Le musée Carnavalet présente une passionnante collection d’enseignes anciennes, que l’on peut voir par exemple en se rendant à l’exposition Le peuple de Paris au XIXe siècle. Des guinguettes aux barricades (jusqu’au 26 février).
Voici un florilège pour les amis du bon clos. Ce sont bien sûr, pour la plupart, des enseignes de marchands de vins…
Nous n’ignorons pas au bon clos le raffinement des civilisations antiques, notamment en matière de bien vivre et … de bien boire. Qu’on se souvienne des expositions de la reine margot (le nectar des dieux, le jubilé) ou des vins d’Egypte, ou encore de Chio…
L’exposition Pompéi, un art de vivre , qui se tient au Musée Maillol à Paris 7eme devait apporter quelque pièce au dossier. A près une chasse aux images compliquée par la présence de cerbères soupçonneux, l’heure est venu d’en présenter le tableau aux lecteurs du bon clos.
Et en effet Bacchus Dionysos est partout. Le vin n’était-il pas boisson d’immortalité ?
Il nous accueille bien vite, assis sur son trône avec tous ses attributs : la panthère, les cymbales, le thyrse (long bâton, piqué d’une pomme de pin), le canthare en or (vase à boire).
Dionysos trônant (viendrait de la" maison du navire")
Un peu plus loin, voici une grande fresque représentant Dionysos découvrant Ariane endormie, qui se trouvait dans la « maison du Cithariste »
fresque : la rencontre de Bacchus et d'Ariane
Voici ce qu’en disent Jean Charbonneaux et alias dans Grèce Hellénistique, Gallimard 1970 (trouvé là)
Ariane est couchée sur les genoux de Hypnos, le génie ailé. Éros la dévoile au regard de Dionysos, couronné de myrte, qui tient le thyrse. Au second plan, Pan, admiratif lui aussi, une ménade, un joueur de flûte, un satyre qui aide Silène à grimper la montagne avec sa canne ; un autre dieu Pan regarde au sommet du rocher un dernier personnage (Pan, lui aussi). « C’est le ciel, mais un ciel chargé de nuages, qui règne au-dessus des rochers de l’île de Naxos. La découverte par Dionysos d’Ariane endormie est présentée avec une singulière poésie : le mouvement arrêté de Dionysos, qu’enveloppe le vent, la grâce du corps nu d’Ariane forment un premier plan qui laisse par derrière s’agiter la troupe insoucieuse des compagnons de Dionysos ; seul le vieux Pan a déjà conscience de la découverte d’Ariane et son geste souligne celui du jeune dieu. Le mouvement d’un satyre, qui se retourne pour appeler son compagnon, resté en arrière-plan, au sommet des rochers, accentue la profondeur d’un espace que la brume du matin rend presque fantomatique. Cette pâleur de l’aube ne marque les corps que d’ombres légères, mais les couleurs tendres, les ors, les verts, les bruns rouges, présentent une variété de tons infinis sous l’effet de la lumière : ici les ombres ne sont plus que des nuances de couleur et la lumière elle-même ne semble que le reflet de ces nuances. » Jean Charbonneaux – Roland Martin – François Villard, Grèce hellénistique, Gallimard, 1970, p. 148.
Le voici aussi porté par son père nourricier, Silène
Bacchus dans les bras de Silène (table en marbre)
Une statue de Bacchus posant le pied sur une panthère
Cet éphèbe a été paré d’une vigne (maison de Fabius Rufus)
Celui-là d’un appendice naturel
Il y a aussi ces médaillons présentant des divinités Cette applique ornait un lit de banquet (triclinum)
Florilège de vases et gobelets
rhyton en argile noisette
En sortant, les soiffards peuvent se rafraîchir le gosier chez CDiscount ( autodégustation non stop)
et glisser un oeil chez Kin Liou au 81 rue du bac (Objets uniques objets anciens objets de charme)
pour dénicher ce superbe vendangeur noir en bronze (le tonneau est en bois) qui daterait du 19ème siècle (dites un prix pour voir)
Sera-t-on surpris d’apprendre qu’on produit du vin en Egypte aujourd’hui, et qu’il se laisse boire volontiers ?
pas dans cette carafe de la 18eme dynastie (vers -1550-1300)
« une prouesse technique extraordinaire » selon Hugh Johnson (Histoire Mondiale du Vin), qui nous rappelle une grappe de faïence émaillée vue à la reine margot
Après un court séjour en Egypte nous invitons les lecteurs du bon clos à une vertigineuse remontée dans le temps de plus de cinq mille ans.
boutique Gianaclis à Alexandrie
Le vin que l’on peut boire actuellement, on le doit à Nestor Gianaclis , un entrepreneur grec qui dans les années 1880 planta un vignoble dans le delta du Nil, redonnant ainsi vie à une tradition multimillénaire. .
Blanc, Rosé, Rouge, mousseux, voici ce qu’on trouve dans les vitrines. Les cépages sont le bobal pour le rouge, la sultanine blanche pour le blanc.
Se souvient-on que le célèbre opéra de Verdi qui se passe en Egypte était une commande du khédive Ismaïl Pacha, et fut créé au Caire en 1871, peu après l’inauguration du canal de Suez ?
ce n’est pas un hommage à Uderzo et Goscinny, l’obélisque est une spécialité egyptienne
Voici un relief de vendangeuse qui doit dater des années trente, sur un bâtiment de la Chambre de Commerce, non loin de la place Tahrir au Caire,
et des peintures explicites vues chez un antiquaire du quartier
Voici une lanterne devant une église copte du Caire
Et voila un portail moderne vitiforme vu sur les bords du Nil du côté d’Edfu.
Plus ancien sans doute ce « seau » à champagne vu au musée national d’Alexandrie,
et carrément antiques ces frises et reliefs vus au même endroit
c’est le pied de Dionysos…
Bien plus loin dans le temps, voici un véritable cellier rempli d’amphores que l’on a retrouvé dans la tombe de Scorpion I, pharaon « prédynastique » qui vivait il y a plus de cinq mille ans.
Mais le plus beau reste à voir, conservé aux fonds des tombes des rois et dignitaires de l’Egypte ancienne.
Voici une fresque de la tombe de Khaemouaset, grand-prêtre sous le règne d’Amenhotep I (vers -1500), qui présente le traitement du raisin depuis la vendange jusqu’à l' »amphorage » et le transport
La « tombe aux vignes » de Sennefer (« Maire de la Cité du Sud, Intendant des jardins du temple d’Amon » vers -1400 : un des grands personnages du règne d’Amenhotep II) porte bien son nom
La tombe de Nakht (prêtre du dieu Amon, vers -1400) est aussi justement célèbre pour ses vendangeurs et ses fouleurs de raisin
De la même époque (14eme siècle, règne de Thutmose 4) cette fresque de la tombe de Nebamon
oeuvre qualifiée de préimpressioniste par Arpag Mékhitarian, in la peinture egyptienne SKIRA-Flammarion, pour qui son auteur serait le plus original, le moins esclave des conventions des peintres de la 18eme dynastie
De la même époque cette fresque de la tombe d’Ouserhat (fonctionnaire de rang moyen-supérieur du milieu de la XVIIIème Dynastie)
(voir le site osirisnet.net qui constitue une base de données et d’images sur les tombes egyptiennes, pour une passionante description détaillée)
Nous y avons trouvé cette fresque de la tombe de Pahery (règne de Thoutmosis III, vers -1450) avec le commentaire ci-dessous.
« Le raisin est amené au pressoir où il est foulé par des hommes qui se tiennent à une corde accrochée à une barre. Le vin est ensuite mis en jarres. Outre son caractère agricole, cette scène possède également une connotation religieuse. En effet, la vigne et le raisin sont associés au dieu Osiris et à l’inondation. Le sang du dieu assassiné avait en effet été mis en relation avec les premières eaux de l’inondation car celles ci sont rouges, en raison des alluvions ferriques qu’elles transportent venant de l’Atbara«
Le mode opératoire du pressurage a évolué depuis celui observé dans le « mastaba » de mererouka (vizir de la VIeme dynastie, vers -2300)
foulage du raisin dans la tombe de mererouka: ils s’accrochent à une rampe et se tiennent par la hanche comme on peut voir encore au Portugal aujourd’hui
Voici la vinification décryptée par l’égyptologue Pierre Montet d’après la tombe de Ptahhotep (vers -2600):
commence alors le foulage au rhythme de la musique
voici deux images transmises par l’ami Jean-Louis, qui proviennent d’une nécropole de l’oasis de Kharga (période de l’hérésie nestorienne ajoute-t-il avec gourmandise) ; la chapelle des raisins (Anaïd al-Ainab) d’après passion-egyptienne
Toujours à l’affût de déco originale, nous avons déniché ces bouteilles peintes chez l’ami Mélac. Nous auraient-elles échappé lors de notre précédente visite ?
Nous retrouvons des noms connus, comme Jean-Paul Chambas , et sommes heureux d’accueillir beaucoup de nouveaux dans la galerie du bon clos…
Ils ont nom Olivier Lapidus, Brito (dessinateur bien connu des lecteurs du Canard), Alain Challier, Gérard Guyomard , Arthur Beatty, Christine Ankaoua …
Et de gauche à droite Paul Jacquette (*), Charlelie Couture (sic), Lelia (?) Pissarro, Bonnin….
(Photos Bernard Chatreau)
* « Peintre contemporain »,comment ne pas aimer ce « pique-nique »?
Voici une jolie brasserie qui se cache derrière la Bibliothèque Nationale, au numéro 2 de la rue Vivienne.
L’immeuble date de 1828 et abritait des magasins d’articles de mode dont l’un prit le nom de grand Colbert sous Louis-Philippe, nous dit-on. Un « bouillon » ouvert en 1900 garda ce nom, pour laisser la place après rénovation à l’actuel restaurant en 1985.
Qu’a-t-il de si extraordinaire ? Outre un « bon manger » comme on en trouve dans ce beau pays, une décoration d’époque qui met en valeur le volume de la salle (6m sous plafond) et dont nous ne citerons que le papier peint en trompe-l’oeil à la pierre cietti , on comprendra pourquoi.
Et ne quittons pas ce lieu sans un coup de chapeau au grand homme.