la vigne et le vin (Jean Dupas)

Voici une fresque réalisée par le peintre et affichiste Jean Dupas,pour la Tour de Bordeaux à l’Exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes. Elle est aujourd’hui au Musée d’Aquitaine à Bordeaux.

vigne_et_vin_dupas-musee_daquitaineElle mesure 3m sur plus de 8m. De gauche à droite sont évoqués :  la joie, la force, l’esprit, l’appel, le vin, les hommes (en bas au centre), l’invitation, les vendanges, la sorcière préparant le feu pour l’alambic, la divine liqueur et enfin l’Alcool.

PS Grâce à Nicole Mikuljan, nous sommes allés voir cette fresque au musée du Patrimoine à Chaillot où elle est exposée jusqu’au 3 mars (1925, l’art déco séduit le monde). Avis aux amateurs. Voici deux détails, représentant le vin, les vendanges, l’alambic.

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Jean Dupas vécut de 1882 à 1824. C’est un des grands de l’Art Déco.

Merci aux amis Pierre et Aline qui ont attiré notre attention.

Bourgogne ou Champagne ?

Voilà un vieux débat dans lequel nous fait replonger un livre paru en 1712, adressé par notre amie Sabine : recueil de poésies latines et françaises sur les vins des Champagne et de Bourgogne.

recueil de poesies Il traite sous forme poétique d’un débat vieux comme le vin. Déjà dans la bataille des vins (1224) le roi Philippe avait fait mander des messagers pour faire venir à lui des vins de toutes origines, afin de savoir quels étaient les meilleurs. (H)Auviler(s), Biaune, Chablies, Espernai sont parmi les concurrents. Mais au XVIIème siècle le conflit s’envenime…

querelleLe Recueil contient plusieurs odes, une requête, un « décret », une lettre enfin, écrits en vers latins avec leur traduction en vers français, que se sont amusés à s’adresser des personnages fort sérieux, MM. Grenan et Coffin.

Il est intéressant de constater qu’à cette époque (début 18ème), le Champagne est clairement effervescent, que la bière et le cidre sont tenus en piètre estime, au même titre que… le vin d’Ivry!

 

L’Avertissement du Recueil propose un mise en scène mythologique. Il nous apprend tout d’abord qu’en 1652, le bachelier en médecine de la faculté de Paris d’Arbinet avait pris parti dans sa thèse pour le Bourgogne. Les Champenois ne pouvaient en rester là, et en 1700 les Médecins de Reims soutinrent que le vin de Reims était meilleur et plus sain que le Bourguignon. Suivit en 1705 une lettre opposée d’un Médecin de Beaune à un parlementaire de Dijon.

C’est là qu’interviennent les Muses, buveuses d’eau comme on sait. Apollon les fit boire, nous dit-on, et il se trouva que seule parmi neuf, Erato prit le parti du Bourgogne. Il faut dire qu’après deux verres de ce vin, elle tomba de sommeil, et ne goûta pas le Champagne, au contraire de ses soeurs. Elle inspira une ode latine, Vinum Burgandum à Benignus Grenan, professeur au Collège d’Harcourt, que de Bellechaume mit en vers français :

« …Tu remplis d’un baume innocent

Et jamais le Chimiste habile

Ne fit d’essence plus subtile

Ni de remède plus puissant »

Les autres Muses, qui après avoir bu des deux vins avaient toutes préféré celui de Champagne, répondirent illico par une autre ode, Campania Vengata (la Champagne vangée) (sic),

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que signa Charles Coffin, alors professeur au Collège de Beauvais, également mis en vers français par de Bellechaume.

… En couleur ton Nectar excelle

Comme un diamant précieux

Dont le vif plait, change, étincelle

Et tout d’un coup ravit les yeux.

En odeur il est un essence

Dont les esprits vont par avance

Saisir doucement l’odorat ;

Qu’il forme une agréable image

Lorsque dans un mousseux nuage

On voit qu’il reprend son éclat !

Des vins fameux il est l’élite

Qui couronne les grands repas.
Beaune je prise ton mérite

Mais que sur toy Reims ait le pas.

La chute est sévère pour la Muse qui est invitée à

boi(re) du limon de Normandie / Ou que ta langue trop hardie / Ne goûte que du vin d’Ivry.

Isolée, Erato (Grenan) se tourne alors vers Esculape (un certain Fagon, médecin du Roi, connu pour avoir imposé le Bourgogne face au Champagne à la table de Louis XIV) ,

220px-Guy_Crescent_Fagonlui adressant une Requête ( la troisième pièce du recueil)

« Enflés du même orgueil tous ses vins bondissants

N’élèvent que des flots écumeux, frémissants :

Leur liqueur furieuse, inconstante et légère,

Etincelle, pétille et boût dans la fougère… »

Esculape, ravi de se venger sur les Muses d’un coup de foudre reçu de leur Père (Jupiter), donne l’ordre à tous les Médecins du monde de tenir pour le Bourgogne contre le Champagne. Suit un Décret sans complaisance de la Faculté de Médecine de l’île de Cô :

Entend que la honte accompagne
Partout l’orgueilleuse Champagne ;

A ses Vins pleins de faux appas
Défend l’entrée    en    tout repas ;
Ordonne que leur seve plate
Dorénavant n’ait rien qui flatte ;
 Que le Cidre soit plus brillant
Le Vin d’Ivry    plus excellent
Que qui les flaire, ou qui les goûte,
 D’abord soit atteint de la goutte…

Comme un flamand buveur de bière

Qu’il soit plongé dans la matière…

Le recueil se termine par une dernière lettre des Muses, cherchant à calmer le jeu. La voix de la raison ?

Un franc Bourguignon se fait gloire

D’être avec un Rémois à boire

Ils sont tous deux bons connaisseurs

Et ne sont pas moins bons buveurs.

Et voici une conclusion qui devrait faire consensus :

Beau Sexe à qui des deux donnez vous la victoire ?

En tout votre goût est divin.

Beaune et Reims aujourd’hui se disputent la gloire

D’avoir le plus excellent vin.

Doux et charmants objets de notre complaisance

Déclarez nous lequel a pour vous plus d’attraits

Celui qui sur vos coeurs a le plus de puissance

Est celui qu’avec vous nous boirons à longs traits.

On trouvera l’ouvrage sur gallica ,et beaucoup d’information sur le passionnant  site  maisons-champagne.com

Les Echansons fêtent leurs soixante ans

Soixante ans, autant dire un bail, c’est le cap que viennent de passer les Echansons de France, et qu’ils ont dignement fêté lors de la Saint-Vincent ce dimanche 26 janvier.

chapitreCette Confrérie, au contraire de la plupart des Confréries Bachiques, n’est pas attachée à un territoire local. Elle s’est donné pour mission d’incarner le savoir et l’expérience des illustres prédécesseurs, les Echansons du Roi, et s’attache à faire rayonner à la fois en France mais aussi au delà des frontières l’art de la vigne, l’art du vin et l’art de la table français. Son siège est au Musée du Vin à Paris, sous la colline de Passy. Claude Josse en est le Grand Chancelier.

Pour ce jubilé, il fallait un banquet au Champagne (et un plat ad hoc : une copieuse joute champenoise, une potée en quelque sorte) ; c’est peu dire qu’il coula à flot. Une  bouteille nous étonna.

Champagne Claude JosseElle porte le nom du Grand Chancelier, qui nous expliqua comment, après avoir déposé la marque, il peut produire ce champagne en tant que Négociant Manipulateur (NM). Il expliqua bien d’autres choses, tant est grande son érudition viticole, comme l’apport du fameux Dom Perignon qui découvrit comment un assortiment de divers cépages permettait de bonifier le vin et d’en contrôler l’effervescence.

C’est peu dire également que ce banquet fut joyeux, animé par le Souffle de Bacchus, qui avait donné auparavant, un concert sous la direction de Marie-Françoise Bourdot

MFB

et avec le concours du pianiste Vadim Sher (à gauche ci-dessous):

vadimMFMarcelOn put écouter des chansons à boire et galantes anciennes et autres « vaudevilles » et rondes de table, comme le Tourdion, « Tant que vivray », « Passant par Paris », « Qui veut chasser une migraine », « Suivons tour à tour », « A boire, à boire », « la chanson du vigneron, etc. ; et entonner à pleines tablées les standards des chansons de table.

choeurLa cérémonie qui suivit permis à quelques élus d’être intronisés dans la Confrérie, comme les chanteurs Isabelle (du Souffle de Bacchus), reçue ici par sa chef de choeur, et Arnaud, introisabelleet Marcel (Vice Gran-Maître de la Confrérie du Clos de Clamart), soutenu par notre amie Nicole

3clamartoiset reçu par l’auteur de ces lignes, lui-même intronisé l’an passé.

intromarcmarcel

 

 

 

 

la grande duchesse

Trop tard pour aller voir cette opérette d’Offenbach jouée et chantée par les Brigands à l’Athénée pendant les fêtes, un grand moment dont votre serviteur a pu jouir dans la loge directoriale.

Mais pas trop tard pour entonner la légende du verre, un grand air à la fin du troisième acte.

Isabelle Druet, grande-duchesse de Gerolstein
Isabelle Druet, grande-duchesse de Gerolstein

1. Il était un de mes aïeux
Lequel si j’ai bonne mémoire
Se vantait d’être l’un des fameux
Parmi les gens qui savaient boire. (bis)
Le verre qu’il avait tenait
Un peu plus qu’une tonne entière
Et son échanson lui versait
Nuit et jour du vin dans ce verre. (bis)

Refrain
            Ah mon aïeul comme il buvait
            Et quel grand-verre il vous avait
            Ah comme autrefois l’on buvait
            Et quel grand verre on vous avait

2. Un jour on ne sait pas comment
Il le laissa tomber par terre
Ah fit-il douloureusement
Voilà que j’ai cassé mon verre (Voila qu’il a cassé son verre)
Quand on voulut le remplacer
Non dit-il ce n’est pas le nôtre
Et mieux il aima trépasser
Que jamais boire dedans un autre.(bis)

Unerès belle production, dont on pourra lire une présentation là.

L’air se trouve à 2h19mn49s dans l’enregistrement ci-dessous de la version présentée en 2004 au théâtre du Châtelet (avec Felicity Lott dans le rôle titre)

En voici une version audio par la troupe de l’opéra Eclaté (festival de saint-céré, avec Béatrice Burley en grande-duchesse)

16 Légende Du Verre

On peut trouver le livret là.

On y trouvera bien d’autres airs qui réjouiront les lecteurs du bon clos, comme le récit de la bataille gagnée par le général Fritz grâce à quatre mille bouteilles moitié vin et moitié liqueur… raflées par les maraudeurs !

 

Meilleurs Voeux

C’est avec Marc Chagall et son Double Portrait au Verre de Vin que le  Bon Clos vous adresse ses meilleurs voeux pour l’année 2014.
voeux2014Le maître peignit ce tableau vers 1917, après son mariage à Vitebsk avec Bella, l’amour de sa vie.
Nous l’avons vu à Roubaix en janvier de l’an dernier.
Puisse cette belle image, qui réside habituellement au musée d’Art Moderne du Centre Pompidou, nous inspirer tous !

Pour vous dérider en ce début d’année si vous n’avez pas tout suivi, vous pouvez :

voir là quelques amusantes affiches découvertes dans un bistrot parisien
apprendre ici quel vin d’Ile de France a remporté la médaille d’or catégorie vins divers au symposium des vignes d’Ile de France
courir chez un antiquaire de la rue de Lille qui propose du mobilier bachique dix-huitième (si vous avez quelques milliers d’euro à claquer)
savoir pourquoi l’an 1258 peut être appelé l’année terrible
découvrir la recette de la « soupe du vendangeur » de Raymond Oliver »
chanter avec la troupe du festival de Bruniquel les chansons à boire de la vie parisienne
suivre une visite guidée du château Smith Haut Lafitte et de ses soins vinothérapiques
voir l‘Ecole Polytechnique sous un nouvel angle
lire « ma vie d’échanson« , une narration en alexandrins qui reprend la tradition des satires et épîtres de Boileau
développer votre vocabulaire
et faire bien d’autres rencontres dans les pages du bon clos.

A vous tous Bonne et Heureuse Année 2014 !