Chanter me fait bons vins ety resjoïr… Voici une chansons bien ancienne, qui illustre une histoire étonnante contée par David B. et dessinée par Eric Lambé dans leur BD Antipodes.

C’est une sorte de conte philosophique qui raconte l’incroyable destinée d’un colon français au 16ème siècle, sauvé de la dévoration par ses chants qui émerveillent ses ravisseurs Tupinambas, une peuplade brésilienne en butte aux envahisseurs venus d’Europe : chants religieux, chants de guerre, d’amour et cet air bachique qui remonte au 13ème siècle.
Il y avait là de quoi éveiller notre curiosité. Ce chant est cité dans Chansons satiriques et bachiques du 13ème siècle, éditées par Jeanroy et Långfors en 1921

En voici les paroles


L’air du refrain serait celui-ci, d’après le site refrain.ac.uk

Cette chanson est aussi rapportée comme une chanson « du Nord de la France ou du midi de la Belgique » dans « Trouvères, jongleurs et ménestrels » d’Arthur Finaux (1803) (page XXVIII).
L’occasion faisant le larron, on y trouve trois autres chansons bachiques dans le recueil : Or Hi Parra, Seignors or entendez a nus, et Bon vin lon doit li tirer .
L’auteur d’Or Hi Parra, ode à la cervoise, s’est manifestement amusé à parodier un air religieux. Bevez bel et bevez bien !



On peut l’écouter par The Tavern
La chanson suivante, Seignors or entendez a nus, n’est pas à proprement parler une chanson bachique, c’est un chant de Noël, mais son final est intéressant :
Seignors, jo vus di par Noël
E par li sires de cest hostel,
Car bevez ben ;
E jo primes* (en premier) beverai le men,
E pois après chescon le soen
Par mon conseli ;
Si jo vus dis trestoz : Wesseyl,* (Wes Heil, « portez vous bien »)
Dehaiz* (malheur à celui) eit qui ne dira Drincheyl* (« Drinc Heil » Buvez et profitez bien).
Les annotations sont reprises de l’article de Frédéric Effe sur moyenagepassion.com
Cette chanson décrit comment porter un toast en langue germanique. Le porteur du toast dit » « Wes Heil » et boit le premier, et tous répondent « Drinch Heil » et boivent ensuite. On constate que Heil, qui signifie « salut » en allemand, a, comme en français, pour sens primitif : « santé« .
Venons en à la quatrième chanson du recueil : Bon vin lon doit li tirer, connue aussi par l’ incipit du 2ème couplet « quant ie le boi » et le refrain Cis chant veult boire

De celui-là nous avons déjà parlé, il apparait dans le roman de Fauvel, il en existe plusieurs enregistrements à réécouter avec plaisir.
On en trouvera une traduction et une analyse dans l‘article « chansons à boire et à manger » d’Anne Ibos-Augé paru dans Le ventre et l’oreille, « revue culturelle d’expressions musicales et culinaires ».