Les trente ans du Musée du Vin

Décidément il y a toujours un anniversaire chez ces gens-là ! L’an dernier le Conseil des Echansons de France fêtait ses 60 ans, cette année c’est le Musée du Vin, son joyau, qui fête ses trente. carton    C’était le 25 janvier 2015. Un vent de poésie soufflait. Dès le matin, lors de la messe de la Saint-Vincent, le Père Xavier, curé de Sainte-Colette des Buttes Chaumont et aumônier du Conseil des Echansons, en était de son acrostiche.

perexavierleyMaître du Ciel et des saisons,
Unis, dans la fraternité, les Echansons.
Seigneur, bénis nos vignes, du Gaillac et du monde, et bénis nos maisons.
Et en l’an de grâce 2015,
Enrichis tous les hommes dans leur art de vivre ensemble,
Durablement,  pour la joie et la paix de leurs cœurs,
Unissant le travail et le repos, la famille et les amis, la vigne, le vin et la table.
Visite-nous, chaque jour, avec ton art d’aimer et de te donner,
Invisible, loin de l’œil, mais près du cœur,
Nourris-nous aussi, par ton Eucharistie, de ta réelle présence en ce pain et ce vin nouveau.

Son homélie, improbablement basée sur les notes de dégustation de 3 vins, réjouit l’auditoire, au moins celui des Echansons de France venus chanter.

Ainsi du Château Le Manceau (2012 Blaye, côtes de Bordeaux)…qui vieillit très bien avec du fruit et de la souplesse,
« Celui qui en boira se souviendra qu’il est fait pour porter du fruit et donner de la souplesse à sa vie pour mieux aimer les autres« .
Et du Château Villars Fronsac 1989, Grand vin de Bordeaux, fait de raisins cueillis à pleine maturité où l’on retrouve des arômes de fruits très mûrs avec une très grande densité en bouche et une structure marquée par des tanins soyeux.
« Celui qui en boira se rappellera que toute vie est faite pour atteindre une maturité que seule la fin de notre vie nous permettra de découvrir ; lors de notre rencontre finale avec le Seigneur. « 
Enfin du Domaine des Hospices Civils de Lyon, Beaujolais- Villages Nouveau 2014, produit sur un domaine constitué par legs successifs, dont les revenus sont affectés à l’amélioration des conditions d’accueil des malades. Ce vin sait séduire par sa souplesse, son charme et sa complicité aromatique de fruits rouges.
« Voici un vin qui peut inviter les générations plus jeunes à accompagner avec gentillesse les anciens, les plus vieux qui sont malades ou âgés. La souplesse de ce vin exprime pour nous une attention particulière pour ceux qui souffrent. Notre charme et notre complicité leur fera découvrir autre chose que leur mal à soigner. Ici encore de beaux fruits pour de bons moments de partage. »

Plus tard, lors du Chapitre, c’est l’ami Jean-Jacques qui eut ces mots en intronisant une nouvelle Echansonne :

Voici que parait devant nous à l’instant
Une femme charmante aux multiples talents,
Dont celui, non des moindres, d’avoir épousé
Un de nos Échansons aux belles qualités.
Fille de Bourguignon, des attaches en Touraine,
Un passage obligé au lycée La Fontaine ;
Elle y fut distinguée en classe de philo,
Non pour avoir brillé par de fumeux propos,
Mais pour son gout marqué pour les arts ménagers
Qui lui valut un prix amplement mérité.
Puis prof elle devint, toute sa vie durant,
Passionnée qu’elle était par les petits enfants.
Retraitée aujourd’hui, bienheureuse grand-mère,
Faisant des petits plats pour réjouir le grand-père,
Chantal aime le vin et surtout le Champagne
Qui fait briller les yeux de nos belles compagnes.
Elle voyage beaucoup dans des pays lointains
Et le reste du temps cultive son jardin.
Le raisin qui y pousse est porté au pressoir
Où l’on fait, à Clamart , un vin si doux à boire.
Mais elle chante aussi, tout comme la cigale,
Rehaussant de sa voix notre belle chorale.
Cher Grand Maître, il est temps, j’ose le proclamer
D’admettre que Chantal doit être intronisée.

muse du vin 2015 073Le Souffle de Bacchus était là, avec de nouveaux chants, comme « Buvons bien nous buvons guère« , « le vin le cidre et la clairette » ou encore « c’est en passant de Paris La Rochelle (aimons le vin)« .

anniv muse du vin 001Et le banquet fut grand, animé par le groupe polonais Dzwon (ce qui veut dire en polonais : la cloche)

dzwon1dzwon

et arrosé de vins de Chateauneuf-du-Pape (la Gardine) et de Lirac (Saint-Roch) choisis par le Grand Pipetier Monique ; très en verve, plutôt que de se lancer dans l’énumération fastidieuse des treize cépages de Chateauneuf, elle raconta l’histoire de l’arrêté anti-ovnis qui y fut pris en 1954 et qui fit le tour du monde.

arrete-ovn(Ceci nous rappelle le cas du village de Morogues, sur le terroir de Menetou-Salon, où un Conseil Municipal Extraordinaire avait décidé en 1907 que l’alcoolisme n’existant pas à Morogues, il convenait de fixer à 20 mètres (sic) l’éloignement minimum d’un débit de boisson des lieux protégés par la loi du 17 juillet 1880 !)

la règle de saint Benoît

Que buvait-on dans les couvents et autres monastères ?

On sait ce qu’il en était chez les moines de Saint Bernardin. En voici une version franco-anglaise par les Limeliters.

L’ancêtre de cette chanson est antérieure au 16ème siècle, apprend-on sur le site de Xavier Hubaut. C’est : « Nous sommes de l’ordre de Saint Babouyn »

Lire la suite « la règle de saint Benoît »

la voie du tao

Derrière ce pléonasme (en chinois 道, tao , prononcé aujourd’hui dào signifie « voie, chemin ») se cache le titre d’une exposition qu’on peut voir ces temps-ci au Grand Palais, sur l’une des trois grandes religions de la Chine.

On ne se hasardera pas ici à en dire long sur le sujet, car comme dit Tchwang-Tseu (Tchouang-tseu ou Zhuangzi), penseur chinois du IVe siècle av. J.-C:

« Sur la Voie [Dào], il n’y a aucune question à poser, aucune réponse à donner. celui qui pose malgré cela des questions, pose des questions spécieuses, et celui qui répond quand même se place hors d’elle. Celui qui se place en dehors pour répondre à des questions spécieuses, celui-là ne verra pas l’univers qui est autour de lui, il ne connaîtra pas la grande Source qui est au dedans. »

On se bornera à appréhender la mythologie qui s’est développée autour de cette pensée, qui foisonne de personnages hauts en couleur, comme ce Zhongkui, pourfendeur de démons, qui ne dédaigne pas parfois de boire un coup

ZhongKui

l’ivresse ne connait pas de frontière

dynastie Qing, période Kangxi (1662-1722)
porcelaine à émail or sur fond rouge corail, Paris,
musée des Arts asiatiques Guimet 

ou cette Xiwangmu , 西王母, reine-mère de l’occident, qui détient le secret de l’immortalité dans ses vergers de pêchers qui fleurissent tous les trois mille ans

Xiwangmu

pour qui la déesse Magu confectionnait un délicieux vin aux vertus de jouvence avec des champignons d’immortalité, les lingzhi

à boire dans cette coupe de jade vert ?

coupe

voici quelques lingzhi en porcelaine

lingzhi.1273874605.jpg

Vases en forme de troncs d’arbres abritant des champignons d’immortalité, lingzhi
porcelaines monochromes, Paris, musée des Arts asiatiques Guimet
– dynastie Qing, période Qianlong (1736-1796)

le génie du vin

Le 29 septembre 1972, à l’occasion du cent cinquantenaire de leur fondation, les établissements Nicolas publiaient, « à la gloire des vins de France », une plaquette de 13 gouaches d’André Derain : « le génie du vin »

Pour ceux qui voudraient savoir à quoi ressemblait Derain, le voici, par Balthus

derainparbalthus

Au bon clos nous avons réussi à nous en procurer un exemplaire et, en cette date anniversaire, sommes heureux de remettre à l’honneur quelques unes de ces gouaches.

Les voici :

legenieduvn

les grappes et les animaux

naissanceddyonisos

la naissance de Dyonisos , fils de la princesse Sémélé, sortant de la cuisse de Jupiter

raptdedyonisos

rapt de Dyonisos, enlevé, comme l’a narré Homère , par des pirates tyrrhéniens ; mais le dieu fait prodige sur prodige…

lagrappedechanaan

la grappe de chanaan, que les envoyés de Moïse ramenèrent selon la Bible (Nombres, 13,23 ) du pays de Canaan « à deux au moyen d’une perche »

(on trouvera une remarquable iconographie-dont cette oeuvre- sur le site de marc Heimermann, santovino.com)

lapaixducoeur

la paix des coeurs – sont-ce les buveurs de Virgile ? comme l’indique Thierry Maulnier,

car la mort nous tire l’oreille, « vivez, dit-elle, je viens ! »