Nixon in China

Un opéra contemporain, sur des événements contemporains, on n’en écrit pas tous les jours. Et surtout, on ne le remonte pas  quelques années plus tard.

C’est pourtant le cas de Nixon in China, cet opéra de John Adams, créé en 1987, que l’Opéra de Paris vient de remettre en scène. Il relate la visite, en 1972, de Richard Nixon, président des Etats Unis, à Mao Zedong, grand timonier de la Chine, « inaugurant par ce déplacement le début d’un rapprochement entre les États-Unis et la Chine dans un contexte de guerre froide ». L’opéra a été joué dans le monde entier, et plus récemment dans les années 2010 en Chine.

Comme on pouvait s’y attendre, le clou de cette rencontre, sur scène comme dans la réalité, ce sont les toasts portés par les protagonistes à la paix et l’amitié entre les peuples.

Voici le premier ministre Chou en Lai (Xiaomeng Zhang) en pleine action (sur scène),

de gauche à droite : Henri Kissinger (Joshua Bloom)  Qian Tsing (femme de Mao : Caroline Wettergreen ), Chou En Lai, (Xiaomeng Zhang) Richard Nixon (Thomas Hampson ) et son épouse Pat (Renée Fleming)

Et en vrai.

On remet ça ! 乾杯!

Allez, encore un ! 乾杯!

Et Mao dans tout ça ? Pas très en forme apparemment, il a reçu « tricky Dicky » et n’a pas voulu parler d’autre chose que de poésie et de philosophie.

Mao et Nixon trinquant

Mais qu’y avait-il dans ces tasses ? du thé ?

La version présentée au Châtelet en 2012 est visible en ligne. (la scène des toasts commence à la 53ème minute, et dure un bon quart d’heure jusqu’à la fin du 1er acte). Gambei !

« A tremendous work, exhilirating and truly inspirational. Bravo Mr. Adams. »,selon un spectateur

Voici celle présentée à Houston (Texas) en 1987. Gambei !

compagnie sensible

C’est le nom d’un ensemble musical rencontré lors d’une soirée des associations de quartier. Ils cultivent la musique chantée du 18 ème siècle, qui parle souvent d’amour, et aussi de vin bien sûr.

deg.à dr. Petronille, Maylis et Sylvain

Sylvain, Petronille et Maylis, voila une belle équipe, qui joue des cordes, de la flûte, et de la voix. Et qui savent faire chanter l’assistance, peu coutumière de ces airs anciens, mais qui apprend vite.

Les revoilà chez Luc, le président de leur association de soutien. Toujours le même brio et le même entrain.

Les morceaux se suivent, le public est invité à se restaurer, à goûter l’excellent Pouilly-fumé et le Pessac-Léognan.

de g. à dr. Guillaume (guest star), Maylis et Sylvain

Quelques clés de compréhension sont données : les trois compositeurs majeurs de ces brunettes et autres cantatilles et passacailles des années 60 (du 18ème siècle) sont Pierre de Lagarde (1717-1799 : maître de musique  des enfants de Louis XV), Jacques Naudé (169?-1765) auteur dont on ne sait pas grand chose sinon qu’il fut prolifique (onze recueils qui restent encore à explorer), et Antonio Albanèse (1728-1803) le « faiseur de tubes » de Louis XVI (dont le fameux « que ne suis-je la fougère« …)

Une fois tout le monde restauré et abreuvé, on passe aux choses sérieuses : chanter ensemble. C’est le grand talent, le mérite et la marque de fabrique de ce trio de s’attacher à faire chanter l’auditoire : à l’unisson, en canon, à deux voix…
Et ça marche !

Voici quelques partitions de cette époque louénntaine et si charrmannte…

« quand je vois ma chère bouteille, je sens les transports les plus doux.. »

« Laissons là dormir Grégoire, il est fou, il est sou(l), ce faquin ne sait pas boire ce vin doux comme nous… »,
« faisons tous de longs glous glous.. »

Amis sensibles, merci, et à très vite !

Robinson Crusoe

Robinson Crusoe remonté sur les planches ! Cette oeuvre de 1867, qui ne fait pas partie des plus grands classiques habituellement entendus du maitre, vaut bien le voyage, aujourd’hui au théâtre des Champs Elysées, demain à Angers, Nantes, Rennes…

On ne racontera pas l’histoire, que chacun connait, et que Laurent Pelly a adapté à notre époque de migrations en pointant du doigt d’autres sauvages. On pourra en lire une présentation détaillée sur premiereloge-opera.com

Musique magnifique, comme toujours chez Offenbach, dirigée par Marc Minkowski, mais il faudra attendre le 3eme acte, scène 9 pour entendre (enfin ! mais un peu « écourté malheureusement) un air cher aux oreilles des lecteurs du bon clos, le choeur des marins :

Buvons !… Buvons !… Chers compagnons ! Quelle bonne affaire Pour de pauvres gens qui, six mois durant, Ont bu de l’eau claire ! Quelle bonne affaire De boire ce rhum enivrant ! Noyons-nous dans l’ivresse Et narguons l’avenir, Oublions la richesse Que nous pensions saisir. Cette ingrate maîtresse Ne vaut pas nos regrets. Noyons-nous dans l’ivresse Et nous verrons après !

La voici, Salle Favart, en 1986, sous la direction de Michel Tabachnik, et dans une mise en scène de Robert Dhéry, qui prend comme il se doit  des libertés avec le livret !

La partition présente une version assez différente, où il s’agit de briser les fûts et de faire bombance de rhum et wiski (sic) : voir la partition du choeur des matelots ici)

Il existe une version anglaise de Robinson Crusoe, ce qui n’est que justice. Voir le choeur des matelots dans cette langue, sur la chaîne d’OperaRaraOfficial

It’s time to take a liquor break! Six months at sea, no wonder we Want beer or shandy, rum or brandy, It’s the same to me! No time to lose, roll out the booze! Desperate men never say ‘when’!I’d sell my soul to drink a whole Barrel of ale! We’ll drink tonight until we’re tight! Yes, we’ll keep drinking Till we’re stinking! Drink until we cannot stand up! Come on, my lads, drink up, my lads, Drink up, drink up! We’ll drink until we’re tight! We’re getting drunk tonight! We’ll keep drinking till we’re stinking tonight! A pirate’s life is ’ard, Condemned to roam the sea. Shunned and despised by gentlefolk And by society. We’re decent blokes at ’eart, We’re just mischievous elves. Robin Hoods who just rob the rich, Then keep the lot ourselves! Crossbones flying above! It’s the life that we love! Sailing into a scrape! Ready to loot and rape! It’s time to take a liquor break! Six months at sea, no wonder we Want beer or shandy, rum or brandy, We’ll drink tonight until we’re tight! Desperate men never say ‘when’! Fill me up again, then Sleep until we’re sober Then start all over again! Then drink all night Until we’re tight all over again! Men! We’ll drink tonight until we’re tight! We’ll keep drinking till we’re stinking! We’ll drink tonight until we’re tight, Tonight, all night tonight! We’ll get drunk tonight! We may stay tight And never be sober again! We’ll drink tonight!

On trouvera le livret complet en anglais là

Revoilà la Périchole !

Nous l’avions vu en 2012 au même festival de Bruniquel, la revoilà sur les planches avec toujours la même équipe (Franck T’Hézan à a mise en scène, J.C.Keck à la direction d ‘orchestre, mais évidemment avec quelques changements de casting : la divine Emmanuelle Z. dans le rôle titre,

le palpitant Xavier Mauconduit en Piquillo, et dans les « seconds » rôles les ineffables, magistraux, increvables, impayables Dominique Desmons, Jeanne-Marie Lévy, Christophe Crapez, Till Fechner n’est-ce pas. .. (voir toute la distribution là)

Et toujours le même bonheur pour les artistes comme pour les spectateurs.
Saluons en passant la prestation de Sébastien Lemoine (le vice-roi), qui tint son rôle stoïquement malgré un lumbago destructeur.

En attendant de revoir en DVD ce spectacle, un des plus grands chefs d’oeuvre de Jacques Offenbach, nous avons extrait de celui de 2012 quelques scènes culte.

Tout commence au cabaret des 3 cousines, à Lima qui se prépare à la fête du vice-roi et où les principaux personnages apparaissent. Et on y boit, au cabaret des 3 cousines (jouées par Aude Fabre, Jeanne-Marie Lévy et Isabelle Fleur) !

L’intrigue progresse (le livret est là). Le vice roi (Till Fechner) désire séduire la Périchole (la regrettée Maryline Fallot), mais elle doit être mariée pour être admise à la cour. On cherche un mari, et, coïncidence, c’est son ami Piquillo l’élu ! Mais il faut faire boire Piquillo (Frédéric Mazzotta) le saltimbanque pour le convaincre d’épouser une « inconnue »alors qu’il en aime une autre (croit-il) : le gouverneur de Lima (Philippe Ermelier) et le 1er gentilhomme de la chambre (Michel Vaissière) sont à l’oeuvre.

Il faut faire boire aussi les notaires (Franck T’Hézan et Dominique Desmons)!

Et il faut faire boire bien sûr la Périchole (Maryline Fallot), c’est l’air le plus connu.     

On peut acheter le DVD complet sur le site du festival.

Mais il faut surtout venir, car le bonheur est là !

A l’année prochaine !

Et merci aux auteurs des photos empruntées, c’est pour la bonne cause !

La fille du régiment

On joue ces jours-ci à l’Opéra Bastille cet opéra de Donizetti créé en 1840, qui mérite bien sa célébrité, par sa musique, ses morceaux de bravoure lyrique, son patriotisme post-napoléonien.
C’est une histoire d’amour qui finit bien, au scénario complètement improbable mais bon.

Gaetano Donizetti, par Rillosi

L’armée napoléonienne est en campagne au Tyrol, (devenu brièvement bavarois en 1805), et la « fille du régiment » (Marie) enfant recueillie au berceau, est amoureuse d’un garçon du pays (Tonio) qui lui aurait sauvé la vie. Elle la lui sauve à son tour en en témoignant, et il rejoint le régiment… événement qu’il faut fêter un verre à la main bien sûr !

On a trouvé quelques interprétations de cette scène, comme cette version récente avec Marie – Kelly Curtin et Tonio – David Walton

SULPICE
Allons, allons… pour fêter le sauveur
De notre enfant, de notre fille !…
Buvons, trinquons, à son libérateur !
Un tour de rhum : c’est fête de famille.
A Marie, pendant que les soldats s’apprêtent à boire.
Ensemble
SULPICE
Pauvre enfant, quelle ivresse
S’empare de son cœur !
Cette folle tendresse
Doit faire son malheur !
TONIO et MARIE
Quel instant plein d’ivresse !
Ah ! je sens à mon cœur,
Que sa seule tendresse
Peut faire mon bonheur !
SULPICE
à Tonio
Allons ! trinquons à la Bavière,
Qui va devenir ton pays !
TONIO
avec force
Jamais ! jamais !… plutôt briser mon verre !…
CHŒUR
Que dit-il ?…
TONIO
Que dit-il ?… A la France ! à mes nouveaux amis !
CHŒUR
A la France, à la France !… à tes nouveaux amis !

Le livret complet est là

Allez, voici une autre version, plus ancienne (1986, avec June Anderson & Alfredo Kraus)

On ne s’en lasse pas, voici une autre version jouée à la Scala en 1996, avec PAUL OSTIN KELLY (Tonio ) et MARIELLA DEVIA. (Marie)

Au château à Toto

Nous revoici à Bruniquel, où comme chaque année une oeuvre du maestro Offenbach est montée, avec toujours la même ferveur, le même enthousiasme de la troupe rassemblée autour de Frank T’Hézan et de Jean-Christophe Keck.

Voici cette fois un opéra-bouffe rarement joué, le Château à Toto, qui date de 1868.

(Pour tout dire il l’a été déjà en 2008 à Bruniquel)

Résumons l’affaire : le comte Hector (Toto) qu’une  vie dissolue  a mis sur la paille, revient au village pour vendre son château. Vieilles rivalités, intrigues, invraisemblables péripéties et autres loufoqueries n’empêcheront pas qu’à la fin, c’est l’amour qui gagne !

Ce n’est peut-être pas une oeuvre majeure du maître, mais elle a ses mérites, dont une jolie chanson à boire à la fin du 2ème acte : Après la vente du château, Toto (Aude Fabre) fait apporter du vin et offre une tournée générale !

On peut aussi écouter cette version plus complète enregistrée sous la direction d ‘Alfred Herzog en 2002-2003 (Laetitia Ithurbide est Hector de la Roche-Trompette, dit Toto). Et merci à l’ami Bernard de nous l’avoir transmise.

(On trouvera le livret de Meilhac et Halévy sur Wikisource)

C’est du vin, oui, du vin,
Et quel vin, du vin fin.
Ils tremblaient / Ils craignaient
Qu’on portât / De l’orgeat.
Car l’orgeat / On sait ça,
Fait mal à / L’estomac.
Le vin vieux / Vaut bien mieux
Et nous rend / Bien portant.
Boire trop /De sirop
Affadit, / Refroidit,
Mais on peut / Tant qu’on veut,
Sans danger, / Se gorger
De bon vin ; / C’est très-sain.
Et ça fait / Que l’on est
Tout à fait / Guilleret.

On appréciera ces vers à 3 pieds !

Bons villageois tendez vos verres
Et buvez le vin de mes pères.
Buvons, buvons, mes chers amis,
Buvons, et ceux qui seront gris
Dans des voitures seront mis,
Et chez eux seront reconduits ;
Dans leurs lits on les couchera,
Toute la nuit on dormira,
Et quand le jour reparaîtra,
Qui voudra se regrisera

(Sadressant aux bouteilles).

N’ayez pas peur, mes bonnes vieilles,
Avec respect on vous boira ?
Jeunes filles, vieilles bouteilles.
La vie est douce avec cela.
Buvons mes chers amis, etc.

Les participants, artistes, figurants, spectateurs le savent : le bonheur est là ! 
Si chaque spectacle se termine par un souper chantant dans les ruines du château et se conclut aux accents du Se Canto, il nous a semblé qu’il manquait une antienne pour accompagner le festival.

On propose donc cette petite composition ,à chanter sur l’air entrainant de la samba brésilienne de Francis Lopez.

Chaque année à Bruniquel
On rejoue les immortelles
Les opérettes à papa
Qui nous laissent baba
En dansant sur les pas
D’ Offenbach

Chaque été au festival
C’est la même bacchanale
De tous les enamourés
Qui reviennent chanter
Car le bonheur est là
Ici-bas

Il y a là les vieux de la vieille
Les jeunesses, les merveilles
Les artistes, les mécènes
Et tous ceux qui reviennent
Chaque soir par centaines
Vivre ça

C’est une oeuvre magnifique
Digne des jeux olympiques
Quoique de modeste ampleur
Car elle unit les coeurs
Et prouv’ que le bonheur
Il est là

C’est la fête à Bruniquel !

Parodies bachiques

Le concert de Willie Christie et de ses Arts Florissants tenu mardi 25 juin à la Cité de la Musique nous a révélé des parodies bachiques, sorte de goguettes qui détournent des airs d’opéra ou d’opéra-comique.

C’était l’habitude à l’époque classique, où il y avait sans doute plus de rimeurs que de compositeurs et où la reprise d’airs connus du public rendait plus facile la diffusion des nouvelles chansons.

Judith le Blanc a étudié ce phénomène. Dans son article : Le phénomène parodique, révélateur et catalyseur des succès de l’Opéra, elle constate que « Lully est également le compositeur le plus parodié au sens musical du terme, sous la forme de pièces détachées, pendant toute la première moitié du xviiie siècle « , et que « les airs de Lully se diffusent en revanche à la fois horizontalement et verticalement, leur simplicité, leur universalité et leur qualité mnémotechnique, ayant le pouvoir – sinon le charme – de rendre les frontières sociales poreuses « depuis la Princesse jusqu’à la servante de cabaret »

« Pour qu’un opéra ait du succès, il faut en effet que le public puisse s’en approprier des airs, autrement dit, il faut qu’il soit un réservoir de tubes. Un opéra n’a de succès que si le public de l’époque sort du théâtre en en fredonnant certains airs. » « Tout est fait pour faciliter l’apprentissage et la participation du spectateur chantant

Pour aller plus loin, voir aussi l’ouvrage publié par Judith le Blanc chez Garnier classiques :

Avatars d’opéras, Parodies et circulation des airs chantés sur les scènes parisiennes (1672-1745)

Les parodies chantées par les Arts Florissants sont dans le recueil « parodies bachiques, sur les airs des symphonies des opéra », paru en 1696.

Il fait la part belle à Lully. Mais les airs joués par les Arts Florissants sont de Marc-Antoine Charpentier (Médée, I : chi témé d’amore =malgré l’esclavage ; III : second air des démons= que sur mer et sur terre ) et de Henry Desmarest (Circé, V: le prélude des vents= lorsque je suis au cabaret). Pas de signature pour les textes, mais des initiales :  M.R et Md’Y.

Dommage de ne pas avoir d’enregistrement de ces parodies. Mais on peut écouter les airs originaux, en chantonnant les parodies :

Chi teme d’amore, par le concert spirituel

Malgré l’esclavage où l’amour t’engage De ce doux breuvage Parbleu tu boiras

Le second air des démons, Par les arts florissants

Le prélude des vents, par Boston Early Music Festival Orchestra

Lorsque je suis au cabaret A l’ombre d’un buffet Je me moque du temps…

D’une trop c courte vie, rions et chantons, Vuidons les flacons…

A noter, parmi les dizaines de parodies répertoriées dans le recueil de monsieur Ribon, cette mention du rouge bord dont nous avons parlé il y peu.

Amis je bois un rouge bord, secondez mon effort

Pour les gastronomes, des parodies ont été écrites pour accompagner des recettes de cuisine. Voici le festin joyeux, publié en 1738, (déjà rencontré).

On y retrouvera la recette des fricandeaux en ragoût, chantée sur l’air Boire à la capucine.

A le parcourir, on réalise que c’est quand même quelque chose, la gastronomie française ! et qu’elle vient de loin…

Pour les amateurs de cuisine au vin, on recommandera par exemple :

Les pigeons au soleil
La galantine de poisson
Le brochet rôti à la Bavière
La matelote aux petits oignons
Les soles à l’espagnolle
la carpe farcie à l’angloise
les truites aux huitres
La barbue au court-bouillon
les soles à la sainte Menou
l’anguille à l’angloise
les lottes à l’allemande
les vives aux truffes vertes
la terrine de poisson
Le faisan à la sauce à la carpe,
La hure de sanglier,
La teste de boeuf à l’angloise
Les andouilles de porc
Les pieds à la Sainte Menou
Les lapereaux à l’espagnole

Tous les airs sont en fin de volume

Madame Favart

Oya Kephale, cette joyeuse troupe lyrique amateur qui nous ravit régulièrement avec des opérettes, opéras-bouffes et comiques (barbebleue en 2022, les brigands l’an dernier), revient au théâtre Armande Béjart d’Asnières avec une oeuvre tardive (1878) d’Offenbach, Madame Favart. Une pépite à ne pas négliger ! C’est jusqu’au 25 mai !

Basée sur l’histoire vraie de Justine, célèbre artiste des années 1750,

épouse de celui qui a donné son nom à la salle de l’opéra-Comique de Paris, Charles Simon Favart,

c’est une histoire rocambolesque où l’on trouve des puissants libidineux (le maréchal de Saxe et le gouverneur d’Artois)  qui seront ici mis en échec par cette fine mouche.

On trouvera le livret ici

Une scène enlevée nous la montre, dans une auberge, charmant les gardes lancés à sa recherche avec des airs populaires (Fanchon, ma mère aux vignes m’envoyit). 

MADAME FAVART, CHŒUR DES SOLDATS.

A l’auberge de Biscotin
On boit, dit-on, d’excellent vin !
Nous sommes rompus et pour cause,
Il faut ici qu’on se repose,
Reposons-nous, le verre en main,
A l’auberge de Biscotin !

Le vin coule à flot et les gardes seront bientôt gris…

MADAME FAVART, gaîment.

Tendez vos verres… il faut boire !

Elle verse à boire.

TOUS.
Buvons, buvons à pleins verres,
Aimable et jeune beauté,
En braves, galants militaires
Nous allons boire à ta santé !

MADAME FAVART, versant.

Buvez, buvez, buvez encore !
Buvez, buvez, buvez toujours !

LE SERGENT, se levant en chancelant.

Ah ! palsanguienne ! je t’adore !
Verse, déesse des amours !

Il tend son verre.

MADAME FAVART, versant.
Buvez encore ! Buvez toujours !

LES SOLDATS, buvant et chancelant
Buvons encore !Buvons toujours !

MADAME FAVART, bas à Biscotin.
Ils sont tous gris !

Au 2ème acte, une autre scène montre les marmitons porteurs de bons mets, appelés par le mari Favart qui n’en peut mais, envahir la scène pour circonvenir un gouverneur bien entreprenant.

LES MARMITONS, entrant et entourant Pontsablé.

Pour que Bacchus le tienne en joie,
Nous apportons à monseigneur
D’excellents gâteaux de Savoie,
Vins exquis et fine liqueur !

version de 2019 à l’opéra Comique

(Spoiler : Le gouverneur n’arrivera pas à ses fins, il sera même démis par le roi)

Quant au maréchal de Saxe, si on ne le voit pas sur scène, il ne lâchera pas l’affaire dans la vraie vie. Mais c’est une autre histoire.

Paganini

On donnait le week-end dernier à l’Odeon de Marseille l’opérette de Franz Lehar qui porte ce nom, créée en 1925 à Vienne.
Dans sa  version française d’André Rivoire, Dieu merci, l’original dû à Paul Knebel et Bela Jenbach étant en allemand.

L’oeuvre rend hommage au violoniste virtuose et compositeur Niccolo Paganini, qui vécut à l’époque napoléonienne. 

Niccolò Paganini par Ingres en 1819

L’action se situe à Lucques où la princesse Elisa (soeur de Napoléon, incarnée par la soprano Perrine Madoeuf) s’éprend de lui. 

la princesse Elisa par Marie-Guilhelmine Benoist en 1805

Après maintes péripéties et autres bouffonneries (avec notamment l’impayable Fabrice Todaro en Pimpinelli) il la laissera finalement pour se consacrer à son destin d’artiste.

On n’a pas été étonné de retrouver dans la distribution l’ami Dominique Desmons, un habitué de Bruniquel, et de le voir animer, au 3ème acte, avec l’excellent Philippe Boulanger, une belle scène de taverne au cabaret du fer à cheval rouillé, où des contrebandiers voient arriver Paganini en fuite et entonnent « Quand on n’a plus un sou vaillant« .

En voici une petite video pirate, plus facile à suivre avec les paroles.

Sitôt qu’on a quelque chagrin
Il est un remède souverain

Répondez tous, tous à la fois
Bois bois bois
Un petit verre bien rempli
D’un vieil alcool un peu pâli
Et tout de suite c’est l’oubli!

Quand on n’a plus un sou vaillant
Que le prêteur est défaillant
Te voilà bien 
Seul comme un chien

Ou ta maîtresse aveuglément
A-t-elle pris un autre amant
Vas tu rester
A regretter ?

Répondez tous, tous à la fois …

Quand ici bas tout meurt en nous
Puisque nos rêves les plus doux
Sont trop souvent 
Fumée au vent

Puisque notre coeur vagabond
Toujours demande : A quoi bon ?
Comment guérir 
De tant souffrir ?

Répondez tous, tous à la fois …

Il n’est pas facile de trouver un enregistrement de la version française ; en voici un,  filmé au théâtre municipal de Tourcoing le samedi 9 janvier 1988.

Et voici la partoche de « Quand on n’a plus un sou vaillant » !

La version originale en allemand est plus facile à trouver. C’est le Schnapslied: « Wenn man das letzte Geld verlumpt ». En voici un enregistrement avec Rudolf Schock & Karl Ernst Mercker