Entre Gaillac et Rabastens…

s’étend le vignoble de Gaillac, et bien au-delà.

Ce petit vignoble de près de 7000 hectares s’étend sur une région de plus de 1000 km2, jusqu’à Albi et au-delà à l’Est, Cordes/Ciel au Nord, Rabastensà l’Ouest, et s’étend encore plus au Sud sur la rive gauche du Tarn.

En ce début août, on pouvait y être facilement, « entre Gaillac et Rabastens » (expression qui signifie être pompette), tant sont bons les vins du cru que l’on pouvait déguster à loisir lors de la fête des vins qui se tenait, comme chaque année, le premier week-end d’août, au parc de Foucaud.

Une cinquantaine de domaines y faisait gouter leurs vins. Des vins jeunes pour la plupart, à l’exception du château Labastidié qui proposait ses vieux millésimes.

Nous avons particulièrement apprécié le mauzac blanc du domaine de Carcenac, ainsi que les vins Vigné-Lourac (les perles blanc, Assemblage de Mauzac, de Loin de l’Œil et de Sauvignon , de la cave Gayrel, un vin simple et savoureux servis au Buffet VIP offert par les vignerons Gaillacois) ; signalons aussi de la même maison le rond et gourmand  Le Rubis rouge, Assemblage de Braucol, de Duras, de Syrah et de Merlot.

On pourra lire là un article sur le chapitre de l’Ordre de la Dive Bouteille de Gaillac qui se tenait concomitamment. Notre ami Pierre, grand Amphitryon du Conseil des Echansons de France, y fut intronisé, entouré d’une délégation de celui-ci, ainsi que 3 autres personnalités régionales.

A Cordes/Ciel, sublime village perché à l’histoire imposante, le vin de Gaillac nous était conté : l’ancienneté de son histoire,

la diversité de ses vins,

les caractéristiques des cépages locaux

Recvenons sur l’expression « Estre entre Gaillac et Rabastens ». Guillaume Gratiolet de France Bleue Occitanie nous assure ici qu’il s’agit d’une expression occitane très ancienne, à rapprocher d’autres comme « aver un pe dins las vinhas » ou « , prener la cigala « .

« La légende raconte que cette maxime trés ancienne vient [] de Lisle-sur-Tarn on y disait que les gens ivres n’avaient pas su choisir entre les vins de Gaillac et Rabastens et avaient donc dû les déguster à plusieurs reprises. »

Il rapporte aussi :
« A Graulhet per d’aiga avèm pas set ! : (À Graulhet, pour de l’eau, nous n’avons pas soif ! )
De pan e de vin, lo rei pòt venir (Pain et vin, le roi peut venir).
Cada jorn, un còp de vin, estalvia cinc sòus del medecin, (tous les jours, un verre de vin, épargne les cinq sous du médecin.) »

et conclut :
« Nous faisons bien la différence avec Estre Sadol coma un pòrc o bandat coma una ascla être ivre mort si vous préférez et estre entre Gaillac et Rabastens, qui reste synonyme d’une légère consommation d’alcool« .
Ouf !

jardinière à Cordes sur Ciel

Invincible vigneron

Dans le Tarn, à quelques kilomètres au nord de Gaillac, à Broze, il est un musée qui présente une extraordinaire collection d’objets liés au vin et à la viticulture, l’InVINcible VIGNEron.

Elle est l’oeuvre de Theo Elzinga, un ci-devant vigneron dans le Muscadet, passionné par les objets du vin, qui a déménagé sa collection il y a une dizaine d’années pour ouvrir ce musée. Il comptait à l’époque quelques 8000 objets, il en compte plus du double aujourd’hui. Voir ici l’article que la Dépêche lui consacra à l’époque.

Nous avons pu le visiter, guidés par Manu, son gendre, en compagnie d’Henri Plageoles et de Michel Houdet, respectivement Grand-Chancelier et Commandeur de la Confrérie de la Dive Bouteille de Gaillac, et de nos amis Daniel Fréry, conservateur du Musée du Vin de Paris, et Pierre Jobard son adjoint.

Une impressionnante collection de plaques de cheminée accueille le visiteur.

Les anciennes cuves de ce bâtiment viticole sont intelligemment adaptées pour abriter des collections

Au fil des salles s’alignent les outils de vignerons, tonneliers, distillateurs, buveurs, publicitaires et des oeuvres artistiques, comme ce tableau représentant le port de Gaillac en 1863, dû au peintre Gordon Frickers,

ou cette scène de danse dans les vignes de Robert Rolland, un peintre et aquarelliste lyonnais.

On reconnait avec plaisir l’ habit de tonnelier de Nicolas de l’Armessin, déjà rencontré, des scènes de vendanges

des représentations religieuses,

un vendeur ambulant de vin, métier disparu

Il y a des statues de toutes sortes et de tout matériaux ( bronze, bois, céramique…) comme ces personnages bachiques

ce vigneron à la serpe

ces personnages « à cheval sur mon tonneau »

et ces figures féminines

Belle collection d’affiches publicitaires pour les vins et liqueurs

Qui connait encore cette Pimprenelle, censée remplacer le vin ?

Les produits phytosanitaires ne sont pas en reste

Voici encore des objets décoratifs : enseigne, assiettes, pendule, tonnelets,etc.

Les franciliens apprécieront cette assiette qui vante le vin de Suresne

Il y a bien bien sûr des représentations humoristiques, comme ces moines qui font bombance

peut-être se servaient-ils de cette gourde ?

et de cette canne tire-bouchon ?

Voici un code pénal à méditer

comme cette mise en garde contre la soulographie

Cette affiche, très datée 3ème république,, et particulièrement réactionnaire, est due à l’illustrateur et caricaturiste Achille Lemot

Puisqu’on est dans les alambics, en voici un plan :

Des alambics, il y en a!

La collection d’outils est impressionnante

Nous avons remarqué ces outils d’arrachage

et ces accessoires de cave (égouttoir, percefûts, pompe, robinets de fût-, vélo !)

Ici une machine de remuage, pour faire du champagne ?

Nous connaissions le « comité de propagande et de diffusion de vins français », fondé dans les années 30. Nous l’avions pisté jusqu’en 1967. Nous voyons ici qu’en 1969, il remettait encore des médailles

Enfin ne partons pas sans emporter ces précieuses indications pour faire de la piquette.

Terminons cette visite avec un poème de Jean Cévenol

Nous espérons avoir donné envie au lecteur du Bon Clos de visiter cet incroyable musée.

Merci à notre guide Manu (ci-dessus), et respect à Theo Elzinga, incroyable vigneron et collectionneur !

Au château à Toto

Nous revoici à Bruniquel, où comme chaque année une oeuvre du maestro Offenbach est montée, avec toujours la même ferveur, le même enthousiasme de la troupe rassemblée autour de Frank T’Hézan et de Jean-Christophe Keck.

Voici cette fois un opéra-bouffe rarement joué, le Château à Toto, qui date de 1868.

(Pour tout dire il l’a été déjà en 2008 à Bruniquel)

Résumons l’affaire : le comte Hector (Toto) qu’une  vie dissolue  a mis sur la paille, revient au village pour vendre son château. Vieilles rivalités, intrigues, invraisemblables péripéties et autres loufoqueries n’empêcheront pas qu’à la fin, c’est l’amour qui gagne !

Ce n’est peut-être pas une oeuvre majeure du maître, mais elle a ses mérites, dont une jolie chanson à boire à la fin du 2ème acte : Après la vente du château, Toto (Aude Fabre) fait apporter du vin et offre une tournée générale !

On peut aussi écouter cette version plus complète enregistrée sous la direction d ‘Alfred Herzog en 2002-2003 (Laetitia Ithurbide est Hector de la Roche-Trompette, dit Toto). Et merci à l’ami Bernard de nous l’avoir transmise.

(On trouvera le livret de Meilhac et Halévy sur Wikisource)

C’est du vin, oui, du vin,
Et quel vin, du vin fin.
Ils tremblaient / Ils craignaient
Qu’on portât / De l’orgeat.
Car l’orgeat / On sait ça,
Fait mal à / L’estomac.
Le vin vieux / Vaut bien mieux
Et nous rend / Bien portant.
Boire trop /De sirop
Affadit, / Refroidit,
Mais on peut / Tant qu’on veut,
Sans danger, / Se gorger
De bon vin ; / C’est très-sain.
Et ça fait / Que l’on est
Tout à fait / Guilleret.

On appréciera ces vers à 3 pieds !

Bons villageois tendez vos verres
Et buvez le vin de mes pères.
Buvons, buvons, mes chers amis,
Buvons, et ceux qui seront gris
Dans des voitures seront mis,
Et chez eux seront reconduits ;
Dans leurs lits on les couchera,
Toute la nuit on dormira,
Et quand le jour reparaîtra,
Qui voudra se regrisera

(Sadressant aux bouteilles).

N’ayez pas peur, mes bonnes vieilles,
Avec respect on vous boira ?
Jeunes filles, vieilles bouteilles.
La vie est douce avec cela.
Buvons mes chers amis, etc.

Les participants, artistes, figurants, spectateurs le savent : le bonheur est là ! 
Si chaque spectacle se termine par un souper chantant dans les ruines du château et se conclut aux accents du Se Canto, il nous a semblé qu’il manquait une antienne pour accompagner le festival.

On propose donc cette petite composition ,à chanter sur l’air entrainant de la samba brésilienne de Francis Lopez.

Chaque année à Bruniquel
On rejoue les immortelles
Les opérettes à papa
Qui nous laissent baba
En dansant sur les pas
D’ Offenbach

Chaque été au festival
C’est la même bacchanale
De tous les enamourés
Qui reviennent chanter
Car le bonheur est là
Ici-bas

Il y a là les vieux de la vieille
Les jeunesses, les merveilles
Les artistes, les mécènes
Et tous ceux qui reviennent
Chaque soir par centaines
Vivre ça

C’est une oeuvre magnifique
Digne des jeux olympiques
Quoique de modeste ampleur
Car elle unit les coeurs
Et prouv’ que le bonheur
Il est là

C’est la fête à Bruniquel !

Le roi Lire

Voici déjà quelques semaines que celui qui a fait aimer la lecture à des millions de français et de francophones a tiré sa révérence.

Le Roi Lire s’est tiré,
nous laissant désemparés,
à sa mémoire, il faut boire
!

On le sait, cet amoureux des livres aimait aussi le vin.

Enfant du Beaujolais (« le cru entre deux chais ») où sa famille possédait une vigne, il lui doit sa carrière, comme il le raconte joliment dans son « dictionnaire amoureux du vin ».

C’est en effet avec l’envoi d’un « caquillon » (petit tonneau) de beaujolais, qu’assez inculte en littérature, il fit sont entrée au Figaro littéraire, lui qui visait plutôt l’Equipe. Maurice Noël, qui l’engagea, avait du nez !

Au fil des pages, il nous y compte ses bonnes fortunes : les cinq occasions qu’il eût de déguster le vin de la Romanée Conti, comme sur le plateau d’Apostrophes, où il a « sacrifié » une bouteille de sa cave personnelle… ; les Charmes (« la volupté même ») et Bonnes-Mares bus à la Paulée de Meursault ; les Chambertin dégustés chez Mme Bise-Leroy..

B.P. intronisé Chevalier du Tastevin

On découvre quelques anecdotes piquantes : l’admonestation par un gendarme à la Paulée de Meursault qui lui confisqua la bouteille d’eau placée sur la plage arrière, et la remplaça par une bouteille de vin (interdiction d’apporter de l’eau pendant la Paulée) ; l’organisation sur son conseil à Qincié en Beaujolais, son port d’attache, du Congrès de l‘institut français des farces et attrapes

Mais nous donnerons la palme à l’interview du chancelier Helmut Kohl par une équipe de France 2. Le chancelier leur servit un riesling bouchonné « jusqu’à l’os » dont il n’avait pas décelé le défaut. Comment le faire remarquer sans l’embarrasser et l’humilier ? Lui-même s’en était il rendu compte par la suite ? Personne ne s’y risqua et tous durent ingurgiter l’infect breuvage !

©KCS PRESSE – St-Emilion le 10/10/2003 – N¡ 2003102279 En préparation des Dicos d’Or qui doivent se dérouler dans la région, Bernard Pivot a assisté à une dégustation au Château d’Angelus.

Pivot fait aussi l’article pour le parc à thème Duboeuf à Romanèche Thorin (on ira !), il nous remémore le marathon des leveurs de coude de Saint-Germain des Prés (créé en 1987),

vante les mérites du Champagne (« le seul vin qui laisse une femme belle après boire », selon madame de Pompadour ; les dérangements intestinaux de Pasteur guéris par du champagne glacé), et de l’Hermitage blanc (« qui ne craint pas l’ail »)

Il donne aussi des répliques pour des dégustations (« j’en connais des meilleurs qui ne valent pas celui-là »)

Il nous fait croiser Matisse et son verre de vin d’Alsace

et nous cite » l’effroyable »Bacchus sortant de l’ombre de Paul Rebeyrolle

Screenshot

Tout se tient : on apprend aussi que pivoter signifiait, en argot militaire du 18ème siècle, boire à la régalade.

Merci pour tout ami Bernard, pour les soirées animées d’Apostrophes et ton amour contagieux du vin. Bon séjour au Paradis des buveurs !

Le vin, ce n’est pas de la petite bière, disais-tu. Et pourtant…

Parodies bachiques

Le concert de Willie Christie et de ses Arts Florissants tenu mardi 25 juin à la Cité de la Musique nous a révélé des parodies bachiques, sorte de goguettes qui détournent des airs d’opéra ou d’opéra-comique.

C’était l’habitude à l’époque classique, où il y avait sans doute plus de rimeurs que de compositeurs et où la reprise d’airs connus du public rendait plus facile la diffusion des nouvelles chansons.

Judith le Blanc a étudié ce phénomène. Dans son article : Le phénomène parodique, révélateur et catalyseur des succès de l’Opéra, elle constate que « Lully est également le compositeur le plus parodié au sens musical du terme, sous la forme de pièces détachées, pendant toute la première moitié du xviiie siècle « , et que « les airs de Lully se diffusent en revanche à la fois horizontalement et verticalement, leur simplicité, leur universalité et leur qualité mnémotechnique, ayant le pouvoir – sinon le charme – de rendre les frontières sociales poreuses « depuis la Princesse jusqu’à la servante de cabaret »

« Pour qu’un opéra ait du succès, il faut en effet que le public puisse s’en approprier des airs, autrement dit, il faut qu’il soit un réservoir de tubes. Un opéra n’a de succès que si le public de l’époque sort du théâtre en en fredonnant certains airs. » « Tout est fait pour faciliter l’apprentissage et la participation du spectateur chantant

Pour aller plus loin, voir aussi l’ouvrage publié par Judith le Blanc chez Garnier classiques :

Avatars d’opéras, Parodies et circulation des airs chantés sur les scènes parisiennes (1672-1745)

Les parodies chantées par les Arts Florissants sont dans le recueil « parodies bachiques, sur les airs des symphonies des opéra », paru en 1696.

Il fait la part belle à Lully. Mais les airs joués par les Arts Florissants sont de Marc-Antoine Charpentier (Médée, I : chi témé d’amore =malgré l’esclavage ; III : second air des démons= que sur mer et sur terre ) et de Henry Desmarest (Circé, V: le prélude des vents= lorsque je suis au cabaret). Pas de signature pour les textes, mais des initiales :  M.R et Md’Y.

Dommage de ne pas avoir d’enregistrement de ces parodies. Mais on peut écouter les airs originaux, en chantonnant les parodies :

Chi teme d’amore, par le concert spirituel

Malgré l’esclavage où l’amour t’engage De ce doux breuvage Parbleu tu boiras

Le second air des démons, Par les arts florissants

Le prélude des vents, par Boston Early Music Festival Orchestra

Lorsque je suis au cabaret A l’ombre d’un buffet Je me moque du temps…

D’une trop c courte vie, rions et chantons, Vuidons les flacons…

A noter, parmi les dizaines de parodies répertoriées dans le recueil de monsieur Ribon, cette mention du rouge bord dont nous avons parlé il y peu.

Amis je bois un rouge bord, secondez mon effort

Pour les gastronomes, des parodies ont été écrites pour accompagner des recettes de cuisine. Voici le festin joyeux, publié en 1738, (déjà rencontré).

On y retrouvera la recette des fricandeaux en ragoût, chantée sur l’air Boire à la capucine.

A le parcourir, on réalise que c’est quand même quelque chose, la gastronomie française ! et qu’elle vient de loin…

Pour les amateurs de cuisine au vin, on recommandera par exemple :

Les pigeons au soleil
La galantine de poisson
Le brochet rôti à la Bavière
La matelote aux petits oignons
Les soles à l’espagnolle
la carpe farcie à l’angloise
les truites aux huitres
La barbue au court-bouillon
les soles à la sainte Menou
l’anguille à l’angloise
les lottes à l’allemande
les vives aux truffes vertes
la terrine de poisson
Le faisan à la sauce à la carpe,
La hure de sanglier,
La teste de boeuf à l’angloise
Les andouilles de porc
Les pieds à la Sainte Menou
Les lapereaux à l’espagnole

Tous les airs sont en fin de volume

Mazette !

Bien nous en pris de répondre à l’invitation de l’agence Rouge aux lèvres de Margot Ducancel, « l’influenceuse n°1 du vin en France« , qui organisait lundi soir sa 5ème « Rosé Summer Party » sur la péniche Le Mazette (« péniche ultra tendance amarrée en plein coeur du 12ème ! » c.a.d. Quai de la Râpée en face de la gare d’Austerlitz ).

Parmi la 40-aine de producteurs de rosés, venus de toute la France, un contingent important de Champagnes et de vins de Provence et du Languedoc, bien sûr.

Nous y avons fait quelques belles rencontres comme le Domaine Anne de Joyeuse, dans le vignoble de Limoux, qui présentait sa cuvée Alta. Son assemblage, comprenant 60% de malbec, développe un subtil « bouquet d’agrumes marqué par le pamplemousse… »

Autre trouvaille, le domaine de Léos à L’Isle sur Sorgue, dont la cuvée Augusta s’avère d’une incroyable longueur en bouche, chose rare pour un rosé.

Composée avec 60% de grenache, elle est assemblée avec rolle (vermentino) et bourboulenc, » fin dosage entre le Grenache qui donne une belle assise à la structure et l’aromatique, le Bourboulenc qui apporte du gras et le Vermentino qui vient donner du «peps» et offre une belle finale fraîche..« 

Devinette : fils d’Augusta, père de Léon et Oscar (Leos), qui est le créateur et propriétaire de ce domaine qui produit aussi une huile d’olive réputée ?

Il y avait aussi deux « Outsiders » : Pierre Chavin qui produit un vin désalcoolisé,

« Paré d’une séduisante robe rose pâle, le Chavin Zéro Rosé vous accueille avec un bouquet flatteur, vibrant d’arômes de fruits jaunes et de fleurs blanches, à la fois harmonieux et délicat. Sa bouche, finement fruitée et légèrement acidulée vous emporte dans une aventure gustative raffinée. Avec zéro arômes ajoutés, ce rosé désalcoolisé est le résultat d’une promesse gustative inégalée. »

et So Jennie, qui propose une création originale de Jennie Kergoat-Ruelland. Un « effervescent sans alcool à base de moûts de raisin de grande qualité pour une robe délicatement rosée et de fines bulles aux arômes subtils« .

Merci donc, Margot pour ce bon moment et ces belles découvertes !

Trinquons

On connait la chanson de Pierre-Jean de Béranger : « Trinquer est un plaisir fort sage… ». Elle figure dans un recueil publié en 1821.

Elle est au répertoire du Souffle de Bacchus, l’ensemble vocal des Echansons de France.

Béranger a simplement repris un air connu, comme il était d’usage à l’époque :  » l’air de la catacoua » , déjà utilisé dans une pièce créée en 1786, « Constance » (source : la base de données théâtre et vaudevilles Théaville), sans doute encore plus ancien.

L’intéressant est qu’un siècle plus tard, en 1913, Camille Saint-Saëns s’empare du sujet et compose sa propre version, qui n’a rien à voir avec l’air classique. En voici quelques interprétations

Celle des Polyphonists, à Emmanuel Episcopal Church in Baltimore, Maryland

Celle des Tel Aviv Renaissance Voices

et celle de la chorale française de Boston

De Saint-Saëns, nous connaissions la chanson à boire du bon vieux temps, sur un texte de Boileau. Remercions Béatrice, de l’ensemble vocal création (EVOC), (et gastronome en plus !) , qui nous a fait connaitre cette oeuvre.

Et la partoche est

Si tu veux la paix…

prépare le vin !

C’est le titre de l’ouvrage récompensé cette année par l’Académie Rabelais.

Laure Gasparotto, entourée des membres de l’Académie Rabelais, aux Noces de Jeannette

Rien d’étonnant pour son auteure, Laure Gasparatto , qu’un prof en khâgne n’appella jamais autrement que Gargantua, journaliste au Monde, dégustatrice reconnue, auteure de plusieurs ouvrages sur le vin.

Ce dernier ouvrage est l’occasion d’expliquer l’ itinéraire de cette « nomade, qui vit sur les routes avec un sac léger « , mais qui a trouvé  des racines en Bourgogne, « région qui se situe à la place du coeur sur une carte de France » (qu’il faut imaginer couchée sur le dos).

 Etudiante en histoire, les vendanges lui ont fait découvrir un monde nouveau et l’amenèrent  à se plonger dans l’histoire de domaines centenaires d’un « vignoble qui s’impose depuis le Moyen Age comme le plus ancien et le plus stable de France », avec ses deux cépages fétiches chardonnay et pinot noir (le gamay ayant été prohibé par Philippe le Hardi en 1385), et  ses 1247 climats reconnus  par l’Unesco.

Depuis le temps béni des abbayes de Cluny et de Citeaux, au Moyen-Age, des moines viticulteurs se sont transmis de génération en génération leurs expériences et connaissances, et à la puissante cour de Bourgogne, les ducs ont compris tout l’enjeu d’un vin de grande qualité.

L’auteure rappelle l’importance de la paix d’Arras en 1435 qui met fin à la guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons et permet à Philippe le Bon de « soutenir politiquement la production d’un élixir unique et non reproductible ailleurs ». « Si tu veux la paix, prépare le vin » conclut-elle plaisamment. On aurait pu dire aussi bien : si tu veux le vin, prépare la paix !

 En 1441,  le duc fait rédiger « une ordonnance pour déterminer les bons lieux produisant les meilleurs vins et ordonner l’arrachage des vignes des lieux médiocres. » Les cuvées sont dès lors nommées d’après leur lieu d’origine.  En 1459 Philippe le Bon s’autodéclare « seigneur des meilleurs vins de la Chrétienté ». 

Le vin coule à flot lors des banquets légendaires comme celui du faisan en 1454 où l’on fit voeu d’aller délivrer Constantinople prise l’année précédente par les Turcs.

Banquet du faisan tenu à Lille en 1454, par Victor Dresde 1848

L’exposé historique se poursuit avec une réflexion sur le goût du vin, car « produire un bon vin est une chose, en produire un grand en est une autre ». Il n’y a pas que le sol. L’oenologie pratiquée sur la côte bourguignonne est la traduction en termes techniques d’un effort collectif immense et constamment renouvelé  » (Louis Latour). La grande viticulture engendre un coût insoutenable pour le commun des mortels.

On en vient donc à parler prix. A crus exceptionnels, produits en quantité limitée, prix exceptionnels. Peut-on ouvrir une bouteille valant plusieurs milliers d’euro ?

Laure Gasparotto n’a pas trop à se poser la question. Personnalité du monde du vin (n’a-t-elle pas monté dans les années 90 avec de jeunes viticulteurs , la » robe du vin », une manifestation visant à apparier grands crus et haute couture, au chateau de Savigny-lès-Beaune puis de Clos de Vougeot?),  elle a l’occasion de participer à des réunions et autres dégustations où tout peut arriver…

« C’était chez Alfred Tesseron, dans son château Pontet-Canet, à Pauillac…on me tendit un verre de blanc que je pris machinalement… je sentis le vin et m’arrêtai net dans mon élan. J ‘avais l’impression que mes pieds s’enfonçaient dans la terre… je me délectais des parfums multiples, acacia, noisette, mirabelle, épices douces… j’étais transportée par les saveurs enveloppantes et vibrantes de ce nectar divin…

« C’est un meursault narvaux 2007 du domaine d’Auvernay » lui souffla-t-on.

Une bouteille valant plus de 7000 euro sur le marché, que son propriétaire offrait à ses invités, leur rappelant ainsi que le vin est fait pour être bu.

ceci n’est pas une pub !

Heureuse Laure Gasparotto !

Et heureux invités aux Noces de Jeannette à la remise du prix, où l’on a bu de bonnes choses, quoique bien plus modestes !

T’as bu bonhomme…

C’est une chanson qui peut paraitre un peu fruste, mais elle a ses lettres de noblesse. La Circassienne ou varsovienne (d’autres disent valsovienne) est une danse, une mazurka, ramenée de Pologne par les soldats de Napoléon.
Les paroles sont simples :

T’es saoul bonhomme (ter) t’as bu
T’as bu bonhomme (ter) t’es saoul..  

Elle a été très populaire, notamment en Saintonge et dans le Poitou, et en pays de Brive

Il y a des variantes : t’es saoul goret…

On trouvera musique et pas de danse ici

A la bibliothèque-musée Richelieu

L’ancien site de la Bibliothèque Nationale n’abrite pas que des vieux bouquins et autres manuscrits enluminés et incunables, il recèle aussi de belles collections d’art antique.

Le trésor de Berthouville, qui compte de nombreuses pièces en argent travaillé a été découvert en 1830 dans un champ, en Normandie, dans une cave sous ce qui fut un temple gallo-romain. En voici quelques pièces :

Ces coupes en argent pèsent chacune plus d’un kilo.

Le simpulum ci-dessous est une louche à puiser le vin (1er siècle)

La collection du duc de Luynes révèle d’autres trésors, comme cette vitrine dédiée à Dionysos, où plats, vases et coupes en céramique du 5ème siècle avant notre ère, racontent la vie du dieu, depuis la naissance, où, sur les genoux de Zeus, il est confronté à Héra,

à sa remise à sa tante maternelle Ino et son époux Athamas, puis aux nymphes du mont Nysa,

sa rencontre avec Ariane…

Cette coupe nous montre Dionysos inspectant à dos d’âne les vendanges

Voici deux appliques en or (destinées à être cousues sur un vêtement) représentant Dionysos et son père adoptif Silène

et une assemblée de buveurs jouant à un étrange jeu

L’exposition « l’invention de la Renaissance » , (qui se termine le 16 juin) , permet de voir d’autres objets intéressants, comme ce satyre buvant en bronze (oeuvre du « Riccio » : Andrea Briosco vers 1500),

ce buveur qui se rend à un banquet « comaste » (Epictotes, vers -520)

et cette ménade, reconnaissable à sa « débride en peau de faon et son violent mouvement de torsion » (terre cuite 3ème siècle BC)

L’exposition donne aussi à voir de fabuleux manuscrits, comme celui, appartenant à Pétrarque, des oeuvres de Virgile.

Son frontispice commandé à Simone Martini par Pétrarque)  représente trois personnages, les yeux fixés sur Virgile, personnifiant les œuvres de l’auteur latin : le chevalier que regarde Servius représente Énée de l’Énéide, le paysan les Géorgiques, et le berger les Bucoliques

paysan taillant sa vigne

On comprend que la Renaissance fut une « effervescence intellectuelle, artistique et scientifique nouvelle. L’humanisme en constitue le cœur : né dans l’Italie du XIVe siècle et caractérisé par le retour aux textes antiques et la restauration des valeurs de civilisation dont ils étaient porteurs, le mouvement humaniste a produit en Occident un modèle de culture nouveau, qui a modifié en profondeur les formes de la pensée comme celles de l’art. Les princes et les puissants s’en sont bientôt emparés pour fonder sur lui une image renouvelée d’eux-mêmes, comme l’attestent tout particulièrement les grandes et magnifiques bibliothèques qu’ils ont réunies. »

On comprend aussi « le rôle fondateur joué au XIVe siècle par Pétrarque et sa bibliothèque ; la redécouverte des textes antiques et la tâche de leur diffusion par la copie manuscrite, le travail d’édition, la traduction ; l’évolution du goût et des formes artistiques qu’entraîne une connaissance toujours plus étendue du legs de l’Antiquité ; la promotion nouvelle de la dignité de l’être humain et des valeurs propres à sa puissance d’action et de création, telles que le programme humaniste de célébration des hommes illustres les exalte. »

Parmi les grands découvreurs, on retrouve le Pogge (Poggio Bracciolini, qui retrouva au 15ème siècle au fond d’une abbaye germanique le fameux De natura rerum de Lucrèce). Son itinéraire est relaté dans Quattrocento (The Swerve, de Stephen Greenblatt)

Et l’on songe en quittant l’exposition à ces mots de Sénèque :

otium sine litteris mors est et hominis vivi sepultura 

(Le repos sans l’étude est une espèce de mort qui met un homme vivant au tombeau).