Décidément, ce poète est présent dans nos colonnes. Nous citions il y peu son repas ridicule, à propos de l’expression « rouge-bord », et plus anciennement une chanson à boire, écrite à 17 ans, « au sortir de mon cours de philosophie« .

Philosophes rêveurs, qui pensez tout savoir,
Ennemis de Bacchus, rentrez dans le devoir:
Vos esprits s’en font trop accroire.
Allez, vieux fous, allez apprendre à boire.
On est savant quand on boit bien:
Qui ne sait boire ne sait rien.
S’il faut rire ou chanter au milieu d’un festin,
Un docteur est alors au bout de son latin:
Un goinfre en a toute la gloire.
Allez, vieux fous, allez apprendre à boire.
On est savant quand on boit bien:
Qui ne sait boire ne sait rien.
Cette « chanson à boire du bon vieux temps » a été mise en musique « à l’ancienne » par Camille Saint-Saëns en 1885 (voir la partition ici)

Boileau en a écrit deux autres, dont on ne connait pas de musique…
Chanson A Boire II (vers 1653-56)
Soupirez jour et nuit sans manger et sans boire;
Ne songez qu’à souffrir;
Aimez, aimez vos maux, et mettez votre gloire
À n’en jamais guérir.
Cependant nous rirons
Avecque la bouteille,
Et dessous la treille
Nous la chérirons.
Si sans vous soulager une aimable cruelle
Vous retient en prison,
Allez aux durs rochers, aussi sensibles qu’elle,
En demander raison.
Cependant nous rirons
Avecque la bouteille,
Et dessous la treille
Nous la chérirons.
Chanson à boire III (1672)
Celle-là demande quelques explications : le château de Basville, sur l’actuelle commune de Saint-Chéron dans l’Essonne, appartenait à Guillaume Ier de Lamoignon, marquis de Basville, magistrat français, premier président du Parlement de Paris, nommé par Mazarin. Il y recevait ses amis gens de lettres, notamment Boileau avec qui il était très lié. Arbouville, un de ses parents. On devait bien boire à sa table !
Bourdaloue (à Paris) et Escobar (à Valladolid) étaient des prédicateurs de renom. Le second jugé laxiste eut ses oeuvres condamnées par le pape Innocent XI.
Que Bâville me semble aimable,
Quand des magistrats le plus grand
Permet que Bacchus à sa table
Soit notre premier président!
Trois muses, en habit de ville,
Y président à ses côtés:
Et ses arrêts par Arbouville
Sont à plein verre exécutés.
Si Bourdaloue un peu sévère
Nous dit, Craignez la volupté;
Escobar, lui dit-on, mon Père,
Nous la permet pour la santé.
Contre ce docteur authentique
Si du jeûne il prend l’intérêt,
Bacchus le déclare hérétique,
Et janséniste, qui pis est.
Terminons cet article avec une chanson anonyme du 18ème siècle, mise en musique par Erick Satie dans son recueil de chansons (1920) :

C’est mon trésor, c’est mon bijou,
Le joli trou par où
Ma vigueur se réveille…
Oui, je suis fou, fou, fou,
Du trou de ma bouteille.
Quel coquin ce Satie !