vu chez artcurial

La galerie Artcurial, située dans l’hôtel Dassault aux Champs-Elysées, est un petit paradis pour l’amateur de vin et de belles choses.

On pouvait y voir ces jours-ci une incroyable collection de plaques de cuivre représentant les châteaux du Bordelais, mises en ventes par les Editions Feret.

cuivresferet

Les plaques des plus grands chateaux se négocient entre 2500 et 3000 euro,

lafitetlatour

hautbrion

margaux

petrus

mais les plus émouvantes ne sont -elles pas celles des châteaux disparus (en raison de l’urbanisation, ou devenus extérieurs à l’appellation), qui sont aussi les moins chères (150-250 euro) ? D’après notre pointage, ily en aurait 162 sur les 588 présentés, plus d’un sur quatre.

chateau les lesques

Ce chateau Lesques date de 1782 et est inscrit à l‘inventaire général du patrimoine culturel

On reste confondu devant l’ampleur de ce phénomène. Et l’on en vient à se demander si ces bâtiments, pour beaucoup des trésors de l’architecture bordelaise, sont toujours debout. Nous y reviendrons.

Nous y avons aussi déniché ce tableau de Louis Valtat estimé à 5000 euro.

grappesvaltat

et celui-ci de Roy Adzak , qui vaudrait la moitié…

adzak

(c’est en relief, en creux)

On peut aussi y acheter des grands vins aux enchères, tels ce Mouton Rothchild 1918 adjugé, ce jeudi 17 décembre, 1179 euro frais compris, mais il fallait mettre le double (2346 euro) pour emporter un Yquem 1900. Plus près de nous, un La Tache 2005  a dépassé 2000 euro. Mais la palme va à un Romanée Conti 1972 qui s’est monnayé pour 3249 euro!

On a ainsi vu passer toute une collection de vins de la maison Fougeray de Beauclair, bien connue des amis du clos , pour les budgets plus modestes…

le vin Mariani

Qui se souvient du vin Mariani, boisson tonique ancêtre du Coca Cola , faite de vin de Bordeaux et d’extraits de coca, qui eut son heure de gloire sous la IIIème République ?

bouteillemariani

Qui avait toutes sortes de vertus thérapeutiques, avec des effets immédiats contre la grippe !

Qui « conserve la force à ceux qui la dépensent et la rend à ceux qui ne l’ont plus » (Emile Zola) ?

A qui le pape Léon XIII a décerné une médaille spéciale ?

medaillemariani

Dont la poétesse Jane de la Vaudère disait :

Boire du vin Mariani

C’est chanter, croire, aimer sans trêve

C’est ouvrir, au pays du rêve

Une porte sur l’Infini !

On trouvera un florilège de ces dityrambes.

Cet élixir, dû au préparateur en pharmacie Angelo Mariani , contenait 6 à 7 mg de cocaïne dans une bouteille. Soit l’équivalent d’un « rail de cocaïne » par verre ! Quand on sait cela, et le succès extraordinaire de cette boisson, on comprend mieux certains excès de cette « Belle Epoque ».

Mais las, cet apport fut proscrit à partir de 1910, et la production cessa dans les années 30.

C’est l’exposition en cours au Petit Palais (Fernand Pelez , la parade des humbles ) qui nous le remémore.

Elle nous a mené de fil en aiguille à cet autoportrait trouvé

Pelez+autoportrait

« le vin Mariani est si réconfortant… »

et à l’intéressantissime site the nonist de Jaime Morrison, que nous remercions d’avoir mis en ligne les images suivantes (et bien d’autres)

nuvoilémariani

« les momies elles-mêmes se mettent en marche après un verre de vin Mariani« 

numariani

affichemariani

patrenostre

Envie de prière ?

Voici la patrenostre du vin, fabliau moyenâgeux qui témoigne que la verve des chansonniers est ancienne dans notre pays, et qu’en ce temps non plus on ne respectait rien… Une contribution du bon clos au débat qui fait rage sur l’identité nationale ?

(Le dictionnaire Godefroy peut aider)

patrenostreduvin

patrenostreduvin2

On ne trouvera pas la suite , mais des informations complémentaires et d’autres patrenostres parodiques dans un ouvrage numérisé par Google malheureusement en consultation partielle

 

 

 

 

la bataille des vins

Comment faire son choix, parmi la multiplicité des cépages, des climats, des terroirs et… des vignerons ? Ce casse-tête occupe les oenophiles qui courent de cave en foire, de salon en chai..

Il se posait déjà il y a huit cent ans au bon et auguste roi Philippe. Un conteur, Henri d’Andeli (vers 1224) a raconté comment il s’y prit pour en juger.

On verra que les vins d’Ile de France avaient toute leur place à la table royale, même si certains sont montrés du doigt…

batailledesvins

Résumons l’affaire.

Le roi Philippe envoie ses messagers quérir les meilleurs vins de la terre : à Chypre, en Alsace, à Parme, en Provence et en Espagne, à Beaune et Orléans… Les vins d(‘Ile d)e France sont bien représentés : Argenteuil, Montmorency, Deuil, Etampes, Meulan…

Un prêtre anglais est requis. Il commence par excommunier 3 vins qui donnent la  roigne (gale) : le vin « pétard » de Châlon (sur Marne pense-t-on) qui enfle le ventre et les talons, celui d’Etampes qui donne la « goutte-crampe« , et le mauvais de Beauvais…

Le premier à parler est le vin d’Argenteuil, qui se dit le meilleur de tous. Mais les autres français, avec  Pierref(r)ite, se récrient : Or te tais, fils à putain glouz…

L’Alsace (qui plait aux allemands), Epernay (qui ôte la goutte des reins), la Rochelle (qui abreuve anglais et nordiques), le Berry, tous font front contre les français, qui se défendent courtoisement et vantent leur saveur.

Le roi du (vin) blanc bien se paya et chacun des vins essaya. Le prêtre anglais, qui volontiers les engorgeait : « (it) is gout » , excommunie la cervoise, puis jeta la chandelle à terre et s’en alla sommeiller tant de jours et tant de nuits sans s’éveiller.

Finalement le roi récompense tous les bons vins et  fait douze pairs de France (mais on ne saura pas qui !), avec lesquels jamais maladie n’aurait

La morale, car il y en a une, est simple :  prenons tel vin que Diex nous donne.., car  faute de mieux on n’a pas tort de dormir avec sa femme.

——

Il est temps que cette fable rejoigne la collection du bon clos.

Faisons l’effort de lire ce français ancien (ce dictionnaire en ligne peut être utile), avant d’en consulter une traduction

(voir aussi l’intéressante analyse de Bernard Gineste , ou l’étude plus complète de A.Héron (1881))

Volez oïr une grant fable
Qu’il avint l’autrier sus la table
Au bon roi qui ot non Phelippe,
Qui volentiers moilloit sa pipe
Du bon vin qui estoit du blanc ?
Il le senti gentil et franc,
Si le clamoit son ameor
Por le bien et por la douçor
Que li vins avoit dedenz soi ;
Li rois en but sanz avoir soi.
Li rois qui ert cortois et sages
Manda a trestoz ses messages
Qu’il alaissent le meillor querre
Qu’il trovaissent en nule terre.
Premiers manda le vin de Cypre,
Ce n’estoit pas cervoise d’ Ypre,
Vin d’ Aussai et de la Moussele,
Vin d’ Anni et de la Rocele,
De Saintes et de Tailleborc,
De Melans et de Treneborc,
Vin de Palme, vin de Plesence,
Vin d’ Espaingne, vin de Provence,
De Montpellier et de Nerbone,
De Bediers et de Quarquassone,
De Mossac, de Saint-Melÿon
Vin d’ Orchise et de Saint-ÿon
Vin d’ Orliens et vin de Jargueil,
Vin de Meulent, vin d’ Argentueil,
Vin de Soissons, vin d’ Auviler,
Vin d’ Espernai le Bacheler
Vin de Sezane et de .vij. mois,
Vin d’ Anjou et de Gastinois
D’ Ysoudun, de Chastel Raoul,
Et vins de Trie la Bardoul,
Vin de Nevers, vin de Sancerre,
Vin de Verdelai, vin d’ Auçuerre,
De Tornierre et de Flavingni,
De Saint-Porchain, de Savingni
Vin de Chablies et de Biaune,
.I. vin qui n’est mie trop jaune ;
Plus est vert que corne de buef :
Toz les autres ne prise .i. oef.
Trestuit vindrent en .i. conroi
Seur la table devant le roi.
Si comme Diex parla au cigne,
Chascuns des vins se fist plus digne
Par sa bonté, par sa poissance,
D’abevrer bien le roi de France.
Un prestre englois si prist s’estole,
Qui moult avoit la teste fole,
S’escommenïa Dans Mauvais
Qui estoit du clos de Biauvais,
Et Dant Petart de Chaalons
Qui le ventre enfle et les talons,
Et me sire Rogoel d’ Estampes
Qui amaine les goutes crampes :
Cil troi vin amainent la roingne.
A grant honte et a grant vergoingne,
Batant, ferant d’un baston cort,
Les amainent ferant a cort
Et lor dist que jamés n’entraissent
La ou nul preudomme hantaissent.
Les .ij. vins et de Biauvoisins
Et Dans Clermons li tiers voisins,
Ces .iij. vin n’en chaça il pas
Qu’il les senti de bon compas.
Li vin commun, li vin moien,
N’erent prisié .i pois baien.
Vin du Mans, de Tors retornerent
Por ce qu’a esté s’atornerent
Por la paor du prestre englois
Qui n’ot cure de lor jenglois.
Vin d’ Argenches, Chambeli, Renes,
S’en fuïrent tornant lor resnes,
Quar se li prestres les veïst,
Je croi bien qu’il les oceïst.
Primes parla vins d’ Argentueil
Qui fu clers comme lerme d’ueil,
Et dist qu’il valoit miex d’aus toz.
« Or te tais, filz a putain glouz, »
Ce dist li vins de Pierre frite,
« Tu jeues a la desconfite ;
Ices trives seront enfretes,
Je vail moult miex que vous ne fetes,
A tesmoing le vin de Marli,
De Duoeil, de Monmorenci. »
Lors dist bee sanc de Meulent :
« Argentueil, je sui moult dolent
Que tu despis tes compaignons.
Saches de voir nous en plaignons
Qui fez d’Auçuerre, de Soissons,
Le vin de l’autel de Tauçons,
Icil dui passent Vermendois,
Cil doivent bien seoir au dois. »
Esparnai dist a Aviler :
« Argentueil, trop veus aviler
Trestoz les vins de ceste table,
Par Dieu trop t’es fez connestable.
Nous passons Chaalons et Rains,
Nous ostons la goute des rains,
Nous estaignons toutes les sois. »
Dont saut en piez le vin d’Ausois,
Li bons gentiz vins et roiaus :
« Esparnai, trop es desloiaus,
Tu n’as droit de parler en cort,
Je sui cil qui la gent secort ;
Entre moi et ma damoisele,
Longue tonne de la Mosele,
Nous secorons les Alemanz,
Nous fesons trestoz noz commanz ;
Aus Coloingnois prenons l’argent
Dont nous repessons nostre gent. »
Lors dist li vins de la Rocele :
« Vous, Aussai, et vous, la Mousele,
Se vous paissiez cele gent fiere,
Je repais trestoute Engletiere,
Bretons, Flamens, Normans, Englois,
Et les Escos et les Irois,
Norois et cels de Danemarche :
Jusques la dure bien ma marche.
Je sui des vins li sebelins,
J’en aport toz les esterlins. »
Li vins Saint-Jehan d’Angeli
Si dist a Henri d’Andeli
Qu’il li avoit crevé les ex
Par sa force, tant estoit prex.
Engolesme, Bordiaus et Saintes,
Cil i firent bien lor empaintes,
Et le bon vin blanc de Poitiers
Qui n’a cure de charretiers :
C’est cil qui toute gent acroche
Par la froidure de sa roche.
Tant est fort que par son orgueil
Se fet costoier au soleil.
Ne sai qui en but plus qu’assez,
Par coi il ot les iex quassez.
Channi, Montrichart, Laçoy,
Chastel Raoul et Betesi,
Monmorillon et Ysoudun,
Et cil d’entor tout de commun,
Furent devant le roi tout cois
Por abatre le bobançois.
Vin françois bien se desfendoient
Et cortoisement respondoient :
« Se vous estes plus fort de nous,
Nous sommes sades, savorous ;
Si ne fesons nule tempeste
A cuer, n’a cors, n’a oeil, n’a teste.
Mes Vermendois, Saint-Brice, Auçuerre,
Si font les genz gesir au fuerre ! »
Qui la veïst vins estriver
Et chascun sa force aviver,
Et chascun mener son desroi
Sor la table devant le roi,
Ce n’est ore ne plus ne mains,
Se vins eüssent piez ne mains,
Je sai bien qu’il s’entretuaissent,
Ja por le bon Roi nel lessaissent.
Qui veïst comment estrivoient
Et com li vin estinceloient,
Si que la grant sale et la chambre
Sambloit plaine de basme et d’ambre.
Ce sambloit paradis terrestre,
Chascuns lechierre i vousist estre.
Chevaliers, clers, borgois, chanoine,
Contrait, muel, mesel et moine,
S’il hurtaissent a tel quintaine,
Jamés n’eüssent la quartaine.
Li rois du blanc bien se paia
Et chascun des vins essaia.
Li prestres englois i estoit
Qui volentiers les engorgoit,
Et a chascun donoit .i. baut
Et puis si disoit : « Yse baut
Bien, saint Thomas qui fu martin,
Goditouet, ci a bon vin ! »
Trestout seul lut cele leçon,
Guersoi dunque fu son clerçon ;
S’escommenïa la cervoise
Qui estoit fete dela Oise,
En Flandres et en Engleterre,
Puis geta la chandeille a terre,
Et puis si ala sommeillier
.iij. nuis, .iij. jors sanz esveillier.
Li rois les bons vins corona
Et a chascun son non dona :
Vin de Cypre fist apostoile
Qui resplendist comme une estoile,
Dont fist chardonal et legat
Du bon gentil vin d’Aquilat .
Puis fist .iij. rois et puis .iij. contes,
Et puis en dura tant li contes
Qu’il en fist .xij. pers en France
Ou li rois ot moult grant fïance.
Qui .i. des pers porroit avoir,
Ne por argent ne por avoir,
Desor sa table a son mengier,
Moult s’i feroit bon arengier :
Jamés maladie n’auroit
Jusques au jor que il morroit.
Qui miex ne puet si n’a pas tort,
Adés o sa vielle se dort ;
Soit vin moien, per ou persone,
Prenons tel vin que Diex nous done.
Explicit la Bataille des Vins.

Celui qui voudrait en savoir plus ne s’en tiendra pas là, mais pourra consulter la « disputoison du vin et de l’iaue » , de Geoffroi des Nés (début 14e siecle), où l’on verra que la bataille durait encore un siècle après…

En voici un extrait présenté par Héron, ainsi qu’un passage d’Eustache Deschamps dit Morel (1340-1410)

desputoison

eustachedeschamps

vieux tonneau

(de nos correspondants au pays des puys)

Les Normands qui envahirent au XIeme sècle la Normandie avaient compris le rôle clé de l’intendance, est-ce le secret de leur victoire ?

Ils emmenaient avec eux l’arme absolue, comme on peut le voir dans la tapisserie de la reine Mathilde (dite de Bayeux).

carrumcumvino

Il y est écrit :  hic trahunt carrum cum vino et armis (les voici qui tirent un chariot avec du vin et des armes)

le vigneron champenois

Apollinaire était un poète prolifique. Bien qu’étranger il s’engagea en 1914 et connut la vie terrible des tranchées dans l’hiver de la Champagne.

Cela lui évoqua ce  » vigneron champenois » qui date de février 1916, et parut dans les Calligrammes.

Georgio de Chirico était un peintre italien énigmatique, coqueluche un temps des surréalistes français, qu’on a pu voir ces derniers temps au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris.

En 1930 il illustra les Calligrammes d’Apollinaire

illustrationvigneronchampenois

Le régiment arrive
Le village est presqu’endormi dans la lumière parfumée
Un prêtre a le casque en tête
La bouteille champenoise est-elle ou non une artillerie
Le ceps de vigne comme l’hermine sur un écu
Bonjour soldats
Je les ai vus passer et repasser en courant
Bonjour soldats bouteilles champenoises où le sang fermente
Vous resterez quelques jours et puis vous remonterez en ligne
Échelonnés ainsi que sont les ceps de vigne
J’envoie mes bouteilles partout comme les obus d’une charmante artillerie


La nuit est blonde ô vin blond
Un vigneron chantait courbé dans sa vigne
Un vigneron sans bouche au milieu de l’horizon
Un vigneron qui était lui-même la bouteille vivante
Un vigneron qui sait ce qu’est la guerre
Un vigneron champenois qui est un artilleur

C’est maintenant le soir et l’on joue à la mouche
Puis les soldats s’en iront là-haut
Où l’artillerie débouche ses bouteilles crémantes
Allons Adieu messieurs tâchez de revenir
Mais nul ne sait ce qui peut advenir

vieilles vignes : 300 ans, qui dit mieux ?

On cultive la vigne en Gaule depuis plus de deux mille ans, mais quels sont les plants les plus anciens encore en vie ? Seraient-ce ceux qui ornent le collège des jésuites de Reims (créé au début du XVIIeme siecle),  vieux de plus de trois cents ans ?

vignecollegereims

Merci à Cécile, passante sur ce site et désormais adoubée « amie du clos » de nous avoir fait connaitre cette vigne respectable.

 

Les aventures de Bacchus

Cavanna écrivit en son temps les aventures de Dieu, de roborative mémoire. Mais qui se souvient encore de celles de Bacchus, « les Dyonisiaques », narrées au Veme siècle par Nonnos de Panopolis ?

Cet amateur égyptien de poésie grecque les aurait composé entre 450 et 470, avant, Dieu merci, sa conversion au christianisme. Ce recueil épiques de 48 chants ne survit semble-t-il que grâce à la découverte d’un manuscrit au 16eme siècle.
En ce printemps des poètes il est temps qu’il refasse surface.

pagedegardedesdyonisiaques

 

De quoi s’agit-il ? Laissons la parole au traducteur, le comte de Marcellus :

Avant de montrer le Dieu bienfaiteur, il fallait expliquer de quel chaos sa présence allait faire sortir le monde. De là, au début, la lutte du bien ou du mal, ou de Jupiter contre Typhée ; puis les essais de Cadmus, qui, suivi d’Harmonie, porte au sein de la Grèce le culte et les arts de la Phénicie et de l’Égypte.

Après Zagrée disparu dans la conjuration des Titans, second effort de l’élément malfaiteur, parait enfin le grand Bacchus, Bacchus le Thébain, le génie civilisateur engendré par la foudre; il échappe à la demeure d’Athamas, à la jalousie de Junon, et grandit à coté de la mère universelle, Rhéa. Puis le Dieu dompte lei monstres fléaux de la terre, assouplit son corps aux exercices auxiliaires des combats, et crée la vigne, arme pacifique et conquérante. Bientôt il rassemble de tous les points du monde et recrute dans les rangs des races divines une armée immense; il part à sa tête pour asservir les Indes, par le même chemin que prit Alexandre. Viennent alors les journées du lac Astacide et des défilés du Liban, qui sont pour Bacchus les batailles d’Ipsus et du Granique : on suit lentement la marche envahissante de la vigne dans ce pompeux itinéraire du fond du golfe de Nicomédie jusqu’aux rives de l’Hydaspe à travers les embûches ennemies, ou l’hospitalité de la chaumière et du palais. Dans les Indes, la guerre se développe avec toutes ses péripéties, les avantages, les défaites, les trêves, les surprises et lei stratagèmes. Enfin Bacchus l’emporte, et il constitue son culte et son empire chez les peuples de l’Orient indien. Dès lors, il revient aux bords de la Méditerranée, où il n’a pins d’autre armée que son cortège habituel ; il visite, chemin faisant, Tyr, la patrie de son aïeul Cadmus, comble de ses dons la brillante Béryte et les vallées du Liban ; puis, traversant de nouveau la Cilide et la Lydie, il porte en Europe son influence et ses bienfaits, descend de l’Illyrie et de la Macédoine vers Thèbes, où il est né, et où sa divinité et son pouvoir se manifestent par le châtiment d’un roi incrédule ; il initie bientôt Athènes à ses mystères, console à Naxos une amante délaissée, car il possède l’art de sécher les larmes et de calmer les douleurs. Ensuite il lutte contre son éternelle ennemie Junon au sein d’Argos, centre terrestre de la puissance de la reine des dieux, dompte les géants de la Thrace ou les monts infertiles, soumet Pallène, ou son sol, rebelle à la culture; revenu en Phrygie, domaine de sa nourrice Cybèle, d’où il est parti, il y combat les insalubres émanations des airs qu’il adoucit, et quitte enfin la terre pour occuper un trône dans l’Olympe, au sein des immortels.

 

Le lecteur assidu de ce blog pourra utilement compléter les informations publiées il y a un an (indovino )

Merci à Philippe Remacle qui nous les fait découvrir sur son beau site remacle.org

(NB : l’ouvrage est édité chez les Belles Lettres )

Comiques poivrots

Nous avons fait connaissance il y a quelques jours, à l’occasion de notre visite à Bagneux , de Clovis, comique poivrot qui sévissait dans les caf’conc’ de Paris à la fin du 19eme siècle. Le voici, tel qu’on peut le voir sur le site du temps des cerises aux feuilles mortes , consacré à la chanson française :

clovis

Voici ce que l’on peut apprendre sur lui sur ce site . De son vrai nom Clovis-Césaire Lefèvre, c’était un chanteur comique du genre poivrot né en 1851 qui, sur ses cartes de visite fit imprimer «Officier d’académie… de billards». Il fut un des piliers des cafés-concerts : Ambassadeurs en 1874, l’Horloge dans les années 80, Alcazar d’été en 1886 -aujourd’hui pavillon Gabriel-, Bataclan en 1892, Concordia dans les années 1900… Il est décédé en 1910.

Le regretté Francois Caradec (auteur avec Alain Weill de : « le Café Concert » chez Fayard) nous en dit un peu plus.Les chanteurs de café-concert étaient si nombreux qu’une chansonette créée par Libert à la Scala, Nos artistes, ne put les énumérer en six couplets :

Y a Clovis et versa

Y a Valti-re aux pigeons

….

Y a Libert -té chérie

… 

Y a Bourgès prit du vin

… 

Mais c’est Paulus

Qui gagn’ le plus ‘ quibus

Après avoir fait tous les métiers (de professeur de vélocipède à bonisseur à la baraque de l’homme-chien (ça ne s’invente pas))Clovis aurait eu, avec de nombreux confrères la spécialité de chansons d’ivrogne qui « n’auraient guère supporté l’épreuve du temps ».

Faute de doc, il faudra attendre pour en juger par nous-mêmes.

Consolons nous avec un autre poivrot, Bourgès

bourgès

En rev’nant d’Suresnes (paroles de Joineau et Delattre, musique d’Emile Spencer, créé à la Scala en 1883)

Hier ayant palpé ma quinzaine

Je m’dis : pour m’amuser un peu

J’m’en vais monter jusqu’à Suresnes

Histoire de licher du p’tit bleu.

J’ai bu, j’dois l’dir’, comme une vraie bête,

Tel’ment qu’quand j’voulus m’en aller

Autour de  moi j’vis toutt tourner

Et je m’sentis mal à la tête :

J’avais mon pompon

En rev’nant d’Suresnes

 Tout le long d’la Seine

J’sentais qu’j’étais rond.

J’avais mon pompon

En rev’nant d’Suresnes

En rev’nant d’Suresnes

J’avais mon pompon