Dans cette petite galerie lilloise se cachent pour quelques jours encore quelques oeuvres qui ont leur place dans la galerie du bon clos.
François Dreulle y présente sa retrospective 1958-2012.
Voici une oeuvre de sa période cubiste. Qui dira par quels mystérieux chemins de l’inconscient se trouvent réunis là cette grappe de raisin à ces gazettes, cartes à jouer et autres objets hétéroclites ?
Et voici curieusement la même scène d’estaminet (peut-être n’est-ce qu’une question de temps ?) représentée par deux autres artistes du Nord.
Voici des vues prises dans ce restaurant aveyronnais du boulevard Garibaldi, Paris 15eme, où l’on mange bien, il faut le dire, et dont on ne peut priver plus longtemps les lecteurs du bon clos.
Cette colonne de liège manquait dans notre collection
Moins connues que les caves du Chemin des Vignes à Issy-les-Moulineaux, les Crayères des Montquartiers se situent un peu plus loin sous le même coteau.Depuis Clamart, une sente y descend.
Elles valent le déplacement, surtout lorsqu’une dégustation y est organisée comme c’était le cas ce dernier week-end. En avant pour une petite visite…
Ces Crayères ont été creusées il y a deux cents ans pour extraire la craie, on y cultiva ensuite des champignons de Paris, elle hébergea enfin la plus grande brasserie de la région parisienne, nous dit-on.
Remercions les viticulteurs des Lutinières de Montlouis qui nous avaient invité à cette rencontre entre amis vignerons. Nous les connaissons pour les avoir rencontré dans d’autres caves à Cinq Mars la Pile, au salon Vins et Délices, réunion annuelle que l’ensemble vocal Alingavia de Langeais anime avec bonheur.
Nous découvrîmes aussi quelques beaux crus comme ce domaine de Calavon (côteaux d’Aix) « tradition » 2009 (carignan/grenache), au nez de café, délicieux, les Arbois de Martin Faudot, et l’excellent Chinon « cuvée Fleurs de la famille Rouet à Cravant les côteaux.
C’est le thème de l’exposition que l’on peut découvrir jusqu’au 11 novembre 2012 à la tour Jean Sans Peur, bâtiment ancien sis rue Etienne Marcel près des Halles.
Le site en lui-même mérite le déplacement : la tour est l’unique vestige de l’ancien hôtel de Bourgogne, qui à la fin du 13e siècle était adossé à l’enceinte Philippe Auguste ; Jean Sans Peur la fit construire vers 1410 pour se protéger de ses ennemis (ce qui ne l’empêchera pas d’être assassiné en1419) ; ses latrines, modernes pour l’époque (chauffées et reliées à une fosse) passent pour les plus anciennes de Paris ; un remarquable escalier à vis permet d’accéder à ses six étages.
Voici une photographie de la tour prise à l’époque du percement de la rue Etienne Marcel en 1877 par Charles Marville (Bibliothèque Historique de la Ville de Paris)
L’exposition est intéressante sur le plan linguistique (voir ci-dessous un florilège d’expressions anciennes), iconographique (même si on aurait aimé découvrir des documents originaux), et bien sûr historique. Un petit livret disponible sur place rassemble ces informations.
C’est l’occasion de découvrir Ibn Butlan, médecin irakien du 11eme siècle, et son ouvrage « préservation de la santé » ; Pietro de Crescenzi, agronome italien du 13eme siècle ; valère maxime, romain du 1er siècle… ; Watriquet de Couving et son « dit des trois dames de Paris » (vers 1320)…
« taille tôt taille tard, mais taille en mars »
« qui bine vine », « en lieu bas sème le froment, en lieu haut plante ton sarment », « vigne double si elle est close » (à l’abri des prédateurs)…
Pietro de Crescenzi, livre des prouffitz champestres et ruraulx, 15e siècle
« quand octobre prend sa fin dans la cave est le vin »
vigne sous pergola, ibn butlan
« en vaisseau mal lavé ne peut-on vin garder », « un vaisseau vide sonne plus haut que le plein », « bon vin s’aigrit en chaud cellier »…
(ibn butlan, tacuinum sanitatis, vers 1395)
« l’eau fait pleurer, le raisin chanter »
bonnes et mauvaises manières de boire, valère maxime vers 1475
« parler de vin, parler divin »
dégustation du vin nouveau, ibn butlan
« à la trogne connait-on l’ivrogne », « à bon ivrogne, bonne panse »…
Dame Tifaigne la coifière (modiste)
Qui dist : je sai vin de rivière
Si bon qu’ainz tiex ne fu plantez (qu’on n’en planta jamais un tel);
Qui en boit, c’est droite santez,
Car c’est uns vins clers fremians (frémissant),
Fors, fins, frès, sus langue frians (vif, pétillant),
Douz et plaisanz à l’avaler.
A celui nous couvient aler,
Autre vin goust ne nous ara. »
(voile texte intégral ici et le commentaire de maisons-champagne là)
Ainsi « de bon terroir bon vin », « à bon vin ne faut d’enseigne », on peut le boire « à pot ou à table » (debout, dans la rue ou dans la taverne, assis), et être « plus ivre qu’une soupe… » (pain trempé de vin)
Pour conclure, nous informons les lecteurs du bon clos qu’une série de conférences accompagne cette exposition :
le vin de messe (16 mai), le vin à la cour de Bourgogne (30 mai), viticulture et vinification au moyen-âge (13 juin), les vins « français » et les vignobles de la région parisienne au moyen-âge (26 septembre, symbolique médiévale du vin (3 octobre). Réservation au 01 40 26 20 28.
Les prévoyants qui auront réservé leurs places assez tôt pourront assister au concert-dégustation (chansons à boire du Moyen-Age au 18eme siècle et vins d’appellations médiévales) le 24 octobre avec l’ensemble vocal Montorgueil.
Voici une nouvelle dénomination qui pourrait rejoindre celle bien connue de Clamart-le-Vignoble, attestée à l’époque de la Révolution.
En effet ce samedi 14 avril a vu inaugurer en grandes pompes le pont qui depuis Issy-les-Moulineaux enjambe la tranchée de la voie ferrée Paris Versailles construite vers 1840. Ce pont, réclamé jadis par les viticulteurs et autres carriers qui se retrouvaient coupés de leurs lieux de travail, ne portait pas de nom, si ce n’est celui de la rue Brissard attenante.
Réparation est faite grâce à l’action opiniâtre du grand-maître de la Confrérie du Clos de Clamart Michel Laroque, féru d’histoire locale, relayée par celle du maire de la ville Philippe Kaltenbach, grand Protecteur de la Confrérie.
En son absence, ses adjoints Isabelle Rakoff et Gérard Aubineau ne furent pas trop de deux pour prononcer les discours et procéder à la coupe traditionnelle du ruban.
L’Harmonie Municipale avaient dépêché une dizaine de ses membres.
Les confréries et le peuple clamartois étaient venus en nombre pour assister à cet événement doublement historique.
Bernard, le maître de musique, en action
Depuis Issy-les-Moulineaux, il suffit de passer le pont.
On salua l’élégance longiligne des Mangeux d’Esparges…
Ces deux « ân’tiers » du Perche ont peut-être fini la soirée au théâtre du Boulevard de Clichy?
On passa aussi en revue les délégations venues aussi de Coulommiers, Charly sur Marne, de Palaiseau, de Bagneux, d’Alençon, de Villiers/Marne, de Rosny sous Bois, de Rueil Buzenval…
Au chapitre qui s’ensuivit nombreux furent les amis intronisés dans notre Confrérie du Clos de Clamart, parmi lesquels on retiendra outre les édiles déjà cités, le Président de l’Harmonie de Clamart Claude Sautereau et le Chef de Gare Eric Chabot. Et n’oublions pas, l’auteur de ces lignes élevé à la dignité de maître de chais !
Et la presse était là ! (Le Parisien du 16 avril 2012)
«A Clamart, à Clamart, il y a du bon vin, du bon vin de raisin. » Le refrain est entonné en chÅ?ur dans la salle du conseil de l’hôtel de Ville, transformée samedi après-midi en temple de Bacchus empli de fidèles aux toges colorées venus célébrer le grand chapitre de printemps de la confrérie du Clos de Clamart. Le temps d’introniser en grande pompe quelques nouveaux membres, et même un grand chevalier d’honneur, Gérard Aubineau, adjoint au maire délégué du quartier de la gare. C’est là que s’est tenu l’événement de ce millésime 2012 : le baptême du pont des Vignerons, le nouveau nom du pont Brissard, en hommage à la tradition viticole de la ville (lire encadré).
Et le choix de l’ouvrage, qui enjambe les voies de la SNCF, ne doit rien au hasard : « Le pont et les vignerons de Clamart, c’est une vieille histoire! » sourit Michel Laroque, le grand maître de la confrérie. Né de leur colère quand fut creusée, au beau milieu de leurs vignobles, la tranchée du chemin de fer Paris-Versailles, le premier pont était une passerelle obtenue de haute lutte pour enjamber la voie. Les vignerons menaçaient de combler la tranchée et d’intercepter les trains.
Défilé d’un joyeux cortège
Maintes fois détruit, comme en 1870 par le génie militaire pour stopper l’avancée de l’armée prussienne, placé au coeur des combats de la Commune menés par Louise Michel, le pont n’a connu sa forme définitive qu’en 1895. Il aura fallu attendre plus d’un siècle pour rendre hommage à ses premiers promoteurs.
Pour célébrer l’événement, un cep de vigne a été planté à l’entrée de l’ouvrage. Après une inauguration en bonne et due forme par des élus locaux, un joyeux cortège a défilé vers la gare avant de rallier la mairie. Emmenés par la fanfare de l’harmonie municipale, les chevaliers de la confrérie du Clos de Clamart, tout de bleu et d’or vêtus, ont paradé dans la ville, rejoints par quelques compères conviés pour l’occasion : en grande tenue elles aussi, les confréries amies des clos de Rueil, de Bagneux, d’Issy-les-Moulineaux, la commanderie du Clos Montmartre et les défenseurs du petit vin blanc de Nogent suivaient la marche. Sans oublier, pour la bonne bouche, les chevaliers du brie de Melun et les fins goustiers du duché d’Alençon, spécialistes du boudin blanc et de l’andouillette. Et comme dans toutes les bonnes histoires, c’est par un grand banquet que s’est terminée la fête : les heureux gastronomes avaient rendez-vous pour un dîner en musique au centre culturel du Pavé-Blanc.
Voici un sympathique groupe charentais que des amis du clos nous ont fait découvrir. Ils chantent depuis douze ans déjà ce qu’on pourrait appeler du rock de terroir.
Les voici dans « ma vigne« , une belle évocation du dur métier de vignerons.
vinbianc1
Ô l’est nous autres que j’l’ont pianté, cette veugne qui doune la liqueur bianche,
O l’est de même que nous l’ont récolté, les raisins qui v’nont dans ces branches,
Ils avont chanté tous les vins, le Bordeaux , l’Bourgogne et l’Champagne,
Ils ont chanté les bières d’Allemagne, ils ont chanté l’jus de nos raisins…
Refrain : Vin bianc, vin bianc et cheu que reune ne rempiace,
Vin bianc, vin bianc vaut ben mieux qu’toutes ze vinasses,
Vin bianc, vin bianc, ô vous remet le cheur en piace,
Un coup de vin bianc ,ô vous rajeunzis de vingt ans !
Chau vin si joli et si gritte, et cheu qui fait la fine champagne,
La jalousie de ben des pays, et la fortune de nos campagnes,
Y descend si ben dans l’jabot, et y s’laisse si ben, si ben bouère, Que chacun l’matin pour tuer l’ver, mange une goûlée pour boire un coup…
Il est doux quand il est nouvia, plus bon pour tremper la rôtie,
Quand t’en as tois verres dans la pia, y’a point d’danger, des maladies,
Qui soye de Burie ou de Matha, où ben de la vallée de la creusille,
En attendant que l’soleil brille, mange une goulée pour boire un coup…
Celui-là a toute sa place dans la bibliothèque du bon clos !
Ivrogne, c’est un mot qui nous vient de province et qui ne veut rien dire à Tulle ou Chateauroux Mais au coeur de Paris, je connais quelques princes Qui sont, selon les heures, archanges ou loups-garous
L’ivresse n’est jamais qu’un bonheur de rencontre ça dure un heure ou deux, ça vaut ce que ça vaut! qu’il soit minuit passé ou cinq heures à ma montre Je ne sais plus monter que sur mes grands chevaux
IVROGNE ça veut dire un peu de ma jeunesse, un peu de mes trente ans pour une île au Trésor Et c’est entre Pigalle et la rue des Abesses que je ressuscitais quand j’étais ivre-mort
J’avais dans le regard des feux inexplicables Et je disais des mots cent fois plus grands que moi. Je pouvais bien finir ma soirée sous la table Ce naufrage, après tout, ne concernait que moi
IVROGNE, c’est un mot que ni les dictionnaires ni les intellectuels, ni les gens du gratin Ne comprendront jamais, c’est un mot de misère qui ressemble à de l’or à cinq heures du matin
IVROGNE et pourquoi pas? Je connais cent fois pire ceux qui ne boivent pas, qui baisent par hasard qui sont moches en troupeau et qui n’ont rien à dire Venez boire avec moi! on s’ennuiera plus tard!
Le voici dit par Jean-Marc Dos Santos dans poèmes hydrophobes et chansons à voir... à la Cascade en décembre dernier (5:05-> 6:50)
qui dit aussi « je vais m’envoler » du même, et chante la java sans modération de Gilbert Lafaille, un régal !
Moi, j’aime pas les vins chers
Ceux qui s’vendent aux enchères et partent en Amérique
Ceux qui font des manières
Entre la sole meunière et les fruits exotiques
Moi, j’aime les vins canailles
Ceux qui ont jamais d’médaille au concours agricole
Qui sont nés sur la paille
Qu’ont les ch’veux en bataille, ceux qui ont pas fait l’école
Celui qu’on boit comme ça
Sans faire de tralala, çui qu’a pas d’étiquette
Qui s’ prend pas au sérieux
Qui en met pas plein les yeux, qui est tout nu sans liquette!Moi, j’aime çui qui est bien rond
Qui joue pas les barons mais qui donne son soleil
Pas les grands millésimes
Les vieux crus rarissimes qui vous chauffent les oreilles
Ah, qui sont pas vulgaires
Mais qui ont passé la guerre à l’abri dans les caves
Ceux qu’on peut pas toucher
Qui doivent rester couchés, qui nous prennent pour des caves!
Moi, c’est l’rouge pas farouche
Qui roule bien dans la bouche, ni trop mou ni trop vert
Çui des Bois et Charbons
Qu’a pas le nez Bourbon mais fait chanter les verres!Bien sûr y’a des limites La bibine interdite où pas tremper ses lèvres Faut pas pousser l’bouchon Avec ces rince-cochons à faire danser les chèvres Les picrates, les piquettes Qui vous flanquent la casquette comme un compteur à gaz Les vicieux qui s’maquillent Ceux qui sentent la vanille ou la crème de framboise Moi, c’est pas l’jus d’semelles C’est jamais l’antigel ni l’méchant qui assomme Moi, c’est l’coup d’arrosoir A la tombée du soir qui fait d’mal à personne!Çui qui rend pas mauvais Qu’est pas du sang d’navet, ni du gros qui arrache Çui qui passe sans embrouille Pas le bleu des arsouilles, ni le jaja qui fâche Çui qui raconte quequ’chose A mon éléphant rose quand il a l’âme en peine Qui sait trouver les mots Qui plaisent aux vieux chameaux, passée la cinquantaine Çui qui vous met l’plumet Le copain d’Jean Carmet, le p’tit Château Lasoif Çui qu’est simple et honnête Qu’est pas sur l’Internet mais connaît l’orthographe! Çui qu’est simple et honnête Qu’est pas sur l’Internet mais connaît l’orthographe!
Nous parlions du champagne et de ses bulles il y a peu. Nous savons bien qu’il n’y a pas qu’en Champagne que l’on produit des vins mousseux, dont les bulles concentrent les arômes du vin. On en produit dans le monde entier, de diverses façons.
L’ex URSS ne manque pas à l’appel. Champagne soviétique… pas mort !
Une amie du clos nous a ainsi fait déguster un vin rouge effervescent demi-sec de l’Artyomovsk Winery.
Quoique surpris par la couleur et la douceur du breuvage, nous l’avons clairement apprécié.
Il s’agit en fait d’un vin de qualité, fait de Cabernet, Merlot et Saperavi (cépage géorgien), « à la profonde couleur rubis foncé, au bouquet prononcé avec une note de prune en fin de bouche », nous dit-on. Il est produit à Artemovsk ou Artemisk en Ukraine, à 200 km au SE de Kharkov, selon la méthode « traditionnelle », comme en Champagne.
C’est dans les anciennes mines de gypse d’Artemovsk, à la température ( de 12 à 14°) et à l’humidité (88-90%) constantes, que la fabrication d’un vin effervescent qui ne le céderait en rien au Champagne français fut décidée par Joseph Staline en personne, au lendemain de la Grande Guerre Patriotique.
Rien à voir donc avec le vin bon marché qui porte souvent le nom de Champagne Soviétique et qui est élaboré par la « méthode russe » (lauréate du prix Staline en 1942, ainsi que du prix Lénine en 1953) de prise de mousse par circulation en cuves contenant notamment des copeaux de chêne.
Voici le magazine Pour La Science qui revient dans son numéro d’avril sur l’éternel problème : flûte ou coupe, quelle est la meilleure façon de déguster le champagne ?
Les travaux de Gérard Liger-Bélair et de ses collègues du labo d’oenologie de l’université de Reims ont déjà montré que l’arôme est au coeur des bulles (voir l’article dans PLS 398). Les bulles favorisent en effet la concentration des arômes du vin.
Celles qui éclatent à la surface dégagent un brouillard de gouttelettes dont la concentration en molécules volatiles odorantes peut aller jusqu’à 30 fois celle observée au coeur de la flûte. Le phénomène est semblable aux embruns qui se forment à la surface des océans.
Les autres éclatent sur la langue, stimulant les nocicepteurs de la langue et du palais.
(photo d’alain Cornu/collection civic)
Voici maintenant qu’ils tranchent ce vieux débat : le flux de CO2 est plus important au-dessus d’une flûte que d’une coupe, et ceci quelque soit la température !
Le flux de CO2 est en bleu ou vert selon l’intensité
Voir aussi l »article de Patrick Walter là où nous avons trouvé la video ci-dessous.
Il ne reste plus qu’à sabrer le champagne, attention quand même !