille pendant un mois les saltimbanques de tout poil, comédiens, standupeurs, musiciens, chanteurs, illusionnistes, danseurs, circassiens… : près de 1500 spectacles pour 1200 troupes.
Une fois de plus les reporters du Bon Clos sont allés y faire un tour, histoire de voir si les fleurs de vigne poussent encore en cette saison.
On ainsi vu deux baladins raconter en 65 minutes » l’histoire du vin, sans gueule de bois », en éclusant force verres d’un liquide rouge dont ils n’ont pas révélé la composition. Sans doute pas que du vin, mais si, quand même, un peu. C’est dense, quoique parcellaire, on ne dit pas tout en si peu de temps, et plutôt amusant!
C’est le Nectar des Dieux, au théâtre des Brunes, que l’on peut voir jusqu’au 29 juillet.
On a aussi pu entendre fredonner « buvons, chers amis buvons, le temps qui fuit nous y convie » , les connaisseurs auront reconnu l’air à boire du Bourgeois Gentilhomme, dans « le Voyage de Molière », plaisante aventure onirico-temporelle qui nous fait croiser Jean-Baptiste à l’heure de composer le Dépit Amoureux. Du théâtre comme on l’aime ! (au Chien qui fume jusqu’au 29 juillet)
Apérotomanie, voila un titre accrocheur !
Ce spectacle venu de Brest ne ment pas : c’est vraiment un apéritif qui nous est proposé dans la cour du musée d’Angladon, avec deux vins naturels servis par Mme A et Mme Vé (des p’tits Gaillac), entre deux déclamations de tirades plus ou moins érotiques d’auteurs (l’apéro possède un potentiel érotique, nous dit-on), et des préparations culinaires préparées par ces dames.
Nin, Reyes, Laclos…Baudrillard, Quignard… Tiens, voila Dubillard, et son apéritif.
On en aura une version plus complète au théâtre des Corps Saints où l’on joue les nouveaux Dialogues.
Cet apéritif est une pépite, on en trouve des interprétations en ligne, la plus courte en petit format, mais si bien jouée
une autre un peu plus longue (« la prochaine fois je prendrai un vermouth »)
Au théâtre des Béliers, avec « c’est un métier d’homme », production oulipienne, on assiste à des exercices de style où deux protagonistes viennent tour à tour décrire leur métier en respectant les mêmes contraintes. Le buveur a retenu toute notre attention :
« Mon métier consiste à descendre du haut de la bouteille jusqu’en bas. Et la descendre le plus vite possible. C’est un métier d’homme. D’abord parce que quand la bouteille est pleine, l’homme a envie de la descendre, ensuite parce que quand il y a plusieurs hommes autour de la même bouteille, ils veulent tous la descendre plus vite les uns que les autres. Un métier humain. Je suis buveur. » (Ian Monk)
Voir la video où les deux acteurs expliquent leur démarche (voir un extrait du buveur à 3mn10s).
Terminons en mentionnant un lieu magique où il convient de se rendre dès l’ouverture à 19h : le bar à vins des Côtes du Rhône dans la cour de la maison des vins d’Avignon.
Un prix d’entrée modique donne droit à un verre et permet de déguster en musique les produits des vignerons présents, qui changent chaque jour.
Curieuse figure que celle de Boris Borissovitch Grebenchtchikov, « БГ », un des fondateurs dans les années 70 de la scène rock russe avec son groupe Akvarium, considéré aujourd’hui comme le grand-père du rock russe. Emule des Beatles et de Bob Dylan, compositeur prolifique, « le plus grand poète-chanteur en langue russe vivant » s’est intéressé aux philosophies orientales, et vit actuellement entre Paris et Londres quand il n’est pas sur la route avec son « never ending tour » à la mode dylanienne.
Ces jours-ci il chante à Marseille au théâtre Toursky (le 4),
et les 12 et 13 décembre il sera au Studio de l’Ermitage à Paris.
Avec la fougue de la jeunesse il a chanté la bière bien fraiche (Холодное пиво) : Album Арокс и Штёр 1982-86 )
Quelques années plus tard, il chante encore cette chanson, avec moins de fougue peut-être.
Les années passent, voici Gertrude (Album : Кострома Mon Amour, 1994).
Un cheval à tête de femme parcourt la ville, quelqu’un lui dit : « Ne buvez pas de vin Gertrude, boire n’embellit pas les femmes. A te saouler tu ne feras que dégoûter tes compagnons et amis. Accroche toi à l’ancre, elle ne te lâchera pas. Et si tu comprends que le Samsara est le Nirvana, alors toute tristesse passera. »
On pourrait croire la chanson inspirée par Hamlet (Gertrude, mère d’Hamlet, boit le vin destiné à empoisonner son fils). Cette splendide animation fait plutôt référence au Pays des Merveilles de Lewis Carroll
Не пей вина, Гертруда, Пьянство не красит дам. Напьешься в хлам – и станет противно Соратникам и друзьям.
Dans cette chanson, il est déconseillé aux femmes de boire. Quant aux hommes….
Dans les années 2000, le ton change, avec l’album Беспечный русский бродяга (le Vagabond russe insouciant ) paru en 2006, avec trois chansons mettant en scène le buveur insouciant, l’alcoolique obstiné (стаканы : les verres) et l’adulte résolu à s’en sortir (Мама, я не могу больше пить : Maman, je ne peux plus boire).
Мама, я не могу больше пить :Maman, je ne peux plus boire
Maman, je ne peux plus boire, Les patriotes diront que je suis faible, que je trahis ma patrie… Mais je ne veux plus vivre dans le mensonge.. Le démon Alcool est à chaque porte
Беспечный русский бродяга : le vagabond russe insouciant
Je suis un vagabond russe insouciant. Depuis les rives de la Volga J’ai mangé ce qu’on m’a donné et bu ce que Dieu m’a donné. Aux chants du rossignol et du loriot.
J’ai bu à Saint-Pétersbourg et j’ai bu à Moscou. J’ai bu à Kostroma et à Ryazan. J’ai bu du Lagavulin et j’ai bu du Lafroig. J’ai pris de l’herbe et des champignons…
Je me souviens que j’ai été tenté par un démon. J’ai été tenté, bien sûr, mais je n’ai pas cédé. … Où que j’aille, il y a l’Eden tout autour. Car je suis un vagabond russe insouciant.
Cтаканы : les verres
Ну-ка мечи стаканы на стол… Все говорят, что пить нельзя, А я говорю, что буду.
Jetez les verres sur la table. .. Ils disent tous qu’ils ne faut pas boire, mais moi je dis que je boirai.
Tôt le matin, quand il fait encore nuit Et que tout le monde est encore au lit, Pour savoir où aller, Et comprendre pourquoi, Descends tes cent grammes de vodka Et tu atteindras tes objectifs.
« БГ » a écrit des centaines de chansons, on trouvera leurs textes, avec des traductions en anglais, français, etc. sur le site lyricstranslate.com
Représentée pour la première fois le 11 novembre 1882 au Théâtre des Bouffes à Paris, son livret est inspiré d’une nouvelle du Décaméron de Jean Boccace : La femme vaillante, qui raconte la revanche d’une épouse sur son mari volage et inconséquent.
Si nous en parlons, c’est qu’il s’y trouve un bref air à boire qui a sa place ici.
En joyeux et bons militaires, buvons, chantons, festoyons mes amis ! Ici gaiement vidons nos verres, en attendant les ennemis !
En voici un enregistrement par la classe de chant du conservatoire de sarreguemines en 2017
Il faut aller voir ça ! Digué lé que vengué mon bon !
Pour les amateurs, la partition complète est sur Gallica
Frank T’Hézan et sa bande réunie chaque année à Bruniquel ne risquaient pas grand chose à monter cette Belle Hélène, joyau de la couronne des oeuvres du Maître, loufoquerie d’une grande finesse toujours actuelle, dans le cadre splendide du château et avec le concours de la population locale.
Emmanuelle Zoldan dans le rôle d’Hélène, ça tombait sous le sens, Dominique Desmons en Ménélas, ça promettait, mais Christophe Crapez en Achille, Jeanne-Marie Lévy en Ajax 2, Aude Fabre en Oreste, voila qui était inattendu… et réussi !
On ne peut pas hélas citer tous les participants de la troupe, qui eurent l’occasion comme d’habitude de prolonger le spectacle, au cours des fameuses tables d’hôte, de leurs facéties et morceaux de bravoure jusqu’à potron-minet.
Mais venons en au fait. La fatalité poursuit la belle Hélène de Sparte qui résiste tant bien que mal aux assauts du berger Paris, fils du roi Priam de Troie. Vénus furieuse de voir ses plans contrariés , met au coeur des femmes de Grèce un immense besoin de plaisir et d’amour… Les maris quittent leurs femmes, les femmes quittent leur s maris, c’est une débâcle générale.
Montauban n’est qu’à quelques lieues de Bruniquel, et son musée Ingres Bourdelle mérite une visite. On peut y voir cette « enfance de Bacchus« , de Raymond Balze (1840)
et ce « Silène et les quatre saisons » de l’atelier de Jordaens (après 1640)
On peut admirer aussi ces « plaques Campana », céramiques antiques d’Italie centrale, du nom de leur collectionneur : des satyres vendangeurs et fouleurs. Un air de déjà-vu ?
Cette Bacchante au raisin d’Emile-antoine Bourdelle (1907)
Filons maintenant vers le nord, pour retrouver le château de Castelnau-Bretenoux où se jouait la Dame Blanche de François Adrien Boieldieu, sur un livret de Scribe, d’après Walter Scott, créé en 1825 et qui connut un immense succès.
Nous ne détaillerons pas l’argument (le retour d’un héritier légitime aux yeux des paysans au moment de la mise aux enchères du château familial hanté par une mystérieuse Dame Blanche) et filerons à la grande scène de l’hospitalité qui voit le héros adoubé comme parrain d’un nouveau-né.
II faut rire, il faut boire à l’hospitalité. A l’amour, à la gloire, Ainsi qu’à la beauté!
Une fois n’est pas coutume, le spectacle joué pendant la pandémie à Rennes a été mis en ligne, pour notre grand plaisir.
C’est un conte drolatique, Vert Vert oules voyages du perroquet de la visitation de Nevers, poème héroïque publié en 1734 par Jean-Baptiste Gresset, dont le héros est un perroquet. Il fit grand bruit à l’époque, et eut une nombreuse descendance au théâtre, à l’opéra-comique mais aussi en peinture, et jusque dans des performances et expositions d’art contemporain (on parlera en fin d’article d’ Oral Texte)..
C’est l’opéra-comique d’Offenbach monté en 1869 qui nous intéresse ici, car il recèle un sympathique air à boire…
Mais racontons d’abord l’histoire : Vert Vert, perroquet ramené d’Amérique, est la mascotte d’un couvent de Visitandines à Nevers, tant il est prolixe en prières et paroles d’Evangile. Il parle latin!
Mais, requis par un autre couvent, à Nantes, il est embarqué sur un bateau qui descend la Loire. Durant le long voyage, aux côtés de « deux nymphes, trois dragons, une nourrice, un moine, deux gascons », c’est à un tout autre langage qu’il est confronté :
car, les dragons, race assez peu dévote, ne parloient là que langue de gargotte ; charmant au mieux les ennuis du chemin, ils ne fêtoient que le patron du vin ; puis les gascons et les trois peronelles y concertoient sur des tons de ruelles : de leur côté, les bateliers juroient, rimoient en Dieu, blasphémoient et sacroient.
On imagine la suite : Vert perd son latin et ne fait que jurer, grand scandale au couvent ; on le renvoie à Nevers, où on l’attend pour le juger. Le voilà encagé, privé de tout. Le châtiment fait son effet :
Couvert de honte, instruit par l’infortune… …l’oiseau contrit se reconnut enfin : il oublia les dragons et le moine ; et pleinement remis à l’unisson avec nos sœurs, pour l’air et pour le ton, il redevint plus dévot qu’un chanoine.
Las. Le retour à la vie de plaisirs va lui être fatale :
Du sein des maux d’une longue diette, passant trop-tôt dans des flots de douceurs, bourré de sucre, et brûlé de liqueurs, Ver-Vert, tombant sur un tas de dragées, en noirs cyprès vit ses roses changées.
Vert Vert meurt, et c’est là qu’Offenbach a choisi de faire commencer son histoire.
Son Vert Vert est un jeune homme, neveu de la directrice du couvent où vient de mourir le perroquet. Peut-être sa réincarnation ? On ne racontera pas l’argument en détail, il suffit de savoir qu’il y a des amoureux, des couples qui veulent se retrouver, et comme dit la RTBF, « on y retrouve des personnages truculents et des quiproquos dans une ambiance très vaudevillesque. »
On se retrouve ainsi à la fin du 2ème acte (scène 14) dans une auberge où l’on va découvrir les talents vocaux de Vert Vert, requis par Corilla la chanteuse de remplacer au pied levé un chanteur défaillant.
Allons ! du vin partout et des chansons légères ! Et ceux qui le voudront pourront casser leurs verres ! Au diable les belles manières, Avec nous, Avec eux, jamais de façons !
Amusons-nous, gais compagnons, A la dragonne, entre dragons ! Buvons ! chantons !
Et pif ! et paf ! et versez donc, Madame l’hôtelière ! Vos deux mains sont-elles de plomb ? Vous ne les levez guère. Si la bouteille que voilà ! Est trop lourde, ma chère, Donnez ! chacun se chargera De la rendre légère !
vient la Chanson
VERT-VERT.
Quand du flacon en flots d’or il s’échappe Comme un reflet du chaud soleil, Dont les rayons ont fait mûrir la grappe, Que j’aime à voir ce vin vermeil. Je bois à vous, ma belle dame !
LA CORILLA. Beau cavalier ! je bois à vous.
VERT-VERT. Le présent enivre mon âme !
LA CORILLA. Et l’avenir sera plus doux !…
ENSEMBLE. Versez ! amis ! versez ! toujours ! Ce vin béni par les amours !…
LA CORILLA. Tout en chantant l’amour et la jeunesse Buvons ce vin qui vient de loin. Et de chasser l’importune tristesse, Gaîment remettons-lui le soin !
VERT-VERT. Je bois à vous, ma belle dame !
LA CORILLA. Beau cavalier ! je bois à vous !
VERT-VERT. Le présent enivre mon âme,
LA CORILLA. Et l’avenir sera plus doux !
ENSEMBLE. Versez ! amis ! Versez, toujours. Ce vin béni par les amours.
Etc.
Signalons le CD d’ Opera Rara selon l’édition de J.C.Keck
Concluons en signalant que les amateurs d’art contemporain ont jusqu’au 23 juillet 2022 pour visiter l’exposition Oral Texte à la Fondation Pernod Ricard , qui propose de revenir sur les origines du langage articulé avec les propositions d’une douzaine d’artistes comme Angélique Buisson qui s’est inspirée du conte de Vert Vert.
C’est le toast porté par les personnages des P’tites Michu d’André Messager au Général des Ifs, venu retrouver sa fille laissée pour cause de veuvage et d’ obligations militaires aux bons soins de la famille Michu.
On a pu le voir en ce début avril sur la chaine Culturebox, jouée par les Brigands. Dommage qu’elle ne soit plus en ligne.
(Au lever du rideau, un punch flambe sur une table au milieu du salon.
Les invités, le verre en main, entourent le général)
Il se joue ces jours-ci à l’Opéra Comique Fortunio, cette opérette composée par André Messager en 1907. C’est une adaptation du Chandelier d’Alfred de Musset, une pièce assez licencieuse et drôle publiée en 1835, et jouée à la Comédie française en 1850.
Comment déjouer les soupçons d’un mari jaloux ? En les faisant dévier vers un leurre, le chandelier. Mais quand celui-ci est un amoureux transi, Fortunio, et qu’il chante une chanson écrite par Musset, tout peut arriver…
Il y a un petit air à boire au début du 3ème acte, un peu ampoulé, ce n’est pas l’air le plus connu mais il a sa place dans la collection du Bon Clos. C’est le mari trompé, maître André, qui invite ses convives à boire :
Coteaux brûlants, Terre des champs, Et des verdures, C’est votre sang Qui monte dans Les vignes mûres.
Cieux empourprés, Couchants dorés, Des soirs d’automne, Tout votre éclat Tient ici-bas Dans une tonne.
(Ce n’est pas celui évoqué par Musset dans le chandelier : « Amis buvons, buvons sans cesse », une chanson jugée trop vieille par le capitaine Claveroche (l’amant) ; nous en reparlerons)
Dès 1861, Offenbach avait composé la Chanson de Fortunio, un opéra comique qui raconte une suite de cette histoire. Fortunio, devenu âgé, se retrouve dans la situation du mari du Chandelier… Mais sa vieille chanson, qui avait fait défaillir la belle Jacqueline, le trahira…
On a donc deux airs pour une même chanson, celui d’Offenbach qui eut en son temps un succès retentissant, et celui de Massenet. Chacun choisira…
On peut écouter là la version d’Offenbach (avec Bruno LAPLANTE, baryton et Marc DURAND, pianiste)
et celle de Messager
Si vous croyez que je vais dire Qui j’ose aimer, Je ne saurais pour un empire Vous la nommer.
Nous allons chanter à la ronde, Si vous voulez, Que je l’adore, et qu’elle est blonde Comme les blés.
Je fais ce que sa fantaisie Veut m’ordonner, Et je puis, s’il lui faut ma vie, La lui donner.
Du mal qu’une amour ignorée Nous fait souffrir, J’en porte l’âme déchirée Jusqu’à mourir.
Mais j’aime trop pour que je die Qui j’ose aimer, Et je veux mourir pour ma mie, Sans la nommer.