Cette expression devait être courante du temps des Romains, chez qui les Thraces jouissaient d’une solide réputation. Ainsi Horace, dans son ode à Pompée (écrite à l’occasion du retour d’exil de son ami):
« Je veux aujourd’hui n’être pas plus sage qu’un Thrace : il m’est doux de perdre la raison quand je retrouve un ami »
On la retrouve dans Thaïs, d’ Anatole France (« J’ai bu comme un Thrace, dit Chéréas. Et il roula sous la table »). Mais on dirait plutôt : boire comme un trou !
Son vin « extraordinairement fort »a été célébré par Homère, qui raconte comment Ulysse s’en servit pour endormir le Cyclope Polyphème (chant IX de l’Odyssée)
« et je partis, emportant une outre de peau de chèvre, pleine d’un doux vin noir que m’avait donné Maron, fils d’Euanthéos, sacrificateur d’Apollôn, et qui habitait Ismaros »
(Ismaros ou Ismara était une ville de la côte sud de la Thrace, aujourd’hui en Grèce.)
De cette région sont originaires Diomède, Lycurgue (qui ne voulut qu’on but vin en sa ville et s’opposa à Bacchus), Orphée…
Bref, ce n’est pas par hasard si l’exposition « l’épopée des rois thraces » actuellement présentée au Louvre regorge de rythons, phiales, amphores et autres ustensiles destinés à boire du vin. Ils ont été découverts dans des tombes antiques nombreuses en Bulgarie. En voici quelques exemples.
Ci-dessous un rython-griffon du trésor de Borovo (vers -400-350)
amphores
rython taureau
Cette phiale (coupelle servant aux rituels) représente Hercule séduisant Augé
rython à tête de daimC’est jusqu’au 20 juillet au Louvre !
Mars est sans doute un meilleur choix qu’août pour arpenter cette terre d’histoire, quoiqu’il soit un peu tôt pour profiter de la mer. Certaines villes (Jerez, Malaga…) portent des noms familiers aux amateurs de vin, qui auront fort à faire.
La vigne est très ancienne en cette contrée, sa culture remonte au moins au 9ème siècle avant J.C. L’originalité des vins est qu’ils sont mutés, donnant des vins secs ou doux, très différents selon leur élevage.
Ceux qui apprécient le vin du Jura ne seront pas dépaysés avec la manzanilla, (vin blanc très sec, dont la production depuis 1964 est une exclusivité de Sanlucar de Barrameda), et les finos de Xeres et autres « olorosos », résultat d’une « vinification sous voile » en tonneaux non ouillés.
Autre spécialité du pays, héritée des Maures : l’usage de carreaux de faïence (les azulejos) en décoration. Et bien sûr, jambons, tapas, guitares, flamenco…
Nous convions les lecteurs du Bon Clos à une promenade bachique commentée, de Malaga à Séville, en passant par Grenade et Ronda.
Sur la place de la Constitution à Malaga, un bas-relief illustrant le mont de piété des vignerons et moissonneurs créé en 1776 : porte secours au travailleur, pas au paresseux !La bodega « el pimpi », créée en 1971, est l’une des plus fameuses de Malaga
L’intérieur mérite aussi une visite !
Il y a des réserves ! Et des visiteurs de marque !Le vieillissement des vins se fait par assemblage annuel de millésimes, du vin jeune du tonneau supérieur venant se mêler au vin plus vieux du tonneau le plus bas. (C’est le principe de la « solera« ). La rangée inférieure, mise en bouteille par tiers, n’est donc jamais complètement vidée et contient indéfiniment un peu de vin très ancien.
les bodegas Malaga Virgen ont été fondées en 1885 par Salvador Lopez Lopez, bientôt associé à son frère Francisco.
peinture à l’entrée de la taverne el mentidero
celle-ci est au musée carmen thyssen (les Claudia Girls, de Jose Gutierre Solana 1929)
A ce stade, nous proposons une pause avec la malagueña salerosa
Sous tes cils que tes yeux sont beaux, malagueña enchanteresse.. je voudrais baiser tes lèvres…
A quelques kilomètres à l’ouest, dans le petit village d’Ojen, au-dessus de Marbella, le raisin est à l’honneur avec cette grappe géanteenseigne de taverne à Ojen
Dans la peite ville de Mijas se trouve un petit musée d’art et traditions populaires où est sont présentés outils anciens (pressoir, fouloir) et représentations naïves de la vie agricole et vigneronne.
Partons pour Ronda, cité fièrement juchée de part et d’autre du Guadalevin, à plus de 700 mètres d’altitude
Encadrement de porte à RondaAu musée Lara, j’irai danser la seguedille boire de la manzanilla…Au milieu de collections hétéroclites on trouve cette presse…et cette scène de la vie monastique (tapisserie)Belle cheminée dans la maison de San Juan BoscoNous voici maintenant à Grenade. Faisons une nouvelle pause avec Luciano Pavarotti qui chante Granada : ta terre est pleine de jolies femmes, de sang et de soleil
A l’Alhambra, merveille intemporelle, la porte du vin fait question : porte-t-elle ce nom parce qu’on entreposait du vin du côté où il n’y avait pas de taxes à payer, où bêtement par une confusion entre « Bib al hamra » (porte « rouge », porte de l’Alhambra) et Bib al jamra »(porte du vin).la porte du vin, à l’Alhambra de Grenade
Réconcilions tout le monde : le rouge, c’est du vin, non ?
Les vignes au pied de l’AlhambraAu Palais de Charles Quint, ce banquet de courtisanes et de soldats de Christophe van der Lamen (vers 1630)
et encore la séguedille et la manzanilla !Nous voici maintenant à Nerja, où sont des grottes parmi les plus grandes d’Europe qui ont sûrement inspiré le créateur de ce porte-bouteilles
à méditer ces paroles d’Eduardo Galeano
Nous sommes tous mortels, jusqu’au premier baiser et au deuxième verre de vin.
Nous vous laissons réfléchir, et passons à ce dicton plus simple
enfant, mange et tu grandiras, vieillard bois et tu vivras !
Nous voici enfin à Séville, capitale de l’Andalousie. Et l’on se souvient de Sam, qui chantait naguère Alors, ça va ?
« Chez moi il y a des souvenirs qui dansent Au son de la musique de Séville… »
Bacchus trône ici dans les jardins de l’Alcazar
Vu aussi à l’Alcazar cette assiette en céramique
Voici un carreau de faïence ancien vu chez un antiquaire
et une soupière plus moderne
Vu dans l’escalier de l’hôtel casa imperial
Ici aussi il y a des enseignes en céramique plein les rues
A la Carboneria, canto hondo entes les colonnes salomoniques
A l’Hôpital des Vénérables, voici enfin Noé soûl (peint sur la pierre)
Nous n’avons pas vu la sangria couler à la feria de Tolède, mais terminons tout de même avec Joe Dassin et son Takatakata
et faisons nous plaisir aussi avec cette version en russe
Nous voici de nouveau au Chemin des vignes, dans ces caves situées sous le coteau d’Issy-les-Moulineaux, pour participer au jury du Prix Plaisir. C’est un Concours, organisé par le tandem Bettane et Dessauve, bien connu des amateurs de vin, dans le but d’identifier des vins de meilleur rapport prix/plaisir. Les vins primés (dont le prix est nécessairement inférieur à 15 euro) bénéficieront ainsi d’un label.
Nous y étions allé en 2012. La procédure n’a guère changé, si ce n’est que les tables ne comportent plus que 3 dégustateurs, et que le timing est plus impératif.
A chaque table, douze vins doivent en effet être dégustés à l’aveugle en 1h30. L’on délibère pour décerner d’éventuelles médailles (or, argent, et bronze), puis l’aval du maître (ou d’un expert ayant son onction), est demandé pour valider les choix.
Michel Bettane en action
Cette fois-ci nous nous sommes intéressés aux graves rouges, valant entre 10 et 15 euro. Sur les onze vins dégustés, notre unique lauréat a été ce domaine la roche 2013, un Pessac-Léognan des vignobles Rodrigues-Lalande, aux intenses arômes de mûre ou de cassis.
Le site est idéal pour une telle manifestation. On y fait quelques sympathiques rencontres, comme ce rangeur de bouteilles qui est toujours là.
Sur un mur, ces assiettes peintes
Dans un recoin, cet embouteilleur (?) curieusement monté. Et dans les toilettes, voici une série de petits tableaux déjà vus quelque part (à Saint-Emilion pour tout dire). Ils sont de Carole Katchen, une artiste dont nous reparlerons.
C’est dans ce joli village « médiéval » aux belles rues pavées que l’on a vu cette treille impressionnante qui n’attend que le printemps pour refleurir.
Nous voici de nouveau sur cette mythique côte Est des Etats-Unis.
Commençons par l’essentiel. A Boston, Chez Rob et Ellen, une réunion de famille fut l’occasion d’ouvrir cette vénérable bouteille.
Un Lafite 72, pensez !
« Alors, il est bon ? » Comment répondre à cette question candide qui vient nécessairement ? Chacun à la réponse en soi, pourra-t-on dire. (« C’est au dedans de soi qu’il faut regarder le dehors »). A chacun de la trouver, en prenant son temps. Ce millésime n’aurait peut-être pas dû vieillir tant. Mais comme celle d’un ancien qui a vécu, sa conversation est passionnante.
Voici une carte du restaurant allemand Jacob Wirth, un des plus anciens de la ville, sur Stuart Street :
Ce Minotaure de Picasso n’attendait que notre visite chez Martin Lawrence Galleries sur Newbury St.
Est-ce là que nous découvrons ce dessin de Charlie Hankin ?
Dans la même veine, voici un autre signé Shannon Weelher, trouvé sur le net
Madame Gautreau portant un toast, du grand portraitiste John Singer Sargent (1883)
Et voici une scène bachique sur le montant d’un sarcophage de la Rome Imperiale
Au Museum of Fine Arts voici cette joyeuse Nuit des Rois (twelth Night) de Jan Steen (vers 1662)Beau vitrail de John Lafarge (vers 1885) représentant l’enfant Bacchus
« Bobbejakken » (céramique de Delft, 18ème siècle)
Il s’y tenait une expo Goya où l’on pouvait voir cette scène de vendanges (l’automne, 1786)et cette Madre Celestina (vers 1820), la bouteille d’une main, le chapelet de l’autreA New York nous voici chez l’amie Nina
Elle connait les bonnes adresses ! Comme ce Gotham West Market où l’on peut manger et boire de tout dans une grande halle.
C’est très organisé
Le musée de Brooklyn est facile d’accès (métro direct depuis Manhattan). Plein de belles choses.
Dans cette île tropicale on ne s’attend pas à découvrir des vignobles, mais plutôt des plantations de canne à sucre. On s’intéressera donc au rhum ! Mais nous verrons que la vigne et le vin y sont pourtant présents.
San Juan est la capitale de cet état associé aux USA. Sa rade, gardée à l’intérieur par un fort et à l’extérieur par un château, a été l’objet de toutes les convoitises et a connu une histoire mouvementée. La vieille ville, de plan rectangulaire grimpe le long d’un coteau d’où l’on surplombe la mer.
Gallery Inn y est un point de chute extraordinaire, regroupement improbable de maisons communicant par des passages et escaliers. C’est une sculptrice, Jan D’Esopo, qui s’y est établie il y a quelques cinquante ans, en y faisant un hôtel où sont exposées ses oeuvres et celles d’artistes amis.
Cette vigne pousse dans un des patios
carrelage ?
Qu’y a-t-il au fond de cette maison naine ?
A boire ! Ce ne sont pas les bars qui manquent à San Juan
Voici la façade d’une fabrique de sodas historique
Un petit artisanat propose ces touchants porte-verres et porte-bouteilles
Mais il y en a de plus raffinés
ou de plus modernes
les dictons locaux n’ont rien à envier aux notresVu au Museo de Arte de Puerto Rico ( San Juan) ce tableau de Jose Rosa « eta shi me guta » (2001)
Quelque part dans le vieux San Juan on tombe sur cette statue bachique devant un fier arbre de Noël
Tonneaux à la Casa Blanca
Vu au musée de Ponce dans le Sud de l’île, cette allégorie des sens (la vue et le toucher) de Jan Van Bijler (17ème siècle)
et cette colonne « salomonique » du 17-18ème
Cette nature morte était présentée dans une exposition d’art contemporain au « mercado »
scène de bar du peintre haitien Francisco Gervais vue dans une galerie du vieux San JuanUn des rares vins goûtés sur place : un chardonnay argentin
A la rhumerie Bacardi, on nous raconte l’histoire d’une famille originaire de Cuba qui a construit de père en fils cet empire depuis 1862. Visite à l’américaine (petit train, bar à cocktails, guide, intervenants, jusqu’à la boutique où le rhum est au meilleur prix).
Nous voici dans ce domaine de Bandol (voir aussi le site www.domaine-ray-jane.fr) basé au Plan du Castellet dont les propriétaires, la famille Constant, s’enorgueillit d’être vigneron de père en fils depuis… 1288 !
On n’ira pas vérifier, ce qui compte c’est le vin, réputé (culture traditionnelle sans produit chimique et cave « ultramoderne ») et d’un bon rapport qualité prix (notamment les vins en vrac).
On est reçu dans un espace réduit aux murs couverts de tableaux, outils, etc. relatifs aux vins. La tonnellerie est à l’honneur
Voici une scène de vendanges
et une palanquée de dictons
et ce poème écrit par un admirateur, M.Ramon.
Il y a aussi un petit musée qu’il nous reste à visiter…