Les dessins du New Yorker

Le New Yorker , c’est ce magazine américain très cosmopolite qui s’intéresse aussi au « Rest of the World ».

may1995

200 dessins consacrés à la France depuis les années vingt sont réunis par Jean-Loup Chifflet (alias John-Wolf Whistle),

il en est de très craquants.

(pour plus d’infos sur les cartoonists du New Yorker voir ce site qui leur est consacré)

Ca se passe beaucoup à table évidemment

comme ici avec Peter Arno (1904-1968)

ou là avec Leonard Dove (?)

ou James Stevenson (1929-)

celui-la a mauvais esprit Otto Soglow 1900-1975)

mais ceux-la ont tout compris

comme Chon Day

ou Claude Smith (1944-1976)

il n’y a pas que des touristes pour Warren Miller

 Est-ce vraiment ainsi qu’ils nous voient ?

Autres lieux, autres moeurs avec Leo Cullum (1942-2010)

 On assiste à des échanges confondants chez le caviste

avec Helen E. Hokinson (1893-1949)

pourunveuf

ou Alan Dunn (1900-1974)

Avec William Hamilton (voir d’autres dessins très drôles sur le vin ), sommes nous en France ou au pays de Robert Parker ?

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L’art de boire

Les Etablissements Nicolas, créés en 1822, ont une longue tradition de publication de catalogues illustrés par des artistes réputés.

Voici la couverture de celui de 1935 , illustré dans un style naïf par Jean Hugo

catalogue1935

En 1922 nait sous le pinceau de Dransy (Jules Isnard, né en suisse en 1883) le personnage de Nectar, livreur émérite.

livreurnectar

Mais venons-en au fait. En 1927 parait Monseigneur le vin, série de  5 opuscules dont le 5eme est l’Art de boire (de Louis Forest, illustré par Charles Martin). Tout un programme pour le « buveur civilisé » ! Et mieux qu’on long discours.

« Avec ce dernier volume, nous avons quitte la coteau ou le raisin murit, le cellier ou a gronde la vendage. Le vin, qui s’est enrichi a la cave en force et en beaute, affronte, espere et attendu, le jugement de la table. La science de le servir, l’art de le presenter ne sont point choses negligeables et frivoles. Le reveil de la gastronomie, auquel nous assistons de toutes parts, a restaure le culte de notre beau vin du France. En sorte que, apres avoir dit les soins qu’il faut pour le produire, il nous reste a dire ceux dont il convient de l’entourer pour le boire. « 

Picolo

Nous avons reçu cette édifiante vignette.

picolo

L’auteur en serait Ricardo Florès , dessinateur humoristique né en 1878, et mort en 1918 des suites d’une blessure.

On est donc Avant Guerre, c’est la fin de l’automne (il reste quelques feuilles aux arbres), et il y a un rayon de soleil. Clamart, son bois, ses guinguettes, son picolo… On comprend ces travailleurs !

On apprend dans le dictionnaire d’argot de languefrançaise.net que le picolo ou piccolo (petit en italien)  a été importé par des taverniers italiens fin 19eme, et a pour sens petit vin sucré, vin léger, petit vin suret, vin en général. De là piccoler ou picoler.

Il y a d’ailleurs aux Puces de Saint-Ouen rue Jules Vallès un bar très ancien du même nom, aujourd’hui aussi théâtre, qui raconte une jolie histoire .

Revenons à Ricardo Florès, homonyme d’un révolutionnaire mexicain .

Il collabora à des nombreuses revues comme l’Assiette au Beurre, Charivari, le Rire, plus tard le Rire Rouge.

Pendant la Grande Guerre, il est Caporal à la 2è C.-M. du 103 ;  il illustra notamment les trains de permissionaires , et rapporta ses « impressions d’humoriste combattant  » :

humoristecombattant

suivons le monter en ligne :

« Ah là là! qu’est-ce que je trimballe: couverture roulée dans ma toile de tente et mon mousqueton en sautoir, mes cartouchières bien remplies… pour l’usage externe, mon bidon de pinard aussi… pour l’usage interne! »

partant en corvée :

« Jamais personne ne grogne pour les corvées de jus; mais pour le pinard, c’est bien mieux encore: tout le monde est volontaire. Il en disparaît quelques quarts en route dans le gosier de l’homme de confiance. Il racontera qu’il est tembé dans les boyaux. « En levant l’coude, mon vieux »?

porteurdebidons

« Ainsi Pragastin, l’infirmier de la compagnie, quand il va à la corvée de pinard. Il prend les bidons des camarades et va au patelin voisin les faire remplir. Ce n’est plus un homme, c’est un monceau de bidons. Un jour, j’ai compté les bidons: il en avait cinquante sur le râble! Je n’ai pas besoin de vous dire que le Docteur — c’est ainsi que nous l’appelons (s’il est infirmier de, la compagnie, dans le civil il est porteur aux Halles) — se soigne la bouche ces jours-là. »

et garder le moral :

« « Qu’est-ce qu’y disent à Paris?

— Y s’en font pas une miette, y vous demandent si on les aura!

— Oui, si on a du pinard, et du 75! »

Et comme on les a… on les aura! Vous en faites pas a l’arrière »

le vigneron champenois

Apollinaire était un poète prolifique. Bien qu’étranger il s’engagea en 1914 et connut la vie terrible des tranchées dans l’hiver de la Champagne.

Cela lui évoqua ce  » vigneron champenois » qui date de février 1916, et parut dans les Calligrammes.

Georgio de Chirico était un peintre italien énigmatique, coqueluche un temps des surréalistes français, qu’on a pu voir ces derniers temps au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris.

En 1930 il illustra les Calligrammes d’Apollinaire

illustrationvigneronchampenois

Le régiment arrive
Le village est presqu’endormi dans la lumière parfumée
Un prêtre a le casque en tête
La bouteille champenoise est-elle ou non une artillerie
Le ceps de vigne comme l’hermine sur un écu
Bonjour soldats
Je les ai vus passer et repasser en courant
Bonjour soldats bouteilles champenoises où le sang fermente
Vous resterez quelques jours et puis vous remonterez en ligne
Échelonnés ainsi que sont les ceps de vigne
J’envoie mes bouteilles partout comme les obus d’une charmante artillerie


La nuit est blonde ô vin blond
Un vigneron chantait courbé dans sa vigne
Un vigneron sans bouche au milieu de l’horizon
Un vigneron qui était lui-même la bouteille vivante
Un vigneron qui sait ce qu’est la guerre
Un vigneron champenois qui est un artilleur

C’est maintenant le soir et l’on joue à la mouche
Puis les soldats s’en iront là-haut
Où l’artillerie débouche ses bouteilles crémantes
Allons Adieu messieurs tâchez de revenir
Mais nul ne sait ce qui peut advenir