le postillon de longjumeau

Voici un petit air à boire qui passe vite au 2ème acte du Postillon de Longjumeau, opéra-comique que l’on peut voir ces jours-ci salle Favart, qui fut composé en 1836 par Adolphe Adam (que les lecteurs du bon clos connaissent pour un air extrait du Chalet).

Ce n’est pas l’air le plus fameux mais il est joyeux. Après avoir été « enlevé » le jour de ses noces par un marquis pour chanter à la Cour du roi Louis XV, Chapelou, le Postillon de Longjumeau rebaptisé Saint-Phar, se voit convié avec toute le troupe à un festin, ce qui déclenche un enthousiasme général !

A Table ! A Table !

Le vin donne au chanteur
Et du charme et de la vigueur!
Ah! Monsieur le Marquis
Vraiment, on n’est pas plus aimable!
Allons amis, allons nous mettre à table! Allons amis, courons nous mettre à table!
Le vin donne au chanteur
Et du charme et de la vigueur!
Vraiment, on n’est pas plus aimable!
Allons amis, et nous boirons à table,
A la santé de Monseigneur!
Allons à table et nous boirons de grand coeur,
A la santé de Monseigneur!

On peut l’écouter sur cette video à 1h5mn20s

 

Lanzarote : au musée Tanit

Voici un lieu à mettre en tête de liste de toute visite de Lanzarote, pourvu qu’on s’intéresse à la culture et à l’histoire de la vigne et de vin.

Outre une collection d’outils anciens, il présente une collection impressionnante de carreaux de céramique « édifiants », et quelques belles oeuvres comme ce tableau des vendanges

ou ces autres détaillant les travaux de la vigne et du vin, rappelant la chanson « de cep en terre »

L’extérieur ne paye pas de mine, mais ce paravent de bois sculpté attire l’attention avec ces personnages debout en équilibre sur des tonneaux.

Le musée fut créé en 1995  par Don Jose Ferrer Perdomo et son épouse Doña Remedios Quintana Reyes (qui signerait « Remy » certaines oeuvres présentées ci-dessous) dans une maison de maître traditionnelle du 18ème siècle.

C’est un gigantesque capharnaüm, dédié aux traditions culturelles, agricoles et viticoles de l’île. Ici des outils de taille,

un sac « pressoir » de capacité cent litres en peau de biqueet un pressoir à vis bien sûr

là une cuve ancienne où l’on a placé un alambic

ici encore un engin d’embouteillageVoici quelques belles oeuvres exposées

Sur cet almanach agri-viticole des mois  de l’année noter la taille de mars et la vendange en septembreCette fresque représentant un visage christique pressant une grappe sur un homoncule à cornes captif dans un verre laisse pensif

Passons aux nombreux proverbes et autres dictons illustrés sur des carreaux de céramique.

on peut lire ci-dessous :
« le vin vieux est le lait du vieillard », « vin a gogo et tout ira bien », « bonne santé sans boire, impossible », et « l’eau pour le moulin, le vin pour l’estomac »

On retrouve la même antienne peu ou prou dans les suivants

le vin et le jambon soignent les maux à l’instant

Les prêtres sont mis à contribution :

« le conseil du bon capucin : avec tout ce que tu manges, bois du vin » et
« pour le père Prieur il n’y a que deux sortes de vin, le bon et le meilleur »

On se réfère aussi au roi de Castille Alphonse X « le sage »  (1221-1284)

brûlez de vieilles bûches, buvez du vin vieux, lisez des vieux livres, ayez de vieux amis

Le message peut se faire grave

buvons et chantons car demain nous mourronsprofite et bois car la vie est courte

philosophique

Comme pour le vin, les amours, plus elles durent meilleures sont

didactique

le vin a trois propriétés : il fait rire, dormir, et ressortir les couleurs du visage

mais le plus souvent prosaïque

du pain , qu’il y en ait trop, de la viande, qu’il y en ait assez, et du vin, qu’il n’en manque pas

Dépense en bringue et vins ce que tu laisserais sinon à tes neveux

l’humour n’est jamais loin                mieux vaut mourir dans le vin que vivre dans l’eau, dit le moustique à la grenouille

ne plante pas ta vigne près d’un chemin afin que la vendange ne se fasse pas sans qu’on sache comment

Certes le vin rend joyeux

le vin et le soleil rendent le coeur joyeux

mais gare aux effets collatéraux

quand vient le vin fuite le secret

Tout est résumé dans les commandements de la loi du vin

on note le savoureux 7ème commandement : ne jamais voler une bouteille vide ou cassée

On peut conclure avec ce qu’on peut appeler cette apologie du vin

…il conforte la vieillesse et donne ce sentiment d’euphorie qui rend la vie douce et tranquille…

Déambulant de vitrines en vitrines,aux cadres bachiques

citation fameuse de Shakespeare mentionnant les vins de Canary

croisant des personnages d’un autre temps

on finira bien par atterrir au caveau souterrain, lieu de détente et de dégustation.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A Lanzarote

Dans l’archipel des Canaries, Lanzarote est cette île volcanique, à la végétation rare, que ne sillonne aucun cours d’eau et où il fait (presque) toujours beau. Comment dans ces conditions y faire prospérer la vigne ?

De 1730 à 1736, Lanzarote connut une terrible éruption volcanique obligeant ses habitants à l’abandonner. Quand ils revinrent, ils découvrirent qu’une mauvaise chose pouvait se transformer en une bonne chose : certains sols, recouverts de lapilli, fines projections appellées ici picon, étaient malgré tout propices à la culture, pourvu qu’on sût s’y prendre et en particulier capter l’humidité.

C’est ainsi que les vignobles de Lanzarote ne ressemblent à aucun vignoble au monde. On trouve des ceps plantés au fond d’entonnoirs coniques, protégés par des murets de pierre  semi-circulaire,

mais aussi des alignements du plus bel effet.

La mer n’est jamais loinDébut mars, déjà les premières feuilles…    Il faut imaginer la treille que ce sera dans quelques mois (on vendange en juillet) C’est dire que la viticulture, qui occupe près de 2000 hectares, est avec le tourisme une des mamelles de Lanzarote. Quantité d’hommages lui sont rendus dans l’espace public, comme cette

fresque à San Bartolomeo

et ce tonnelier en bronze posté dans les rues de San Bart  Vu à  Mozaga, village viticole au coeur de l’îleLanzarote produit des vins réputés issus des cépages malvoisie (ci-dessous, au domaine Suarez) et muscat qui donne le fameux moscatel,vins que l’on retrouve au marché dominical à Teguise

A l’instar du sculpteur et patron tutélaire de l’île Cesar Manrique,une dégustation, par exemple au domaine El Grifo, dont l’histoire remonte à la fin du 18ème siècle, s’impose !

Une course au milieu des vignobles est annoncée en juin , avis aux amateurs !

Et pas à dos de dromadaire !Nous ne quitterons pas Lanzarote sans visiter le musée Tanit et ses trésors…

 

 

le thermomètre du pochard

Quoi de plus pratique qu’un thermomètre pour déterminer l’état d’ébriété d’un sujet ? Hélas un tel instrument, qui rendrait bien des services à tout un chacun comme à la maréchaussée, n’existe pas.  On en est réduit à souffler dans un ballon ou pire, à procéder à une analyse de sang.

Pour l’écrivain Paul Mahalin, de son vrai nom Emile Blondet, auteur de romans populaires, le thermomètre du pochard, c’est la casquette !
(in  la filleule de Lagardère, vers 1884-86).On y voit un inspecteur de police suivre deux suspects (le Bijou-des-Dames et le Rouquin) qui vont d’un mastroquet à l’autre, étouffant des perroquets (verres d’absinthe), avec « la casquette qui descend en pente du sommet de l’occiput jusqu’aux sourcils, et se rive sur le front, couvrant de l’ombre de sa visière toute la partie supérieur du faciès« .
De mannezingue en caboulot, de liquoriste en assommoir et autre mine à poivre, « la casquette remonte, remonte »… A la Courtille, elle n’est déjà plus sur le front, « elle s’affale sur la nuque, s’écroule sur les épaules »… Incapables désormais de « distinguer un sergent de ville d’un archevêque », « mes hommes sont au point« . C’est le moment d’agir pour l’inspecteur !

Dans les années 1870, le dessinateur Théo abordait le sujet différemment, par l’observation fine du visage. On distingue 6 degrés, de la tristesse liée à l’appétence et au manque, jusqu’au sommeil apoplectique. Et cela se voit comme le nez au milieu de la figure !

1er degré : On a besoin de tordre un perroquet.
= A jeun – Cet état, précédant immédiatement l’heure du repas, est fort triste. L’esprit, le corps sont lourds et tombent dans une langueur quasi-maladive.
2e degré : Etre gai, avoir sa pointe, être teinté, en train.
= Gai – Au 2e degré, on est disposé à causer, on éprouve un certain bien-être et l’on tombe dans une reverie agréable. Si l’on s’arrête là, tout est bien, on a un sommeil tranquille.
3e degré : Lancé, parti, légèrement ému, avoir un coup de soleil, être éméché. Avoir son plumet, être casquette, pompette, avoir son jeune homme.
= Lancé – A ce degré, on aime à parler, on fait des remarques fines, on est langoureux, on possede le don de convaincre, c’est l’aurore naissante des facultés intellectuelles. Un peu plus, on a la conversation trop imagée et l’éloquence trop brûlante, on assome son auditoire d’un déluge de phrases à noyer les patients.
4e degré : Poivre, avoir son affaire, être culloté, raide.
= Gris – On commence à se sentir étourdi  : on veut régaler ses voisins de chansons, on éprouve le besoin  de se prononcer un discours, on est fier comme un paon, hardi comme un lion, amoureux comme une colombe.
La maladie des cheveux se déclare (image de la gravure)
5e degré : Dans les vignes, complet, pochard, avoir son compte.
= Ivre – On voit double et on est stupidement bon, on aime à donner des poignées de main ou des coups de poing. La langue est épaisse et pâteuse.
6e degré : Rond comme une balle, en avoir plein son sac.
= Ivre mort – On n’appartient plus à ce monde ; on tombe dans un sommeil apoplectique. La maladie des cheveux est dans sa plus grande période.

On peut voir cette estampe au musée de Montmartre.

Le même Théo, dont on n’apprend rien sur le Net, sinon qu’il était illustrateur, dessinateur et lithographe, se distingua aussi par quelques caricatures comme celle du député communard Eugène Razoua, représenté un verre à la main.

Les révolutions sont toujours décriées par leurs détracteurs, aussi on ne s’étonnera de cette représentation du Comité de Salut Public « en séance extraordinaire »

(on ne discute pas la loi sur les boissons)

Terminons cette promenade historique par une dernière estampe signée Alfred Lepetit, représentant le député Henri Rochefort dont la tête inspira cet humoriste.Notre député Rochefort
Comme on le voir ressemble fort
A la grappe
D’un raisin aux grains savoureux
D’où s’échappe
Un vin clair, rouge et généreux

Pour la petite histoire, ce personnage qui lutta opiniâtrement contre l’oppression cléricale et politique et réussit à s’évader d’un bagne calédonien,  sombra finalement dans le boulangisme et l’antidreyfusisme.

NB Document trouvés sur les sites Paris – Musées et Gallica

Le Génie du vin

Voici un winewomanshow, qui ne peut pas laisser indifférent les lecteurs du bon clos. Ecrit et mis en scène par Michel Thibaud, c’est un festival de jeu de mots et d’à peu près, la magie d’un génie sortant de sa bouteille et la laissant en mille… meursaults, 3 copines en bisbille à cause d’un saint-amour : tu madiran tant !Dans sa belle robe rouge (de la haute biture !) Sylvie, nous accueille aux accents de « c’est beau la petite bourgeoisie qui boit du champagne« . Incarnant tour à tour les 3 copines Margaux, Vouvray et Fleurie, elle égrène ces trouvailles avec un sourire complice, allant jusqu’à « traduire » pour les néophytes qui n’ont pas compris, car pas assimilé le copieux lexique remis à l’entrée.Nonobstant les gorgées qu’elle avale avec ferveur (ce Pommard m’a tuer !), Sylvie, par ailleurs ministre de l’oenologie de la République de Montmartre, tient sa salle qui le lui rend bien en buvant goulûment ses paroles. Mais gare aux bavards, retardataires et autres importuns, impitoyablement remis à leur place. Sinon je minervois !Des gorgées, le public qui se pressait ce mardi 26 mars  au petit Gymnase eut l’occasion d’en boire, car une dégustation exceptionnelle était prévue ce soir-là en l’honneur du « Sans Fourchette« , projet innovant de l’association « Mémoire et Santé », destiné à favoriser la convivialité avec des personnes souffrant de troubles neuro-végétatifs en servant des bouchées à prendre avec les doigts.

Et il y en avait d’exquises !

Merci  aussi au domaine du Cassard et à la cave de Turckheim qui firent goûter leurs crémants et vins tranquilles. Avec une mention spéciale pour les côte de Blaye Prestige (blanc 2018 et rouge 2017) puissants et gouleyants. Ah ! mais !    Et merci aux échansons qui servirent sans mollir les amateurs.Le Génie du vin, chinon rien ! Allez y, c’est tous les mardi soir au Petit Gymnase.

le retour d’ulysse

On jouait ces jours-ci le retour d’Ulysse, d’Hervé, au théâtre Marigny Studio. L’ami François des terres d’Auvergne nous a fait savoir qu’il s’y trouve un air qui nous concerne. Bien vu ! Et merci au Palazetto Bru Zane qui rejoue cette bouffonnerie musicale.

https://www.theatremarigny.fr/spectacle/les-bouffes-de-bru-zane-mars/

Résumons l’affaire bien connue.
Pénélope a peur de faillir, elle se sent tressaillir et sent son sang bouillir quand un amant (Coqcigru) vient l’assaillir !
Mais voici Ulysse qui revient et que chacun palisse !
Dzing badaboum badaboum boum boum !
Et Coqcigru qui a mérité la corde et la potence pour sa témérité n’a plus qu’à se lamenter :

Tic et toc tintin
Noyons dans le vin
La mélancolie
Et que la folie
Succède soudain
A tout noir chagrin
Bouteille jolie
A toi mon refrain

Vous qui voulez le premier rang
Rimeurs courant après la gloire
C’est le vin qui rend éloquent
Le vrai talent consiste à boire
Qu’un tonneau soit votre sujet
Prenez un robinet pour lyre
Car les verres au cabaret
Sont meilleurs à vider qu’à lire

Et Pénélope de rétorquer

Que faut-il pour fuire le chagrin ?
Mettre un tonneau de vin en perce…

Voici une version diffusée par la RTF en 1956 (Orchestre lyrique de la RTF sous la direction de Marcel CARIVEN, avec Denise DUVAL : Pénélope, Jean GIRAUDEAU : Ulysse, et Joseph PEYRON : Coqcigru)

Et, merci à Gallica, voici la partoche des couplets de Coqcigru : RetourdUlyssecoupletscoqcigru

A la Bonne Franquette

Cette vénérable institution de Montmartre, dont la devise « aimer, manger, boire et chanter » est toujours d’actualité,  accueillait ce samedi 9 mars la 1ère édition de la Fête du Livre de Bistrot, à l’initiative de  «  Bistrots et Terrasses de Paris « , une association qui milite pour l’inscription de cet Art de Vivre au Patrimoine Immatériel de l’UNESCO.La maison Fournier Père et Fils assurait un accueil apéritif avec ses chenin blanc, pinot noir et autres crus du Cher, que ne dédaignaient pas compagnons du Beaujolais, Républicains de Montmartre  et autres Francs-Mâchons.

On croisait l’ami Alain Turban venu avec son CD « bistrot » qui nous plonge au milieu des cosaques envahissant Paris il y a 200 ans, et à l’origine de ce mot bien de chez nous.

Sylvie Malys, qui joue tous les mardis au Petit Gymnase pour faire connaître le génie du vin, et son metteur en scène Michel Thibaud.

Ministre de l’oenologie de la République de Montmartre, elle doit savoir de quoi elle parle !

Et Joël, le chef tambour des Poulbotset l’incontournable Alain Coquard, le Président de la République de Montmartre.Une 15aine d’auteurs présentaient leurs ouvrages, comme Cendrine Bonami-Redler (ci-dessous présentant « dans son jus« , un carnet de voyage illustré dans les rades parisiens)

Le plu prolifique était sans doute Pierrick Burgault, avec ses 200 bars-concerts, ses 150 bistrots et brasseries, coécrit avec Hélène Milon ci-dessousses « bars du monde » etc (ci-dessous avec Martin de la Soudière, son co-auteur d' »un bistrot sinon rien » – itinéraire parmi les bistrots d’Auvergne et d’ailleurs)

Sur le plan de la prolificité il se heurte à la concurrence de Pierre Josse et des ses guides du routard (ci-dessous avec « la nostalgie est derrière le comptoir« )Difficile d’échapper au charme de Gab et de ses recettes de cuisine « les doigts dans le nez ». Il faut essayer sa dinde au whisky !     Voici aussi Michel Bessières, l’ancien patron du Wepler qui en raconte l’histoire…    et Fabienne Borie qui nous parle des origines de nos bougnats parisiens (Paris-Aubrac)On a croisé aussi Ingrid Astier (ci-dessous présentant quai de enfers),

Faujour (« In vino Musica« ), Gérard Letailleur (auteur d’une monographie sur « chez Walczak« ) et quelques autres qui nous pardonneront de ne pas être cités, ce sera pour une autre fois !