Les canons de Caldara

Antonio Caldara (1670-1736) est un musicien et compositeur vénitien considéré au 18ème siècle comme le plus grand compositeur italien.

En plus de dizaines d’opéras, oratorios, messes, symphonies, cantates… il composa quelques canons dont le plus connu est sans doute Che gusto, un air à boire s’il en fut !

C’est du vénitien d’époque :

Quel plaisir incomparable, compagnons, que de manger et boire bien vite, quand il fait chaud.
Mangeons, buvons, et puis nous danserons heureux avec nos femmes !

En voici une interprétation par le choeur virtuel des conservatoires de Montreuil et Romainville

et une autre par le Coro del Upter Canto e Discanto

Un autre canons bachique, Beveria, vante le Tokai.

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Je boirais bien du Tokai, si tu m’en donnes un peu.
Même à moi, qui ne suis pas un coq (?).
Donnez m’en, donnez m’en… rien qu’un verre.

(Il en existe une adaptation en français : je boirai bien un doigt de ce bon vin d’Arbois…)

Voici une interprétation par le « Coro Modelli Unici « , avec en bonus Viva la bottiglia de Salieri)

Et voici l’interprétation d’un trio japonais

Un troisième canon, Il Dio d’amore, se cache dans le même recueil

Le Dieu de l’amour toujours blesse le coeur
Mais une bonne liqueur atténue la douleur
Buvons donc, buvons sans peur
Soyons joyeux, buvons à toute heure !

Hélas, pas d’enregistrement en ligne.
Pour revenir à Viva la botiglia de Salieri, pas besoin de traduction, son sens se comprend aisément !

Viva, viva la bottiglia, viva, viva l’alegria.
Non più bella compagnia nel gran mondo non si dà.
La bottiglia, l’alegria, non più bella compagnia nel gran mondo non si dá.
Viva! Viva! No, no, no, no nel gran mondo non si dà. 

Nous aimons bien cette version en costumes

Et ici la partition !

Tomorrow we’ll be sober

Voici une chanson traditionnelle britannique bien joyeuse, qui invite à remplir sa chope de bière pour faire la fête ! Demain nous serons sobres !

Come landlord fill the flowing bowl
Until it doth run over.
Come landlord fill the flowing bowl
Until it doth run over.
For tonight we’ll merry merry be
For tonight we’ll merry merry be
For tonight we’ll merry merry be
Tomorrow we’ll be sober.

On boit à celui qui boit une bière légère, à la fille qui vole un baiser, etc.

On lui prête sans certitudes des origines anciennes. Quant aux paroles, il en existe de nombreuses variantes, certaine plus « hard » que l’autre

En voici une autre version, plus chorale, avec les Wild Oats

et voici la version des Jack Tars

On ne se lasse pas !

Rouge, blanc, quinquina…

Saint-Raphaël !

Nous avons récemment visité à Thuir les caves de Byrrh, mais ce n’est qu’un des apéritifs au quinquina qui connurent au siècle dernier leur temps de gloire, et que d’aucuns boivent encore. Il y avait aussi Saint-Raphaël, Dubonnet (du beau, du bon, du bonnet), et bien d’autres.

L’écorce de quinquina, aux vertus fébrifuges, avait été rapportée d’Equateur par des jésuites. Louis XIV notamment en fit usage, pour combattre des fièvres.

Des potions au quinquina furent concoctées. C’est dans cet esprit qu’en 1846, André Dubonnet a élaboré un vin de quinquina destiné à protéger de la malaria les soldats en Afrique du Nord. On raconte que son épouse le servit comme apéritif à ses amis.

En 1866, ce sont les frères Violet qui créent le Byrrh. Les années 70 voient naître le Lillet, dans le Bordelais, et le Mattei Cap Corse, dans l’ile de Beauté.

Le succès est tel, alors que les méfaits de l’absinthe, (sans parler de ceux du vin Mariani à la cocaïne : les deux qui finiront par être interdits) commencent à être connus,

qu’une multitude de marques apparaissent.

En 1884, l’industriel lyonnais Pierre-Marie Juppet met au point son vin de quinquina, commercialisé en 1890 sous le nom de Saint-Raphaël.

Tous ces industriels avaient compris, comme Byrrh, l’importance de la pub.

A Dubonnet, nous donnons la palme pour son affiche sur la répression de l’ivresse publique.

Mais nous retenons l’originalité de Saint-Raphaël qui lança en 1897 un grand concours de poèmes. On peut en trouver les lauréats dans le numéro du Pêle-Mêle du 21 novembre 1897. Notre préférence va au 5ème prix, attribué à à M.Pfeiffer qui a reçu pour prix un « joli baromètre monté en bois sculpté« 

Malheureux, ô combien, est le mortel qui n’a
Goûté, Saint-Raphaël, ton fameux quinquina

Notons aussi le 7ème prix de M.Lusignan de Chambéry, pour ce quatrain au sens obscur à prime abord pour le lecteur d’aujourd’hui, qui lui a valu une caissette de 6 bouteilles.

Par son mérite et par sa chance
Au loto de la concurrence
Le Saint Raphaël Quinquina
Quine a !

(on appelait quine au 19ème siècle la série de 5 chiffres sortis ensemble à la loterie)

On pourra voir sur le site de christian legac une belle collection d’affiches et d’objets publicitaires pour les Saint Raphaël Quinquina (rouge, blanc).

On en trouvera bien d’autres sur le site des bibliothèques spécialisées de la Ville de Paris.

En voici une sélection, manifestant un souci pédagogique,

le succès international…

Avec du citron (et de l’eau de Selz ?), pourquoi pas ?

Quel temps fait-il ?

La police n’est pas en reste !

Avec le temps, le style évolue…

A Dalida, à Marina, qui résisterait ?

La pub, c’est aussi en musique. Voici Jacques Hélian et son orchestre !

Mais c »est le Dubonnet que Fernandel vantait en 1955.

Et attention aux contrefaçons !

Attention aussi aux excès, comme en témoigne Max Linder, la modération reste de mise !

Le buveur de Syros

Les Cyclades, ce chapelet d’îles en mer Egée, ont connu il y a 5000 ans une civilisation qui nous a laissé d’étonnantes sculptures dont Picasso dira : « plus fort que Brancusi. On n’a jamais rien fait d’aussi dépouillé » (rapporté par A.Malraux, la Tête d’obsidienne, 1974).

On en trouvera des descriptions ici et . Au Bon Clos, nous retenons ce buveur en marbre, dont l’ancienneté remonte à la période -2800-2200

Cet échanson ‘CUP-BEARER’, (comme indiqué par le musée) ne mesure guère que 15 cm de haut et date du début de l’âge de bronze (Cycladique ancien II, c. 2800/2300 av. J-C). Il se trouve au Musée de l’art cycladique, à Athènes.

Nous y voyons une très ancienne scène de portage de toast, plutôt qu’un petit vieux prenant son infusion au coin du feu. On peut la rapprocher de celle représentée sur l’étendard d’Ur, de la même époque.

Quel contraste néanmoins avec la porteuse de toast de Jean-Antoine-Marie Idrac, que l’on peut voir à l’Hôtel de Ville de Paris ou au Petit Palais!

Santé à l’ami Jean Dessirier, qui nous a fait approcher l’art très antique des Cyclades.

Dans le Roussillon

Roussillon, Catalogne Nord, Pyrénées Orientales ? Quelle différence ? ce sont les 438 km2 du Fenouillèdes… pays de tradition occitane. Le reste des P-O est catalan.

C’est un pays de vignobles (25000 ha) qui cultive la tradition des vins doux naturels, obtenus par mutation du moût par de l’alcool neutre en cours de fermentation.

Dans un premier temps, c’est un chapitre de la Commende Majeure du Roussillon qui nous y attira. On pourra en lire le compte-rendu sur le site de la FICB.

De quoi tomber amoureux de ces beau pays, de ses vins et de ses gens. Il fallait donc y retourner. 

C’est à Arnaud de Villeneuve (1240-1311), médecin, chirurgien et savant qui maitrisa la distillation alcoolique que l’ on attribue l’invention du vin doux naturel.

On peut retenir de lui l’enseignement suivant :

« Le vin conforte l’esprit. Il lui permet d’aborder la subtilité et de faire face à la difficulté. Il prodigue à l’âme audace, sollicitude, libéralité. Le vin crée la parfaite harmonie des parties. Corps, esprit et âme coopèrent. »

Mais dès l’époque romaine la viticulture prospérait dans la région dite Narbonnaise, conquise au 2ème siècle avant notre ère.

Une trace remarquable de ces temps révolus est cette inscription latine trouvée sur un vase : « bois esclave, je ne suis pas vide pour toi », que nous a fait connaitre l’historien Bernard Rieu lors d’une conférence sur l’histoire de la vigne en Roussillon.

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Longtemps la viticulture en Roussillon a été synonyme de vin doux naturels, produits à Banyuls, Rivesaltes, Maury.

enseigne vue à Villeneuve de Conflent

(Il y eut plus tard le Byrrh, apéritif au quinquina qui eut son heure de gloire et dont nous avons visité le fameux site de production, à voir en fin d’article).
 Mais les temps changent, et l’on produit aujourd’hui quasiment autant de vins non mutés.

Pour mieux connaitre ce vignoble et ses vins, on pourra visiter ce site, et celui-ci.

A Perpignan, on se doit de visiter le musée Hyacinthe Rigaud, peintre du roi Soleil, enfant du pays. On y trouve ce grand tableau de Jacob de Backer (16 siècle) représentant Vénus, Bacchus et Cérès

Et cette Cargolade (un plat emblématique catalan) de Louis Delfau (1871-1937)

où l’on peut voir, posé sur la table, le fameux « porro », carafon pour boire à la régalade

et ce marbre sculpté.

A l’hôtel Pams, les superbes grandes fresques ignorent hélas vigne et vin, cette publicité pour Byrrh est juste une consolation et un avant-goût (voir plus bas)

On se consolera en se restaurant au Jean,

excellente adresse à la décoration aérienne

située dans une ancienne tonnellerie près du Centre du Monde (la gare de Perpignan), et dont le patron Jean-Claude,

pâtissier de formation, sait se montrer très hospitalier. Il nous présente cette étonnante bouteille d’un avenir passé :

une cuvée très spéciale !

A Céret, l’église Saint-Pierre présente ce « breuvage du salut » de William Fenech, un peintre local, surprenant calvaire dressé au milieu des vignes.

Au Musée d’Art Moderne, rien à signaler ici, si ce n’est ce Picasso à table

Un peu plus haut, à Arles /Tech, on danse la sardane au son de la cobla en ce jour de « festa major »

L’arrivée à Thuir, patrie du Byrrh, annonce la couleur avec cette rangée de ceps qui borde la route :

Les caves Byrrh, un élixir (« vin tonique et hygiénique au quinquina ») inventé par les frères Simon et Pallade Violet en 1866, y sont installées depuis plus de 100 ans. Exportée sur tous les continents, elle devint aussi la première marque d’apéritif en France dans les années 1930.

Vu sur une porte du fort Queyras

On entre dans la fabrique comme dans une cathédrale

 Le clou de la visite est un foudre de plus d’1 million de litres, où l’on faisait vieillir l’élixir afin que toutes les bouteilles aient le même goût !

Voici le tableau de commande de ce gigantesque site de production

Et voici des vues d’époque du hall de gare Eiffel et du quai de chargement

Coup de génie publicitaire, un concours d’affiches lancé en 1903 a inspiré plus d’une centaine d’artistes. En voici quelques unes

On trouvera les 112 primées sur le site du cartoclub aveyronnais, comme celle-ci qui reçut un 2ème prix

Concours d’Affiches BIRRH

et celle-ci, attendrissante, un 5ème prix

autres temps autres moeurs

Les enfants sont les bienvenus chez Byrrh d’ailleurs !

la publicité, le nerf de la guerre. Ces affiches sont de Georges Leonnec.

En voici quelques autres du même.

A la sortie, c’est l’embarras du choix

Nous terminons ce bref parcours à Maury, à la cave des vignerons, où l’on peut déguster la production du cru :

des vins doux naturels, reconnaissables à la bouteille trapue créée dans les années 80,

« Ces vins dits TUILÉS parce qu’ils proviennent de raisins noirs ou AMBRÉS parce qu’ils proviennent de raisins blancs sont des vins aromatiquement complexes servis en début ou en fin de repas », avec « des arômes de fruits confits, d’orange et de miel … pour les AMBRÉS », et aussi « des notes de cacao, de torréfaction, de pruneau … pour les TUILÉS ».

Mais il y a aussi depuis quelques années des vins rouges secs, où domine « LE CEPAGE de prédilection, lequel peut être vinifié soit en vins doux soit en vins tranquilles : le grenache noir. » 

Voulez-vous déguster ? nous a-t-on demandé gentiment. Vin(gt) dieu(x) ! on est là pour ça !

Et merci encore !

Entre Gaillac et Rabastens…

s’étend le vignoble de Gaillac, et bien au-delà.

Ce petit vignoble de près de 7000 hectares s’étend sur une région de plus de 1000 km2, jusqu’à Albi et au-delà à l’Est, Cordes/Ciel au Nord, Rabastensà l’Ouest, et s’étend encore plus au Sud sur la rive gauche du Tarn.

En ce début août, on pouvait y être facilement, « entre Gaillac et Rabastens » (expression qui signifie être pompette), tant sont bons les vins du cru que l’on pouvait déguster à loisir lors de la fête des vins qui se tenait, comme chaque année, le premier week-end d’août, au parc de Foucaud.

Une cinquantaine de domaines y faisait gouter leurs vins. Des vins jeunes pour la plupart, à l’exception du château Labastidié qui proposait ses vieux millésimes.

Nous avons particulièrement apprécié le mauzac blanc du domaine de Carcenac, ainsi que les vins Vigné-Lourac (les perles blanc, Assemblage de Mauzac, de Loin de l’Œil et de Sauvignon , de la cave Gayrel, un vin simple et savoureux servis au Buffet VIP offert par les vignerons Gaillacois) ; signalons aussi de la même maison le rond et gourmand  Le Rubis rouge, Assemblage de Braucol, de Duras, de Syrah et de Merlot.

On pourra lire là un article sur le chapitre de l’Ordre de la Dive Bouteille de Gaillac qui se tenait concomitamment. Notre ami Pierre, grand Amphitryon du Conseil des Echansons de France, y fut intronisé, entouré d’une délégation de celui-ci, ainsi que 3 autres personnalités régionales.

A Cordes/Ciel, sublime village perché à l’histoire imposante, le vin de Gaillac nous était conté : l’ancienneté de son histoire,

la diversité de ses vins,

les caractéristiques des cépages locaux

Recvenons sur l’expression « Estre entre Gaillac et Rabastens ». Guillaume Gratiolet de France Bleue Occitanie nous assure ici qu’il s’agit d’une expression occitane très ancienne, à rapprocher d’autres comme « aver un pe dins las vinhas » ou « , prener la cigala « .

« La légende raconte que cette maxime trés ancienne vient [] de Lisle-sur-Tarn on y disait que les gens ivres n’avaient pas su choisir entre les vins de Gaillac et Rabastens et avaient donc dû les déguster à plusieurs reprises. »

Il rapporte aussi :
« A Graulhet per d’aiga avèm pas set ! : (À Graulhet, pour de l’eau, nous n’avons pas soif ! )
De pan e de vin, lo rei pòt venir (Pain et vin, le roi peut venir).
Cada jorn, un còp de vin, estalvia cinc sòus del medecin, (tous les jours, un verre de vin, épargne les cinq sous du médecin.) »

et conclut :
« Nous faisons bien la différence avec Estre Sadol coma un pòrc o bandat coma una ascla être ivre mort si vous préférez et estre entre Gaillac et Rabastens, qui reste synonyme d’une légère consommation d’alcool« .
Ouf !

jardinière à Cordes sur Ciel

Invincible vigneron

Dans le Tarn, à quelques kilomètres au nord de Gaillac, à Broze, il est un musée qui présente une extraordinaire collection d’objets liés au vin et à la viticulture, l’InVINcible VIGNEron.

Elle est l’oeuvre de Theo Elzinga, un ci-devant vigneron dans le Muscadet, passionné par les objets du vin, qui a déménagé sa collection il y a une dizaine d’années pour ouvrir ce musée. Il comptait à l’époque quelques 8000 objets, il en compte plus du double aujourd’hui. Voir ici l’article que la Dépêche lui consacra à l’époque.

Nous avons pu le visiter, guidés par Manu, son gendre, en compagnie d’Henri Plageoles et de Michel Houdet, respectivement Grand-Chancelier et Commandeur de la Confrérie de la Dive Bouteille de Gaillac, et de nos amis Daniel Fréry, conservateur du Musée du Vin de Paris, et Pierre Jobard son adjoint.

Une impressionnante collection de plaques de cheminée accueille le visiteur.

Les anciennes cuves de ce bâtiment viticole sont intelligemment adaptées pour abriter des collections

Au fil des salles s’alignent les outils de vignerons, tonneliers, distillateurs, buveurs, publicitaires et des oeuvres artistiques, comme ce tableau représentant le port de Gaillac en 1863, dû au peintre Gordon Frickers,

ou cette scène de danse dans les vignes de Robert Rolland, un peintre et aquarelliste lyonnais.

On reconnait avec plaisir l’ habit de tonnelier de Nicolas de l’Armessin, déjà rencontré, des scènes de vendanges

des représentations religieuses,

un vendeur ambulant de vin, métier disparu

Il y a des statues de toutes sortes et de tout matériaux ( bronze, bois, céramique…) comme ces personnages bachiques

ce vigneron à la serpe

ces personnages « à cheval sur mon tonneau »

et ces figures féminines

Belle collection d’affiches publicitaires pour les vins et liqueurs

Qui connait encore cette Pimprenelle, censée remplacer le vin ?

Les produits phytosanitaires ne sont pas en reste

Voici encore des objets décoratifs : enseigne, assiettes, pendule, tonnelets,etc.

Les franciliens apprécieront cette assiette qui vante le vin de Suresne

Il y a bien bien sûr des représentations humoristiques, comme ces moines qui font bombance

peut-être se servaient-ils de cette gourde ?

et de cette canne tire-bouchon ?

Voici un code pénal à méditer

comme cette mise en garde contre la soulographie

Cette affiche, très datée 3ème république,, et particulièrement réactionnaire, est due à l’illustrateur et caricaturiste Achille Lemot

Puisqu’on est dans les alambics, en voici un plan :

Des alambics, il y en a!

La collection d’outils est impressionnante

Nous avons remarqué ces outils d’arrachage

et ces accessoires de cave (égouttoir, percefûts, pompe, robinets de fût-, vélo !)

Ici une machine de remuage, pour faire du champagne ?

Nous connaissions le « comité de propagande et de diffusion de vins français », fondé dans les années 30. Nous l’avions pisté jusqu’en 1967. Nous voyons ici qu’en 1969, il remettait encore des médailles

Enfin ne partons pas sans emporter ces précieuses indications pour faire de la piquette.

Terminons cette visite avec un poème de Jean Cévenol

Nous espérons avoir donné envie au lecteur du Bon Clos de visiter cet incroyable musée.

Merci à notre guide Manu (ci-dessus), et respect à Theo Elzinga, incroyable vigneron et collectionneur !

Au château à Toto

Nous revoici à Bruniquel, où comme chaque année une oeuvre du maestro Offenbach est montée, avec toujours la même ferveur, le même enthousiasme de la troupe rassemblée autour de Frank T’Hézan et de Jean-Christophe Keck.

Voici cette fois un opéra-bouffe rarement joué, le Château à Toto, qui date de 1868.

(Pour tout dire il l’a été déjà en 2008 à Bruniquel)

Résumons l’affaire : le comte Hector (Toto) qu’une  vie dissolue  a mis sur la paille, revient au village pour vendre son château. Vieilles rivalités, intrigues, invraisemblables péripéties et autres loufoqueries n’empêcheront pas qu’à la fin, c’est l’amour qui gagne !

Ce n’est peut-être pas une oeuvre majeure du maître, mais elle a ses mérites, dont une jolie chanson à boire à la fin du 2ème acte : Après la vente du château, Toto (Aude Fabre) fait apporter du vin et offre une tournée générale !

On peut aussi écouter cette version plus complète enregistrée sous la direction d ‘Alfred Herzog en 2002-2003 (Laetitia Ithurbide est Hector de la Roche-Trompette, dit Toto). Et merci à l’ami Bernard de nous l’avoir transmise.

(On trouvera le livret de Meilhac et Halévy sur Wikisource)

C’est du vin, oui, du vin,
Et quel vin, du vin fin.
Ils tremblaient / Ils craignaient
Qu’on portât / De l’orgeat.
Car l’orgeat / On sait ça,
Fait mal à / L’estomac.
Le vin vieux / Vaut bien mieux
Et nous rend / Bien portant.
Boire trop /De sirop
Affadit, / Refroidit,
Mais on peut / Tant qu’on veut,
Sans danger, / Se gorger
De bon vin ; / C’est très-sain.
Et ça fait / Que l’on est
Tout à fait / Guilleret.

On appréciera ces vers à 3 pieds !

Bons villageois tendez vos verres
Et buvez le vin de mes pères.
Buvons, buvons, mes chers amis,
Buvons, et ceux qui seront gris
Dans des voitures seront mis,
Et chez eux seront reconduits ;
Dans leurs lits on les couchera,
Toute la nuit on dormira,
Et quand le jour reparaîtra,
Qui voudra se regrisera

(Sadressant aux bouteilles).

N’ayez pas peur, mes bonnes vieilles,
Avec respect on vous boira ?
Jeunes filles, vieilles bouteilles.
La vie est douce avec cela.
Buvons mes chers amis, etc.

Les participants, artistes, figurants, spectateurs le savent : le bonheur est là ! 
Si chaque spectacle se termine par un souper chantant dans les ruines du château et se conclut aux accents du Se Canto, il nous a semblé qu’il manquait une antienne pour accompagner le festival.

On propose donc cette petite composition ,à chanter sur l’air entrainant de la samba brésilienne de Francis Lopez.

Chaque année à Bruniquel
On rejoue les immortelles
Les opérettes à papa
Qui nous laissent baba
En dansant sur les pas
D’ Offenbach

Chaque été au festival
C’est la même bacchanale
De tous les enamourés
Qui reviennent chanter
Car le bonheur est là
Ici-bas

Il y a là les vieux de la vieille
Les jeunesses, les merveilles
Les artistes, les mécènes
Et tous ceux qui reviennent
Chaque soir par centaines
Vivre ça

C’est une oeuvre magnifique
Digne des jeux olympiques
Quoique de modeste ampleur
Car elle unit les coeurs
Et prouv’ que le bonheur
Il est là

C’est la fête à Bruniquel !

Le roi Lire

Voici déjà quelques semaines que celui qui a fait aimer la lecture à des millions de français et de francophones a tiré sa révérence.

Le Roi Lire s’est tiré,
nous laissant désemparés,
à sa mémoire, il faut boire
!

On le sait, cet amoureux des livres aimait aussi le vin.

Enfant du Beaujolais (« le cru entre deux chais ») où sa famille possédait une vigne, il lui doit sa carrière, comme il le raconte joliment dans son « dictionnaire amoureux du vin ».

C’est en effet avec l’envoi d’un « caquillon » (petit tonneau) de beaujolais, qu’assez inculte en littérature, il fit sont entrée au Figaro littéraire, lui qui visait plutôt l’Equipe. Maurice Noël, qui l’engagea, avait du nez !

Au fil des pages, il nous y compte ses bonnes fortunes : les cinq occasions qu’il eût de déguster le vin de la Romanée Conti, comme sur le plateau d’Apostrophes, où il a « sacrifié » une bouteille de sa cave personnelle… ; les Charmes (« la volupté même ») et Bonnes-Mares bus à la Paulée de Meursault ; les Chambertin dégustés chez Mme Bise-Leroy..

B.P. intronisé Chevalier du Tastevin

On découvre quelques anecdotes piquantes : l’admonestation par un gendarme à la Paulée de Meursault qui lui confisqua la bouteille d’eau placée sur la plage arrière, et la remplaça par une bouteille de vin (interdiction d’apporter de l’eau pendant la Paulée) ; l’organisation sur son conseil à Qincié en Beaujolais, son port d’attache, du Congrès de l‘institut français des farces et attrapes

Mais nous donnerons la palme à l’interview du chancelier Helmut Kohl par une équipe de France 2. Le chancelier leur servit un riesling bouchonné « jusqu’à l’os » dont il n’avait pas décelé le défaut. Comment le faire remarquer sans l’embarrasser et l’humilier ? Lui-même s’en était il rendu compte par la suite ? Personne ne s’y risqua et tous durent ingurgiter l’infect breuvage !

©KCS PRESSE – St-Emilion le 10/10/2003 – N¡ 2003102279 En préparation des Dicos d’Or qui doivent se dérouler dans la région, Bernard Pivot a assisté à une dégustation au Château d’Angelus.

Pivot fait aussi l’article pour le parc à thème Duboeuf à Romanèche Thorin (on ira !), il nous remémore le marathon des leveurs de coude de Saint-Germain des Prés (créé en 1987),

vante les mérites du Champagne (« le seul vin qui laisse une femme belle après boire », selon madame de Pompadour ; les dérangements intestinaux de Pasteur guéris par du champagne glacé), et de l’Hermitage blanc (« qui ne craint pas l’ail »)

Il donne aussi des répliques pour des dégustations (« j’en connais des meilleurs qui ne valent pas celui-là »)

Il nous fait croiser Matisse et son verre de vin d’Alsace

et nous cite » l’effroyable »Bacchus sortant de l’ombre de Paul Rebeyrolle

Screenshot

Tout se tient : on apprend aussi que pivoter signifiait, en argot militaire du 18ème siècle, boire à la régalade.

Merci pour tout ami Bernard, pour les soirées animées d’Apostrophes et ton amour contagieux du vin. Bon séjour au Paradis des buveurs !

Le vin, ce n’est pas de la petite bière, disais-tu. Et pourtant…

Parodies bachiques

Le concert de Willie Christie et de ses Arts Florissants tenu mardi 25 juin à la Cité de la Musique nous a révélé des parodies bachiques, sorte de goguettes qui détournent des airs d’opéra ou d’opéra-comique.

C’était l’habitude à l’époque classique, où il y avait sans doute plus de rimeurs que de compositeurs et où la reprise d’airs connus du public rendait plus facile la diffusion des nouvelles chansons.

Judith le Blanc a étudié ce phénomène. Dans son article : Le phénomène parodique, révélateur et catalyseur des succès de l’Opéra, elle constate que « Lully est également le compositeur le plus parodié au sens musical du terme, sous la forme de pièces détachées, pendant toute la première moitié du xviiie siècle « , et que « les airs de Lully se diffusent en revanche à la fois horizontalement et verticalement, leur simplicité, leur universalité et leur qualité mnémotechnique, ayant le pouvoir – sinon le charme – de rendre les frontières sociales poreuses « depuis la Princesse jusqu’à la servante de cabaret »

« Pour qu’un opéra ait du succès, il faut en effet que le public puisse s’en approprier des airs, autrement dit, il faut qu’il soit un réservoir de tubes. Un opéra n’a de succès que si le public de l’époque sort du théâtre en en fredonnant certains airs. » « Tout est fait pour faciliter l’apprentissage et la participation du spectateur chantant

Pour aller plus loin, voir aussi l’ouvrage publié par Judith le Blanc chez Garnier classiques :

Avatars d’opéras, Parodies et circulation des airs chantés sur les scènes parisiennes (1672-1745)

Les parodies chantées par les Arts Florissants sont dans le recueil « parodies bachiques, sur les airs des symphonies des opéra », paru en 1696.

Il fait la part belle à Lully. Mais les airs joués par les Arts Florissants sont de Marc-Antoine Charpentier (Médée, I : chi témé d’amore =malgré l’esclavage ; III : second air des démons= que sur mer et sur terre ) et de Henry Desmarest (Circé, V: le prélude des vents= lorsque je suis au cabaret). Pas de signature pour les textes, mais des initiales :  M.R et Md’Y.

Dommage de ne pas avoir d’enregistrement de ces parodies. Mais on peut écouter les airs originaux, en chantonnant les parodies :

Chi teme d’amore, par le concert spirituel

Malgré l’esclavage où l’amour t’engage De ce doux breuvage Parbleu tu boiras

Le second air des démons, Par les arts florissants

Le prélude des vents, par Boston Early Music Festival Orchestra

Lorsque je suis au cabaret A l’ombre d’un buffet Je me moque du temps…

D’une trop c courte vie, rions et chantons, Vuidons les flacons…

A noter, parmi les dizaines de parodies répertoriées dans le recueil de monsieur Ribon, cette mention du rouge bord dont nous avons parlé il y peu.

Amis je bois un rouge bord, secondez mon effort

Pour les gastronomes, des parodies ont été écrites pour accompagner des recettes de cuisine. Voici le festin joyeux, publié en 1738, (déjà rencontré).

On y retrouvera la recette des fricandeaux en ragoût, chantée sur l’air Boire à la capucine.

A le parcourir, on réalise que c’est quand même quelque chose, la gastronomie française ! et qu’elle vient de loin…

Pour les amateurs de cuisine au vin, on recommandera par exemple :

Les pigeons au soleil
La galantine de poisson
Le brochet rôti à la Bavière
La matelote aux petits oignons
Les soles à l’espagnolle
la carpe farcie à l’angloise
les truites aux huitres
La barbue au court-bouillon
les soles à la sainte Menou
l’anguille à l’angloise
les lottes à l’allemande
les vives aux truffes vertes
la terrine de poisson
Le faisan à la sauce à la carpe,
La hure de sanglier,
La teste de boeuf à l’angloise
Les andouilles de porc
Les pieds à la Sainte Menou
Les lapereaux à l’espagnole

Tous les airs sont en fin de volume