Voeux 2011

voeux2011

A cette occasion, le Bon Clos a le plaisir de (re)présenter le peintre Ariane Lumen, qui nous a séduit avec ses filles de Bacchus et conquis avec sa Roubignolle que notre jury a sélectionné pour porter les voeux du Clos en 2011.

Si l’on en croit l’auteure elle-même, ce tableau a déjà une histoire : acheté, volé, retrouvé… On n’en sait pas plus.

Amis du clos, aller donc muser sur le blog d’ariane, vous ne serez pas déçus.

l’origine du tire-bouchon

Nous en étions restés avec Pierre Dac à dater cette invention de 1638 , sans plus de détails, tandis que d’aucuns s’obstinent à le dater du 18eme siècle.

La lecture des Poësies de Lainez , nous permet d’en savoir un peu plus.

Certes cet ouvrage n’a été publié qu’en 1753, mais son auteur, Alexandre Lainez, né en 1660, décédé en 1710, avait écrit bien avant « l’Origine du Tire-bouchon », ce qui prouve qu’au début du « siécle de fer » cet ustensile était déjà bien connu.

Qui était Alexandre Lainez ? Un poète qui n’écrivait guère, mais qui disait ses vers dans les sociétés qu’il prisait. Est-ce que j’écris moi ? disait-il. Voltaire l’aurait jugé digne de figurer dans la liste des auteurs célèbres du règne de Louis XIV. Grand voyageur, (il avait parcouru l’Europe et une partie de l’Asie), grand mangeur, érudit et brillant causeur, il appréciait plus que tout le vin de Champagne (il avait fait  fait ses études à Rheims) qu’il vanta dans ses poésies. Nous y reviendrons.

Mais revenons à l’origine du tire-bouchon dont Lainez nous dit tout en 64 vers de dix pieds, ce que le bon clos résume en deux mots :

les dieux du Vin et de l’Amour, pour sceller leur alliance, doivent « vuider une bouteille« . Un grand vin, qu’ « Auvile« , (c’est à-dire Hautvillers en Champagne, patrie de Dom Perignon, si l’on en croit Charles de saint-Evremond qui lança la mode du Champagne à la Cour d’Angleterre), ou Hermitage ne donnerait pas en cent mille ans ! Pour arracher son bouchon trop serré, l’Amour se sert d’une  flêche de son carquois…

Mais place aux vers !

loriginedutirebouchon

lorigine2

lorigine3

 

L’art de boire

Les Etablissements Nicolas, créés en 1822, ont une longue tradition de publication de catalogues illustrés par des artistes réputés.

Voici la couverture de celui de 1935 , illustré dans un style naïf par Jean Hugo

catalogue1935

En 1922 nait sous le pinceau de Dransy (Jules Isnard, né en suisse en 1883) le personnage de Nectar, livreur émérite.

livreurnectar

Mais venons-en au fait. En 1927 parait Monseigneur le vin, série de  5 opuscules dont le 5eme est l’Art de boire (de Louis Forest, illustré par Charles Martin). Tout un programme pour le « buveur civilisé » ! Et mieux qu’on long discours.

lartdeboire

« Avec ce dernier volume, nous avons quitte la coteau ou le raisin murit, le cellier ou a gronde la vendage. Le vin, qui s’est enrichi a la cave en force et en beaute, affronte, espere et attendu, le jugement de la table. La science de le servir, l’art de le presenter ne sont point choses negligeables et frivoles. Le reveil de la gastronomie, auquel nous assistons de toutes parts, a restaure le culte de notre beau vin du France. En sorte que, apres avoir dit les soins qu’il faut pour le produire, il nous reste a dire ceux dont il convient de l’entourer pour le boire. « 

buveur

deboucher

sentir

verser

prepamentale

plaisirdesyeux

plaisirdunez

plaisirdelabouche

appreciation

Florilège

Voici un site passionnant consacré à la poésie, et aux chansons.  Florilege est son nom.

Et voici quelques pépites qu’il recèle,

comme cette chanson de Paul Scarron (1610-1660), dont malheureusement nous ignorons l’air    

            Que de biens sur la table

            Où nous allons manger !

            Ô le vin délectable
            Dont on nous va gorger !
Sobres, loin d’ici ! loin d’ici, buveurs d’eau bouillie !
Si vous y venez, vous nous ferez faire folie.

Que je sois fourbu, châtré, tondu, bègue-cornu,

Que je sois perclus, alors que je ne boirai plus.


            Montrons notre courage :
            Buvons jusques au cou.
            Que de nous le plus sage
            Se montre le plus fou.
Vous, qui les oisons imitez en votre breuvage,
Puissiez-vous aussi leur ressembler par le visage.

Que je sois fourbu, châtré, tondu, bègue-cornu,

Que je sois perclus, alors que je ne boirai plus.


            Et d’estoc et de taille
            Parlons comme des fous ;
            Qu’un chacun crie et braille :
            Hurlons comme des loups.
Jetons nos chapeaux, et nous coiffons de nos serviettes,
Et tambourinons de nos couteaux sur nos assiettes.

Que je sois fourbu, châtré, tondu, bègue-cornu,

Que je sois perclus, alors que je ne boirai plus.


            Que le vin nous envoie
            D’agréables fureurs !
            C’est dans lui que l’on noie
            Les plus grandes douleurs.
Ô Dieu ! qu’il est bon ! prenons-en par-dessus la tête ;
Aussi bien, chez nous, vomir est chose fort honnête.

Que je sois fourbu, châtré, tondu, bègue-cornu,

Que je sois perclus, alors que je ne boirai plus.


            Hâtons-nous de bien boire
            Devant qu’il soit trop tard,
            Et chantons à la gloire
            Du Seigneur de Cinq-Mars :
Il est beau, vaillant, courtois, prend plaisir à dépendre ;
Tel fut autrefois défunt Monseigneur Alexandre.

Que je sois fourbu, châtré, tondu, bègue-cornu,

Que je sois perclus, alors que je ne boirai plus.

scarron

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Aimez, buvez, le reste est plein de choses vaines ;
Le vin, ce sang nouveau, sur la lèvre versé,
Rajeunit l’autre sang qui vieillit dans vos veines
            Et donne l’oubli du passé.

(in le ballet des heuresjoseph méry )

mery

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J’ai, quelque jour, dans l’Océan,
(Mais je ne sais plus sous quels cieux),
Jeté, comme offrande au néant,
Tout un peu de vin précieux…

Qui voulut ta perte, ô liqueur ?
J’obéis peut-être au devin ?
Peut-être au souci de mon cœur,
Songeant au sang, versant le vin ?

Sa transparence accoutumée
Après une rose fumée
Reprit aussi pure la mer…

Perdu ce vin, ivres les ondes !…
J’ai vu bondir dans l’air amer
Les figures les plus profondes…
;

paulvalery

(in le vin perdu paul valery)

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Fais rafraîchir mon vin de sorte
Qu’il passe en froideur un glaçon :
Fais venir Jeanne, qu’elle apporte
Son luth pour dire une chanson :
Nous ballerons tous trois au son :
Et dis à Barbe qu’elle vienne,
Les cheveux tors à la façon
D’une folâtre Italienne.
Ne vois-tu que le jour passe ?
Je ne vis point au lendemain :
Page, reverse dans ma tasse,
Que ce grand verre soit tout plein.
Maudit soit qui languit en vain :
Ces vieux Médecins je n’appreuve :
Mon cerveau n’est jamais bien sain,
Si beaucoup de vin ne l’abreuve.

 

&

 

Versons ces roses près ce vin,
Près de ce vin versons ces roses,
Et boivons l’un à l’autre, afin
Qu’au cœur nos tristesses encloses
Prennent en boivant quelque fin.

 

ronsard

(in  Odes Ronsard)

Ce grand poète méritait bien un pastiche…

Quand vous serez bien vieux, avec encor des dents
Plein la bouche, et déjà dorloté par l’Histoire,
Direz, si ces vers-ci meublent votre mémoire,
Un tel me célébrait lorsque j’avais cent ans.

Lors, vous n’aurez aucun de vos petits-enfants
Qui n’ait soif à ce nom et ne demande à boire,
Répétant à l’envi votre immortelle gloire
Et le nombre fameux de vos jours triomphants.

Pour moi, je serai mort depuis belle lurette
Mais je refleurirai dans quelque pâquerette
Vous, vous aurez toujours la même horreur du vin.

Ah ! si vous m’en croyez, ô vieillard sobre et digne,
Ainsi que tout le monde éteignez-vous demain
Mais cueillez aujourd’hui les roses de la Vigne.

ponchon

( Sonnet à Chevreul Raoul Ponchon (bien connu des lecteurs du bon clos) )

L’ivrogne et sa femme

Ce n’est pas la plus connue des Fables de La Fontaine, mais celle-ci devrait l’être des lecteurs du Bon Clos.

La voici donc, et qu’on se souvienne qu’Alecton est l’une des 3 Furies (soeur de Mégère et Tisiphoné)

furies

coiffées de serpents qui aux Enfers gardent les remparts de Dité (en savoir plus )…

et qu’un chaudeau est un chaud d’eau !

livrognetsafemme

gravure de François Chauveau (1613-1676)

Chacun a son défaut où toujours il revient  :
Honte ni peur n’y remédie.
Sur ce propos, d’un Conte il me souvient :
Je ne dis rien que je n’appuie
5De quelque exemple. Un suppôt de Bacchus
Altérait sa santé, son esprit, et sa bourse.
Telles gens n’ont pas fait la moitié de leur course,
Qu’ils sont au bout de leurs écus.
Un jour que celui-ci plein du jus de la treille,
10Avait laissé ses sens au fond d’une bouteille,
Sa Femme l’enferma dans un certain tombeau.
Là les vapeurs du vin nouveau
Cuvèrent à loisir. À son réveil il treuve
L’attirail de la mort à l’entour de son corps,
15Un luminaire, un drap des morts.
« Oh ! dit-il, qu’est ceci ? Ma femme est-elle veuve ? »
Là-dessus, son Épouse, en habit d’Alecton,
Masquée et de sa voix contrefaisant le ton,
Vient au prétendu Mort, approche de sa bière,
20Lui présente un chaudeau propre pour Lucifer.
L’Époux alors ne doute en aucune manière
Qu’il ne soit citoyen d’enfer.
« Quelle personne es-tu ? dit-il à ce fantôme.
─ La Cellerière du royaume
25De Satan, reprit-elle ; et je porte à manger
À ceux qu’enclôt la tombe noire. »
Le Mari repart sans songer :
« Tu ne leur portes point à boire ? »

 

Il voit du vin partout

Michel Tolmer, vous connaissez ?

C’est  un peintre, et aussi un blogueur plein d’humour (son blog glougueule , pour les hommes de glou s’il vous plait, mérite assurément une visite).

Nous l’avons  découvert récemment et retrouvé au bistrot Paul Bert, bonne adresse du 11eme  où il exposait jusqu’au 19 décembre.

Trop tard ?

Pas avec le bon clos qui invite ses amis à découvrir ses tableaux.

Un peu monomaniaque peut-être ?

Cet homme dont le nom est l’anagramme de merlot est obnubilé par la bouteille semble-t-il…
On verra qu’avec un peu d’imagination une bouteille peut servir à tout.
Trop mortel en tout cas !

gouvernail

degôl

equilibriste

portebouteillesporteseaux

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deboucheusedeboucheur

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cestcombien

C’est combien, demandera-t-on ?

Et bien dans les 500 à 1000 euro, selon le tableau.

Et ne quittons pas le Bistrot Paul Bert (formule à 16,5 euro à midi et à 34 midi et soir) sans un coup d’oeil à quelques curiosités exposées en permanence sur ses murs.

vivelebonvin

tout un programme

lacene

mise en cène

deuxatable

Ah! le bon temps que ce siècle de fer!

(retrouver le mondain de Voltaire, qui nous vante ces vins qui enivrent les sultans et dont était privé le triste gosier d’Eve.)