Cette chanson qui fait toujours un tabac dans les noces et banquets date de 1948 et est l’oeuvre de Maurice Vandair , Leo Lelièvre fils et René Pesenti*.
On trouvera paroles et musique là
C’est la bouteille, c’est la bouteille Qui c’est qui fait glou glou ? C’est la bouteille de chez nous Et quand on boit un coup De ce divin jus de la treille Cul sec ou bien cul doux On est beaucoup mieux d’un seul coup Qui c’est qui fait glou glou ? C’est la bouteille, c’est la bouteille Qui c’est qui fait glou glou ? C’est la bouteille, de chez nous
* René Pesenti était un accordéonniste, qui a composé, entre autres, la môme caoutchouc, le chat qui miaule (chanté par Fréhel), la cascadeuse, la margoton du bataillon, musette folie…
Pour les générations nées pendant ou après la guerre, l’idée que l’on peut se faire de cette époque repose sur les souvenirs de cours d’histoire, les livres et productions audiovisuelles, les récits des parents. Mais la gravité de la situation fait qu’on a du mal à imaginer la vie de tous les jours…
Une exposition (maintenant terminée) est venue nous remémorer cette sombre période. Nous y avons découvert quelques aspects peu connus.
Voici une photo prise en octobre 1941 à Montmartre.
Et oui, c’est la fête des vendanges.
Et voici une affiche humoristique datée.
C’est que l’alcool était rationné (les fans de « la traversée de Paris » le savent bien),
pour des raisons hygiénistes et non économiques nous dit-on dans un article sur wikipedia (« l’amiral Darlan avait institué un jour sans alcool, le mercredi, d’où l’expression « jour sans »).(pm le curieux blog de jacques blanchard qui archive jour après jour les nouvelles du jour indique « jour sans alcool » à la date du 26 janvier 1918)
Pour rester dans l’humour, retrouvons en 39-40 les petites annonces de l’Os à Moelle et Pierre Dac qui n’avait pas encore rejoint Londres.
Et pour en savoir plus, voici un film visible sur dailymotion. Instructif…
On ne va pas laisser l’exposition Monet, qui bat des records de popularité au Grand Palais, se terminer sans mentionner deux tableaux qui ne peuvent laisser indifférents les amis du clos.
Il y a bien sûr ce « chemin dans les vignes à Argenteuil », qui date de 1873. Plus chemin que vignes, dira-t-on. Epilogue de l’histoire glorieuse des vignes d’Argenteuil, en déclin à l’époque, peut-être.
Et il y a ce monumental « déjeuner sur l’herbe » (1865), très (bien) habillé
et appétissant !
Passionné par la Cathédrale de Rouen, le Parlement de Londres, la gare Saint Lazare, les meules de foin et les nymphéas, Claude Monet n’en aimait pas moins le vin. Voici retrouvées pour les lecteurs du bon clos les commandes qu’il adressait depuis Giverny à un horticulteur de Neauphle-le-chateau, M. Gravereau.
Novembre 1898, Monet commande « quatre feuillettes de votre vin rouge et une feuillette vin blanc. » Novembre 1899, il réserve 5 feuillettes de vin rouge et 2 de blanc. Le même jour il rectifia dans une autre lettre sa commande :«Je me suis mal exprimé dans ma lettre de ce matin. Je voulais vous dire que si votre vin est d’aussi bonne qualité que celui de l’an passé, j’en prendrai volontiers 9 feuillettes et 2 de blancs. » Janvier 1901, il demande si le vin blanc est assez clair pour en recevoir. Septembre 1901, il passe la commande pour 5 fûts de vin blancs et 3 de rouge. 1903 : il commande 7 feuillettes de vin rouge et 8 de blanc. Mai 1904 il le remercie pour son envoi d’asperges : « elles ont été les bienvenues et les avons trouvées aussi bonne que belles.» Septembre 1904, il renouvelle une commande de « 7 feuillettes vin rouge et 7 de blanc, ou même 8 de chaque.» Novembre 1905, il accuse réception de 10 fûts de vin rouge et renvoie 11 fûts vides. La correspondance ce termine par une lettre de janvier 1908 dans laquelle il réserves « 7 fûts de votre vin rouge, s’il est bien de la même qualité que celui de votre dernier envoi. Pour le vin blanc comme je n’ai pas été content du dernier, je vous en demande plus attendus qu’il n’est plus du tout bon comme autre fois.
précision pour la bonne compréhension : une feuillette est un tonneau de grande dimension, un fût de 225 litres pour le dictionnaire de l’académie, de 135 litres pour le Littré.
Ce terme n’est plus guère usité, mais il le fut, car comme a dit le poète
« Bons vivans que met en goguette Le vin d’une vieille feuillette »
Quand même, commander dix fûts par an… Cà peut paraitre beaucoup mais faisons le compte : une dizaine de fûts, cela fait dans les 2000 litres par an, soit 6 litres par jour, pas tant que ça finalement pour une maisonnée où la domesticité était sans doute nombreuse entre chauffeur, cuisinière, femmes de chambre, jardiniers… et où les invités devaient se presser. Ce qui est plus étonnant c’est l’absence de toute mention de provenance pour ces vins blancs et rouges…
Oyez bonnes gens l’étonnante histoire de Giefrein de Clamart, que l’on tient pour le XIXeme miracle de Saint Louis.
miracles de Saint Louis, par Guillaume de Pathus – Bibliothèque Nationale fr 5716 fol 405
Ce garçon, fils d’Agnès et de Jehan de Clamart vivait à Paris dans le quartier Sant Merri. Un jour après dîner, courant après une balle, il tomba dans le cellier d’une voisine, Perronnele de Pontoise, où les tonneaux de moût rendaient l’atmosphère irrespirable à tel point qu’il fallait acheter ailleurs le vin vieux qu’on n’osait y tirer.
On l’y retrouva sans vie.
Mais la mère de l’enfant, se souvenant des vertus et miracles prêtés au benoît Saint Louis (décédé depuis peu : nous sommes en 1274), le pria ardemment, et manda Giefroi de Montlignier, crieur de vins, porter sa prière sur le tombeau du Saint à Saint Denis. Le messager se munit d’un bâton es vignes plus grand que l’enfant et alluma un cierge de même taille.
Il n’était pas rentré que l’enfant revint à la vie ; petit à petit il retrouva la santé. Mais ses yeux « droits et beaux » restèrent pour toujours « louches et tors« .
Voici l’histoire, basée sur des témoignages recueillis pour la canonisation de Louis IX dans les années 1280, telle qu’elle a été rapportée par Guillaume de Pathus , frère franciscain, au début du 14eme siècle.
Curieux destin que celui de Mitre, cet immigré grec venu en Provence travailler comme vigneron chez un préteur romain, près d’Aquae Sextae (Aix). L’histoire dit qu’il ne laissait pas d’importuner son maitre de ses reproches sur sa vie « dissolue ».
Sans doute le traiterait-on aujourd’hui de tête à claques.
Que ne garda-t-il la bouche cousue !
Le préteur finit par craquer. Pour s’en débarrasser il l’accusa tout d’abord d’avoir volé son raisin, après avoir envoyé ses sbires dans la vigne à cet effet. Las ! Miracle ? La vigne était intacte. Il (c’était logique) accusa alors Mitre de sorcellerie.
Au Vème siècle après JC on ne plaisantait pas avec ces choses-là.
Pauvre Mitre. Que ne prit-il ses jambes à son cou !
Le voila incarcéré, conduit dans la cour du prétoire et décapité. Mais, miracle ? Mitre ramassa sa tête et la porta jusqu’à l’église Notre Dame de la Seds avant d’expirer.
le martyre de saint-mitre
(On peut voir ce tableau de Nicolas Froment (vers 1480) pour quelques jours encore à l’exposition France 1500 au Grand Palais)
A cette occasion, le Bon Clos a le plaisir de (re)présenter le peintre Ariane Lumen, qui nous a séduit avec ses filles de Bacchus et conquis avec sa Roubignolle que notre jury a sélectionné pour porter les voeux du Clos en 2011.
Si l’on en croit l’auteure elle-même, ce tableau a déjà une histoire : acheté, volé, retrouvé… On n’en sait pas plus.
Amis du clos, aller donc muser sur le blog d’ariane, vous ne serez pas déçus.
Nous en étions restés avec Pierre Dac à dater cette invention de 1638 , sans plus de détails, tandis que d’aucuns s’obstinent à le dater du 18eme siècle.
La lecture des Poësies de Lainez , nous permet d’en savoir un peu plus.
Certes cet ouvrage n’a été publié qu’en 1753, mais son auteur, Alexandre Lainez, né en 1660, décédé en 1710, avait écrit bien avant « l’Origine du Tire-bouchon », ce qui prouve qu’au début du « siécle de fer » cet ustensile était déjà bien connu.
Qui était Alexandre Lainez ? Un poète qui n’écrivait guère, mais qui disait ses vers dans les sociétés qu’il prisait. Est-ce que j’écris moi ? disait-il. Voltaire l’aurait jugé digne de figurer dans la liste des auteurs célèbres du règne de Louis XIV. Grand voyageur, (il avait parcouru l’Europe et une partie de l’Asie), grand mangeur, érudit et brillant causeur, il appréciait plus que tout le vin de Champagne (il avait fait fait ses études à Rheims) qu’il vanta dans ses poésies. Nous y reviendrons.
Mais revenons à l’origine du tire-bouchon dont Lainez nous dit tout en 64 vers de dix pieds, ce que le bon clos résume en deux mots :
les dieux du Vin et de l’Amour, pour sceller leur alliance, doivent « vuider une bouteille« . Un grand vin, qu’ « Auvile« , (c’est à-dire Hautvillers en Champagne, patrie de Dom Perignon, si l’on en croit Charles de saint-Evremond qui lança la mode du Champagne à la Cour d’Angleterre), ou Hermitage ne donnerait pas en cent mille ans ! Pour arracher son bouchon trop serré, l’Amour se sert d’une flêche de son carquois…
En 1922 nait sous le pinceau de Dransy (Jules Isnard, né en suisse en 1883) le personnage de Nectar, livreur émérite.
Mais venons-en au fait. En 1927 parait Monseigneur le vin, série de 5 opuscules dont le 5eme est l’Art de boire (de Louis Forest, illustré par Charles Martin). Tout un programme pour le « buveur civilisé » ! Et mieux qu’on long discours.
« Avec ce dernier volume, nous avons quitte la coteau ou le raisin murit, le cellier ou a gronde la vendage. Le vin, qui s’est enrichi a la cave en force et en beaute, affronte, espere et attendu, le jugement de la table. La science de le servir, l’art de le presenter ne sont point choses negligeables et frivoles. Le reveil de la gastronomie, auquel nous assistons de toutes parts, a restaure le culte de notre beau vin du France. En sorte que, apres avoir dit les soins qu’il faut pour le produire, il nous reste a dire ceux dont il convient de l’entourer pour le boire. «
Voici un site passionnant consacré à la poésie, et aux chansons. Florilege est son nom.
Et voici quelques pépites qu’il recèle,
comme cette chanson de Paul Scarron (1610-1660), dont malheureusement nous ignorons l’air
Que de biens sur la table Où nous allons manger !
Ô le vin délectable Dont on nous va gorger ! Sobres, loin d’ici ! loin d’ici, buveurs d’eau bouillie ! Si vous y venez, vous nous ferez faire folie. Que je sois fourbu, châtré, tondu, bègue-cornu, Que je sois perclus, alors que je ne boirai plus. Montrons notre courage : Buvons jusques au cou. Que de nous le plus sage Se montre le plus fou. Vous, qui les oisons imitez en votre breuvage, Puissiez-vous aussi leur ressembler par le visage. Que je sois fourbu, châtré, tondu, bègue-cornu, Que je sois perclus, alors que je ne boirai plus. Et d’estoc et de taille Parlons comme des fous ; Qu’un chacun crie et braille : Hurlons comme des loups. Jetons nos chapeaux, et nous coiffons de nos serviettes, Et tambourinons de nos couteaux sur nos assiettes. Que je sois fourbu, châtré, tondu, bègue-cornu, Que je sois perclus, alors que je ne boirai plus. Que le vin nous envoie D’agréables fureurs ! C’est dans lui que l’on noie Les plus grandes douleurs. Ô Dieu ! qu’il est bon ! prenons-en par-dessus la tête ; Aussi bien, chez nous, vomir est chose fort honnête. Que je sois fourbu, châtré, tondu, bègue-cornu, Que je sois perclus, alors que je ne boirai plus. Hâtons-nous de bien boire Devant qu’il soit trop tard, Et chantons à la gloire Du Seigneur de Cinq-Mars : Il est beau, vaillant, courtois, prend plaisir à dépendre ; Tel fut autrefois défunt Monseigneur Alexandre. Que je sois fourbu, châtré, tondu, bègue-cornu, Que je sois perclus, alors que je ne boirai plus.
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Aimez, buvez, le reste est plein de choses vaines ; Le vin, ce sang nouveau, sur la lèvre versé, Rajeunit l’autre sang qui vieillit dans vos veines Et donne l’oubli du passé.
J’ai, quelque jour, dans l’Océan, (Mais je ne sais plus sous quels cieux), Jeté, comme offrande au néant, Tout un peu de vin précieux… Qui voulut ta perte, ô liqueur ? J’obéis peut-être au devin ? Peut-être au souci de mon cœur, Songeant au sang, versant le vin ?
Sa transparence accoutumée Après une rose fumée Reprit aussi pure la mer…
Perdu ce vin, ivres les ondes !… J’ai vu bondir dans l’air amer Les figures les plus profondes…;
Fais rafraîchir mon vin de sorte Qu’il passe en froideur un glaçon : Fais venir Jeanne, qu’elle apporte Son luth pour dire une chanson : Nous ballerons tous trois au son : Et dis à Barbe qu’elle vienne, Les cheveux tors à la façon D’une folâtre Italienne. Ne vois-tu que le jour passe ? Je ne vis point au lendemain : Page, reverse dans ma tasse, Que ce grand verre soit tout plein. Maudit soit qui languit en vain : Ces vieux Médecins je n’appreuve : Mon cerveau n’est jamais bien sain, Si beaucoup de vin ne l’abreuve.
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Versons ces roses près ce vin, Près de ce vin versons ces roses, Et boivons l’un à l’autre, afin Qu’au cœur nos tristesses encloses Prennent en boivant quelque fin.
Quand vous serez bien vieux, avec encor des dents Plein la bouche, et déjà dorloté par l’Histoire, Direz, si ces vers-ci meublent votre mémoire, Un tel me célébrait lorsque j’avais cent ans. Lors, vous n’aurez aucun de vos petits-enfants Qui n’ait soif à ce nom et ne demande à boire, Répétant à l’envi votre immortelle gloire Et le nombre fameux de vos jours triomphants.
Pour moi, je serai mort depuis belle lurette Mais je refleurirai dans quelque pâquerette Vous, vous aurez toujours la même horreur du vin.
Ah ! si vous m’en croyez, ô vieillard sobre et digne, Ainsi que tout le monde éteignez-vous demain Mais cueillez aujourd’hui les roses de la Vigne.