Pepito

Cette pièce de Jacques Offenbach, créée en 1853, est, dit-on, « le prototype de toutes ces œuvres brèves, monologues musicaux, saynètes à  deux ou trois personnages, qui permirent à  Offenbach d’alimenter le théâtre des Bouffes-Parisiens « . Nous apprenons qu’elle se donnera en version concert à l’Odéon de Marseille début janvier, sous la baguette de J.C.Keck.

Si nous en parlons, c’est qu’elle recèle un air à boire bien sûr, un de plus dans la production du Maître. L’histoire, trop banale pour être contée, se déroule au pays basque. De retour au village, Miguel, ami d’enfance de Manuelita, en tombe amoureux. Mais il a un rival (Vertigo) et l’aimée est déjà fiancée (à Pepito)…

Nous en avons trouvé une version franco-allemande, il est vrai que » Das Mädchen von Elizondo » a connu le succès outre Rhin ; heureusement les airs chantés sont en français. L’air commence à 27 m 43s

MIGUEL.
Bruit charmant
Doux à mon oreille.
VERTIGO, MANUELITA.
Pan, pan, pan !
MIGUEL.
Bruit charmant
Du bouchon sautant !
VERTIGO, MANUELITA.
Pan, pan, pan !
MIGUEL.
Gardien de la liqueur vermeille,
Mon pouce aidant,
Ouvre-lui vite la bouteille
En t’échappant !
Lorsque du bouchon le fil se rompant
Le liège libre, enfin s’échappant
S’élance dans l’air et va le frappant,
Répétons en chœur son joyeux pan pan !

MANUELITA.
Bruit plus doux
Du nectar qui coule !
MIGUEL, VERTIGO.
Gloux, gloux, gloux !…
MANUELITA.
Bruit plus doux,
Tu sais plaire à tous ! 
MIGUEL, VERTIGO.
Gloux, gloux, gloux !
MANUELITA.
De la rouge et vineuse houle
Refrain si doux,
Tu rendrais l’oiseau qui roucoule
De toi jaloux !
Lorsque du nectar les flots en courroux
Jettent à l’oreille leur refrain si doux,
Les bras enlacés, nous rapprochant tous,
Répétons en chœur les joyeux gloux gloux !

Au même Odéon de Marseille on a pu voir et écouter en décembre la Permission de Dix heures,  un opéra comique en un acte, composé en 1867. Là, pas d’air à boire, mais une scène de griserie croquignolesque ( le soldat Larose Pompon et le sergent alsacien Lantenrnick sont amoureux)….

Ci-dessous un extrait d’une production du Festival Offenbach d’Etretat 2018 (à 7m 20s)

Erst trinken wir noch eins

« Buvons encore un coup, d’abord« .

Voici une chanson que l’on pouvait entendre en Allemagne dans les années 30. On la doit à Willy Rosen, un pianiste fantaisiste prolifique (il composa plus de 600 chansons) qui se produisait dans les cabarets de Berlin.

Elle-ci nous parle d’un père de famille (les enfants, soyez sympa !) qui n’a pas de quoi payer le loyer (mais le proprio peut attendre…), Garçon ! une bière ! et à la pause, une saucisse, et on a soif à nouveau…

Kinder, kommt, und seid jemütlich. Jetzt ist es jrade so nett
Kinder, kommt, und seid doch friedlich.

Zanken könnt ihr euch im Bett!
Ick hab noch das Jeld für die Miete bei mir, der Hauswirt kann warten. Herr Ober, ein Bier!
Erst trinken wir noch eins, erst trinken wir noch eins und dann jehn wir noch nich nach Hause
Erst trinken wir noch eins, erst trinken wir noch eins und dann machen wir eine Pause
Und in der Pause, da essen wir ‘ne Wurscht, denn nach so ‘ner Wurscht kriegt man immer
Wieder Durscht, hmm!
Dann trinken wir noch eins, dann trinken wir noch eins, und dann jehn wir noch nich nach
Hause
Bier her, Bier her, oder ick fall um!
Kinder, ach, wie schön wars früher, da hat man doch noch jelebt
Heut kommt der Jerichtsvollzieher der blaue Vöjelchen klebt
Doch schleppt er auch weg unser Prachtgrammophon – das Lied, worauf’s ankommt, das
Kenn’n wir ja schon:
Erst trinken wir noch eins …
Trink’ma noch’n Tröppchen, trink’ma noch’n Tröppchen aus det kleene Henkeltöppchen
Trink’ma noch’n Tröppchen, trink’ma noch’n Tröppchen aus det kleene Henkeltöppchen
Prost Rest! Prost Rest! Prost Rest!

La chansons a été popularisée par les Comedian Harmonists, un groupe vocal qui connut un succès international à l’époque.

Les chansons de Willy Rosen sont pleines d’humour, on peut en écouter une quarantaine sur Youtube. Certaines sont attendrissantes comme ce  »Venezuela » (« Venezuela Tango! Der Text ist von Schwenn, Schäffers und mir. Der Musik, ist also von mir » April 1932) où tout le monde est heureux… (texte et beaucoup d’information dans les commentaires).

Mais c’était le bon temps, le bon temps c’est fini…

Willy Rosen, réfugié en Hollande, fut rattrapé par la solution finale et mourut à Auschwitz en septembre 1944. On pourra lire son histoire sur le site https://textundmusikvonmir.co.uk.

Son ar chistr : la chanson du cidre

Voici une petite chanson bretonne sympathique dont les succès a dépassé les espérances de ses auteurs, les frères Jean-Bernard et Jean-Marie Prima, deux jeunes de Guiscriff, en Cornouaille, qui l’ont composée un soir de battage en 1929.

Que dit-elle ? Bois donc du cidre, Laou, car le cidre est bon !

Elle est entrainante, c’est une chanson (Kan) où chaque phrase du kaner est repris par un diskaner .
En voici la teneur :

Ev chistr ‘ta Laou, rak chistr zo mat, loñla 
Ev chistr ‘ta Laou, rak chistr zo mat 
Ev chistr ‘ta Laou, rak chistr zo mat 
Ur blank, ur blank ar chopinad loñla 
Ur blank, ur blank ar chopinad

Ar chistr zo graet ‘vit bout evet, loñla
Hag ar merc’hed ‘vit bout karet

Karomp pep hini e hini, loñla
‘Vo kuit da zen kaout jalousi

N’oan ket c’hoazh tri miz eureujet, loñla
‘Ben ‘vezen bemdez chikanet

Taolioù botoù, fasadigoù, loñla
Ha toull an nor ‘wechadigoù

Met n’eo ket se ‘ra poan-spered din, loñla
Ar pezh ‘oa bet lavaret din

Lâret ‘oa din ‘oan butuner, loñla
Ha lonker sistr ha merc’hetaer

Ev chistr ‘ta Laou, rak chistr zo mat, loñla
Ur blank, ur blank ar chopinad

Bois donc du cidre, Laou, car le cidre est bon lonla
Bois donc du cidre, Laou, car le cidre est bon
Bois donc du cidre, Laou, car le cidre est bon
Un sou, un sou la chopine lonla
Un sou, un sou la chopine

Le cidre est fait pour être bu
Et les filles pour être aimées

Aimons chacun notre chacune
Et il n’y aura plus de jalousie

Je n’étais pas marié depuis trois mois
Que je me faisais chicaner chaque jour

Des coups de pieds, des gifles
Et flanqué à la porte quelquefois

Mais ce n’est pas ce qui me chagrine le plus
C’est ce qu’on disait de moi

On disait de moi que j’étais fumeur
Buveur de cidre et coureur de jupons

Bois donc du cidre, Laou, car le cidre est bon
Un sou, un sou la chopine

Alan Stivell l’a fait connaitre en 1970,

elle fut reprise par d’innombrables groupes,

franchissant les frontières, devenant Zeben Dag Lang (7 jours durant) en 1976 avec le groupe Bots aux Pays-Bas, (Was wollen wir trinken, sieben Tage Lang , en Allemagne)

Wat zullen we drinken /Zeven dagen lang/Wat zullen we drinken, wat een dorst
On ne parle plus de cidre, mais qu’allons nous boire pour étancher la soif ?
Ja drinken we samen, niet alleen (nous boirons tous ensemble, pas tous seuls)
Dan zullen we werken/Zeven dagen lang (et puis nous travaillerons, 7 jours durant)…

La chanson a parcouru l’Europe jusqu’à Saint-Petersbourg avec Отава Ё, ou l’Ukraine avec FRAM

Terminons avec cette captation d’un concert de Gwennyn ,Tri Yann, Gilles Servat, à Quimper, diffusée en 2017 sur France 2.

Ha dañsit bremañ!

La Esmeralda

Voici, sur un livret de Victor Hugo, un opéra de Louise Bertin, compositrice assez oubliée mais qui mérite qu’on s’y intéresse.

Il date de 1836 et est inspiré de Notre-Dame de Paris.

Il contient au 3ème acte une scène de taverne avec un air à boire assez remarquable : « Sois propice et salutaire… »

Sois propice et salutaire,
Notre­Dame de Saint­Lô,
au soudard qui sur la terre
n’a de haine que pour l’eau!

Donne au brave,
en tous lieux,
bonne cave
et beaux yeux !
L’heureux drille !
Fais qu’il pille
jeune fille
et vin vieux !

Qu’une belle
au cœur froid
soit rebelle,
~ On en voit,
~ il plaisante
la méchante,
puis il chante,
puis il boit !

Le jour passe;
ivre ou non,
il embrasse
sa Toinon,
et, farouche,
il se couche
sur la bouche
d’un canon.

Et son âme,
qui souvent
d’une femme
va rêvant,
est contente
quand la tente
palpitante
tremble au vent.

On peut écouter cet air dans cette version enregistrée à Montpellier en 2008.

Résumons l’histoire : Esmeralda est tombée amoureuse du fougueux capitaine Phoebus mais va être victime d’une machination ourdie par le prêtre Frollo, amoureux éconduit, fou de désir.

On peut en voir en ce moment aux Bouffes du Nord une adaptation avec une distribution assez réduite, mais de grande qualité. Nous y retrouvons notre chouchou Christophe Crapez, dans le rôle de Quasimodo. Il faut y aller vite, c’est jusqu’au 3 décembre seulement.

Le bon vin, quelques chansons

Nous parlions récemment d’une chanson entendue à Genève, chantée par nos amis de l’Académie du Cep : C’est le bon vin.

Elle est l’oeuvre de Raymond Souplex ( qui en a fait d’autres ! ).

En voici les paroles :

De tous les biens qu’ici-bas l’on nous vante,
Savez-vous bien celui qui nous enchante ? 
C’est le bon vin.
C’est cette liqueur charmante,
C’est le bon vin qui nous enchante.

Ref : C’est, c’est, c’est le bon vin,, C’est le bon vin qui nous met tous en train.

Quand deux amis se sont mis en ribotte,
Savez-vous bien ce qui les ravigotte?
C’est le bon vin.
C’est de ce jus de la treille,
C’est le bon vin qui les réveille.

Ref

Quand deux amis se sont pris de querelle,
Savez-vous bien ce qui vous les rappelle? 
C’est le bon vin.
C’est cette liqueur si chérie,
C’est le vin qui les rapatrie
.

Ref

Si votre Iris est un peu trop volage..
Savez-vous bien ce qui vous en dégage?
C’est le bon vin.
C’est cet excellent breuvage,
C’est le bon vin qui nous en dégage.
 

Ref

On peut aussi l’écouter sur chansonsaboire.com

Et voici la version de la joyeuse garde

Une chanson en appelant une autre, voici « Le bon vin » , une chanson à répondre et à rallonge, de Cyril Le Troll, barde breton,

Tout en buvant j’ai perdu ma cravate (de soie), mes godasses (de cuir), ma culotte (de crotte), mes chaussettes (qui fouettent) , ma bonne femme (d’amour)… et ma casquette de violette.

Hoho J’aime bien la bouteille, Hehe le bon vin du matin

Encore une ? Tout ce que nous aimons le mieux, bien entendu, c’est le bon vin ! C’est la marche des vendanges.

La voici par son compositeur, l’accordéoniste Edouard Duleu, et son ensemble.

et en prime la partoche de la marche des vendanges.

A l’Académie du Cep de Genève

Le 16 septembre dernier, l’Académie du Cep de Genève fêtait son 70ème anniversaire.

C’est une belle confrérie, qui compte plus de 500 membres, très implantée dans le canton de Genève parmi les vignerons, les personnalités, et les amateurs de vin.

Elle a cette particularité de proposer régulièrement des challenges de reconnaissance de cépages, ouvrant droit à des grades dans la confrérie. Le plus « capé » l’a relevé avec succès 22 fois. C’est le Grand-Maître Jacques Jeannerat.

Le genevois produit sur 1500 hectares de vignes des crus variés et de qualité, malheureusement aux prix suisses et donc peu exportés : le Chasselas et le Chardonnay y sont dominants pour les blancs, à côté de l’Aligoté, des pinot blanc et gris, etc. ;  côté rouge, on trouve Gamay et Pinot noir, mais aussi les Gamaret et Garanoir  (croisements de Gamay et Reicheinsteiner très résistants à la pourriture) dont on fait aussi des rosés. Ce chapitre, et la fête des vendanges de Russin, village viticole où il se tenait,  était donc l’occasion de découvrir ces crus. Nous ne serons pas déçus !

Le savoureux déjeuner permit de découvrir la Longeole, la saucisse de Genève faite de chair, de couenne, de gras, et aromatisée au fenouil. Il faut la faire frémir pendant 3 heures et demi dans de l’eau à 74°…

La confrérie de la Longeole vient d’être créée, son Gouverneur est Alain Jenny (ci-dessus), et son vice-gouverneur Jacques Jeannerat.

D’autres confréries étaient présentes, comme les Vignolants du vignoble neuchâtelois et les Olifants du bas-lac en pays neuchâtelois, les confréries du Guillon (pays de Vaud), du Gruyère, des Vignerons de Vevey, les Chevaliers du Bon pain de la Suisse Latine et des Pays de Savoie, et la Fédération des Confréries oenogastronomiques de Suisse.

Ici comme ailleurs on boit et on prête serment pour intégrer la confrérie.

Les conversations allaient bon train d’une table à l’autre…

Quelques choses bues…

Un pour tous, tous pour un : c’est la devise de la Suisse.

insignes sur le costumes de Vignolants

L’Académie du Cep dispose d’un ensemble vocal, dirigé par le chef Christophe Orsor.

Il compte une petite huitaine de membres et nous a régalé d’une dizaine de chants, à boire bien sûr, comme« C’est le bon vin » (popularisé jadis par Raymond Souplex).

Le Chant de la Confrérie, composé par le chef Christophe, résonnera longtemps dans les rues de la ville.

In Vino, in Vino, in Vino
In vino veritas
A Genève on dit que le bon vin est notre ami
Et nous serons toujours l’ami du bon vin

Refrain :Bois ce vin compagnon, fruit de la vigne
Et du travail des Hommes
Ô Genevois, soyons fiers et sans soucis
A l’eau de-là, je préfère le vin d’ici

Gloire à nos vignerons, à la vigne et aux raisins
Car ils nous procurent cet excellent vin

Refrain

A NOUS, A LA VIGNE ET AU VIN ! SANTE !

Au centre profil le chef Christophe, et à droite tenant son livret Laurent Fridmann, le talentueux animateur du Chapitre

A l’issue du chapitre, on se retrouva pour une dégustation d’une sélection de vins primés au mondial du chasselas, cépage rarement vinifié dans le grand pays voisin (à l’exception de l’Alsace, où le « gutedel » entre dans la composition de l’Edelzwicker, et du clos de Clamart…).

Il y en avait des jeunes et des vieux, ah que d’aimables sensations!

(Voir la  BD « didactique et ludique » Sur la piste du chasselas, parue en 2022.)

Le lendemain, c’est par une messe oecuménique, menée par un abbé et un pasteur  dans le petit temple de Russin, que commença la journée. Une formation malgache, SOGA (SOisa-GAsy) l’anima de ses chants.

Elle fut suivie d’une réception dans une ferme viticole du village.

la vue depuis la ferme

Avec les édiles du canton

et les éleveurs descendus de la montagne,

on put s’y restaurer et approfondir sa connaissance des crus du canton de Genève.

Ce récipient portant une maxime latine a un cousin germain.

Enfin vint l’heure du défilé, avec ses musiciens, tracteurs, costumes d’antan, et vignerons servant à boire encore et encore avec en toile de fond le Chant de l’Académie du Cep.

Il fallait bien un vin d’honneur dans la cour de la mairie pour conclure cette folle journée. On y but un dernier(?) verre. Mais Genève n’est qu’à 15 minutes de train.

Amis de Genève, Russin, Satigny et de tous les cantons helvétiques : à bientôt !

4 Filles qui aiment le vin (le Pikette Quartet)

Elles sont quatre, Sandrine, Sophie, Patricia, Bérangère, elles jouent de l’accordéon, de la clarinette, du trombone, du saxo, elles chantent des chansons de poètes originaux, elles ont la langue du Sud pyrénéen, et nous proposent un « voyage musical vinicole…poétique et festif ».

Voici un teaser en guise de premier contact.

Après quelques interrogations (apparemment des textes de Guillaume Pignet et Wilfrid Lemaire), on a pu identifier Beu, des Fabulous Troubadors

Bois bois bois du bon vin sans trop t’en faire ami
Bois bois bois rouge ou rosé vert ou blanc
Bois bois bois je connais des centenaires qui en ont bu pendant cent ans

et aussi Vino triste (le vin triste, de Jean Richepin), poème paru dans le recueil « la chanson des gueux » en 1881

https://www.facebook.com/watch/?v=357786964867077

J’ai du sable à l’amygdale.
Ohé ! ho ! buvons un coup.
Un, deux, trois, longtemps, beaucoup !
Il faut s’arroser la dalle
        Du cou.

J’ai le cœur en marmelade,
Les membres froids, l’esprit lourd.
Hé ! ho ! crions comme un sourd
Pour étourdir ce malade
        D’amour.

J’ai le nez blanc, l’œil qui rentre,
Le teint couleur de citron,
Le corps sec comme un mitron.
Je veux trogne rouge, et ventre
        Tout rond.


J’ai, pour guérir ma folie,
Pris un remède, dix, vingt ;
Et puisque tout fut en vain,
Je veux être une outre emplie
        De vin.

Que les verres soient mes armes.
Moi je serai leur fourreau.
Nous tuerons l’amour bourreau
Qui met dans mon vin mes larmes
        Pour eau.

Je ne bois pas, je me panse.
Au bruit du glouglou moqueur
Je fais taire ma rancœur.
Et j’enterre dans ma panse
        Mon cœur.

(Pour les habitués du Bon Clos, la chanson des gueux recèle quelques autres pépites comme du cidre il faut, vendanges, un coup d’bleu, poivrot, ivres-morts, fleurs de boisson, pâle et blonde (la bière bien sûr), mon verre est vidé, sonnet ivre…)

et enfin la java sans modération, de Gilbert Delfaille, un beau texte

Moi j’aime pas les vins chers Ceux qui se vendent aux enchères Et partent en Amérique
Ceux qui font les manières Entre la sole meunière Et les fruits exotiques 

Moi j’aime les vins canailles Ceux qu’ont jamais de médaille Au concours agricole
Qui sont nés sur la paille Qu’ont les cheveux en bataille Ceux qu’ont pas fait l’école

Celui qu’on boit comme ça Sans faire de tralala Çui qu’a pas d’étiquette
Qui s’prend pas au sérieux Qu’en met pas plein les yeux Qu’est tout nu sans liquette

Moi j’aime çui qu’est bien rond Qui joue pas les barons Qui donne son soleil
Pas les grands millésimes Les vieux crus rarissimes Qui vous chauffe les oreilles

Ah qui sont pas vulgaires Mais qu’ont passé la guerre A l’abri dans les caves
Ceux qu’on peut pas toucher Qui doivent rester couchés Qui nous prennent pour des caves

Moi c’est le rouge pas farouche Qui roule bien dans la bouche Ni trop mou ni trop vert
Çui des bois et charbons Qu’a pas le nez bourbon Mais fait chanter les verres

Bien sûr y’a des limites La bibine interdite Où pas tremper ses lèvres
Faut pas pousser le bouchon Avec ces rince-cochons A faire danser les chèvres

Les picrates, les piquettes Qui vous flanquent la casquette Comme un compteur à gaz
Les vicieux qui se maquillent Ceux qui sentent la vanille Et la crème de framboise

Moi c’est pas le jus de semelle C’est jamais l’antigel Ni le méchant qui assomme
Moi c’est le coup d’arrosoir A la tombée du soir Qui fait de mal à personne

Çui qui rend pas mauvais Qu’est pas du sang de navet Ni du gros qui arrache
Çui qui passe sans embrouille Pas le bleu des arsouilles Ni le jaja qui fâche

Çui qui raconte quequ’chose A mon éléphant rose Quand il a l’âme en peine
Qui sait trouver les mots Qui plaisent aux vieux chameaux Passée la cinquantaine

Çui qui vous met le plumet Le copain de Jean Carmet Le petit Château-la-soif
Çui qu’est simple et honnête Qu’est pas sur Internet Mais connaît l’orthographe

La la la la la la…
Çui qu’est simple et honnête Qu’est pas sur Internet Mais connaît l’orthographe

on pourra aussi apprécier la version de l’auteur

Pour les fans, on termine avec un extrait d’un apéro-concert en juillet 2020 au château de Terride en Gaillacois…

https://www.facebook.com/watch/live/?ref=watch_permalink&v=888385661668757

On y retrouve « le temps de finir la bouteille » d’ Alain Leprest, Ecoutons-le aussi…

Cabaret viticole

Belle découverte que celle de ce quatuor venu d’Alsace (Sébastien Dubourg au piano, Nathalie Cawdrey à la flûte, Cécile Bienz à la clarinette, et Marine Nuss au saxo), tout à la fois chanteurs, instrumentistes, acteurs, qui a monté ce spectacle autour de l’amour et du vin.

On pouvait le voir vendredi soir au Château Bonisson, dans les coteaux d’Aix-en-Provence, et encore ce dimanche soir au domaine de la Citadelle, à Ménerbes dans le Luberon.

On. a ainsi pu écouter voir une vingtaine de chansons, des traditionnelles aux voix et arrangements travaillés (Il est des nôtres, le tourdion, qui veut chasser une migraine, de vigne en terre…), des modernes ( (le vin de l’assassin,j’ai bu, je suis soûl/s, ami remplis mon verre, quand j’suis paf…) de nos grands auteurs (La Fontaine, Baudelaire, Ferré, Aznavour, Brel, Nougaro, Mick Micheyl…), et d’autres qu’on n’a pas pu identifier, peut-être des originales de Sébastien Dubourg ? de la metteur en scène Marcela BERNARDO ?

Un spectacle d’un très bon niveau donc, dont on espère qu’il tournera !

les suivre :https://www.facebook.com/cabaretviticole/

Un avant-goût ?

Vous en redemandez ?

https://www.facebook.com/watch/?v=122285546313324

Et merci de sortir de l’oubli Marc Antoine Girard de Saint Amand et sa Débauche…

Nous perdons le temps à rimer,
Amis, il ne faut plus chommer ;
Voicy Bacchus qui nous convie
A mener bien une autre vie ;
Laissons là ce fat d’Apollon,
Chions dedans son violon ;
Nargue du Parnasse et des Muses,
Elles sont vieilles et camuses ;
Nargue de leur sacré ruisseau,
De leur archet, de leur pinceau,
Et de leur verve poetique,
Qui n’est qu’une ardeur frenetique ;
Pegase enfin n’est qu’un cheval,
Et pour moy je croy, cher Laval[2],

Que qui le suit et luy fait feste
Ne suit et n’est rien qu’une beste.
Morbieu ! comme il pleut là dehors !
Faisons pleuvoir dans nostre corps
Du vin, tu l’entens sans le dire,
Et c’est là le vray mot pour rire ;
Chantons, rions, menons du bruit,
Beuvons icy toute la nuit,
Tant que demain la belle Aurore
Nous trouve tous à table encore.
Loing de nous sommeil et repos ;
Boissat[3], lors que nos pauvres os
Seront enfermez dans la tombe
Par la mort, sous qui tout succombe,
Et qui nous poursuit au galop,
Las ! nous ne dormirons que trop.
Prenons de ce doux jus de vigne ;
Je voy Faret qui se rend digne
De porter ce dieu dans son sein,
Et j’approuve fort son dessein.
Bacchus ! qui vois nostre desbauche,

Par ton sainct portrait que j’esbauche
En m’enluminant le museau
De ce trait que je boy sans eau ;
Par ta couronne de lierre,
Par la splendeur de ce grand verre,
Par ton thirse tant redouté,
Par ton eternelle santé,
Par l’honneur de tes belles festes,
Par tes innombrables conquestes,
Par les coups non donnez, mais bus,
Par tes glorieux attribus,
Par les hurlemens des Menades,
Par le haut goust des carbonnades,
Par tes couleurs blanc et clairet,
Par le plus fameux cabaret,
Par le doux chant de tes orgyes,
Par l’esclat des trognes rougies,
Par table ouverte à tout venant,
Par le bon caresme prenant,
Par les fins mots de ta cabale,
Par le tambour et la cymbale,
Par tes cloches qui sont des pots,
Par tes soupirs qui sont des rots
Par tes hauts et sacrés mysteres,
Par tes furieuses pantheres,
Par ce lieu si frais et si doux.
Par ton boucq paillard comme nous
Par ta grosse garce Ariane,
Par le vieillard monté sur l’asne,
Par les Satyres tes cousins,
Par la fleur des plus beaux raisins,
Par ces bisques si renommées,
Par ces langues de bœuf fumées,
Par ce tabac, ton seul encens,
Par tous les plaisirs innocens,

Par ce jambon couvert d’espice,
Par ce long pendant de saucisse,
Par la majesté de ce broc,
Par masse, toppe, cric et croc,
Par cette olive que je mange,
Par ce gay passeport d’orange,
Par ce vieux fromage pourry,
Bref, par Gillot, ton favory,
Reçoy-nous dans l’heureuse trouppe,
Des francs chevaliers de la couppe,
Et, pour te montrer tout divin,
Ne la laisse jamais sans vin.

Vinho Verde et Douro

Nous poursuivons la relation de notre visite au Portugal, où nous sommes venus pour participer au Congrès de la Fédération Internationale des Confréries Bachiques au cours duquel nous avons découvert ces deux régions du Nord du Portugal. L’une produit le vin du même nom, l’autre le célèbre Porto.

Le Vinho Verde, Le vin vert, ce n’est donc pas qu’un vin, c’est aussi une région située au Nord-ouest du Portugal, où le vent du Nord souffle et rafraichit océan et région côtière. La terre ne manque pas d’eau, le pays est bien vert.  La vigne est cultivée en hauteur, et les raisins, exposés à l’humidité et aux maladies,  sont généralement vendangés avant d’arriver à maturité. Le vint « vert «  est donc peu alcoolisé, sec et gagne à être bu frais. Historiquement majoritairement rouge, c’est le blanc qui prédomine dorénavant. Une multiplicité de  cépages (45…) induisent certainement une multiplicité de vins. Nous en retenons un : Casa da Senra,  de cépage loureiro. 

C’est à Viana do Castelo que la  Confraria do Vinho Verde a célébré son 54ème chapitre ; une trentaine de congressistes ont été intronisés.

On reconnaitra un costume et une tête bien connus des amis du Clos !

Les danses folkloriques ne nous ont pas surpris, de semblables ont bien souvent accompagné nos chapitres clamartois.

La Confrérie du Vinho Verde a un hymne, l’âme du vinho verde ! (Artur Coimbra, João Martins). Le voici, chanté par Cristina Lima

Desde a raiz da memória 
Nas terras férteis do Minho
Colhe-se na tradição
O mais saboroso vinho!
Nas festas e romarias
Por esse país profundo 
Brinda-se à alegria
Com o melhor néctar do mun- do!

REFRÃO
Pelo nosso vinho verde 
Que aquece o dia a dia 
Pelos confrades, enfim 
Viva a nossa Confraria!

No mais fresco vinho verde 
Constrói a alma o seu hino 
Entre a serra e o mar
É que se bebe o destino! 
Numa mesa portuguesa
Sobre a toalha de linho
Há sempre um naco de pão 
E um bom copo de vinho!

REFRÃO

Nas lides dos nossos campos 
Quando é p’ra descansar 
Põe-se a merenda ao dispor 
E um tinto a acompanhar!
Não há vinho como o nosso 
Regado a esforço e suor
O sangue de todo um povo 
Num copo de puro amor!

Il faut signaler ici que la version portugaise du fameux Vino Griego a été adaptée, et a pour titre ici « Verde Vinho » !
L’exil des portugais vaut bien celui des grecs ! Elle est chantée par Paulo Alexandre.

Vamos brindar com vinho verde
Que é do meu Portugal
E o vinho verde me fará recordar
A aldeia branca que deixei atrás do mar.
Allons trinquer au vinho verde
Qui est de mon Portugal
Et le vinho verde me rappellera
Mon village blanc au-delà de la mer.
Vamos brindar com verde vinho
P’ra que possa cantar, canções do Minho
Que me fazem sonhar,
Com o momento de voltar ao lar.
Allons trinquer au vinho verde
Qu’on puisse chanter, les chansons du Minho
Qui font me font rêver,
Au moment de retourner à la maison

___________

Au delà des serras do Marão et de Montemuro, la région du Douro jouit d’un climat méditerranéen beaucoup plus clément. Le paysage de collines en terrasses est superbe, et a été classé par L’Unesco.

La Quinta da Pacheca, dont le nom rend hommage à la première propriétaire identifiée (1738) du domaine,  Da. Mariana Pacheco Pereira, produit des vins Douro DOC et Porto. Ce fut le lieu d’une belle dégustation.

Le vin de Porto rouge est fortifié après quelques jours de macération par ajout d’eau de vie de vin à 77°, stoppant ainsi la fermentation, puis passe quelques années en fût ou en foudre. Le tawny est le produit phare, mais le porto blanc, plus sec, s’avère agréable à l’apéritif. 

 Sa production est sans commune mesure avec celle du Madère. On en saura plus sur le Porto en lisant la synthèse de wikipedia.

Cette curieuse structure prolonge la vie d’un chêne multi-séculaire. Son nom : Nectar da Pacheca, son auteur : Oscar Rodrigues (2014).

Voici une autre oeuvre vue sur place.

Le retour en bateau vers Porto donne l’occasion d’admirer les incroyables paysages du Douro et de franchir la plus haute écluse d’Europe (36m). 

Le chapitre de la confrérie du vin de Porto était parfaitement rythmée. Toutes les confréries présentes ont été intronisées.

Et du porto 10 anos Tawny fut servi au diner de gala dans l’historique maison de la Douane.

Ne quittons pas le Portugal sans écouter les commandements du vin !

La bacchante de jean-louis

Personnage atypique de la scène française, Jean-Louis Murat vient de tirer sa révérence. Il avait composé une musique originale et interprété une chanson de Pierre-Jean de Béranger, ‘la bacchante », oeuvre poétique d’une grande puissance érotique, qui chante l’union de l’amour et du vin, sortie en 2005 (album MOCKBA). Elle lui ouvre les portes de la galerie du Bon Clos.

Entre ici, Jean-Louis Murat , et rejoins Pierre-jean de Béranger !

Cher amant, je cède à tes désirs 
De champagne enivre Julie 
Inventons, s’il se peut, des plaisirs; 
Des amours épuisons la folie 
Verse-moi ce joyeux poison 
Mais surtout bois à ta maîtresse; 
Je rougirais de mon ivresse 
Si tu conservais ta raison
 

Vois déjà briller dans mes regards 
Tout le feu dont mon sang bouillonne 
Sur ton lit, de mes cheveux épars 
Fleur à fleur vois tomber ma couronne 
Le cristal vient de se briser: 
Dieu! baise ma gorge brûlante 
Et taris l’écume enivrante 
Dont tu te plais à t’arroser 

Verse encore! mais pourquoi ces atours 
Entre tes baisers et mes charmes? 
Romps ces noeuds, oui, romps-les pour toujours: 
Ma pudeur ne connait plus d’alarmes 
Presse en tes bras mes charmes nus 
Ah! je sens redoubler mon être! 
A l’ardeur, qu’en moi tu fais naître 
Ton ardeur ne suffira plus 

Dans mes bras tombe enfin à ton tour: 
Mais hélas! tes baisers languissent 
Ne bois plus, et garde à mon amour 
Ce nectar où tes feux s’amortissent 
De mes désirs mal apaisés 
Ingrat, si tu pouvais te plaindre
J’aurais du moins pour les éteindre 
Le vin où je les ai puisés